30 juin 2009
Minable jusqu'au bout
Invité à cette soirée, il y a 3-4 ans, je me faisais - évidemment - chier comme un rat mort, puis ressuscité, puis de de nouveau mort, en songeant que j'allais encore devoir me saouler la gueule et finir dans un état pathétique. J'aurais préféré la coke prévue sur le carton d'invitation, coke qui n'est jamais venue et j'ai donc du me rabattre sur la roteuse. Les filles présentes - et il y en avait pour une fois en quantité raisonnable - me regardaient comme une quantité négligeable, ou plus exactement ne me distinguaient pas, à part la maîtresse de maison qui m'a dit avec une touchante gentillesse que je n'avais pas changé d'un iota depuis la fois qu'elle m'avait vu et je lui ai platement répondu la même chose, au lieu de lui avouer qu'elle était toujours aussi belle.
Il y avait aussi cette autre fille, C., que j'avais toujours désirée, 5-6 ans auparavant et perdue de vie depuis et qui m'a sorti le grand jeu. C'était dans la poche et même dans la double poche avec coutures extra-fortes, mais je me suis systématiquement esquivé au moment où elle dansait en me cherchant des yeux, me planquant dans la cuisine, voire dans les chiottes. Elle a fini par me rejoindre sur le balcon pour une drague en règle et je n'ai pu que lui fournir des réponses dilatoires et/où à côté de la plaque, jusqu'à ce qu'elle se lasse et conclut que je n'était pas intéressé. Le plus simple aurait été de lui dire que j'étais déjà avec quelqu'un et fidèle et là de deux choses l'une :
- Dans son esprit, il ne s'agit que d'une nuit (ou de quelques nuits), et cela n'aurait présenté pas de problèmes pour elle.
- Dans le cas contraire, la situation aurait été claire et saine, plutôt que mes lamentables manoeuvres d'évitement.
Détail amusant, un homo est venu me rejoindre plus tard sur le balcon pour les mêmes raisons et avec, cette fois, bien plus de tact, j'ai du lui expliquer ma situation d'hétéro en couple. Il ne l'a pas mal pris, mais j'ai été sincèrement malheureux pour lui.
C. ayant compris que la cause était perdue, avait fini par se désintéresser de moi, et j'ai pu continuer à me torcher avec méticulosité jusqu'à ce que je me retrouve, sur les coups de 7 h du matin, Bld de la Vilette, assis sur le trottoir, la tête entre les mains, me demandant si j'allais vomir tout de suite ou tenter d'abord de prendre le métro.
28 juin 2009
Recouvreurs de Créances
Selon la légende, certains pouvaient signer un pacte avec le Diable en vu d'un avantage temporaire. Méphistophélès, au bout du délai imparti, venait alors réclamer son dû, c'est à dire l'âme du contractant. Ce que l'on sait moins, c'est que Satan n'avait pas grand pouvoir dans l'espace sublunaire, lequel était sous la coupe de son maître. En d'autres termes, si l'un des contractants refusait de lui céder son âme, il ne pouvait rien y faire sinon se retirer sur ses terres, fou de rage. Il se mit donc à employer des hommes de main, des Recouvreurs de Créances, ayant signé de leur plein gré un contrat bien plus léonin qui les liait jusqu'à la fin des temps, ce qui impliquait pour eux l'immortalité, ainsi que d'autres pouvoirs qu'il n'y a pas lieu de détailler ici, mais qui leur permettaient de venir à bout des débiteurs les plus récalcitrants.
Lorsque le Dieu de la Chrétienté finit par disparaître vers le milieu de XXème siècle, toutes les créatures qui lui étaient associées firent de même (et donc le Diable, par la même occasion). Les Recouvreurs de Créances se retrouvèrent seuls, sans employeur, et sans travail, les pactes sataniques n'ayant plus eu cours depuis au moins une bonne centaine d'années. Seuls, et immortels,condamnés à arpenter la croûte terrestre jusqu'à ce que le soleil ne se décide à se transformer en super-nova.
Diverses hypothèses ont été émises à leur sujet :
- Ils (ou certains) se seraient suicidés, de manière telle que toute résurrection fût impossible (en passant sous un semi-remorque, par exemple)
- Suite à leur chômage forcé, et tout imprégnés de l'esprit du mal qu'ils l'étaient, ils se seraient transformés en ces monstres (par exemple : les serial-killers) qui commencent à de plus en plus pulluler. Mais on s'explique mal leur concentration dans certaines zones géographiques pas plus densément peuplées que d'autres.
