En quelque sorte, c'est l'idéal. J'aurais pu avoir recours à une intervention chirurgicale. Comprendre : me couper les couilles ou me les faire couper. Je n'ai pas eu ce courage. Les opiacés, régulièrement absorbés, ont la même fonction. Le tout, c'est la régularité. Evidemment, hors de question d'embrasser la plus belle fille de la famille. J'ai donc eu droit au laideron, mais je ne m'en plains pas ; facile à déflorer, facile à trouver, facile à avaler. Une bouteille de sirop. Deux fois par jour : le matin en me levant et le soir, entre 18 et 20 heures. Problème : du sirop, donc trop de sucre, donc des boutons plein la gueule. Mais, après tout, c'est plutôt un avantage ; ça aide même. Toute érection est devenue comme un souvenir lointain, vestige, peut-être, d'une vie antérieure. La mauvaise peau rajoute une petite couche qui ne peut pas nuire. Si l'on couple ça avec mon refus de sortir, je ne risque plus rien. Mais il me faut sortir, quand même. Pour manger ou acheter à. Les clopes aussi. Acheter à manger me tue : avec les chiasses spasmodiques que je me paie - on n'a rien sans rien, je m'étais dit que je n'avais qu'à ne plus m'alimenter ou le strict minimum. Mais j'ai faim et que je mange ou pas, je me retrouve toujours sur les chiottes à pousser des gémissements, les larmes aux yeux, pendant que la merde sort en pulsations irrégulières. Il suffit de boire pour ça. Autant manger, alors. J'ai essayé aussi de doubler les doses hebdomadaires, sans succès : dans ce cas, je vomis tripes et boyaux. Sans que les chiasses cessent de toute façon. Le tout est de sortir au bon moment : une demi-heure à une heure après l'ingestion. Tout va mieux à cet instant : l'extérieur perd une bonne partie de ses machoires, et je peux tranquillement passer au tabac, au Ed et à la pharmacie. Cela ne me prend qu'un quart d'heure grand maximum. Et je peux rentrer chez moi. Rentrer au chaud ou au frais, selon la saison, la bite flasque, relativement guilleret, mais surtout la bite flasque et ce, éternellement ou presque. Tant que je m'en tiens au planning, à cette discipline et la régularité.