26 janvier 2007
Introduction à une critique des media
Ce texte est une version remaniée d'une allocution prononcée le 22 mars 2005 au cours du colloque Canetons et Isomorphisme dans le Poitou du XVIème siècle à L'université Raymond Poulidor III (Lamotte-Beuvron)
La
critique des média n’est pas nouvelle. En pratique, elle remonte au début des
gazettes, puis de la presse à grand tirage. Traditionnellement, on la fait
remonter à Balzac ou Voltaire par gallocentrisme, mais Karl Kraus, au début du
XXème siècle en Autriche, avait formulé de manière très pertinente les
arguments qu’on retrouvera sous des formes diverses, tout au long du siècle
jusqu’à maintenant.
Avant toute
chose, il faut se souvenir que Kraus ne parlait que de la presse écrite. Notre
idée est que sur le fond, rien n’a changé avec les nouveaux média de masse
(radio, télé), et que cela n’a même fait qu’empirer, et que les remarques
structurelles de Kraus s’appliquent de facto à tous les média. Aussi lorsqu’on
parlera de presse, il faut comprendre tous les media.
Le Grand Ancien
Les oeuvres
de Kraus n’étant pas faciles d’accès et étant datées (dans le sens où ses
attaques visaient des personnes aujourd’hui inconnues), le mieux est de se
référer au livre de Jacques Bouveresse : Schmock ou le triomphe du
journalisme, Seuil, 2001, qui analyse le combat du Flambeau (Die
Fackel).
L’argument économique
C’est
évidemment l’accusation la plus triviale. En substance « C’est celui qui paie
l’orchestre qui décide quelle musique va être jouée ».
Actuellement
un journal appartient rarement à ses rédacteurs et/ou à ses lecteurs [1], mais
plutôt à de grandes entreprises quand elles ne sont pas multinationales [2].
Il apparaît
donc que du fait de cette double contrainte (propriétaires + annonceurs) une
auto-censure se fait jour au sein des rédactions. Si le medium est possédé par
le groupe A qui contrôle en plus l’entreprise B, il semble assez logique de
penser qu’un article sur les malversations du boss de B serait assez malvenu
(c’est un ami, voyons !). A fortiorti si l’on se penche sur le revenu du boss
de A. De même si, par exemple, Peugeot est un annonceur privilégié, on voit mal
un reportage sur les conditions de travail dans les usines de Sochaux.
De plus,
les dirigeants des groupes sont insérés dans des réseaux : ils sont liés à des
hommes politiques, à des représentants d’ONG, à des présidents de clubs
sportifs de haut niveau, à d’autres industriels, au monde de l’édition, à celui
du spectacle, etc ... Il serait tout aussi malséant de s’en prendre à ces gens
là.
Par
exemple, Karl Zero annonçait benoîtement qu’il pouvait dire ce qu’il voulait
tant qu’il touchait pas à Vivendi et au PSG [3]. Ce qui sous-entendait qu’il
avait toute latitude pour le reste ; en pratique pour les raisons susdites il
s’est occupé de problèmes anodins et/ou à des épiphénomènes ou encore à ce qui
faisait l’unanimité à la fois du public, de son milieu [4] et des ses bailleurs
de fonds ; par exemple conspuer Le Pen, ce qui ne présente pas de grand risque,
en évitant évidemment de se pencher sur les raisons du vote FN (par exemple une
certaine désespérance d’une partie de la low middle-class face à la montée des
inégalités).
En résumé,
le médium ne doit déplaire :
- Ni à son public
- Ni à ses annonceurs
- Ni à ses propriétaires
L’argument
économique semble frappé au coin du bon sens, si ce n’est de l’évidence. On se
demande alors comment les média ont pu s'en défendre. Remarquons d’abord que ce
genre d’argument pour avoir un effet de masse devrait passer par les média,
que cela ne peut évidemment être le cas, et que par conséquent il reste
cantonné à un public restreint de lecteurs (de livres).
- L’argument psychologique : un des bons
moyens trouvé par les médias pour se défendre contre ce type d’argument (et
contre tous les arguments d’ailleurs) est de dire que l’énonciateur est animé
par la jalousie (il n’a pas pu devenir journaliste, lui) et que par conséquent
ce genre de remarques sont nulles et non avenues.
Evidemment
ce genre d’argument est malhonnête parce qu’il disqualifie a priori toute
critique de quelque ordre que ce soit. Par sa capacité à tout invalider, sa
portée est évidemment proche du néant. Ce qui explique tout, n’explique rien
sur le fond. On pourrait d’ailleurs le retourner en disant que les journalistes
sont conscients d’être des escrocs et disent n’importe quoi pour conserver leur
position. Cela ne nous mène pas très loin.
De
surcroît, l’argument est idiot. Même si la critique a pour fondement la
jalousie, cela enlève-t-il quoi que ce soit à sa pertinence ? Evidemment non.
Soljenitsine peut être considéré comme un type assez antipathique, il n’empêche
que sa description de l’univers soviétique est pertinente. Si je dénonce
l’expert-comptable qui tape dans la caisse alors qu’en fait je ne rêve que
d’être à sa place, il n’empêche que l’expert-comptable est malhonnête.
Cet argument est donc nul, au sens strict du terme.
- La caricature : cette technique
extrêmement fréquente consiste à déformer la dénonciation pour la rendre
ridicule de façon à la discréditer. Le défenseur des médias va dire « Vous
croyez vraiment que Murdoch est derrière l’épaule de chacun de ses journalistes
pour le surveiller ; vous délirez, voyons, c’est grotesque ! ». Evidemment
personne n’a jamais prétendu ça (sauf peut-être des folliculaires à l’époque
héroïque du gauchisme post-soixante-huitard).
Un médium
est une entreprise comme une autre, c’est à dire une structure hiérarchique
pyramidale, avec des chefs, des sous-chefs, des sous-sous-chefs, et ainsi de
suite jusqu’aux lampistes. Chaque niveau surveille le niveau d’en dessous pour
éviter de déplaire au niveau du dessus. Pas besoin que le grand manitou soit en
personne derrière chaque rédacteur.
Mais à vrai
dire, il n’est même pas nécessaire de disposer de surveillance. Quiconque a
travaillé dans une entreprise de taille raisonnable sait que chacun a
intériorisé les contraintes dues à sa fonction et évite en conséquence de faire
des vagues. C’est même une condition sine qua none pour grimper dans la
hiérarchie. Ce qui se traduit par une apathie et un conformisme généralisé, ce
que Kraus aurait appelé de la lâcheté. En résumé, pas besoin de censure quand
l’auto-censure fonctionne aussi bien. Les fortes têtes sont cantonnées dans des
postes où elles ne risquent pas de nuire ou sont virées le cas échéant.
En
conséquence, la caricature reste ce qu’elle est : une caricature qui évite de
se coltiner la réalité et permet d’esquiver la critique à moindre frais.
- La complexité : très à la mode ces temps-ci,
c’est en fait une variante de l’argument précédent. Il peut se résumer à : « Ne
soyons pas aussi réducteur ; chaque journaliste est un individu avec ses
contradictions, ses doutes, sa conscience, etc ... Il peut, malgré toutes les
contraintes arriver à faire son boulot correctement ».
D’abord on
ne voit pas bien où se fait le passage entre l’intériorité et l’action. Même en
admettant que le journaliste en question désire effectivement clamer la vérité
à la face du monde, on se demande comment il va passer l’épreuve du redac’
chef. S’il a poussé le bouchon trop loin, il est viré. Ce qui arrive de temps à
autre, mais assez rarement tout de même, sans quoi les ours se renouvelleraient
à vitesse grand V. Etant donné que dans le journalisme les places sont rares,
on a d’autant plus tendance à faire le dos rond.
De plus, ce
fonctionnement des média possède un effet feedback : pour fabriquer une
information sans grand intérêt, dont la forme est indigente, le tout dans une
ambiance d’auto-censure, on se doute bien que l’on a pas besoin de personnes
probes, avec un caractère bien affirmé et brillantes. Vont donc être favorisés
les individus qui ne posent pas de problème et qui vont intérioriser les «
contraintes » éditoriales comme allant de soi.
Si l’on
rapproche ces remarques de celles contenues dans Les petits soldats du
journalisme de François Ruffin, on se rend bien compte que des gens formés
à recopier des dépêches AFP, à faire des micros-trottoirs et à s’écraser devant
la hiérarchie et le statu quo ne risquent pas, une fois en place (et souvent
après maintes galères) de jouer les chiens dans un jeu de quilles.
En bref la
complexité, concept nébuleux et creux s’il en est, sert essentiellement à
flatter l’ego des accusés (et de tout le monde en général) et à réfuter la
critique en l’accusant d’être simpliste, alors que dans le pire des cas elle
est globalisante (elle s’occupe d’une situation moyenne). C’est un argument
indissociable de l’individualisme narcissique, mais c’est là un autre problème.
- Le misérabilisme : Cette fois,
implicitement, on reconnaît la validité de la critique. Les journalistes sont
soumis à de telles pressions, sont dans de telles conditions de précarité
qu’ils ne peuvent pas faire autrement que de pondre de l’eau tiède.
Globalement,
ils ont raison, et on peut difficilement le leur reprocher. Mais alors, il faut
tout de même distinguer entre la masse des précaires et les journalistes
vedettes, lesquels n’hésitent pas à user de l’argument pour se dédouaner.