- Il se seraient fondus dans la masse et prendraient leur métro tous les matins à 8 heures, parmi les effluves et les figures maussades. Toutefois, cette plongée dans l'anonymat a ses limites : le Recouvreur de Créances ne peut fonder de famille du fait de son immortalité : un arrière-arrière-arrière-grand-père qui enterrerait toute sa progéniture finirait par attirer l'attention. Le Recouvreur est donc célibataire, si ce n'est solitaire, et l'idée romantique de l'errant jusqu'à la consommation des siècles semble devoir s'imposer. Le Recouvreur de Créances vit sans vivre dans un monde qui n'est pas le sien, qu'il traverse, en proie à un ennui grandissant, ennui qu'il tente de combattre en marchant de longues heures la nuit dans des quartiers désertés ou en clubbant frénétiquement. Difficile de trancher ...
Jadis les adolescents maladroits, peu gâtés par la nature et qui sentaient confusément le gâchis que serait leur vie d'adulte pouvaient se rassurer en s'imaginant immortels (quitte à déchanter aux alentours de la quarantaine et des premières ratées dans la tuyauterie). Ils peuvent désormais se rêver Recouvreur de Créances ...
22 juin 2009
Rongeurs de moelle
Il y a les bons jours et les mauvais jours.
Aujourd'hui, c'est un mauvais. Très mauvais. A se demander ce que foutent les laboratoires pharmaceutiques incapables de mettre au point quelque chose qui calmerait les rongeurs en folie qui s'attaquent à ma moelle épinière à la hauteur du cervelet. La seule aide possible pourrait provenir d'un opiacé quelconque, cette ambroisie paradoxalement cultivée par les Talibans ou les narcos sud-américains. Malheureusement, c'est interdit, et quand bien même ce ne le serait pas, la seule vérité de la came, c'est la came elle-même, et elle prend toujours la barre au bout d'un temps plus ou moins bref.
A éliminer, donc.
Reste qu'il ne faut pas trop s'approcher des fenêtres, car on se dit, qu'un petit saut, un petit envol par dessus la rambarde résoudrait drastiquement le concassage de nerfs.
Tout cela reste évidemment très théorique, parce que 4 étages, ça fait haut, mais peut-être pas assez, d'autant qu'en bas, c'est une verrière très sale, ne fut-ce que parce que j'y jette mes mégots, verrière donc, fragile donc, au travers de laquelle je passerais au terme de la chute. Je pourrais m'en tirer et finir dans un petit fauteuil roulant.
Mauvaise idée.
Rassurez-vous, un nombre faramineux d'excuses du même acabit se mettent à pulluler lorsque vous vient à l'esprit la vague envie de tout envoyer par dessus bord - c'est le cas de le dire.
Alors vous retournez sur le canapé et continuez à fixer le mur en laissant les rongeurs de moelle faire leur petit boulot malsain.
13 juin 2009
Le réveil
Voyez-vous : je suis un mec hyper-culturé, avec des bouts de culture qui débordent de partout. J'en retrouve même collés à mes orteils, le matin en me levant.
A propos de matin : lorsque je dois aller travailler (ce qui se fait de plus en plus rare) et que je suis chez moi (pas chez la mère de mon enfant qui fait des conneries plus vite que son ombre), je suis obligé de faire sonner le réveil à 7h30. Essentiellement parce que je colle aux draps et qu'il me faut une bonne heure pour m'extraire de ma couche fétide. Et comme j'ai un radio-réveil et que la culture, elle suinte par chacun de mes pores, je le cale sur France-Culture, pour que la dite culture, elle m'inonde les oreilles aux premières heures de l'aube.
Vu sous cet angle, tout baigne : le mec qui cause dans le poste, bien qu'un peu St Moret, et donc gentil comme tout, invite parfois des gens pas cons à interviewer et que c'est bon pour mes neurones quand j'émerge des torpeurs nocturnes. L'ennui, c'est qu'à 7h45, y'a Alain-Gérard Slama qui vient faire son petit commentaire et, là, j'ai la fâcheuse impression qu'une armée de souris vient me grignoter frénétiquement los huevos. D'autant qu'à 8h15, c'est le tour d'Alexandre Adler, et, pour le coup, je m'imagine en Christ trimballant une croix taillée dans un cactus par une chaleur de 55° à l'ombre.
