29 septembre 2009
Suicides
Je suis comme tout le monde : quand des employés se suicident à France-Télécom, je pense que le PDG de FT est un gros enculé.
Puis, au bout d'un moment, je finis par me dire qu'il s'agit d'un gimmick médiatique. Tout le monde en parle, jusqu'à plus soif. De là à en déduire que le champ journalistique continue avec ses habitudes moutonnières, il n'y a qu'un pas. Du tout, du tout, va-t-on me rétorquer, il s'agit d'un grave phénomène de société. Ce qui n'invalide pas ce que je disais une ligne plus haut : par définition, un sujet ne devient « de société » que lorsqu'il est médiatisé. Avant, il n'y a tout simplement pas de sujet. Evidemment, on va me reprocher de faire de l'ironie sur un thème aussi grave. Le suicide, c'est sérieux, même si le nombre de vieux qui se flinguent chaque année est bien plus élevé que dans le cadre du travail. Mais le terrorisme intellectuel par l'affect a de beaux jours devant lui.
Et puis, il y a des choses qui me troublent : déjà pourquoi FT ? Je veux dire, pourquoi une telle vague de suicides chez FT, alors qu'il y a 5-10 ans, FT (même après sa privatisation) était notoirement connu pour être une planque. Le climat aurait changé à ce point ? D'ailleurs y'a-t-il même une vague ? Quel est le nombre de suicidés dans les autres entreprises similaires, les méga-boites de 100000 personnes ? Et si l'on prend une boite de 1000 personnes, 2 morts suffiraient à créer un ratio de suicides bien plus élevé qu'à FT. Bref, l'info dont j'aurais besoin est la suivante : toutes choses égales par ailleurs, quelles sont les sociétés les plus suicidogènes ? Quel est le rang de FT dans cette sinistre comptabilité ? Et accessoirement, s'il s'avère que FT n'est pas dans le peloton de tête, pourquoi se focaliser sur FT ?
Ensuite, il y a le problème de la démagogie et de la paresse intellectuelle : tout mettre sur le dos de Didier Lombard (PDG de FT) est totalement ridicule. Non pas parce qu'il pourrait se défausser en clamant qu'il n'est qu'un prisonnier de ses actionnaires. C'est exactement l'inverse en fait. Depuis l'émergence de la souffrance au travail comme thème médiatique populaire, on n'a cessé de nous présenter les malheureux salariés comme des victimes d'un système cannibale, en oubliant que le statut de victime n'entraine pas l'absolution. Or on peut très bien avoir été un petit cadre visqueux qui a traité ses subalternes comme de la merde avant de tomber soi-même dans la machine à broyer. C'est de responsabilité individuelle dont je veux parler ici : la souffrance au travail en tant que système n'est possible que si toute une hiérarchie est mise en place avec chaque échelon qui lèche les culs du niveau d'au-dessus et qui fout des coups de pieds à celui d'en-dessous. Hiérarchie qui prône l'irresponsabilité et le chacun pour soi jusqu'au moment où l'on en est soi-même victime. « Il n'y a pas de méchant système, il n'y a qu'une somme d'individuelles lâchetés » comme le dit si bien Vaquette. Et à chaque niveau, l'on se retranche derrière les deux excuses du SS moyen :
- Je n'ai fait qu'obéir aux ordres
- Si je ne l'avais pas fait, quelqu'un d'autre l'aurait fait (et moins bien, cerise sur le gâteau de la fausse conscience)
Et dans le cas des suicides à FT, les choses sont bien claires : ce que les suicidés mettent particulièrement en cause, ce sont les entretiens humiliants avec le supérieur hiérarchique, le déni de toute humanité, en d'autres termes les agissements au jour le jour du petit chef. Lequel à chaque échelon peut se retrancher derrière les deux excuses précitées, jusqu'à Didier Lombard qui peut se poser en victime des marchés internationaux, de la globalisation ou de ses actionnaires - sans compter que ni Lombard, ni le DRH groupe n'ont jamais fait passer d'entretiens humiliants à qui que ce soit - ou quasiment.
Troisième point, j'ai été frappé de constater que les suicidés étaient des gens relativement âgés et qui, selon leurs propres dires ou ceux de leurs collègues de travail, s'investissaient beaucoup dans leur entreprise. Trop, pourrait-on penser. Cela fait 10 bonnes années que le statut d'employé-kleenex s'est imposé ; était-il bien raisonnable de continuer à s'investir ? Corrolairement, quid des générations plus jeunes, soit-disant cyniques, feignantes et ne croyant plus en rien ? Quel est le taux de suicides parmi ces mauvais sujets ? Le refus de la valeur travail ne serait-il pas le meilleur rempart contre le suicide ?