Ensuite
quid de la prétention des journalistes à présenter la vérité s’ils
reconnaissent implicitement l’auto-censure qu’ils mettent en place ? Dans ces
conditions, la déontologie devient une vaste rigolade et il est un peu obscène
d’y faire référence à tout bout de champ.
Enfin, on
devient journaliste, en général, du fait du capital symbolique attaché à cette
fonction. Etre journaliste, en substance, c’est mieux que d’être
expert-comptable, charcutier, gardien de zoo, ça classe un peu plus. Pourquoi ?
Parce que d’après l’image d’Epinal et la mythologie associée : on dit la vérité
et on peut défaire les puissants. Cette référence aux capacités sublimes et
fantasmées de la fonction et aussi aux (rares) grands anciens (par exemple
Albert Londres lorsqu’il dénonce les conditions inhumaines du bagne de Cayenne)
devient inconsistante si l’on se défend des accusations en affirmant qu’on est
un travailleur précaire obligé à l’auto-censure.
En résumé,
si le journaliste est un salarié comme un autre, la baudruche se dégonfle et on
voit mal ce que deviennent ses prétentions qui s’accroissent évidemment à
mesure que sa fonction réelle devient triviale. L’argument du misérabilisme se
tire donc une balle dans le pied.
- La pluralité : cette fois on tente de
contrer l’accusation en faisant remarquer que l’on n’est pas dans un système
totalitaire, et que la diversité des médias permet à toutes les opinions de
s’exprimer et à la vérité de se faire jour, même si elle égratigne certains
puissants au passage.
A cela il
faut répondre plusieurs choses : d’abord, on assiste à une concentration des
médias entre les mains d’une poignée de personnes [5], ce qui réduit d’autant
l’éventuelle pluralité. Il faut aussi rajouter ce qui a été dit à propos du
fonctionnement en réseau des dirigeants, ce qui ne peut que réduire encore
cette pluralité.
Ensuite, on
peut constater, à la lecture des journaux, à l’écoute des radios et à la vision
de la télé, que cette pluralité n’est vraiment pas flagrante. S’exprime un
consensus mou qui monte en épingle des micro-différences pour éviter d’avoir à
avouer que le roi est nu (quelle différence sur le fond entre Le Point et le
Nouvel Obs’ ?). On a ici une application du narcissisme des petites différences
aux média.
Si l’on
compare la pluralité des médias d’avant-guerre (malgré leur vénalité mainte
fois dénoncée et devenue proverbiale [6]) à celle d’aujourd’hui, on ne peut
être que frappé par l’anomie qui règne de nos jours. On peut évidemment mettre
ça sur le compte de l’effondrement des idéologies™ ; il n’empêche ; de la
pluralité, on n’en voit guère.
Enfin, et
c’est le plus important, cet argument fait comme si chaque média avait la même
portée, la même périodicité, et la même diffusion. La diffusion d’un quotidien
comme le Figaro est sans commune mesure avec celle de l’hebdomadaire Politis.
De manière schématique, la pluralité est uniquement verbale si sur 100000
personnes, 3 journaux quasi identiques touchent 999900 personnes et 1 journal
différent des trois autres en touche 100. Cet argument est particulièrement
vrai dans le cas des télévisions qui appartiennent soit à l’Etat, soit à des
grandes entreprises privées dont la déontologie est un modèle pour chacun. En
pratique, un coup d’oeil sur les télés (cable compris) montre à l’évidence que
la prétendue pluralité se dissout dans une série de micro-différences, pour ne
pas dire de nano-différences concernant le traitement de l’information. Il y a
certes pluralité dans le sens d’une grande diversité des thématiques visant un
public précis (jardin, cuisine, voyages, documentaires, sexe, etc.) mais pas
dans la déclinaison du même selon divers angles. Quelle différence réelle entre
LCI et Itélévision ?
Pour
résumer, on ne peut pas parler de stricte pluralité lorsqu’une télé s’adresse à
des millions de personnes et un journal à des dizaines de milliers. Il y a bien
une pluralité dans le sens où un système donné comporte des éléments
différents, mais cette pluralité reste formelle, de pure forme, en considérant
l’audience et le poids économique et médiatique.
C’est l’un
des points les plus intéressants à mon avis. En substance, l’argument des
média consiste à dire qu’ils assurent le bon fonctionnement de la démocratie,
qu’ils la défendent et la protègent [8]. En bref, les média sont une condition
nécessaire au bon fonctionnement de la démocratie, un quatrième pouvoir qui
équilibre les trois autres, chers au Baron de la Brède.
A vrai
dire, c’est l’inverse qui est vrai : la presse « démocratique » n’existe que
parce qu’elle s’exerce dans une démocratie. Sans quoi elle est directement
muselée mais pas supprimée. La presse libre est un sous produit marchand de la
démocratie, et pas l’inverse.
En fait,
c’est plus subtil : il n’y a qu’en démocratie que les média peuvent se
gargariser à la défendre et/ou la représenter. Il ne faut, en effet, pas perdre
de vue que dans tous les régimes totalitaires les média et les journalistes
ont oeuvré. Qu’on songe à La Pravda ou au Volkischer Beobachter
[9]. Hugh Thomas dans son livre sur la guerre d’Espagne [10] rappelle que
Franco lors de sa prise de pouvoir sût satisfaire les journalistes en créant
(enfin) une grille de salaire pour la profession.
On le voit,
l’existence des media n’a rien à voir avec la démocratie. On me répondra : « Ah
mais non pas du tout ! Il ne s’agissait pas d’une vraie presse et de vrais
journalistes ». La question est de savoir ce qu’est un vrai médium. En première
approche, on va dire qu’il s’agit d’un médium qui n’est pas sous contrôle de
l’état ou non soumis à sa censure préalable.
Comment un
médium peut s’affranchir de ces contraintes ? Simplement parce qu’il se déploie
dans un état de droit qui permet aux média indépendants d’exister (propriété
privée et liberté d’expression garanties par la loi). C’est bien la démocratie
qui permet l’expression de la presse et non pas l’inverse.
De plus, on
peut se demander si la censure (ou l’auto-censure) économique est tellement
préférable à la censure étatique. Il ne s’agit pas ici de prétendre que La
Pravda vaut bien Le Monde. Encore faut-il remarquer que le plus
scandaleux dans le régime soviétique, c’est le traitement qu’il faisait subir à
son peuple, et non pas sa presse aux ordres, qui structurellement pouvait
difficilement faire autrement.
Non,
comparons ce qui est raisonnablement comparable. Est-ce que la censure
gaulliste sur la première chaîne de l’époque donnait in fine une information
tellement plus tronquée que celle que donne, par exemple, TF1 ? Les cibles de la
censure ont changé, certes, les moyens de pressions aussi, mais le résultat
final est-il tellement meilleur ?
l’opinion
publique
Un autre
argument qu’invoquent les média est qu’ils informent l’opinion publique et
parfois la représentent directement... Et ce faisant, ils empêchent des dérives
totalitaires. Evidemment, il s’agit d’un pur fantasme. On voit mal nos hommes
politiques être saisis par l’hubris et se mettre à vouloir créer une Europe de
mille ans. Le totalitarisme, comme son nom l’indique, doit être articulé à un
contrôle total de l’économique et dans ce cas, ce ne sont pas des média
appartenant déjà majoritairement à des oligopoles qui s’opposeraient à cette
dérive. De là à dire qu’elle est déjà réalisée...
Le problème
vient de ce que l’opinion publique est une entité fictive, une abstraction
assez mal définie qui peut être mise à toutes les sauces (d’ailleurs c’est même
un métier de nos jours, on appelle ceux qui vont à la pêche de l’opinion
publique, les sondeurs. Ils en capturent parfois de beaux spécimens...). On
peut même dire que c’est un mythe politique bien pratique pour gouverner, au
même titre que le contrat social (personne n’a jamais signé aucun contrat).
Mais
laissons cela de côté et disons que l’opinion publique se résume à la somme des
gens (des citoyens, si on veut, mais j'éviterais d'employer ce terme trop connoté). Admettons qu’un gouvernement veuille adopter
une mesure impopulaire. Les médias informe donc les gens de cette mesure, leur
rôle se limite alors à une sorte de bulletin officiel généralisé : voilà ce
qu’a décidé le gouvernement. L’opinion publique mécontente fait comprendre
qu’elle est contre. Par exemple, elle se manifeste alors dans la rue
(c’est-à-dire des individus manifestent dans la rue). Les média avec leur
objectivité coutumière se font la chambre de résonance de cette colère (avec
des bémols, c’est normal). Le gouvernement retire la mesure impopulaire.
Evidemment,
c’est une image d’Epinal. Pour plusieurs raisons :
- D’abord, on ne peut que remarquer le mépris
avec lequel les médias ont traité les dernières manifestations [a] (et ce avec
d’autant plus de force que le medium avait une diffusion élevée). On a eu une
coalition de média au service du fric et de dirigeants qui favorisaient le dit
fric. C’est une simple illustration de ce qui a été dit au chapitre précédent :
les média sont au service de leurs propriétaires et annonceurs.
- Ensuite, contrairement à ce que s’imaginait Gustave
Le Bon dans sa Psychologie des foules, 1895, (PUF, 1963) une
manifestation n’est pas un brusque conglomérat de personnes indifférenciées
autour d’un meneur. Une manifestation est l’oeuvre de syndicats,
d’associations, de collectifs, etc, auxquels peuvent s’agglomérer des
individus. C’est donc l’oeuvre d’organisations prééxistantes à la dite
manifestation et qui d’ailleurs appellent à manifester à telle date, à tel
lieu, et organisent les déplacements des militants en réservant des cars. En ce
sens, l’opinion publique est en fait un conglomérat d’associations au sens
large (ce qui, en passant, est un peu dommageable du point de vue de la
représentativité démocratique).