Alors j'ai acheté un radio-reveil très laid et très allemand qui peut à la fois faire radio et lecteur mp3 sur clé USB. Donc je règle la radio à 7h30 et la musique de sauvage à 7h45. Malin comme une bite dans la jungle que je suis ...
10 juin 2009
Le cloporte
C'est la première fois que je la vois. Rien ne se passe. Comme si on était chacun engoncés dans une camisole trempée dans de l'eau froide et séparés par une paroi de verre de ... allez ... 50 cms d'épaisseur.
Pas d'hostilité. Ni de chaleur. Rien. Le babil incertain des connaissances de connaissances.
Pourtant j'aimerais bien savoir, moi, ce qu'elle a vraiment en tête, ce qui s'agite la-dedans, derrière la lente et presque laborieuse projection des mots. Pas ce qu'elle pense de moi. Je m'en branle. Enfin, non. Mais pas que ça. Tout le reste. Tous les petits atomes qui gravitent et s'entrechoquent dans la masse grise de sous son crâne. Si elle pleure quand elle se fait larguer, si elle se torche quand elle largue, si elle essaie de pisser debout quand elle est vraiment bourrée. Ce genre de choses importantes.
J'aimerais aimer tout le monde, moi, en fait, au lieu de discutailler dans le brouillard comme un aveugle nage dans une piscine à la forme mal définie. Mais allez dire à un mec que vous l'aimez. Que vous l'aimez bien, entendons-nous. Ca va jeter un froid. On peut porter son cynisme et ses causes perdues en bandoulière. Pas de problème. Pour le reste ...
Mais allez dire la même chose à une fille. Elle va croire que vous voulez la sauter. Ce qui de temps en temps ne sera pas tout à fait faux. C'est en fait pire dans ce cas là. Une cause perdue. Autant attaquer un camion Brinks avec un lance-pierre.
Vous avez déjà dit, vous, à quelqu'un que vous l'aimiez bien et même mieux que bien ? Pas à votre amant(e), vous m'avez compris. A un(e) presque inconnu(e) que vous voyez pour la première ou deuxième fois ?
Alors, on ne fait rien, ou des sourires opportuns, un peu de voix en réponses, la politesse minimale en fin de compte.
Je vis comme un cloporte avec du savoir-vivre.
08 juin 2009
Antichrist
Alors finalement, on est allé le voir le film de Von Trier. Bon, ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux. D'ailleurs la trilogie américaine est ce qu'il a fait de moins bien, malgré des giclées de génie à intervalles réguliers. Que lui reprocher ? Je ne sais pas trop. Peut-être une esthétique parfois à la limite du chichiteux.
Ce qui est certain, c'est que Von Trier a de gros problème avec les femmes, même si l'idée de prendre à contre-pied la doxa gnangnan sur les sorcières est réjouissante.
A voir ?
Oui, indiscutablement. C'est un vrai film dont on met une bonne vingtaine de minutes à se remettre une fois revenus sous le soleil.
B'. est resté à fixer des pavés d'un air ahuri pendant que je fumais une clope.
Une affiliée de l'UNICEF a d'ailleurs profité de notre hébétude pour nous aborder, pour nous demander - en substance - si nous étions pour que des centaines de milliers d'enfants meurent tous les jours de par le monde. Je n'avais pas le coeur de lui répondre par l'affirmative, alors elle nous a brossé un tableau de l'apocalyse que je connaissais déjà, les enfants soldats en Sierra-Leone et au Liberia, et tout le reste. Nous étions vulnérables, pas encore dans le monde, n'ayant pas encore réendossé notre armure de cynisme, et comme, en plus, elle était mignonne, dans le genre naturel et sain, presque cheftaine scoute, j'ai cédé, même si je savais qu'il serait question de dons, donc de fric au final. Et puis, j'en avais brusquement marre d'être tout le temps rapia, même si mon salaire venait d'être récemment amputé des 2/5. Et j'avais cette image, banale, de tous ces gens autour de moi, tous beaux, tous bien nourris, tous plein de culture, gavés comme des oies de culture et de références, tandis que dans les soutes, crevaient doucement les passagers clandestins, ou tous ces soutiers nourris au lance-pierre qui se tuaient à la tâche pour que le navire continue d'avancer.
