29 janvier 2008
Tiré du lit
Parfois, on retrouve des lambeaux, dans sa mémoire, sous un canapé, entre deux draps dans une pile.
Il serait peut-être alors temps de retrouver il ou elle, et de lui confier qu'il ou elle a été l'une des plus belles choses qui soit advenue dans nos vies. Malgré le sordide qu'on a éventuellement pu diagnostiquer à l'époque.
Renouer avec celui ou celle qui est parti(e) en claquant la porte, ou en pleurant, ou qu'on a foutu dehors, gentiment ou non parce qu'on ne pouvait pas, qu'on ne pouvait plus. Parce qu'il le fallait.
Lui dire qu'il ou elle a été la perle dans un temps mort, le réverbère qui a enfin daigné s'allumer de l'autre côté de la fenêtre.
Que sont restés la fine vapeur qui montait au dessus de ses fesses, sa toison empoissée, ses yeux dans la pâle lueur venue de la chambre mitoyenne.
Histoires de cul, certes.
Mais qui nous restent plantées dans l'épaule comme le petit singe.
Histoires de coucheries, de baises fugaces ou non, parfois de honte et de départs précipités.
Mais : nous n'avons jamais fait mieux - ou peu s'en faut. Nous peut-être, il ou elle tambien.
Ce n'était pas de l'amour, aimerions-nous dire à celui ou celle-ci, mais demeure autour de notre sexe l'agaçant fantôme constricteur de tes muqueuses astringentes.
Ce n'était pas de l'amour, certes, mais ce quelque chose mérite que je t'envoie cette lettre pour que je sache si, de ton côté, ces mêmes réminiscences te taraudent et si elles se rangent dans les tiroirs passifs ou actifs de ta vie passée.
Comment écrire, déclamer, mimer « tu fus ma merveille » si il ou elle l'a vécu comme dégueulasserie, exploitation, manipulation et mensonge ?
Mieux vaut se taire ...
28 janvier 2008
Le méchant hobbit
En fait, je voulais laisser un commentaire chez le Bibelot Bambara. Lui qui évoque sa nausée face aux pitreries du Sarko président des français et d'une manière générale face à la droite décomplexée, comme bon nombre d'autres dégoutés.
Parce que, comment dire, dans mon cas, ce n'est plus de la nausée, mais une gerbe persistante.
Persistante parce que ça fait bien 20 ans qu'elle est là, la dite droite décomplexée.
Et que je suis toujours un peu surpris de voir les gens surpris.
Le Sarko, je m'étonne juste qu'il ne soit pas pire. Un chef de l'état produit par M6, ça nous pendait au nez depuis un bon bout de temps.
Parce qu'enfin, un Tapie, par exemple, qui émargeait pourtant au PS, ça ne date pas d'hier. La vulgarité triomphante, elle a deux décennies. Au moins.
Moi, je m'extasie que le gusse élu au suffrage universel ne soit pas un body-builder qui nous présente ses voeux à la télé à coté d'un appareil de muscu avec une pétasse siliconée sur chaque cuisse.
A se demander dans quel monde ils vivent, les gens qui conspuent Sarko. Comme s'ils n'avaient rien vu venir. Comme s'il ne fréquentaient jamais de ces connards pullulant en entreprise. Et comme si la multiplication de ces abrutis n'allait pas fatalement accoucher du gnôme qu'on se cogne actuellement.
Sarko est la conséquence logique d'un monde sevré au sein de la bêtise, de l'arrivisme, et du mépris de classe. Et comme ce mépris de classe est aussi bien partagé à gauche qu'à droite, je suis assez content finalement de ne pas me retrouver avec un Louis-Napoléon Bonaparte à l'Elysée.
Mon idée, vous vous en doutez, c'est que la gauche a failli. Qu'elle joue du même côté du terrain que la droite. Et que dans ces conditions, la mainmise des rentiers, des bras cassés et des parasites sur la vie politique n'a rien de formidablement stupéfiant.
Et je vais m'arrêter là. Parce que le reste, j'en ai déjà parlé. Dix fois. Cent fois.