Mais
surtout il faut revenir à la distinction que fait Krauss entre la liberté de la
presse et la liberté tout court.
Si la
liberté tout court est inscrite dans la Déclaration des Droits de l’Homme, ce
n’est pas le cas de la liberté de la presse. Généralement les média s’appuient
sur l’article 19 de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1948 pour glorifier
leur action. Il n’est pas inutile de reproduire cet article dans son
intégralité :
Tout
individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le
droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de
recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et
les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.
On remarque
qu’il n’est fait mention nulle part, ni de presse, ni de journalistes. Le
journaliste n’est qu’un cas particulier de l’individu qui ne peut pas être
inquiété pour ses opinions, et il a comme circonstance aggravante d’être
généralement un salarié, et donc d’être limité de ce fait dans l’expression de
ses opinions (s’il en a). En fait le journalisme est une sorte de privatisation
d’un droit accordé à tous, privatisation qui s’accompagne en pratique d’un
monopole.
On
remarquera que cela n’est pas propre aux média. Il s’agit d’une simple
application de la division du travail au champ de la médiation. Ce qui est plus
grave, c’est le tour de passe-passe : on part d’un droit offert à tous les
individus sur lequel on exerce un monopole, lequel monopole est défendu au nom
de ce droit, de manière détournée en invoquant une liberté de la presse
inventée de toute pièce.
Répétons le
: la liberté de la presse n’est pas un droit de l’homme. En théorie, elle est
déjà encadrée (droit de réponse, diffamation, fausses nouvelles) et elle
pourrait être retirée dans le cas où cette liberté deviendrait licence ou
cache-sexe pour permettre à des industriels de s’enrichir avec la cerise sur le
gâteau : « J’oeuvre pour la démocratie, moi, monsieur. »
Pour les
raisons susdites, il n’en est évidemment rien. D’abord parce que les médias génèrent
du futile et de l’événementiel : tel accident de train ou d’autocar va
encombrer les titres pendant des jours alors que les réunions de l’OMC vont
être passées à l’as (c’est un exemple théorique). Ensuite parce qu’étant
essentiellement formés à recopier des dépêches AFP et pris dans la contrainte
de la production à flux tendu, les journalistes n’ont pas les capacités
d’analyse pour traiter les sujets ardus, et encore moins d’en faire des
synthèses ou même de la prospective. Synthèses et prospective sérieuses,
s’entend.
De même, on
ne va pas traiter les conflits en prenant du recul et en essayant de comprendre
comment on en est arrivé là. Alors, on va mettre en scène des jolies histoires
à la Disney avec des bons et des méchants [11]. Ou bien on va dire que c’est la
fatalité [12]. Et plus souvent, on va remettre en scène le bourrage de crâne,
si on fait partie des belligérants, comme au bon vieux temps de la guerre de
14-18 (guerre du Golfe, intervention au Kosovo [13], intervention en
Afghanistan, etc ...). Ensuite pour les raisons économiques : on ne va pas
ennuyer le lecteur avec de sombres histoires de fusions de grands groupes, qui
mettent en péril (ou pourrait mettre en péril) l’idée même de démocratie,
puisque ces groupes sont affiliés à des degrés divers à l’employeur.
Il faut
bien voir qu’en pratique et en général, les média ne mentent pas. Pas activement du moins.
Ils mentent passivement en passant sous silence ce qui ne les intéressent pas,
ce qu’ils sont incapables d’analyser ou ce qui dérange (pour une raison X ou
Y). Si les média ne parlent pas de l’évènement A, en pratique, cet évènement
n’existe pas, le public n’est pas mis au courant de son existence, et donc, il
ne fait pas partie du réel. On a donc au final un filtrage, un découpage du
réel suivant des critères assez nébuleux et parfois inavouables. Evidemment, on
ne peut pas traiter de tout le réel, sans compter que personne ne sait ce
qu’est exactement ce fameux réel. Certes. Et c’est même l’argument massue des
média pour justifier leur choix. Le problème, c’est que ce filtre est presque
toujours le même : pourquoi la présence écrasante du sport à la télévision, les
marronniers (le salaire des cadres à la rentrée dans les news) et surtout une
optique dans l’ensemble néo-libérale en godillots pour traiter les sujets ?
Au final,
on en arrive à ce que les média ne véhiculent plus qu’une version à la fois
biaisée, conformiste et passablement gnan-gnan du monde. On finit par se
retrouver avec sans cesse les mêmes thèmes éternellement ressassés, la même
optique nunuche et moralisatrice, et in fine, une représentation du réel qui
n’a rien à envier à celle d’un sitcom. La frontière entre le divertissement,
l’entertainment et l’information s’efface. Mais nul n’ira l’avouer et l’assumer
(même Paris-Match prétend faire de l’info). Plus le temps passe, et plus
le traitement de l’information s’aligne sur celui de VSD ; il suffit de
regarder les gros titres du Monde en kiosque.
L’inquiétant
dans tout cela, c’est que cette disneyisation du monde finit par devenir dans
une certaine mesure opérante. A force d’être répétée, on peut se demander si le
public ne la prend pas (en partie) pour argent content et finit par aligner ses
idées et donc son comportement sur cette vision. Le cas le plus évident est
celui de l’insécurité, martelée par les média [14] et qui a finit par
convaincre les habitants du XVIeme arrondissement de Paris qu’ils risquaient la
mort à aller acheter le pain. Il ne s’agit pas de nier la dite insécurité dans
les coins chauds, mais de se demander pourquoi dans des campagnes où l’on a
jamais vu un maghrébin, commence à apparaître une paranoïa anti-bronzés.
Il est
possible que commence à se faire jour un conditionnement insidieux, un
formatage comportemental, qui certes n’a rien à voir avec les délires qu’on a
pu connaître il y a quelques décennies [15], mais qui ne peut que rendre le
monde réellement disneyien, renforçant par un phénomène de feedback le
traitement du dit monde par les media.
En gros, on
a d’une part :
- Des gens visant à la maximisation des profits
(les propriétaires/annonceurs), aidés en cela par les portes-flingues que sont
les journalistes.
- De l’autre, un public passablement amorphe,
qui rechercherait tout de même des vérités sur le monde et qui se ferait
régulièrement rouler dans la farine.
Si le
premier moment est globalement exact, le second est plus problématique. On ne
voit déjà pas très bien pourquoi les gens regardent la télévision ou lisent le
journal. Surtout s’ils savaient qu’on leur raconte des salades ou au moins des
demi-vérités sans consistance.
Il est
quand même troublant de constater que les lecteurs du Monde, qui sont au
courant des théories critiques (ou sont censés l'être), continuent à lire ce journal. Il est même assez
probable que le nombre d’abonnés n’a pas diminué depuis la parution du livre de
Péan et Cohen, La Face cachée du Monde, Mille et une nuits.
Comme il a
été dit au chapitre du Bluff, il ne faut pas perdre de vue que les
médias ont imposé depuis près de cent cinquante ans l’idée qu’ils étaient
indispensables. Que lire le journal (ou regarder la télé) est une forme de
participation démocratique, voire une forme de résistance aux forces délétères
qui menacent la démocratie.
Sans aller
jusque là, il apparaît comme certain que le fait de sacrifier aux média est
une preuve de conformité sociale. Il faut se tenir informé. Pourquoi, on ne
sait pas exactement. Sauf cas particulier, on ne voit pas très bien en quoi une
lecture ou vision quotidienne apporte quoi que ce soit à qui que ce soit, étant
donné qu’un événement ne débute pas au matin pour disparaître le soir. Il sera
toujours temps d’y prêter attention en temps utile, un peu plus tard. Se
connecter [16] aux media devient une sorte de conformisme social, au même
titre que prendre le café le matin autour de la machine du même nom.
Objectivement, cette connexion est inutile. Pas quotidiennement du moins.
Corrélativement,
l’argument selon lequel les gens se connectent aux média car ils sont dans
l’ignorance de leur malhonnêteté ne tient pas. Car les gens sont plus critiques
qu’une certaine école de pensée a pu le laisser croire. Chacun a pu faire
l’expérience de ces personnes qui conspuent les média (« tous des menteurs »)
tout en continuant à s’y connecter. On est dans le registre du « tous pourris »
qu’on applique à des hommes politiques pour lesquels on vote au final. On
arrive à la conclusion que les gens ont parfaitement intégré l’honnêteté très
relative des média, même si les analyses et articulations ne sont pas forcément
aussi fouillées que dans les ouvrages spécialisés. Mais reste le fait,
primordial, que cette critique est présente et intériorisée.
On en
arrive à l’idée que, peut-être, ce n’est pas la vérité ou des vérités que
recherchent les gens, mais d’abord une forme de divertissement. Comme on l’a
vu, il y a de plus en plus confusion entre l’informatif et le distrayant. En
quoi la mort de Lady Diana est-elle une information de la même qualité que par
exemple une explication des manipulations boursières ? En rien : il s’agit de
spectacle. Les média sont des générateurs de distractions, et ne sont plus que
ça. Le 20 heures à la télé est une mise en scène du monde ; tour à tour amusante,
émouvante, chauvine, (vaguement) impertinente, etc ... La distraction n’est pas
angoissante ; les vérités peuvent l’être. On peut donc se demander si le public
tient tant à ce qu’on lui explique comment il se fera plumer lors de la
prochaine OPA, par exemple.
