Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

18 octobre 2007

La connaissance de la douleur

Des fois, comme un malaise. A lire des gens qui souffrent, qui vibrent, singularités scintillantes mises en scène à grand renfort, s'il le faut, de style ampoulé. Et au détour du chemin, voilà qu'ils vous parlent de l'indicible qui s'abat, d'une pluie d'étoiles à l'intérieur, d'un gouffre qui brusquement bée à l'audition du single de Michel Sardou. J'exagère un peu, c'est vrai. Mais dans l'esprit, c'est cela.
Comme quoi, même les amateurs de Celine Dion ont fini par s'accaparer le vocabulaire ad hoc pour se portraitiser en Camille Claudel à demi-morte, dévorée par ses démons.
Il y a là comme un foutage de gueule.
Comme le dernier des beaufs télévisuels qui vient glisser Mallarmé en douce dans son discours, suivant les directives de son attaché de com.
Les petits souffrants ont piqué la panoplie des grands souffrants. Il y a là quelque chose d'obscène. A voler ainsi tout ce qu'il restait à celui ou celle qui n'a plus que la compassion d'autrui pour béquille. Toute la gradation de la douleur se résoud dans le vague étang tiédasse du « mal-être ». Et tant pis pour les OS des nerfs passés à l'émeri.

Bien sur, il y a aussi quelque d'obscène à se disputer « l'honneur » d'être le plus prostré d'entre les prostrés. Comme si un unijambiste manchot et borgne venait réclamer sa place réservée dans le métro à un simple unijambiste.

N'empêche qu'il y a là des relents d'escroquerie. Un jour, peut-être, des isotopes radioactifs seront injectés et l'on déterminera au scanner l'intensité des zones de souffrance au niveau du cortex. Et cette souffrance ainsi quantifiée, indexée, permettra une allocation des ressources (financières et autres). Ainsi que, pourquoi pas, la délivrance d'un brevet, d'un diplome, d'un certificat. Ce sera le temps de la connaissance de la douleur. Bien entendu, des petits malins absorberont telle ou telle substance avant l'examen pour fausser les résultats. Comme un vulgaire cycliste dopé.

D'un autre côté, cela ne pourra advenir que dans un monde proche du paradis, dans une utopie à la limite de la perfection. Et la douleur n'y sera peut-être plus qu'un lointain et désagréable souvenir ...

Posté par memapa à 00:08 - Ma vie qu'elle n'existe pas vraiment - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Non : il n'y a pas d'escroquerie dans ce cas. La seule qui ait existé, fut de faire croire que le "vocabulaire ad hoc" était vraiment synonyme de douleur. Alors que ce n'était pas ça : ce n'était que mots compréhensibles par celles et ceux qui ne connaissent pas cette douleur, mots qui semblaient assez autres pour introduire un décalage - ouvrir un autre monde. Ces mots furent synonymes de douleur à une époque, maintenant ils ne le sont plus. Tant mieux.

Nananèreuh...

Posté par PJ, 18 octobre 2007 à 22:18

Tu m'ennuies, PJ : tu as tout compris. Mais l'escroquerie, c'est de faire comme si le vocabulaire ad hoc était encore pertinent. C'est comme parler de "dépendance" à un junkie parce qu'on arrive pas à se restreindre sur les kinders.

Posté par memapa, 18 octobre 2007 à 22:22

{Tu m'ennuies, PJ : tu as tout compris.}

Bouh que tu es vilain quand tu es ironique... :-)

{C'est comme parler de "dépendance" à un junkie parce qu'on arrive pas à se restreindre sur les kinders.}

... là où auparavant les junkies, pour tenter de faire comprendre leur dépendance, utilisaient des mots de kinders(*) pour s'adresser à ceux qui croyaient que ces confiseries étaient le fin du fin de la junkitude... Non ?


(*) qui cause allemand doit être quelque peu amusé de notre échange.

Posté par PJ, 19 octobre 2007 à 00:06

PJ : inutile de mettre des {} pour encadrer les phrases originales ; on n'est pas sous SPIP :)

D'abord, je n'étais pas ironique : t'as effectivement tout compris ; je me demandais bien ce que j'allais pour répondre de percutant.

Quant aux kinders, je ne sais pas trop. Ce qui est sur c'est que le junkie existe depuis plus longtemps que les kinders ("Et le 9eme jour, le Tout Puissant confia une cuillère, un zippo, un kepa et une pompe à Adam pour qu'il en fasse bon usage").

Posté par memapa, 19 octobre 2007 à 01:00

AAah, enfin quelqu'un qui a de l'humour, je commençais à croire que les blogs étaient fait pour les déprimés... amuses toi bien dans la vie! Comme moi!
bises

Posté par yacinthe, 20 octobre 2007 à 12:09

Euh ... C'est une antiphrase ? On se moque de moi :) ?

Posté par memapa, 20 octobre 2007 à 14:58

Non je me moque pas, pour une fois que je fais un compliment... j'aime bien ta façon d'écrire, enfin bon, je vais arrêter là, tu vas te prendre la tête après... ben continues, je garde ton adresse :D
bISES

Posté par yacinthe, 20 octobre 2007 à 21:00

Non, je disais ça parce que le post sur lequel tu as mis ton commentaire n'est pas particulièrement optimiste :)

Posté par memapa, 22 octobre 2007 à 15:02

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