Il faudrait analyser le fantasme 68, la montée en puissance des sciences humaines qui, je ne le rappellerai jamais assez, forment les nouvelles chapelles des adorateurs du statu quo, la haine croissante du populisme qui alimente un élitisme de bas étage, le mépris de toute forme d'intelligence, la conversion des forces de progrès à l'irrationalisme et à l'hyper-moralisme inconséquent, etc etc ...
Tout cela, je l'ai dit. Vous pouvez vérifier.
Tout cela fait sens. Tout cela est connu. Tout cela a été analysé en temps et en heure par des gens autrement plus compétents que moi. Les cartes, je me répète, ça fait 20 ans qu'on les a en mains.
Ne reste plus que la nausée ...
Ah, juste un truc : il ne s'agit pas d'une sortie contre le Bibelot Bambara. Simplement, ça fait déjà un paquet de temps que commencent à fleurir forums, groupes sur Facebook, articles de Marianne, et tutti quanti, contre la beaufferie aveuglante du Thiers à talonnettes. Et que ça m'agace. Il m'a juste fourni un prétexte.
24 janvier 2008
Triangle
On vient de sortir du MK2 équipé de sièges pour amoureux dans lesquels on peut se vautrer l'un sur l'autre et se faire des mamours dans le noir.
On a été voir Triangle.
Et l'on est ressorti avec des sourires à exposer les molaires au vent.
Oh, bien sur, ce n'est pas le film du siècle. Ou même de l'année. Quoi que ...
Il y a certes quelques longueurs, des facilités, des plans un peu téléphonés.
En tout état de cause chacun des 3 réalisateurs à déjà fait mieux en solo.
Mais quel exercice de style réjouissant ! Mais porté sur les fonds baptismaux par trois orfèvres. Sans quoi, on n'aurait eu droit qu'à un exercice de style et uniquement ça, pitoyable, convenu, vain et sans idées. Un peu à la Smoking/No Smoking.
Là, pas du tout : c'est rien que du fun.
Le film le plus ludique que j'ai vu depuis bien longtemps. Où l'on retrouve le gout des jeux de portables et d'appareils photo de To, les plans barrés de Hark et une certaine rudesse de la part de Lam.
Un film sans morale, sans message et surtout sans enjeux.
Merveilleux !!!
LU-DI-QUE.
je comprends bien les critiques du duo shangaio-morvandiau, et les respecte. Mais de mon point de vue, ce ne sont pas des défauts ; ce sont des qualités.
Un film frais, réjouissant, mignon, un peu comme African queen.
Que du bonheur. D'ailleurs seuls les méchants meurent. Les autres sont des pieds nickelés touchants à qui on a envie de payer un coup.
En passant, il faut ajouter que les acteurs (attitrés du trio) jouent de manière somptueuse, à l'exception peut-être du chauffeur de taxi. Rien à voir avec les pitoyables qu'on a subi pendant les bandes annonces.
L'histoire ? Y'en a pas. Une vague histoire de chasse au trésor. Un prétexte.
Quel pied !
En sortant, je me demandais à voix haute pourquoi ce n'était pas toujours comme ça, les films grand public. Parce que dans mon esprit, c'en est un : du fun, du bonheur, pas se prendre la tête sans pour autant être traité comme un demeuré. Et B'. m'a fait remarquer que les gens, ils veulent du connu. C'est un peu le triomphe du jambon-purée contre, disons, un plat malaisien.
Naïf que j'étais.
Et puis, oh, qu'elle a enchainé : grand public, peut-être, mais réalisé par les 3 plus grands du cinéma d'action de Honk-Kong, excusez du peu.
Naïf, naïf, naïf ...
N'empêche. Le cinéma grand public, ça ne devrait être que de ce niveau là, avec ce sentiment d'allégresse en sortant ...
23 janvier 2008
Vous l'avez échappé belle
Si tout avait marché comme sur des roulettes, j'aurais pu vous faire mon grand numéro de moi-j'ai-raison. Couplé avec un festival de tous-des-cons-moi-je-vais-vous-montrer.