Et
finalement, on peut se demander si la fonction des média n’est pas celle d’un
pôle d’identification, pôle de connivence au monde. Pôle rassurant bien
entendu. Il est fascinant de constater que se déploie, tout particulièrement à
la télé, une sorte d’humanisme con-con, moralisateur à l’extrême, que ce soit
dans les fictions et dans les infos. On y voit des braves types, toujours les
mêmes (comme le présentateur du 20 heures), sortes de modèles de bénévolence
affadie, qui surtout ne surprennent en rien et déploient sous nos yeux un monde
où finalement tout est prévisible et où demain est pareil à hier. Il se peut
que dans des sociétés passablement apeurées devant l’avenir, les média aient
une fonction émolliente dont le but est de rassurer le public sur l’inocuité
foncière du monde. Le monde est simple, il est en général gentil, il ne risque
pas de nous échapper, et rien ne risque de nous surprendre.
Il faut
bien voir que lors de l’émergence des sociétés de masses, s’est posé le
problème de la cohésion de telles masses, surtout à une époque où la religion
en perte de vitesse ne pouvait plus jouer ce rôle. Il est possible que les
média se soient chargés de cette tâche. Les médias, c’est la communion, en
somme [17].
Dans cette
optique, la critique des media est totalement hors de propos. On ne peut les accuser
de déformer la réalité si leur but est en fait l’entertainment. D’un autre
coté, les dits média ne peuvent prétendre à une position surplombante, s’ils
jouent désormais le même rôle que Dallas.
Une
dernière chose : Il faut voir que si un medium est un pôle d’identification,
c’est aussi parce qu’il met en scène les préjugés et opinions du connecté.
C’est d’ailleurs pour cela que généralement on lit toujours le même journal ou
qu’on regarde la même chaîne de télé. Il y a donc un rapport affectif entre le
connecté et le medium. Un rapport assez fort, peut-on penser. Ce qui explique
probablement la persistance du lectorat du Monde malgré les boulets que
se coltine ce dernier. Essayer de convaincre quelqu’un que son medium ment est
à peu près aussi vain que d’expliquer à un amoureux que l’objet de son amour
n’est pas aussi bien qu’il ne l’imagine. Tout ce qu’on risque d’y gagner, c’est
une colère dirigée contre le critique. Ceci explique probablement, les
réactions irrationnelles qu’on peut observer de temps à autre lorsqu’un medium
se fait épingler.
On peut
schématiser cela de la façon suivante :
- Si je me connecte à ce medium, c’est que ce
medium est ce qu’il y a de mieux pour moi
- Donc ce medium est bon
- Toute attaque contre ce médium est une
attaque contre moi-même
- Dire que ce medium est truqueur revient à
dire que je ne m’en suis pas aperçu, donc que je suis un con
- Je réagis donc violemment
En conclusion, il apparait que les media forment une formidable entreprise de déréalisation, mais que d'un autre côté elles satisfont un public de plus en plus terrorisé par l'avenir et avide de consolations et/ou de certitudes. Quant à savoir, si elles font correctement son boulot, la question ne se pose même pas à mon sens et était déjà réglée avant même le début de cet exposé pour toutes les personnes qui réflechissent un tant soit peu. La meilleure preuve qui en soit est que la dernière ligne de défense des afficionados des media est celle du sempiternel lien social, c.a.d de rien étant donné que n'importe quelle activité dans une société relève par définition du lien social et peut même prétendre le reconstruire. Ca ou ne rien dire, c'est du pareil au même.
Un dernier mot : tous ceux qui s'imaginent avoir une démarche citoyenne en traitant sur leurs sites ou blogs de ce qu'ils s'imaginent être des problèmes de fond, ne semblent pas bien prendre en compte que ce dont ils parlent est en fait ce que les media leur donne comme grain à moudre, grain totalement inoffensif, ce que les media leur indiquent comme étant dignes d'être discuté. En résumé ils sont, pour paraphraser Lénine, les idiots utiles de la société des media ...
- Hersant contrôle (via Socpresse) : Le Figaro,
le Figaro magazine, le Dauphiné libéré, L’Express, Lire, l’Expansion pour ne
parler que des plus connus.
- Pinault contrôle (entre autre) Le Point
- Largardere (via Hachette contrôle Le Journal
du dimanche, La Provence, Nice-Matin, Var-Matin etc.
Et nous
vous ferons grâce des participations diverses et variées (majoritaires,
minoritaires, croisées, ...)
[3] Voyons
ce qu’en disent nos amis américains de Salon.com : « Take Karl Zero, whose
"Real Journal" program runs on Canal Plus. When Zero
inaugurated the show, a very French mix of satire and investigation, he boasted
that he had the right to go after anyone in France, including his corporate
bosses. Lately Zero says that he can investigate anyone except Vivendi »
[4] Ce point, développé par Pierre Bourdieu sort du cadre du présent article
[5] La
documentation est abondante : voir par exemple http://www.esj-lille.fr/docpresse/Presse/eco.htm
[6] Suite à la révolution de 17, les bolcheviques
saisirent la correspondance de Raffalovitch, qui était chargé d’arroser la
presse française pour vanter les fameux emprunts russes. Ils fournirent ces
documents au PCF qui les publia dans l’Humanité en 1923. Puis en fut tiré un
livre : L’abominable Vénalité de la presse française, 1931 ; cf.
Jean-Noël Jeanneney, Une histoire des médias, Seuil,2 ed., 2001. Lire
également : L’argent de la presse française des années 1820 à nos jours
[8] De quoi
on se sait trop à vrai dire
[9] Un des
organes du parti nazi dont le rédacteur en chef était Alfred Rosenberg, ponte
du parti
[10] La
guerre d’Espagne par Hugh Thomas, Laffont Bouquins
[11] Par
exemple, dans l’ex-guerre de Yougoslavie, les Croates sont passés du statut de
méchants séparatistes néo-fascistes à celui de victimes des vilains Serbes
nationalo-staliniens
[12] Comme
dans le cas des affrontements Israelo-palestiniens
[13] Voir à
ce sujet : L’opinion, ça se travaille par Serge HALIMI et Dominique
VIDAL, Agone
[14] Voir Les
pyromanes de l’insécurité
[15] Il y a
encore des illuminés qui s’imaginent que des industriels sournois insèrent des
images subliminales au cinéma
[16] On
utilisera désormais ce terme qui englobe : lire le journal, écouter la radio et
regarder la télé
[17] C’est
une partie de l’analyse de Régis Debray
[a] En l'occurence, il s'agissait des manifestations contre la modification du régime des retraites. On peut songer aussi à l'attitude plus que méprisante des media lors du référendum sur la constitution européenne.
07 janvier 2007
Un sujet qui fache
Au Proche-Orient, en plus de l'Etat d'Israel (et de l'Etat croupion Palestinien), on peut compter un certain nombre de pays : La Jordanie, le Liban, la Syrie, etc ... (on laissera de côté l'Irak pour des raisons évidentes). Pays dont on ne parle jamais sauf lorsqu'ils sont en guerre avec Israel. Pour les media, le Proche-Orient, c'est le conflit Israelo-Palestinien. Il capte à lui tout seul l'essentiel de l'attention portée aux conflits de basse intensité. Car c'en est un : du 07/2000 au 12/2005, on dénombrait 4907 victimes (3815 palestiniennes et 1092 israéliennes) [1], soit environ 1000 par an. C'est finalement assez peu ; rien qui justifie que l'attention du monde entier se polarise en permanence sur ce petit coin de planête.
A titre de comparaison, la guerre au Sierra Leone, a fait en 10 ans, de 100000 à 200000 victimes. On en a assez peu parlé, malgré des massacres d'une toute autre ampleur. Et remarquons bien que le delta des estimations (du simple au double) sous-entend en fait carnages de masse, charniers, déplacements de populations et pratiques quasi-génocidaires. Certes il s'agit d'une guerre qui a duré deux fois plus longtemps que la seconde intifada, mais néanmoins il reste que les chiffres ne sont pas comparables.
On pourrait se dire que si l'Etat d'Israel était peuplé de Druzes (par exemple) en guerre contre des Palestiniens, nul n'y preterait une grande attention. La bonne-mauvaise conscience occidentale post-Shoah fait se focaliser les opinions euro-américaines sur ce tout petit territoire. Avec aussi le vague sentiment, résidu d'antisémitisme, que le juif, en Israel, a failli, n'ayant pas joué l'échine basse et ayant eu le culot de se doter d'un Etat comme les notres. Ou on ne digère pas que la victime se soit tranformée en salaud, nous trahissant ainsi [2]. Sans compter que certains ont trouvé le juif du juif, à savoir le palestinien, la victime souffrante pour laquelle on peut prendre fait et cause, maintenant que les israéliens sont devenus un peuple comme les autres, avec une armée, des usines, de la consommation, et même des films pornos.
Toute opinion sur le conflit est irrémédiablement vouée à partir en vrille en plein irrationnel. Fantasmes, projections, Israel sert à tout. Il suffit de voir certains intellectuels juifs de France, soit disant héritiers des Lumières, justifier l'existence de l'Etat d'Israel à partir de sources religieuses. Il suffit de voir la droite française fantasmer Israel comme dernier bastion devant Al-QuaÏda. Il suffit de voir la gauche française soutenir sans férir l'Autorité Palestinienne, peu démocratique et totalement corrompue.
