Lire des romans russes sur l'époque brejnevienne et post-brejnevienne est toujours éducatif, quoiqu'un peu lassant au bout d'un moment. Je parle non pas des romans écrits ces dernières années qui ont un fort relent d'opportunisme, mais de ceux conçus durant cette période et gardés au fond d'un tiroir en attendant des jours meilleurs. Toujours la même histoire : peuple de quémandeurs, décrépitude morale, feignantise généralisée, alcoolisme, népotisme, corruption à tous les étages ... Au final, tout se résoud dans l'étouffemement des moindres vélléités d'initiative individuelle et de la perte du sens de la propriété privée ... Gna gna gna ... Mais, à vrai dire, le plus frappant réside dans - justement - l'absence de différences avec la situation à l'ouest (à l'époque et de nos jours) ou plutôt dans le fait qu'il s'agit d'une différence de degré plutôt que de nature, comme si les régimes post-staliniens n'avaient été que des caricatures de nos propres régimes, dont les traits auraient été simplement plus marqués - comme dans toute caricature. Au moins en ce qui concerne le népotisme, la corruption, l'irresponsabilité tous azimuts et la promotion des plus veules.
Il y a 20 ans de cela, du temps où je voulais déjà marquer ma différence - et que je n'avais que fort peu de liquidités, j'avais acheté une Lada d'occasion. Vous connaissez la plaisanterie : Quelle est la différence entre le sida et une Lada. Réponse : essaie un peu de refiler une Lada ! Bref, c'était une merde montée sur 4 roues comme je ne pensais pas qu'il pouvait en sortir d'une chaîne d'assemblage. J'avais comme collègue un juif russe passé par Israël avant d'échouer je ne sais pourquoi en France et qui m'avait sincèrement plaint en m'expliquant les choses suivantes : Il ne faut pas acheter une Lada construite soit en début de mois, soit en fin de mois. En début de mois, parce que les ouvriers s'étant soulé la gueule avec leur paie ne travaillent que peu et mal. En fin de mois, parce qu'ils attendent la paie, en ont plein le cul et se les roulent en espérant que les machines bosseront toutes seules. Le même schéma pouvait s'appliquer aux week-ends et aux jours fériés. En résumé : mieux valait n'acheter que des Lada construites un des deux mercredi du milieu du mois.
De surcroît, les ouvriers en question avait eu au moins quelqu'un de leur famille qui était allé au camp pour « sabotage » quand ils n'y étaient pas allés eux-même. Dans ces conditions, les contremaîtres et autres petits chefs pouvaient toujours essayer de les menacer, ils s'en battaient fermement les couilles - que risquaient-ils donc de pire dans les années 70 et postérieures ? A l'ouest, en moyenne, on a continué à respecter la hiérarchie - sans même parler du peloton croissant de veaux du tertiaire pour qui l'idée même de protestation n'a tout simplement pas de sens.
D'accord, au final, c'est l'Ouest qui a gagné. Mais ce n'est que la première mi-temps ...