Ca aurait commencé comme ça :
Je vous aurait parlé de Missouri breaks, un western avec Marlon Brando. J'aurais péroré sur la performance exécrable de l'acteur, tout en cabotinage et doté pour l'occasion d'un accent à la con. J'aurais fait remarquer que, de toute façon, les films dans lesquels Brando joue correctement se comptent sur les doigts d'un lépreux. Comme dans Apocalypse now, tiens. Aurais-je ajouté, ménageant mon petit effet. Parce que, c'est vrai, quoi, il incarnait Kurtz avec la finesse d'un Duris sous acide. C'est ça que j'aurais asséné. Avec une petite pause pour vous permettre de reprendre votre souffle.
C'est toujours bien de s'en prendre aux monuments du 7ème art. Un peu comme d'expliquer à un décérébré que Le grand bleu, c'est de la daube. Au moment de sa sortie. Ce qui ne nous rajeunit pas.
On aurait attendu la suite. Parce qu'il y en aurait eu une. Et quelque chose de grandiose.
Que je vous explique.
J'aurais tartiné ma triscotte de considérations pertinentes sur la différence entre profondeur et n'importe quoi amphigourique. Parce qu'en l'occurrence, c'est du n'importe quoi qui en met plein la vue. Mais sans plus. Un peu comme une explication d'économiste aux ordres.
Et je vous aurais raconté une séance au Brady de la grande époque. Avec deux films au programme. Permanent, le programme. Et d'incroyables navets sur l'écran. Et j'aurais extrait de ma mémoire cette bouse d'horreur ritale dans laquelle le réalisateur avait cru bon d'insérer un Kurtz en décalque, histoire de surfer sur la vague. Un Kurtz inexpressif, mais roulant des yeux, prodigieusement mal doublé, et racontant d'hallucinantes inepties au sein de la jungle philippine. C'aurait été Anthropophagous (l'homme qui se mange lui-même), ce film.
Et j'aurais récupéré le monologue en mp3 et l'aurais mis à votre disposition. Pour que vous puissiez savourer l'ampleur des dégâts. Et que vous vous rendiez compte par vous même que, sur le fond, il n'y a pas beaucoup de différence avec le gloubi-boulga de Brando et Coppola.
J'aurais instillé le doute en vous. Vous n'auriez plus regardé Francis-Ford de la même façon.
Mais je ne me serais pas arrêté là. J'aurais ajouté, pernicieux : mais n'était-ce pas déjà le cas avec l'original de Conrad ? Avec Heart of darkness ? Ce gros machin pesant dans lequel un Kurtz censément halluciné perd les pédales. Et déblatère à propos de L'horreur. L'horreur ! Au beau milieu de l'Afrique, contaminé par la sauvagerie des noirs. Forcément. La sauvagerie. Les noirs. Normal. Prescience de Conrad anticipant les horreurs du 20ème siècle ? Mes couilles. Aucun rapport entre les camps et la sauvagerie au sens où il l'entendait. Des générations de cuistres ont ânonné cette banalité avec de la crème de gruyère dans la tête, sans le moindre esprit critique, sans même, probablement, avoir lu le livre. Comme d'hab'.
Voilà ce que j'aurais dit.
Jusque là, rien que de très classique. J'aurais été dans mon rôle, sans vraiment de surprise. Mais je ne m'en serais pas tenu là. Non. J'aurais ajouté : oui, mais vous vous en souvenez de ce bouquin ? Vous avez supporté ce style lourdissime ? Et j'aurais inséré un extrait de la traduction française. Et je me serais gaussé.
Et j'aurais enfoncé le clou avec le même passage en VO. Que j'aurais trouvé sur internet.
Et je lui aurais donné des conseils, au Conrad, pour qu'il nous ponde quelque chose de moins grumeleux. En direct live. Et au final vous auriez eu droit à mon rewriting de Conrad. Et vous auriez été obligé de me donner raison. D'avouer que ma version, ma foi, est bien meilleure.
C'aurait été prodigieux.
L'ennui, c'est qu'il n'y a pas de sous-Kurtz dans Anthropophagous. Ne fut-ce que parce que ça se passe en Grèce. Je me suis mélangé les pinceaux.
Ma démonstration tombe donc à plat.
C'est plutôt une bonne chose. La flemme m'a saisi de ses bras réfrigérants lorsque j'ai pris conscience de l'ampleur de la tâche que je m'étais assignée. Je préfère donc vous narrer à la place comment j'aurais été fantastique si des circonstances indépendantes de ma volonté etc ...