HautetFort s'est fait la spécialité des blogs communitaristes. J'ai pu lire des textes pro-israéliens (rassurez-vus, c'est pareil de l'autre côté) hurler à la barbarie lors des attentats de kamikazes dans les marchés ou les autobus. Je voudrais rappeler deux points :
- La technique du camion ou du bus piégé, historiquement, a été mise en place par la Hagannah contre les Palestiniens lors de la seconde phase de la révolte arabe de 1937.
- En quoi un bombardement de quartiers résidentiels à l'obusier, comme ce fut le cas à Sarajevo, est-il moins barbare qu'un attentat suicide en plein centre-ville ? Le kamikaze est lâche et inhumain. L'artilleur qui fait pleuvoir les obus sur le même marché est courageux et respecteux de la vie ...
Une dernière remarque : c'est l'ennemi qui décide qu'il est votre ennemi et qu'il est en guerre. Vous pouvez bien lui raconter que ce n'est pas le cas, il s'en fout, et de son point de vue, c'est un signe de faiblesse de votre part. Si des factions du Fatah s'estiment en guerre contre Israel, et bien, elles le sont. Elles font la guerre avec leurs moyens, sans armée, sans aviation, et sans beaucoup d'armes. On appelle ça le terrorisme. Ce n'est que ça le terrorisme : la guerre avec un budget limité ...
1 On remarque en voyant ces chiffres que l'on n'est pas dans le cas d'une guerre coloniale. Le rapport est d'environ de 3 palestiniens tués pour un israélien. Dans une guerre coloniale qui se respecte, le rapport est au moins de 10 à 1. Par exemple, lors des masssacres de Setif en 1945, on a dénombré 100 européens tués et 1000 musulmans lors de la répréssion (chiffre officiel de l'armée française, donc a minima).
2 Une victime n'est pas nécessairement une sorte d'ange opprimé. Ce peut être un salaud que les circonstances ont empêché de donner la pleine mesure de sa malévolence.
02 janvier 2007
Vampyros mais pas lesbos
Il y a des jours comme ça où
je n’ai vraiment rien à foutre. Ou plutôt quand je n’arrive pas à dormir, je
pense à des trucs. Comme aux vampires. Je n’aime pas tellement les histoires de
vampires. Le vampire lui-même, je l’aime bien. Mais les histoires de ne me paraissent
pas tenir debout. Enfin, c’est vrai, soyons sérieux deux minutes. Si tous les
gens qui se font mordre par ces zorribles créatures deviennent à leur tour des
vampires, il me parait assez évident qu’en quelques années, la planète entière
sera envahie par ces bestioles et on connaîtra un boum des constructions en
sous-sol.
Et songez que ces sales bêtes
peuvent mordre plusieurs fois par nuit. Laissez, laissez … la formule est en
(1+m)n où m est le nombre de morsures nocturnes. Si l’on admet qu’ils
sont assez vigoureux pour mordre 3 fois par nuit, en 10 jours on aura 1048576
(un bon million) et en un mois 1152921504606846976, ce qui à mon avis dépasse
le nombre d’habitants de la galaxie.
Evidemment des petits malins
me feront remarquer que on ne devient pas vampire en une nuit après avoir été
mordu. C’est hélas bien vrai. Il faut faire entrer en ligne de compte la
période de latence au bout de laquelle la victime est définitivement
devenue vampire. Là, ça se complique. Disons qu’on peut écrire que Qn
= Qn-1+Qn-1-l, où Qn représente la quantité de vampires
au jour n et l la latence (en jours). Mais cela ne nous donne pas une jolie
formule directement applicable, d’autant que je n’ai tenu compte que des méchants
monomordeurs, car ça devient une puissante horreur en cas de morsures
multiples.
Mais comme j’ai un
nordinateur, j’ai modélisé tout ça en deux coups de cuillère à pot, et je vous
donne les deux beaux schémas suivants :
Le premier représente le
temps nécessaire à faire disparaître une population de 100000 et de 1 million
de personnes en fonction de la latence, avec un nombre de morsure égal à 1 ou
5.


Il apparaît malheureusement
que la latence est le paramètre le plus important, celui qui a le plus d’influence,
et il me faut conclure que l’existence de petits groupes de vampires provient
probablement de ce que le temps de latence est très long ; peut-être se
chiffre-t-il en siècles.
Demain je peins des otaries
en rouge pour voir comment ça fait …
29 décembre 2006
Points
Comme beaucoup de gens,
comme moi, vous avez du vous rendre compte que les gens ont parfois un
comportement plus qu'étrange lorsque l'on parle avec eux. Quand je dis parler,
cela veut dire d'autre chose que de la pluie et du beau temps, de ce que disent
les media (et surtout de la façon dont ils le disent), et d'une manière
générale de ce qui fait consensus. Si pour vous le dialogue n'a qu'une fonction
sociale et pas cognitive, ce qui va suivre peut ne présenter aucun intérêt.
Vous pourriez même croire que je décris les moeurs d'une civilisation
extra-terrestre.
Il arrive donc qu’au cours d’une
discussion un peu fouillée, votre interlocuteur pète complètement les plombs et
semble laisser son cerveau au vestiaire. Il s’énerve brusquement et sans
prévenir, campe sur ses positions comme si sa vie en dépendait, vous saute au figuré à la
gorge et devient soudain aussi borné qu’un douanier qui a décidé
de vous faire chier. Naïf, vous croyez qu’il vous a mal compris, et expliquez
pour la troisième fois ce qui vous parait aller de soi. Et puis, quand vous
accomplissez la boucle pour la 20ème fois, vous vous rendez compte
enfin que, sans le faire exprès, vous avez mis le doigt sur un point Godwin.
Qu’est-ce qu’un point Godwin ?
Un extrait (d’ici) pourra éclaircir un peu ce post d’une haute teneur théorique :
Plus une discussion
s’allonge sur un forum, plus la probabilité augmente qu’un des participants
recoure à un argument basé sur une comparaison avec les nazis, Adolf Hitler ou
le IIIe Reich, sur le modèle "vous êtes des nazis (…) Dès lors, le
débat est mort : on plonge dans l’affectif, l’insulté hurle sa rage parce
qu’on l’a traité du pire (…).
Comme je n’ai pas l’intention
d’être très regardant, je redéfinirais le point Godwin en ce qui concerne les
personnes comme étant un sujet qui rend votre interlocuteur aussi perméable à l’argumentation
qu’un intégriste quelconque lorsqu’on lui fait remarquer que son dieu a toutes
les chances de ne pas exister. C’est un point fondateur de son caractère, qui
ne peut être remis en cause, même de manière tout à fait théorique et/ou
hypothétique, sans quoi toute discussion sombre dans l’affectif, l’invective et
le procès en sorcellerie si vous continuez à faire le malin. La comparaison
avec l’intégriste est tout à fait adéquate, sa foi ne pouvant être discutée. La
différence, toutefois, vient de ce que souvent, le point Godwin est inconscient,
et que la personne blessée en son soi, croit de bonne foi être restée raisonnable
sans même s’apercevoir que son argumentation bat la campagne et vaut bien celle
du plus sectaire des fanatiques religieux. De toute façon, vous ne pourrez
jamais l’en convaincre.
A vrai dire, j’appellerai
Point Godwin toute situation où l’individu bascule dans l’affectif et l’irrationnel
tout en le déniant.
Toute personne possède un ou
plusieurs points Godwin. Une analyse réussie sur 25 ans peut permettre de reconnaître
les points Godwin en tant que tels, sans, je vous rassure, être capable de les
extirper. Ceux qui prétendent mordicus ne pas être astreints à cette loi d’airain
sont évidemment les plus atteints. En ce qui me concerne, on ne peut même plus
parler de points Godwin, mais de surfaces Godwin, tant il est vrai que
la simple vision de certaines personnes suffit à me mettre dans un état de rage
quasi incontrôlable. Par exemple, les militants UMP ou les commerciaux[1]. Mais il
n’y a pas qu’eux. Toute forme de bêtise (par essence infatuée d’elle-même) tend
à ricocher sur mon armure Godwin.
Le point Bolo est une forme
de point Godwin lié au Zeitgeist, et particulièrement actif chez les
gens fortement socialisés, c'est-à-dire ceux qui prennent tout discours
dominant pour argent content et à leur propre compte. Les points Bolo forment
alors l’ensemble de tous les préjugés de l’époque intériorisables par les
sujets. Si vous ironisez sur le Téléthon
et les myopathes, vous pouvez être presque certain que le point Bolo ad hoc va
s’activer chez votre interlocuteur.
Le point Waga est une variété
de Point Godwin pour lequel le sujet, non seulement, perd toute capacité
cognitive, mais en plus tient des propos complètement aberrants, objectivement
faux sans l’ombre d’un doute et de surcroît en contradiction formelle avec le
point de vue qu’il défend ou s’imagine défendre. Un point Waga permet à d’éventuels
témoins de se rendre compte de l’état de pédalage dans la semoule avancé du
patient, et peuvent vous rassurer sur votre propre état mental, tant il est
vrai qu’on finit par douter devant tant d’élucubrations hargneuses et
vitupérantes.