Très très banal, mais ça me rappelait « La machine à remonter le temps » (le film) avec les monstrueux Morlocks dans les cavernes et les autres - dont je ne me souviens plus du nom - qui folâtraient dans une nature trop belle pour être vraie et organisaient des trucs à la con comme des tournois de bowling avec des boules en or massif.
Alors j'ai signé. Sans Von Trier, je n'aurais peut-être pas signé. Comme quoi le cinéma mène à tout.
05 juin 2009
Plante en pot
Vous vous êtes déjà trouvé à un moment donné dans un endroit tout aussi donné où vous n'aviez rien à faire mais que des obligations diverses vous avaient imposé. Typiquement un vernissage où tout le monde semble connaître tout le monde, sauf vous qui ne connaissez personne et où personne ne vous connait. Alors vous avez timidement croqué quelques amuse-gueules, bu un ou deux verres (mais pas suffisamment pour être torché au point d'être satisfait de tout et n'importe quoi), tenu les murs, arpenté les passages bondés en murmurant des « pardon » de plus en plus furtifs, dit 15 fois « bonjour » à LA personne qui vous avait invité (car il y a tout de même UNE personne qui vous a convaincu de venir), la dite personne étant en général occupée à serrer des mains en grappes et à leur tenir la jambe - aux possesseurs des mains. Et vous vous sentez très malheureux, très abandonné, très petit chien éloigné manu militari de sa maman.
Il existe évidemment une solution : celle de se fondre dans le décor, de jouer à la plante en pot. Il ne s'agit pas de rester rigoureusement immobile, parce que là, vous allez être repéré dans les 3 minutes. Même le moins clairvoyant des observateurs va s'apercevoir que vous être un être humain, et non pas un rhododendron. Il faut la jouer plus subtil. C'est un exercice zen en quelque sorte. Faites le vide dans votre tête, focalisez-vous sur quelque chose d'agréable (un banana-split, par exemple) et mouvez-vous avec lenteur, comme si vous étiez un des porteurs de plateaux de petits fours, un élément étranger au raout, mais plausible dans ces lieux, à la fois hors-course mais à la présence concevable. Vous devez devenir un meuble, mais un meuble humain, donc qui bouge, et qui, éventuellement peut répondre par monosyllabe avec le regard un peu vitreux d'un flic des RG.
Evidemment ce n'est pas comme ça que vous allez emballer qui que ce soit, mais, de toute façon, vous n'auriez jamais emballé qui que ce soit avec cette sourde angoisse née de cette conviction bien arrêtée que vous n'avez rien à foutre ici.
Répétez avec moi : « je suis une plante en pot dotée d'organes de locomotion, personne ne me voit, personne ne sait que j'existe, personne ne va tenter quelque chose contre moi ».
Une des applications possible acquise suite à cet entraînement à faire pâlir d'envie un ermite himalayen consiste à pouvoir pénétrer l'intimité de quelqu'un (d'une femme dans mon cas). La vraie intimité : quand elle est chez elle, à glander, à regarder la télé, à fixer les lézardes du mur ou je ne sais quoi. C'est ce je ne sais quoi qui constitue la véritable intimité, cette intimité tellement secrête mais tellement banale, qu'elle fait presque honte au sujet observé. Rien à voir avec une intimité sexuelle, aisemment fantasmable et reconstituable. Il s'agit de l'intimité absolue de chacune de nos vies lorsque rien ne se passe tout en se passant toutefois.
BIen entendu, on pourrait la jouer OSS 117 contre Docteur No et truffer le lieu de vie de l'observé(e) avec des caméras grosses comme des pois chiches et des micros discrêts comme des sphincters de mulot. Mais tout cela est bien compliqué, vous ne connaissez rien à rien, vous n'êtes évidemment pas passé par Fort Bragg, et pour commencer vous n'avez pas les clés. La séduction est toujours possible (mais c'est comme à la roulette surtout avec votre gueule) ; le mieux serait le « tu pourrais pas m'héberger un jour ou deux, mon mec/ma nana m'a foutu(e) dehors ? ». Une fois la place investie, jouez les meubles. Je sais, ce n'est pas facile. Mais vous avez acquis de l'entrainement au numéro précédent. Avec un peu de chance, elle oubliera que vous êtes là, comme elle a oublié la présence de la bibliothèque, qu'elle sait être là, mais à laquelle elle ne prête aucune attention - justement parce qu'elle la sait là.