22 janvier 2008
Les gens normaux
Les gens normaux vont au cinéma. Je ne sais plus qui disait ça.
Hypocrite que je suis. Je le sais très bien. C'était Houellebecq dans son essai sur Lovecraft. Je lui avait d'ailleurs écrit pour lui dire qu'il moulinait dans la semoule, mais ce nain ne m'a jamais répondu. L'idée, si je me rappelle bien, c'est que les gens normaux vont au cinéma, tandis que les autres lisent ou écrivent des livres. Comme quoi, il débitait déjà des conneries au kilomètre avant de se retrouver à la télé. Mais ce n'est pas le sujet.
Les gens qui lisent Dan Brown sont on ne peut plus normaux. Dan Brown, très certainement aussi. Les gens qui vont voir des blockbusters sont normaux. Ceux qui vont aux séances de films bizarres le sont moins. En résumé : les gens qui vont voir des films pas normaux ne sont pas normaux. Puissante percée théorique de ma part...
Alors songez un peu à ceux qui vont voir des films pas normaux datant de plus de 10 ans.
Tout cela pour en arriver au fait qu'il y a un bon paquet de freaks à la cinémathèque pour les séances cinéma bis. Peut-être qu'il en est de même pour le cinéma d'avant-garde (le vendredi aussi), mais j'ai moins pratiqué et je ne peux pas me prononcer.
En général quand ça se passe dans la grande salle, on ne les remarque pas trop. Mais, ce vendredi, c'était chez Franju, qui est tout petit. Alors, on ne voyait qu'eux. Je faisais la réflexion à B'. que la moitié du public semblait être sous haldol. Ou qu'ils distribuaient des pass à la sortie de Maison-Blanche. Faut dire aussi que les échappés de HP, je les reconnais assez facilement. Question de vécu.
Entre le mec fringué comme un clodo et qui puait avec force effluves juste à côté de la douce, le type qui soliloquait juste derrière nous, les ceusses qui s'agitaient en tous sens, les professionnels des bruits inidentifiables et à contretemps, ou la femme qui est venue me souffler à l'oreille de ne pas manger dans la salle parce qu'il y avait des mouchards dans la cabine de projection, on avait droit à un petit festival.
Rien de grave, mais se posait évidemment la question de savoir ce qu'il en était du reste de la salle (ceux qui avaient l'air normaux) et au final de nous-mêmes...
21 janvier 2008
Varia
Rude week-end à dormir 16 heures par jour et remarquables capacités à la symbiose de ma part : du fait de son état, B'. pionce presque tout le temps. J'en fais autant. Du fait du même état, elle a un sévère ralentissement du transit intestinal. Moi aussi. Le jour où la somatisation sera discipline olympique, je monterai sur le podium les doigts dans nez.
Sommes quand même allés voir Dante 01 de Caro. Pas un bon film, mais à voir néanmoins. Surtout lorsqu'on s'est cogné les deux bandes-annonces franco-franchouillardes, à savoir Paris, avec l'inénarrable Duris qui réussit décidément à rendre risibles tous les personnages qu'il incarne. Et La jeune fille et les loups (ou quelque chose comme ça), machin honteux qui semble avoir été scénarisé et réalisé par un enfant de 10 ans. Bon, le problème de Dante vient de la direction d'acteurs, totalement inexistante. Surtout en ce qui concerne l'asiatique qui doit être la copine de Caro, sinon, je comprends pas. Mais baste : Après tout, il doit être dans le même cas que Jean Rollin qui avouait dans une interview que la direction d'acteur, rien à branler (sic). Lui, Rollin, ce qui l'interesse, c'est de filmer une actrice à peine majeure, nue sur une plage au crépuscule. Ce doit être aussi le cas de Caro. Enfin, je veux dire : la prééminence du visuel sur le reste. Au final, on a tout de même un film de SF français, plus qu'honorable, surtout lorsqu'on considère le budget qui accouche de décors bricolés, mais pas fauchés. D'une certaine esthétique en somme. Un film courageux et ovnique. Je ne regrette pas d'avoir du donner de l'argent pour aller le voir.
