Cette semaine, B'. est revenue de Chine avec une floppée de machins (exagérément) flashy dans ses bagages (il faut savoir que les chinois sont les rois du kitsch avec les indiens). Dont un certain nombre de contrefaçons tellement grossières qu'elles en deviennent kitsch.
Il faut savoir qu'en Chine existent deux sortes de contrefaçons : les faux-faux et vrais-faux. Les faux-faux sont de simples copies. Les vrais-faux sont d'authentiques produits fabriqués sous le manteau : supposons que Nike commande 50000 chaussures à l'usine « temple de Shaolin ». Le patron (chinois) en produit 60000, livre les 50000 à Nike et les 10000 autres (des vrais-faux) sur le marché gris.
Ceci étant, se pose le problème de la contrefaçon, mais par l'autre bout de la lorgnette : comme je ne suis pas un avocat à moitié marron spécialiste en droit commercial international, toutes les diatribes sur la marque (et son pendant symbolique) me laissent assez froid. Je ne vois pas, par exemple, pourquoi le fait de coller un crocodile sur un t-shirt permet de le vendre 10 fois plus cher que sans (le crocodile). Pour Lacoste, il s'agit d'une rente de situation que rien ne justifie. Le pourcentage de R&D injecté là-dedans est nul ou presque. D'autant que le support (le t-shirt) étant acheté et/ou fabriqué en Chine, le crocodile aussi, et la fusion des deux encore aussi, tous les discours sur la meilleure qualité des t-shirt Lacoste tombent dans un gouffre abyssal (surtout si l'on songe au cas des vrais-faux).
Evidemment, il faut, comme moi, penser que seules les activités socialement utiles ou développant un minimum d'innovation devraient se voir récompensées. Mais, avec le retour d'un imaginaire antérieur à la seconde guerre mondiale, il est normal que les rentes de situation injustifiées soient considérées comme LE modèle économique inamovible.
Bref, si l'on est un putain de petit gauchiste de merde comme votre serviteur, on peut se dire que le prix de la contrefaçon est le prix réel. Je ne parle même pas de valeur d'usage ; je parle de prix raisonnable.
Sans compter que si l'on différencie pas la contrefaçon de l'original, pour un prix n fois inférieur, pourquoi diable acheter l'original ?
Et au final, si les contrefaçons inondent le marché, elles démonétisent l'original, lequel n'a plus de raison d'être copié. A quoi bon acheter des t-shirts à crocodile (vrais ou faux) si n'importe quel prolo peut s'en payer une caisse pour moins de 10 euros ? Si l'acquisition d'artefacts « prestigieux » est soumise à la loi de la rivalité mimétique, il est logique de penser que cette rivalité ne s'appliquera plus le jour où les artefacts en question auront une valeur nulle ou presque. Ce sera une bonne chose  (même si ça chiera au niveau du lien social® et des repères®) ...