Toute entreprise destinée à
éviter les points Godwin est condamnée à la futilité et au vide. Telles sont les
télés généralistes : ne voulant heurter personne, ne lever aucun point
Godwin, elles moulinent le néant à tour de bras. Nos sociétés qui semblent si
policées et si civilisées ne sont qu’amnésiques de leur fonctionnement, lequel
consiste à ne rien dire sur rien, à condamner les sujets et leurs dirigeants à
l’insignifiant, en évitant de réactiver les points Godwin. Tout discours
doloriste sur la décadence du politique ou l’absence d’engagement ignore l’existence
même des points Godwin et d’une manière générale des idéologies [2]
irréconciliables. On peut faire là une analogie avec Hobbes : Là où règne
le combat de tous contre tous, un pouvoir indépendant et tout puissant devient
indispensable. Là où règne la possibilité de la folie des points Godwin déchaînés,
une politique de l’insignifiant, une politique du Dernier Homme, devient
indispensable.
1 Les commerciaux sont des gens qui arrivent à fourguer des vélos de course à des grabataires et qui en plus s'en vantent.
2 A prendre dans un sens neutre : une façon d'appréhender la réalité
05 novembre 2006
En revenant d'hosto (ha ha ha)
Dostoievski m'a toujours puissamment fait chier. Bien entendu on m'a longtemps fait comprendre (et on continue à le faire) que j'étais dans l'erreur, et que Fiodor était un de ces titans de la littérature devant lesquels l'unanimité tire ses feux d'artifices. On m'a mené face au marbre sur lequel est gravé l'acte de reconnaissance par l'Humanité de l'excellence absolue de Fiodor.
Tout cela ne m'a pas convaincu des masses énormément.
D'abord parce que Fiodor, il m'emmerde.
Ensuite parce que ses supporters frétillants ne m'émeuvent pas outre mesure par la justesse de leur goût ou simplement par la présence tout court d'un goût.
Fiodor, c'est un peu comme Mozart. Et je ressort un extrait de commentaire que m'a laissé quelqu'une qui en a (du goût) : [Mozart] La musique des gens qui ne comprennent pas la musique, de même que le bordeaux est toujours le choix des gens qui ne comprennent rien au vin. En résumé, l'admiration pour Fiodor ne vient trop souvent de ce que Fiodor est supposé être admirable.
Parce que Dosto, par exemple, il nous gratifie de longues, longues pages, des dizaine de, où ses protagonistes dissertent à n'en plus finir sur des sujets censemment profonds, mais qui sont autant de poncifs pompeux. Quand j'étais encore au lycée et que nous glandions en salle de permanence, attendant le prochain cours, il y avait toujours un élève, qualifié par les profs de terriblement mûr, et promis à un bel avenir de notable de province, pour, de la même façon, passer en revue tous les clichés immortels ; la vie, la mort, l'engagement, l'amour, la finitude, et autres yaourtières obligatoires. Dosto est d'une certaine manière l'auteur favori de tous les pions de sous-préfecture avec son acharnement à gloser sans conscience du ridicule, à explorer méticuleusement le catalogue des idées reçues.
Il y a un point commun entre Dostoievski et Stephen King, que nul ne semble avoir relevé : la capacité de tartiner 800 pages à partir d'une intrigue qui en nécessiterait 20 grand maximum.
Et puis, je ne sais pas comment dire ... Ses personnages hystériques, ruisselants de supposée profondeur qui ne cessent de discourir, tout cela est terriblement daté ... Je sais bien que les Grands Zoteurs sont intemporels ; c'est ce qu'on nous répétait en classe, alors que nous nous demandions au nom de quoi on nous infligeait du Corneille. Lequel est absolument illisible de nos jours. Sans compter que les salades de Corneille, on s'en fout. Les Grands Zoteurs sont comme tout le reste ; soumis à la corrosion du temps. Leur succès, à l'époque, était lié à une adéquation au zeitgeist. Lorsque ce dernier évolue de telle façon que les considérations des GZ deviennent caduques, le Grand Toteur devient un Noteur Daté. Seule une mystique du Grand Toteur et de son intemporalité parvient, contre toute évidence, à le prétendre encore acceptable pour un lectorat contemporain. Je comprends bien qu'il soit rassurant de croire à la persistance de quelque chose (du talent, en l'occurence) à une époque de sables mouvants, mais c'est une manière un peu infantile de se raccrocher à quelque chose de stable ou supposé tel. Parce qu'évidemment personne ne se soucie de lire des GZ ; il suffit de prétendre qu'ils existent, et que nous ne sommes pas jetés en un monde en perpétuel mouvement, sans attaches. Il serait trop cruel de se mettre à les lire pour s'apercevoir du ridicule de l'illusion et de l'ennui titanesque né de cette lecture.
Il est possible qu'à l'époque, Dostoievski ait été considéré comme une sorte d'idéal-type de l'âme slave, tourmentée et mystique, un peu comme ces violonistes hongrois qui peuplaient la littérature pour mémères. Fiodor était donc une carte postale de la Russie fantasmée en occident. Cela explique peut-être et, entre autres, son succès (d'époque).
Leonid Andreiev est un auteur russe, mort en 1919. Pas contemporain de Fiodor, un peu postérieur. Immensemment populaire dans son pays, si j'en crois une des préfaces. Pratiquement inconnu en France, puisqu'il est édité par José Corti, ce qui est une sorte de preuve par défaut. Pourtant, Andreiev, est un auteur surprenant. D'abord bien meilleur que son exhumation d'un fond de tiroir ne le laissait présager. Ensuite, extraordinairement moderne, tant sur la forme que sur le fond. Bien sûr, certaines de ses nouvelles ont mal vieilli, comme ce roman inachevé dans lequel le diable prend forme humaine pour visiter les mortels, une de ces paraboles fatiguantes pourtant monnaie courante en ces temps archaiques où la pensée de Dieu et du mal hantait les esprits.
Andreiev est un auteur à découvrir, et, de mon point de vue, infiniment supérieur à Dostoievski.
Evidemment, l'on se demande pourquoi l'un chauffe ses pieds au panthéon des GZ et l'autre se les gèle dehors.
Mystère de la postérité.
Comme tout le monde ou presque, j'ai cru en la pensée rassurante que certes les mauvais auteurs pouvaient connaître une gloire mondaine et momentanée, mais que sur le long terme, le bon grain se séparerait de l'ivraie par quelque procédé, il est vrai un tant soit peu magique. Il semble que ce ne soit pas le cas. Ou pas forcement. Après tout du XIXème siècle, en France, on a plutôt retenu Flaubert que Paul de Koch, comme quoi, il semblerait bien que la machine à filtrer fonctionne.
Alors ?
Je ne sais pas en l'occurence.
Ce qui est sûr : Dostoievski m'emmerde. Il est totalement surévalué par des gens qui ne reconnaitraient pas le talent même s'ils le shootaient. Ces mêmes personnes se pâment devant des Grands Zoteurs, reconnus comme tels, et qui s'avèrent effectivement, mériter, au moins en partie, l'idôlatrie fellatrice qu'on leur prodigue. Dostoievski fait partie du club des Grands Zoteurs.
Voilà les données : vous en tirez les conclusions que vous voulez ...
22 octobre 2006
Ta gueule, Sigmund !
Des fois, je me dis que je comprends pourquoi Freud a mauvaise presse.
Maintenant.
Avant, c'était parce que tout chez lui se ramenait au sesque, et, ça, mon bon monsieur, c'est la fin de la civilisation. Parfois, des gens qui avaient lu ses livres au lieu de s'en tenir aux généralités superficielles comme ci-dessus, repéraient des trous comme la fosse des Mariannes dans son édifice théorique. Mais c'était du temps où les gens lisaient les livres avant pour en parler.
C'était Avant.
Maintenant, on lui tape dessus à coups redoublés. D'abord, tout simplement parce que, en phase réactionnaire ascendante, on cogne avec la vigueur du refoulé sur les îcones d'une supposée libération qui nous a conduit à la décadence où nous nous trouvons, comme tout frustré inculte peut le savoir en se coupant les ongles des doigts de pied. Même si en l'occurence, Freud se définissait plutôt comme un conservateur.
Mais ce n'est qu'un élément parmi toute une gamme de frustrations qui exultent enfin à s'exprimer, depuis la haine des femmes jusqu'aux lois sociales de 1936. Ce n'est pas vraiment à Freud qu'on s'en prend. Mais à l'ensemble dont il faisait partie.
D'autant que le mépris pour l'Autrichien ne provient pas toujours des rangs des électeurs de Sarkozy ou de Royal. D'à peu près partout en fait.
En fait, ce qu'on ne lui pardonne pas, c'est d'avoir dit que les névroses (et les névrosé(e)s) sont d'une grande banalité. Ok, ce n'est pas lui qui a énoncé ces fortes paroles, mais un de ses disciples. Mais pour jouer à Haro sur le baudet, pas besoin de subtils distingos.
Evidemment, ce genre de sentences ne peuvent pas faire bon ménage avec l'individualisme de masse ambiant. On ne peut pas à la fois être un individu unique et fascinant et dans le même temps, un organisme agi par une série de réitérations de névroses, des plus banales de surcroît. Ceci étant, on pourrait nuancer et même faire coexister les deux assertions. Mais ce serait un peu compliqué pour un individualiste de masse.
20 ans auparavant, on aurait diagnostiqué une névrose classique (il/elle est mal baisé(e), du fait d'une enfance rigide , typiquement et pour simplifier) et on aurait catalogué le/la malheureux/se sans préter plus d'attention à ses glossollalies. Il faut dire que internet et les blogs n'existaient pas à l'époque et que donc les névrosés n'emmerdaient en général que leurs proches.