De plus, Caro semble avoir viré mystique et met en scène un personnage christique qui m'a donné l'idée d'écrire un synopsis tiré de l'Idiot, mais sans Dostoievski et sans garder le titre, on n'est pas non plus là pour faire du name-dropping.
Lu d'une traite le dernier Cormack Mc Carthy. Un peu trop lyrique à mon gout, comme c'était le cas avec Méridien de sang. En tout état de cause je préférais le précédent. Mais chapeau bas devant un « grand » écrivain qui ose donner dans la série B, en l'espèce le post-nuke, genre phare de la SF, comme il le faisait dans Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme (mais, là, c'était le polar qu'il revisitait).
Un des rares auteurs qui me pousse au cul l'espace de quelques minutes. Et qui me fait penser qu'il y a urgence à écrire moi aussi un truc de cette envergure, avant que je ne mesure l'inanité de cette entreprise et l'impossible passage de la division d'honneur à la ligue des champions.
Sur ce, je vais me coucher.
16 janvier 2008
Bobo et la voiture jaune
S'il y a bien un sujet qui génère threads à la tonne in da blogosphère, c'est sans conteste celui des bobos.
C'est comme bourgeois dans les années 70 (quand j'étais jeune, plein de cheveux mais pas plus beau qu'aujourd'hui). Personne ne veut en être.
Moi je m'en tamponne royalement. Ca m'exténue juste un peu, ce genre de discussion. Comme la quinqua qui pérorait dans le reure que si elle était au gouvernement, elle. Dans ma prime jeunesse, on appelait ça la gauche caviar, le Nouvel Obs était fourni en sus, on y apprenait que la sodomie, finalement, c'est très bien ainsi que les pas du menuet. Et puis, faut aussi bien permettre aux clébards de droite de déverser leur fiel sur ceux du clan qui s'écartent de la meute pour pisser un coup.
Bref dans la kangoo du dirlo, j'écoutais Radio-Nova, et m'extasiais devant les belles pubs de branleurs pour bobos (justement), autrement beaucoup plus mieux que celles qu'on fourgue sur les stations pour France-d'en-bas. Jusqu'au moment où un mec est venu causer dans le poste.
C'était, si j'ai bien compris, une émission littéraire : la demoiselle qui l'animait avait invité un écrivain à raconter sa vie ou ce qui lui passait par la tête. Mais sans l'interrompre. Et l'édité expliquait que son métier, c'était nègre, c.a.d quelqu'un qui écrit des bouquins que les autres ne sont pas capables d'écrire, qu'ils soient politiques, sportifs, animateurs de talk-show ou académiciens. Et que nègre, comme taf, c'est assez peu gratifiant, puisque par définition, votre nom n'apparait jamais nulle part. Alors, il en avait pondu un de livre, 250 pages bien tassées où il narrait les aventures de nègres qui s'écoutent l'un l'autre se raconter que leur vie, gross malheur. Et il s'excitait tout seul, le gusse, à bien spécifier que lui, c'était pas un bobo, lui, non, c'était pas, il gagnait une misère, c'était poignant, on avait envie de le prendre par l'épaule pour lui dire, non, bob, t'es pas tout seul, viens je te paie une mousse. NON C'ETAIT PAS UN BOBO, LUI ! C'était le message et, s'échauffant, il se déclarait prêt à mettre un pain à celui ou celle qui aurait l'outrecuidance de le prétendre. Il venait de récupérer sa virilité au fond du tiroir, et avait une pressante envie de la mettre en action, par exemple, comme je viens de l'expliquer, en tabassant le quidam moqueur. Parti en vrille et en pleine soralerie, qu'il était le bonhomme.
J'étais fasciné, et j'attendais la suite, comme quoi il avait été obligé de se nourrir de racines durant l'hiver 2004-2005 et qu'il allait déverser coups de boule sur coups de boules sur le sceptique sans coeur qui se cache derrière chaque auditeur.
Mais j'étais arrivé chez moi, et je dus descendre du véhicule très laid sans avoir pu entendre son témoignage bouleversant sur l'urine qu'il était obligé de boire, les points d'eau étant à des kilomètres dans ce 11ème arrondissement oublié de Dieu. Bien sûr, moi qui ai lu Gil Jourdan, je savais qu'on pouvait aussi se débrouiller avec l'eau du radiateur. Mais il est vrai que trimballer une bagnole jusqu'au 6ème sans ascenseur, c'est pas de la tarte ...