SI vous réussissez, l'intimité va se déployer devant vous, une intimité réelle, non galvaudée, non trichée. Je le répète : il ne s'agit pas de la surprendre en train de s'enfiler des godes de 70 cms qui font « pouet-pouet » quand on appuie dessus. D'ailleurs, il y a des fortes chances qu'elle se souvienne de votre présence dans ces moments là.
A quoi ressemblera cette intimité intimissime ? Je n'en sais rien. Bien évidemment. Peut-être banale à pleurer, à vous dégoûter à jamais de toute liaison sentimentale et/ou sexuelle. Peut-être émouvante dans sa banalité même.
Je le répète : je n'en sais rien. Petit Scarabée n'a déjà pas réussi la première épreuve ...
03 juin 2009
Un samedi soir à Paris
En terrasse, une nuit de ce putain d'été qui avait tant tardé. Votre serviteur en compagnie de deux jolies femmes, l'une triste, l'autre pas. A implicitement me justifier avec un discours « non, je ne suis pas un mec, juste un individu de sexe masculin, et c'est vraiment pas ma faute, un hasard génétique, point barre ». Mais elles étaient gentilles et n'en ont pas profité pour m'allumer usant de leur complicité. Et je n'ai pas craché le morceau, à savoir, qu'en dehors de toute autre considération, coucher avec une femme était une expérience sans cesse renouvelée, car les femmes, ça n'existe pas et que le seul vrai moyen de s'en apercevoir, c'est d'aller dans ce recoin de leur intimité qu'on appelle le corps, mais qui va bien au-delà. Ce n'est pas une question de bon/mauvais coup. Rien à voir. C'est avec l'altérité que ça a voir.
Parce qu'une femme :
- n' a pas le même goût, ni la même texture de lèvres, ni la même façon de les mouvoir
- Ni la même douceur de peau, en particulier dans le repli de l'épaule
- Ni la même façon de garder les yeux grands ouverts ou fermés suivant les circonstances
- Ni la même manière de se saisir de l'amant (ou pas) à tel ou tel moment
- Ni la même âcreté dans les replis de son sexe
- Ni le même petit hoquet (ou pas) quand elle est pénétrée
- Ni la même fraicheur trempée de sueur à l'intérieur des cuisses
- Ni ne pousse les mêmes roucoulements (ou pas)
- Ni même ce regard dont on ne sait s'il est provocant ou attendri ou autre chose
- Ni la même finesse de la toison pubienne.
C'est donc une expérience hautement intime et, comment dirais-je, personnalisé, unique.
J'y pensais à tout cela pendant que nous devisions de choses et d'autres, des bribes qui traversaient sournoisement ma tête, puis en ressortaient. Je n'ai pas eu vraiment d'ouverture pour caser mon petit laïus. En plus c'était grandiloquent et ça pouvait être interprété comme plus royaliste que le roi, et en tant que tel, un brin suspect.
Et puis je suis timide et (trop) poli.
Sans compter que la soirée était agréable, qu'il suffisait de la laisser se dérouler dans la magie de cet été tardif. J'étais bien, je les écoutais, je parlais aussi un peu.
Il faisait doux ...
27 mai 2009
Vengeance
Nikita à la voix tonnante de prophète vétéro-testamentaire a expliqué il y a peu que les critiques ciné étaient des sombres merdes incultes, tout juste bonnes à se faire empaler sur un pieu chauffé au rouge. Ce en quoi je ne peux pas lui donner tort.
Toutefois ...
Car il y a un toutefois.
S'il lui prenait l'idée aberrante de lire les critiques des internautes (i.e : les graphomanes bas du front qui s'expriment) sur les sites ad hoc (cinefil, allociné, ...), il s'étoufferait de rage et appuierait séance tenante sur le bouton de la force de frappe. Car en matière de connards patentés, on fait difficilement mieux. Pour résumer : dans 90% des cas, si le film n'est pas une sorte de série télé sur grand écran, c'est pas bon, trop compliqué, incompréhensible. Comme dans le cas de Vengeance, descendu par des hordes de minus habens.
Bon d'accord, y'a Johnny Halliday qui joue dedans et qui est catastrophique comme acteur, même si son rôle est monolithique et qu'il ne dit pas grand chose. Ca fait pitié à voir, d'autant qu'il est entouré par les pointures de la bande à To comme Anthony Wong (mon préféré). Mais en dehors de ça, si ce n'est pas le meilleur To que j'ai vu, c'est loin, très loin d'être le plus mauvais. Grâce, intelligence, sens de la mise en scène, de l'ellipse, du gunfight chorégraphié, tout To est là, en plus d'habiles trouvailles scénaristiques. Certes, le pitch tient en deux lignes, comme d'habitude, mais To fait du cinéma formel, si ce n'est abstrait comme je l'ai déjà dit.