Actuellement, les gens qui vous parlent (par exemple) de défense de la Grande Culture face au nivellement US (c'est toujours le même exemple), le font on line pour d'autres frustré(e)s, et n'aiment pas trop qu'on leur rappelle leur état de névrosé(e)s - ce qui de mon point de vue serait un encouragement à leur faire fermer leur gueule et leur blog par la même occasion. Et même, si leur misère sexuelle est à l'occasion contée, elle l'est en passant, comme si tout cela n'avait aucun rapport avec l'existence même du délire bloguesque. Délire affreusement banal, il va de soi.
Des individus, vous dis-je, des entités uniques et merveilleuses. Infiniment prévisibles, certes. Impitoyablement similaires, donc, sur le fond. Car irrémédiablement bouffés par les mêmes névroses. C'est une hypothèse, remarquez le bien ...
Ta gueule, Sigmund !
20 octobre 2006
Ne pas savoir
La société est fondée sur un crime commis en commun. C'est ce que prétendait le barbu au cigare (pas Castro, l'autre).
Un peu réducteur, mais il y a un fond de vérité. Disons que la société est fondée sur un gros paquet d'hypocrisies partagées. L'hypocrisie, ça consiste, entre autres, à déborder d'indignation lorsque le signal est donné et qu'une hypocrisie a été déclarée désormais fonctionnellement inutile. Par exemple, ça consiste pour les intellectuels à découvrir le goulag dans les années 70, à la suite des livres de Soljénitsyne. Alors que Ciliga (au moins) avait publié un livre sur le sujet dès les années 30, et que Rousset s'était pris un retentissant procès au cul dans l'immédiat d'après-guerre. Deux exemples entre mille.
Ca consiste aussi à - oh surprise ! - s'apercevoir dans les années 90 que la police française avait participé à la rafle du Vel d'Hiv. A vrai dire, elle avait effectué l'opération toute seule. Evidemment, Paxton avait bien débroussaillé le terrain avec son bouquin (1973). Certes, Le Chagrin et la Pitié (1969), en parle. Plutôt deux fois qu'une, même. D'ailleurs on y voit René Bousquet serrer la main d'Oberg (images d'archives reprises dans tous les documentaires sur Vichy). Bousquet, vous savez, le type dont on s'est aperçu 50 ans après que c'était un affreux méchant.
Ca consiste à faire un procès à un vieillard sénile, en l'espèce Maurice Papon, qui joue le rôle du bouc émissaire, qui aurait certes être du être fusillé à la libération, mais qui depuis le temps avait cru qu'il y avait prescription, personne ne semblant s'interesser à son cas, ni à celui de l'occupation et de la déportation des juifs de France.
Dans le même registre, et toujours dans le cas du Vel D'hiv, on peut voir un premier ministre reconnaitre publiquement la coopération de la police française lors d'évènements avérés depuis plus de 50 ans, je le répète.
Vous commencez à discerner ce que je désigne sous le nom d'hypocrisie ?
On peut aussi penser à la guerre d'Algérie et à la torture qui est une question taboue. Tabou, ça veut dire que tout le monde est au courant. On fait dater le début de la guerre d'Algérie en 1954. Dès 1957 (soit 3 ans après, soyons lourdement explicite), une gigantesque campagne de presse se met en branle en France pour dénoncer ce chancre qu'est la torture. Avec démission volontaire d'un général à la clé et Bigeard qui déclare que, la gégène, il l'a essayée sur lui et que ça ne fait pas si mal que ça. Henri Alleg publie même un best-seller sur le sujet, suite à l'affaire Maurice Audin. C'est dire si tout cela a été occulté.
Français, encore un effort, et l'on pourra mettre en scène un procès d'ex-colonels parachutistes nonagénaires au milieu des aboiements de ceux qui ne savaient pas et qui, dégoutés par des horreurs avérées depuis 1957 donc, réclameront une justice exemplaire, chaudement soutenus par un public qui lui non plus ne savait pas, mais qui entend bien se racheter à la suite d'une grotesque cérémonie expiatoire.
Le plus étonnant, et le plus ignoble dans ce festival d'hypocrisie, c'est que les données ne sont pas inaccessibles, loin s'en faut. Les livres sur Vichy se trouvent sans le moindre problème dans les bibliothèques municipales. Celui de Paxton, par exemple, a bénéficié d'un gros succès de librairie, de nombreuses rééditions et d'un passage au format poche. Le Chagrin et la Pitié n'a vraiment pas été diffusé sous le manteau. Il est tellement facile de se le procurer que l'on peut se demander comment on peut ne pas être au courant. Idem pour la guerre d'Algérie. A ce propos, il existe un excellent documentaire sur l'OAS, autre sujet tabou en France. C'est distribué par TF1-vidéo. Et disponible, de la même façon, dans les médiathèques municipales. Pour vous dire si c'est underground et réservé aux chercheurs à cheveux blancs.
En vérité, si l'on veut savoir, on sait. Cela ne nécessite aucun effort. Juste un peu de curiosité. Toutes les informations sont à portée de main. Et gratuitement, de surcroît. Ne savent pas que ceux qui ne veulent pas savoir, les amateurs de lynchages expiatoires, et autres hypocrites qui restent dans le troupeau, bien au chaud, au pays tiédasse des bénis-oui-oui, qui n'ont comme seules certitudes que celles du moment et qui, le temps venu, adopte la nouvelle indignation en court.
L'hypocrise est le ciment d'une société de moutons fiers d'eux-mêmes et de leur petitesse abyssale ...
19 octobre 2006
Liberté et pression
La liberté d'expression, c'est un peu comme mamie Nova. Tout le monde se lève lorsqu'elle apparait. C'est la potiche obligatoire sur la commode du salon devant laquelle on se découvre avec respect. Ce qui est un peu idiot, tout de même (de se découvrir devant une potiche).
C'est important. Il est fondamental de monter sur ses petits ergots rognés dès que ça craspouille un peu dans les soutes. Allons enfants de la patrie, arretons ces féroces soldats et formons un rempart de nos poitrines dénudées.
J'ai l'air de ricaner, là ...
Mon confesseur est ok, et je peux l'avouer : c'est vrai.
D'abord, la liberté d'expression, c'est très bien de la vénérer comme la Ste Vierge à Lourdes. En user, c'est une toute autre histoire. Ne fut-ce que parce que la justice, dans ce pays, est faite pour museler la dite liberté sans coup férir.
Imaginons que, saisi d'une sainte colère, vous vouliez publier un pamphlet assassin contre XXXX (ici n'importe quel nom issu du gotha français ; des media en particulier). Hop, un procès au cul car vous avez porté atteinte à la dignité de XXXX. Même si XXXX est un incompétent corrompu (et c'était d'ailleurs le sujet de votre pamphlet). Pierre Jourde Dans La littérature sans estomac avait sous-entendu (assez lourdement, il est vrai) que Le Monde des Livres était une sorte de Mondial du renvoi d'ascenseur avec Sollers dans le rôle du liftier en chef. D'accord tout le monde le sait. Mais on n'a pas le droit de l'écrire ; la preuve, un avocat outré, tout rouge d'indignation, lui a expedié une lettre cruelle sur ordre du Monde des Livres. Avec menace de mise en scène au tribunal. Qui n'a pas eu lieu il est vrai ; mais LMDL aurait risqué le ridicule le plus complet. Malgré la belle bande de microcéphales qui y oeuvre, on est arrivé là-bas à la conclusion que ce genre de facétie pénale pourrait finalement nuire.
Autre exemple : PLPL publie un papier sur le redoutable A. Minc, grand Tirésias post-moderne à propos duquel ils ressortent quelques insanités publiées jadis (dont l'excellent pronostic selon lequel l'URSS en avait encore pour de nombreux siècles à perdurer - 6 mois avant la chute du mur de Berlin). Grosse colère du gnôme multi-cartes qui traine les très méchants de PLPL dans une salle avec un juge en joli manteau d'hermine. Bon, certes, il perd le procès.
Et même si vous ne vous en prenez pas nommément à un individu, si vous en restez à des entités vagues (si par exemple
vous daubez les catholiques), il y aura toujours quelqu'un pour se porter partie civile, car vous avez discrédité ce qui donnait sens à sa vie (en l'occurence la confédération des familles chrétiennes avec la raie sur le côté).
En résumé, la justice est faite pour museler les empêcheurs de tourner en rond. De toute façon, qu'attendre d'une organisation notoirement conservatrice, si ce n'est réactionnaire ? Méditez cela, petits lapins ...
Mais bon, le problème n'est pas vraiment là. Dans liberté d'expression, il y a deux termes. Toi aussi ami lecteur, trouve les deux termes cachés dans le décor.
Non, c'est pas liberté. Trop facile. C'est expression qu'il fallait repérer.
Comment dire ? Ce qui pose problème, ce n'est pas tant la liberté que l'expression. Tresser des couronnes de laurier à la liberté d'expression quand on n'a rien à dire, pas d'expression en somme, ça a quelque chose d'un peu ubuesque. Les imbéciles, avez-vous remarqué, ont la bouche déformée à force de cracher de la liberté d'expression dans tous les coins. Les imbéciles : ceux qui de toute façon n'ont rien à dire et qui en plus n'osent pas le dire de manière publique. Assez paradoxalement, ceux qui se réclament de la liberté d'expression sont les plus chauds partisans du statu quo. La liberté d'expression fait partie du statu quo, notez le bien. Ils sont scandalisés quand on ne peut pas exprimer des propos islamophobes avec un porte-voix au JT de 20 heures. Alors que les propos islamophobes forment un gimmick obligé des media. Comptez les propos islamophiles dans les organes de grande diffusion en prime-time et revenez me voir. Tenir des propos racistes dans un pays dont le personnel politique et les intellectuels (vous savez, les mecs qui racontent la même chose que votre boucher, la bonne viande en moins) sont ouvertement racistes (au nom de l'universalité, bien sûr), ça c'est de la liberté d'expression. Le jour où un imam se fait interviewer sur TF1 à une heure de grande écoute et qu'il promet à la France (pays impie) une guerre civile, vous me prévenez, hein ?