15 janvier 2008
Les aventures stupéfiantes de Marguerite Duras
Quand je disais qu'actuellement, la sociologie de la littérature était plus intéressante que la littérature elle-même, il ne s'agissait pas uniquement d'une boutade ou d'une occasion pour faire le malin.
Un petit détour est nécessaire. Je viens de lire Le chasseur noir de Vidal-Naquet (agrémenté d'un quatrième de couverture d'un zombie du Monde qui n'y a pas compris grand chose de toute évidence). Ouvrage socio-ethno-historique sur quelques éléments de la Grèce antique, pour résumer. Et qui m'a laissé perplexe et notoirement insatisfait. Disons tout de suite que j'ai une certaine admiration pour feu Vidal-Naquet, et c'est suffisamment rare pour être signalé. Admiration qui n'est pas uniquement due au fait que nous partageons le même patronyme.
Disons que le succès de VN en tant qu'helléniste ne provient pas d'une percée théorique majeure de sa part. Non. Mais bien plutôt de ce qu'il a été dans le move à l'époque (années 70 en gros). En somme VN s'est imposé, non pas parce qu'il a révolutionné l'approche de la Grèce antique, mais parce qu'il a utilisé les outils conceptuels en vogue. Ce qui n'aurait pu être le cas s'il avait fait de l'histoire évènementielle plutôt que d'adopter un paradigme structuraliste (pour simplifier et aller vite). D'ailleurs, il faisait lui-même remarquer que ses ouvrages avait eu un succès public, ce qui lui avait valu une certaine inimitié de la part de ses confrères. Ce qui ne fait que renforcer l'idée que le dit succès (public ou non) repose au moins en partie sur une certaine adéquation au Zeitgeist (universitaire ou non).
S'il en est ainsi pour des ouvrages sérieux et théoriques, on ne peut qu'être très perplexe devant le succès de certains ouvrages et encore plus de certains écrivains.
J'étais donc parti pour fabriquer une petite parodie de Marguerite Duras, d'abord parce que j'aime ça, la parodie, et ensuite parce que je m'étais pissé dessus en lisant celle de Rambaud (Virginie Q.).
Et je ne pouvais que partager les raisons de Rambaud (l'intégrale de l'interview se trouve ici). Quelques extraits, pour bien situer les enjeux :
Quelles sont les qualités d'un bon pastiché ?
Patrick Rambaud. Il faut avoir un style reconnaissable d'emblée et une grosse tête. Plus le parodié a la grosse tête, plus il est facile de taper dessus et plus le plaisir dure. Voyez Marguerite Duras : elle était si gonflée d'elle-même que j'ai pu sans problème écrire deux romans : Virginie Q. et Mururoa mon amour. Le tout signé Marguerite Duraille.
Pour parodier, entrer dans l'oeuvre d'un autre pour s'en moquer, ne faut-il pas un minimum d'admiration ?
P.R. Non, au contraire. Plus
l'exaspération est grande, meilleure est la parodie. J'ai un profond
agacement envers Duras. Un jour, j'ouvre la télévision, je tombe
sur elle. Elle était imbuvable, tellement certaine de son génie
qu'elle méritait trois claques. Le soir même, je
téléphone à André Balland :
« Ça n'est plus possible, il faut faire quelque
chose. » Le lendemain c'était signé
J'ajouterais qu'il est autrement plus facile de parodier Duras que, disons, Nabokov, et qu'en conséquence de quoi, je me réjouissais à l'avance de ma petite séance de méchanceté.
Et j'ai commencé à me farcir Un barrage contre le pacifique. Avec un certain courage puisque j'ai du arriver jusque vers la page 150.
J'étais mal tombé, car il ne s'agissait pas de ces microscopiques ouvrages auto-caricaturaux qu'elle a pondu par la suite, mais plutôt d'une énorme plâtrée laborieuse qui n'en finissait pas. Oh, bien sur, il aurait été facile de monter en épingle le style besogneux, répétitif, et in fine besogneusement répétitif qui paie un lourd tribut à Gertrude Stein sans malheureusement jouer dans la même division. Ou de ressortir quelques envolées vaguement lyriques totalement grotesques.