B'. a pensé qu'on avait rajouté une déficience du personnage que joue Halliday en cours de film (ne spoilions pas) pour le rendre encore plus monolithique et pour sauver les meubles, autant que faire se pouvait. Je ne sais pas si c'est vrai, mais c'est habile.
Evidemment avec Isabelle « cinéma somnolent » Huppert comme présidente, le film ne risquait pas de rafler un ou des prix. Mais c'est pas grave. Les films primés à Cannes sont, depuis longtemps, loin d'être les meilleurs tournés de par le monde. ...
25 mai 2009
l'Auzeure Story
Il la collait comme un arapède ou un rémora, non pas que je veuille insinuer qu’elle soit une digne représentante de la famille des squales, la malheureuse, elle avait déjà bien assez de mal pour rentrer chez elle en tractant le parasite solidement arrimé dans son sillage. Ca avait commencé plus tôt, impossible de s’en dépêtrer, du très collant, celui qui s'égouttait littéralement sur ses genoux parce que, elle, c’était comme une aube au dessus des ruines de Babylone ou des cités perdues des mayas, livrées aux perroquets dyslexiques et/ou stoppés en pleine croissance. A moins qu’il ne lui ait simplement dit qu’il voulait la sauter, mais avec le regard du lapereau face aux canons jumelés.
Elle se savait plus exactement comment cela avait commencé.
Mal, c’était certain.
Lui bourré, elle aussi, mais bien plus que de coutume. Surtout elle qui ne se souvenait absolument rien du début de la pièce, du moment où l’obscurité s’était faite, quand elle aurait pu déceler le ronronnement du projecteur 35mm lancé sur sa première bobine. Et se méfier.
Seule certitude, c’est qu’à force de jouer au remorqueur dans la nuit, elle avait fini par arriver chez elle et partager son salon avec lui. Et maintenant, on fait quoi ? qu’elle lui avait demandé, agacée, fatiguée, un début de migraine forant au dessus de l’œil gauche. L’autre n'avait rien répondu et avait méticuleusement inspecté la pièce, sans changer de place, par de simples mais nombreuses torsions du cou. Elle lui en avait presque été reconnaissante, d’accorder ainsi à son corps perclus d'éthanol quelques minutes de repos.
Elle avait quand même trouvé la force de lui expliquer une fois de plus qu’elle ne coucherait sous aucun prétexte, même ivre morte, même s’il était la dernière paires de couilles d’une Terre dévastée par la troisième guerre mondiale, même si – par Dieu sait quel miracle - en la tronchant il avait le pouvoir la guérir de la leucémie qu’elle n’avait pas, mais sait-on jamais dans le monde exubérant des hypothèses.
Evidemment, devant la tournure des évènements, il avait endossé sa panoplie de rongeur phtisique traité au prozac, aux grands yeux gorgés de toute la misère du monde jusqu’à la gerbe, et avait pleurniché, quémandé, imploré, mais sans oser faire un pas, craignant probablement qu’elle ne lui en retourne une, alors qu’il la dominait d’une tête et pesait 40 livres de plus.
Et après cette petite lopette qui susurrait - et fallait l’entendre ce susurrement de poivrot geignard – qui me demandait : s’il te plait, montre moi au moins tes seins, ou ta chatte ou les deux, que je vois ton cul, au moins, après tout ce trajet dehors, et il pleut maintenant, dehors, je vais pas ressortir, fais un effort, aies pitié, non, il n’a pas prononcé le mot « pitié », je ne me souviens plus du terme exact, mais je peux te certifier que c’était 10 fois pire, comme la voix d’un mec qui vient acheter ses esclaves en leur faisant ouvrir la bouche pour voir l’état des dents, mais un négrier à la cool, avec un t-shirt « Louise Attaque » et un diamant dans le lobe de l’oreille. Une saloperie de négrier sympa. De toute façon, je le voyais venir, sa queue ne lui était plus de la moindre utilité, il me voulait à poil, pour me « caresser » avec ses paluches qu’il contrôlait à peine, me baver dessus – ce devait être ça ses baisers langoureux, et au final me doigter devant/derrière – l’apothéose.