Si je veux résumer, la défense de la liberté d'expression, c'est la permission de hurler avec les loups. Personnellement, je voyais un truc un peu plus risqué et un peu plus classe.
Enoncer les clichés du moment, c'est de la liberté d'expression. De toute façon, si on fait le contraire, c'est le procès direct.
Des fois, je me dis qu'il faudrait peut-être moins de liberté et plus d'expression.
C'est un peu le phénomène du politically correct. Des têtes de noeuds extra-choice s'imaginent qu'en reprenant le tout-venant réactionnaire, ils font dans la rebel-attitude, dans le politically uncorrect. Certes, ce sont des imbéciles. Mais ce n'est pas non plus une excuse. Ils s'imaginent (et le croient vraiment) que l'espace public est encore noyauté par des gauchistes subversifs qui font là loi. Mefiez-vous des soviets de journalistes à TF1 !
Ces misérables crétins n'ont pas remarqué que plus de 30 ans se sont écoulés depuis les années 70, période où, effectivement, le marxisme se taillait la part du lion. D'ailleurs nul doute qu'à l'époque ils auraient récité du Maspéro les yeux bandés. Voyez-vous, minuscules abrutis, actuellement, et ce depuis 20 bonnes années, tout le monde est libéral. C'est le discours dominant. Et ce n'est pas le plus grave. Non, ce qui est assommant, c'est la regression mentale qui accompagne ce libéralisme (alors que, théoriquement, il n'y a aucune raison pour que ce soit le cas). On en revient aux délicieuses recettes du XIXème siècle : travail/famille/patrie. Dans un pareil climat, on voit qu'il est vraiment politically uncorrect de traiter les immigrés de voleur de travail et les chômeurs de feignants. De la putain de liberté d'expression ...
En résumé, chers petits amis, avant de me les casser avec votre liberté d'expression, réfléchissez deux minutes et ayez quelque chose d'intelligent à dire. De risqué. De neuf. Quelque chose qui va à contre courant. Ensuite, ensuite seulement, vous aurez le loisir de vous poser la question de la liberté ...
13 octobre 2006
Misogynie uber alles !
Souvent je m'ennuie. Je suis même un champion de l'ennui. J'ai toujours eu la vague idée que la vie était un extraordinaire terrain de jeux. Potentiellement du moins. Je ne fais pas partie des gens qui se rendent en masse au temple de la Routine pour leurs dévotions. Dans un monde soumis à la Routine, je m'ennuie, donc.
Et comme je m'ennuie, je me promène souvent sur les blogs. De femmes. De jeunes filles même. Par voyeurisme. Et dans un souci sociologique. Devinez laquelle de ces deux phrases est une excuse bidon.
Et je m'y emmerde sec. C'est pour cela d'ailleurs que j'évite d'y rester trop longtemps. Alors je finis par regarder des films avec plein de craignos monsters inside.
Et pourquoi m'y emmerde-je sec ?
Ben parce que ces jeunes filles - dont la peau a certainement cette saveur un peu sure de l'immaturité - ne savent raconter que deux choses :
- Leur boulot
- Les problèmes avec leur jules et plus grave, la difficulté à en trouver un.
C'est passionnant .... C'est vrai que je ne suis pas obligé de les lire, non plus. Mais c'est fascinant. De voir toutes ses donzelles pleurer après l'âme-soeur, une âme-soeur sérieuse, hein, pas un coup d'une nuit, comme si elles débarquaient impromptument du XIXème siècle. Parce que cette âme-soeur sérieuse, c'est avec elle qu'on va vivre et faire des chiards. Quelle ambition démesurée quand on a entre 18 et 25 ans !
Et si on lit entre les lignes on se rend compte avec tristesse qu'elles sont maqués ou s'appretent à l'être avec des tocards finis, de bons maris, des types aussi surprenants qu'un défilé militaire un 14 juillet, aussi magiques qu'un bol de ricoré.
Certes, certes, elles ont sacrifié à l'air du temps et sont capables de disserter sur leurs sodomies, mais sur le fond, l'attrait du petit foyer étriqué pour les 50 ans à venir est irresistible. Nous sommes en 2006, dois-je le rappeler. On pourrait s'attendre à du conjugal alternatif, à autre chose que ce que préchaient les moralistes du temps de monsieur Thiers.
Outre que ça donne des blogs chiants à lire (mais on y reviendra), on ne peut qu'être effrayé devant une telle regression. Trop souvent, à mon sens, la fondation d'un foyer avec gniards à la clef est un symptome d'impuissance quand on n'est pas capable de faire autre chose de sa vie. Je ne dis pas que ce soit toujours le cas. Mais souvent. Quand je pense que des femmes (et des hommes) se sont battu(e)s pour que cette vision du couple-mausolée soit mise en pièces, je ne peux qu'être des plus déprimés.
Il faut dire que nos donzelles ne font pas de politique. Ou alors au niveau de le mal, c'est pas bien. Et pourtant ... Comme disait l'autre, « la révolution, c'est dans le couple qu'il faut la commencer ».
L'autre truc qui me fascine, c'est qu'il y ait un lectorat pour ce genre de blogs. Parce que, comme je l'ai dit, c'est chiant comme la pluie. Bien sur, on pourrait se dire qu'il s'agit de gens dans la même situation, d'autres donzelles. Mais ça n'explique rien : ce n'est pas parce que j'ai un PC que je vais sur les blogs de nerds.
En fait, il semble qu'il y ait toute une couche de la population (ultra-majoritaire n'en doutons pas) qui adore qu'on lui raconte ce qu'elle sait et pratique déjà. Ca la rassure. Dans ses choix entre autre ou plutôt dans son absence de choix. La télé est un bon exemple de truc qui n'inquiète pas les foules en les représentant à l'écran avec leurs aspirations en sous-sol. Idem avec le cinéma français qui permet aux spectateurs de se regarder à la fois le nombril sur l'écran et leur nombril en se disant que, dieu merci, ils sont comme tout le monde.
C'est beau la jeunesse : déjà vieux, déjà en train de se demander où l'on placera le sapin dans le F4 quand les gosses seront là.
En résumé : l'âge d'or n'est pas pour demain ....
12 octobre 2006
Violence et gâtisme
Il y a des problèmes de violences à l'école. On fait donc des affiches dans le métro pour sensibiliser le public sur ce douloureux (et médiatique) sujet. Il n'y a certes pas qu'à l'école qu'il y a des violences. Loin s'en faut. Il y a, à bien y réfléchir, une violence permanente et continue dans toutes les strates de la société. Nous vivons dans un monde soumis à des diktats économiques extrèmement violents. Mais comme il s'agit d'une violence diffuse, de surcroit assimilé à une forme de nature (de loi de la nature), aucun ministère ne va claquer du blé pour faire une campagne d'affichage ad hoc.
De toute façon, les jeunes, c'est important. Pour faire des effets de manches, bien sur. Pas pour prendre des mesures concrêtes, puisqu'ils sont promis à un chomâge longue durée lorsqu'ils arriveront sur le marché du travail.
La violence, c'est comme le suicide : quand ça touche les jeunes, c'est grave. Quand ça touche les vieux (pourtant plus nombreux), on s'en fout, ils vont crever de toute façon. Il y a toujours deux poids, deux mesures, comme dans les palais de justice.
Enfin, bref. On voit deux affiches : si je me souviens bien, une avec un p'tit blanc et l'autre avec une black. Politique des quotas oblige. Tous les deux hurlent et semblent expulser un tas de mots. De mots synonymes de violence ; ça fait une sorte de phylactère. C'est très laid ; j'aimerais bien connaitre la boite de comm qui a pondu ça.
Dans ce nuage de mots on repère injures, harcelement, racket, coups, viol ....
C'est assez répugnant. Comment vous dire ? Le viol est quelque chose de grave, de très grave. En le mêlant aux autres mots précités, on le banalise, on le met au même niveau qu'eux. Avec l'idée sous-jacente que finalement, se faire injurier n'est pas ni plus ni moins grave que de se faire violer.
Qui ne s'est pas fait injurier à l'école ? Et d'ailleurs, qui n'a jamais insulté personne à l'école (et ailleurs) ? Est-ce vraiment si grave ? Est-ce vraiment une bonne idée de le mélanger avec des choses autrement plus répréhensibles comme le racket ou le viol ? Je me suis d'ailleurs pris des pains dans la gueule à l'école. J'en ai donné aussi ; j'ai même fait sauté une dent de devant ; j'avais 7 ans.
Tout cela me parait bien symptomatique d'une société incapable de saisir des nuances, incapable de discerner ce qui est véniel de ce qui est intolérable. Le viol est intolérable. Il est d'ailleurs sanctionné au pénal. Les pains dans la gueule sont véniels.
Une société qui ne réfléchit plus, qui ne réagit plus qu'au moralisme gnan-gnan des agences de comm est une société gâteuse. Gâteuse et déficitaire en neurones. Pas pour rien qu'on ait droit à des affiches de sensibilisation comme des couvertures de magazines people ....