Mais ce qui m'a surtout frappé, c'est l'incroyable stupidité qui se déploie dans l'ouvrage. Stupidité qui m'a laissé les bras ballants, avec ce sentiment de honte qu'on éprouve en regardant quelqu'un se ridiculiser sous vos yeux. Et qui m'a convaincu de laisser tomber. Quand on en arrive à un tel degré d'auto-parodie, il vaut mieux se taire. Rien à ajouter, le texte de Duras parle de lui-même.
Et évidemment, on en revient au Zeitgeist, à l'adéquation avec les gouts de l'époque. Parce que, tout de même, comment une telle stupidité (à ce niveau-là, parler de vulgarité satisfaite revient à rester très en deça de la réalité) non seulement n'a pas été détectée au moment de la publication (1950), mais surtout a assuré un succès national (et même international - qui reste tout de même à démontrer) à Madame Duras ?
C'est bien pour cela qu'une sociologie de la littérature devient passionnante et nécessaire. On pourrait se dire que Duras a profité de la montée en puissance de la télé et de son entreprise d'enconnement de la population. Mais historiquement, ça ne tient pas. Du moins pour cet ouvrage. Si je n'avais que ça à faire, je pourrais essayer d'établir une corrélation entre, d'une part, les chiffres de vente des bouquins de Duras et, d'autre part, le nombre de postes de télé dans le pays.
Bref, tout ça pour vous dire que vous allez être privés de cette merveilleuse parodie dont je n'ai conservé que le titre, parce qu'il me plait bien...
14 janvier 2008
In memoriam Simone de Beauvoir

Le deuxième sexe (version courte)
And now : « news for wombats »
11 janvier 2008
SuperCompétent
- Et tu sais ce qu'il me dit ?
- Non ?
- Attends, tiens-toi bien ... Eh ! C'est quoi ça ?
- Le type en collant jaune et bonnet péruvien ?
- Ouais ...
- C'est un flic en civil ?
- Naaan ...
- Un évêque qui fait son jogging ?
- Tttt ...
- Un électeur sarkozyste qui va à Canossa ?
- Non, c'est ...
- Mais oui, c'est ...
- SUPERCOMPETENT ! (en duo)
Et, SuperCompétent (car c'est bien lui) entre dans le hall sous le regard à la fois inquiet et vaguement énamouré des deux hôtesses d'accueil, prend l'ascenseur, et, grâce à ses super pouvoirs, pénètre sans badger dans les locaux de la Glomek Corp, au 26ème étage de la tour Tradition et Modernité.
Où végètent des hommes et femmes des deux sexes, mollement occupés à de flasques activités, sans utilité apparente, mais espérant bien gagner assez de pognon pour filer en février prochain dans quelque paradis plein de nègres souriants, ravis de faire profiter de leur niveau de vie ridicule les lamentablement fringués que déverseront les A320 des tours-operators.
SuperCompétent se penchent par dessus chaque épaule, histoire de voir ce que son possesseur peut bien glander, tandis que personne ne moufte.
Nan, bonhomme, tu proposes pas la botte à une bulgare à gros seins sur un site de rencontre on-line au lieu de faire le planning bidirectionnel pour le projet Nutella.
Et toi, t'es pas là pour regarder Roland-Garros en streaming.
On ne met pas Veuillez agréer mes sentiments les plus correspondant à mon bonheur surhumain en bas d'une lettre professionnelle.
Et enlève le doigt de ton nez.
On entendrait une mouche voler si tous les diptères n'avaient pas été depuis longtemps décimés par la clim. Ca se met à bosser de manière un peu léthargique, bien que tout le monde attende que l'emmerdeur se tire, histoire de reprendre une activité normale.
Puis, SuperCompétent débarque dans une des nombreuses réunions quotidiennes. Aujourd'hui, c'est : Si je me gratte la couille gauche, est-ce que l'autre est jalouse ? D'emblée , il fait le tri : 14 personnes, ça fait 13 de trop. Disons 12. Il a tout de suite repéré les deux qui attendent patiemment que les conneries aient fini de se répandre avant de faire les propositions concrètes 10 minutes avant la fin, propositions qui seront adoptées avec enthousiasme parce que personne ne pensait que c'était possible.