Elle était tellement mal, tellement saoule, tellement épuisée par le babil obscène et entêtant de l’autre érotomane en bout de course, qu’elle n’arrivait même pas à simplement le foutre dehors, à coups de pieds au cul, s’il le fallait. Elle se contentait de le contrer à chacune de ses expectorations de bouts de fesses fantasmées, de plus en plus crevée, de plus en plus acculée, comme un taureau blessé par les picadors, affolé, cherchant une issue qui se dissolvait à chaque minute.
Malgré tout, elle restait ferme quant à son « non », et l’autre con a cru que c’était le moment de sortir le grand jeu ; il est entré dans la cuisine, y a farfouillé une minute tout au plus, puis est ressorti un laguiole à la main, triomphant avec une estafilade au front. C’est quoi ces conneries, qu’elle lui a demandé ? et lui paraissait tout fier de sa petite blessure de troisième zone, il y prélevait un peu de sang du bout des doigts et les portait à sa bouche pour les goûter.
Mucho Macho dans sa tête. Mucho conno, surtout. Parce que ça l’a mise en rage et elle a commencé à gueuler pour savoir ce que c’était ce putain de cirque. Il voulait la violer en la menaçant avec sa navaja tout juste bonne à enlever la croûte du fromage ? Qu’il allait avoir des cojones en téflon parce qu’il s’était entaillé le derme sur 2 mm ?
On ne mesure jamais la qualité presque surhumaine du mépris qui peut jaillir de la bouche d’une femme. Je n’aurais vraiment pas aimé être à la place du connard. Il a tout d’abord paru imploser, disparaître en un petit nuage sombre et graisseux, puis a repris une stature anthropomorphe, mais tremblotante comme si ses os avaient été changés en jelly. Il a commencé à pleurer, pleurer, presque comme un nourrisson, en la traitant de sale fille, de méchante, de sans cœur, en évitant les termes trop connotés du genre « salope ». Il n’était plus en position de force – il ne l’avait jamais été mais l’avait cru un instant dans sa petite tête pleine de coke et de vodka – et espérait pouvoir s’en tirer les cuisses propres, une forme de retraite honorable ou de recul stratégique. Mais il a choisi la mauvaise option et a menacé de se trancher les poignets si elle continuait à l’insulter. Elle s’est mise à rire comme une folle – littéralement – tout en le traitant de maricón, de mariposa et de petite bite – entre autres. Et le con y est allé franco : bien sûr aucune artère n’a été touchée, le sang n’a pas jailli à badigeonner les murs, mais ça a commencé tout de même à pisser et jusque sur le plancher.
Là, ses plombs ont sauté : elle l'a chopé par le bras, lui faisant lâcher le couteau, l’a traîné jusqu’à la porte d’entrée et l’a balancé dans le couloir. Il s’est mis à gueuler comme un putois qu’elle l’envoyait à la mort dans cet état. Elle est retourné chez elle, est revenue au bout de quelques secondes et lui a jeté deux bandes Velpeau en lui disant de se démerder avec. Après, elle a comme un blanc : ce qui est sûr c’est qu’un voisin s’est pointé à cause du raffut (il devait être vers les 4 heures du matin) ; il a vu le blessé sur le palier qui sanglotait incapable de se contrôler et elle, les seins à l’air qui l’insultait, le regard aussi noir qu’une divinité de la vengeance et des malédictions. Il est retourné chez lui au grand galop dès qu’elle a tourné son regard furibard dans sa direction. Ayant le champ libre, elle a fait descendre le séducteur mal avisé d’un soir à coup de pompes, en lui faisant dévaler les escaliers, et en n’oubliant jamais de lui relancer les Velpeau si le besoin s’en faisait sentir.
Quand elle est rentrée chez elle, elle n’a pas fait claquer la porte derrière elle. Elle ne s’est pas jetée sur son lit pour éclater en sanglots. Elle est resté hagarde dans le salon, de longues minutes, à la recherche de tâches de foutre, persuadée que l’autre con avait profité de l’état quasi cataleptique précédant sa furie pour se branler en douce.
Lorsqu’elle fut certaine que ce n’était pas le cas, elle s’est déshabillé calmement, s’est mise au lit tandis que le chat, paniqué et soigneusement planqué jusqu’alors, venait la rejoindre en ronronnant.