Il prend je-m'écoute-parler par le col et le vire à coup de pompes dans le cul. Les trois je-tape-sur-mon-clavier-d'un-air-absent et qui ont vu de la lumière et sont entrés rejoignent le précédent. Je-donne-mon-avis-parce-que-je-donne-mon-avis est invité à aller voir s'il ne peut pas se rendre utile ailleurs, par exemple en changeant le toner de la photocopieuse du couloir. Reste encore les n+quelque-chose qui émergent doucement de leurs rêves de splendeur (un club de golf en acier chromé dédicacé par une pétasse quelconque de la télé). Ils s'en vont prudemment. Au final restent les deux gusses précités qui torchent fissa le machin avant d'enquiller la prochaine (Si ma tante en a deux, le processus win-win de fidélisation a-t-il le droit de porter des lunettes de soleil dans le métro ?).
SuperCompétent, qui a une mission, fait un petit tour à la machine à café et fait bien comprendre que les histoires de gouttières obstruées, de chiasses vertes du petit dernier, et comment qu'il était trop fort Machin-Dugland dans le magazine de société de la veille sur M6, rien à foutre et qu'il serait peut-être temps de justifier des salaires surréalistes. Sans compter que ça lui les brise menues de se farcir les nazeries au kilomètre de la France qui gagne, alors qu'il était juste venu se taper un petit kawa avant la prochaine étape.
Laquelle consiste à se pointer chez un des sous-offs de l'étage dans son beau-bureau-pour-lui-tout-seul avec mobilier Ikea en vrai bois des iles poli à la main. Alors, que je t'explique : tu arrêtes de te la raconter, t'es pas Alexander The Great parti à la conquête de nouveaux marchés, t'es déjà pas capable de reconnaitre ta jambe droite de la gauche sans GPS. Tu prends pas cet air supérieur avec moi, mon bonhomme, parce que ça va gicler des éclats de cadre mi-supérieur sinon. Tu nous a pondu quoi aujourd'hui ? Oh le joli powerpoint ! C'est très bien, ça, Christophe, ça dérange pas si je t'appelle Christophe ? Et ce truc, là ? Ah, je vois : à l'ordre du jour, 26 réunions préliminaires pour décider des salles pour celles de la semaine prochaine. Oh ! un Joli prospectus pour aller faire du karting dans les gorges de l'Aveyron avec un bandeau sur les yeux. Je vois que la motivation des cons, c'est ton truc, Christophe. Tu m'as l'air bon pour ça. Ou pour mettre des graines dans la mangeoire du hamster. Et tu touches combien pour ça ? Bon, je m'en occuperai à mon retour.
De nouveau dans l'open-space à motiver un demi-endormi dont les compétences sont rudement bien planquées. Alors, depuis tout à l'heure, t'as écrit 6 lignes ? (Petite Tape Derrière La Tête) Mais à ce ryhtme là, ta proposition, elle va se retrouver sur la planète des singes (PTDLT) Et ne réponds pas (PTDLT) Tu sais pas encore qu'en utilisant le bouton droit, ça va dix fois plus vite (PTDLT) T'es pas obligé de rebooter entre chaque mot, parce que toute cette technologie, ça te fait peur (PTDLT) Et c'est quoi ce fond d'écran ? (PTDLT) Un bébé en gif animé qui fait areuh-areuh à la Vénus de Milo ? (PTDLT)
C'est à ce moment là que les vigiles se pointent. SuperCompétent subodore brillamment que demain y'aura dans tous les journaux des manchettes scandalisées sur la liberté d'entreprendre qu'on foule aux pieds. Il envisage bien de sauter par la fenêtre au milieu d'un geyser de débris transparents et de s'enfuir porté par sa cape via le chemin des nuages, mais se dit qu'il risque surtout de laisser sa cervelle sale sur le verre securit renforcé, sans compter qu'il n'a pas fini le TD de navigation aérienne. Alors, il se laisse embarquer en gueulant qu'on est en république, bordel.
En route pour de nouvelles aventures !