Dernière élément, le plus scabreux, mais comme pour le reste, je n'ai pas le moindre commencement d'information dessus. Il m'a semblé (je dis bien : il m'a semblé) que les dits suicidés appartenaient plutôt à l'encadrement (au sens large) qu'aux toutes petites mains. Et m'est venu un horrible soupçon : se pourrait-il que le suicide au travail soit devenu un phénomène de société parce qu'il commence à toucher les agents de maîtrise, voire les cadres ? Le scandale viendrait-il de ce que les plus bas salaires ne seraient plus en première ligne ? Il en irait de même que pour le chômage : phénomène normal lorsqu'il touche les prolos, il deviendrait dramatique et digne d'être médiatisé (en particulier par les news-magazines) lorsqu'il touche les cadres ?
J'ai l'air d'être cynique, de ne pas verser ma larme pour les morts, mais je constate simplement que comme d'habitude, on n'a aucune info pertinente sur rien, qu'aucun travail d'investigation ou d'analyse n'a été entamé et que par conséquent, aucun débat de fond ne sera posé, d'autant que la seule valeur sur laquelle nos décideurs de tous poils tombent d'accord, c'est : touche pas au grisbi. Alors quand les media auront fini de se polariser sur les suicidés de FT, sur le mode de la putasserie larmoyante (façon Lady Di), quand on répondra au pigiste Non Coco, faut qu'on arrête avec ça, ça intéresse plus personne, le public faut le faire rêver, être PO-SI-TIF, les structures de la souffrance resteront inchangées, le n+1 continuera d'humilier le n, n'appliquant que les directives de son propre n+1, à moins que les jeunes générations de branleurs qui ne croient en rien refusent purement et simplement de s'investir dans des entreprises qui les considèrent avec moins de respect que les photocopieuses ...
08 août 2009
Potlatch
Une des rares qualités du libéralisme : sa capacité de dissolution, des anciennes solidarités, des rites à bout de souffle, des clanismes perclus de rhumatismes. Il porte en lui cette promesse, certes paradoxale : du passé, faisons table rase. Paradoxale, du fait de ce qu'on pourrait appeler l'aporie du libéralisme, à savoir qu'il est défendu bec et ongles par des conservateurs, pour ne pas dire des vieux cons. D'une part, il est indéniable que la révolution industrielle et son corpus théorique sous-jacent (ie : le libéralisme - politique) a fait plus que 10 révolutions d'Octobre pour envoyer l'ancien monde dans les poubelles ou les oubliettes de l'histoire. Il y a évidemment encore beaucoup à faire, mais je ne suis pas bien certain que grand monde ait vraiment envie d'encore accélérer le mouvement - mais on y reviendra. D'autre part, il est tout aussi indéniable que nombre de ses partisans sont abonnés au Figaro ou à La tribune, s'imaginant avec une naïveté touchante que l'on peut être à la fois pour le statu quo sur le plan social et libéral sur le plan strictement économique.
Outre Atlantique, on a pointé ce paradoxe depuis bien longtemps, sans que cela daigne intéresser la patrie de l'Intelligentsia (de l'Idée d'intelligentsia) où nous vivons. Ici, les choses sont simples : le libéralisme est soit
- Caca, l'horreur absolue sans nuances
- Le meilleur des mondes possibles (et sans plus de nuances)
Les choses ont un peu changé avec la prise de conscience des séquelles de 68 (des pubards ex-maos, des patrons de presse ex-trotskos, etc ...) et sa vulgarisation (l'image du bobo), mais sans jamais aller jusqu'aux conséquences ultimes du raisonnement, c.a.d que le libéralisme est le pire (ou le meilleur) destructeur du lien social à l'ancienne après lequel tout le monde pleurniche (plus ou moins hypocritement) sans d'ailleurs se donner la peine d'en fournir un début de définition un tant soit peu substancielle.
Qu'à droite, on se lamente sur les incivilités (de la part des pauvres), de l'égoïsme (toujours chez les pauvres) et de l'esprit de lucre (idem), c'est bien naturel tant il est vrai que Droite et pensée critique (ou pensée tout court) n'ont jamais fait bon ménage. Qu'à gauche, on chouine à propos de la perte des repères et autres fadaises, c'est déjà un peu plus surprenant (mais pas tant que ça, la gauche, desillusionnée, ayant pris une posture telle qu'il lui est désormais impossible de simplement penser à propos du réel). Bref, tout le monde se lamente, ce qui est à mon avis le signe le plus patent d'une trouille bleue devant le futur (je parle bien de trouille, pas de l'inquiétude on ne peut plus légitime devant par exemple les menaces environnementales).
[Tout aussi paradoxalement, le seul parti politique à avoir saisi l'enjeu du problème est le Front National qui sait que le libéralisme signifie la fin du monde tel qu'il le fantasme et qui est - logiquement - réactionnaire et non pas conservateur comme la majorité des libéraux. Quand on le taxe de ne pas avoir de programme, c'est un grossier contresens - et, d'ailleurs, depuis quand les autres ont un programme ?]
Personnellement, je suis bien content que les dits repères se barrent en couilles à vitesse grand V. Dans le monde ancien, hierarchisé à outrance, bétonné de certitudes, corseté d'us et coutumes assassines, je serais déjà mort depuis longtemps. Il n'y a qu'en ce début de XXIème siècle qu'on peut avoir des nostalgies pour les vies rurales ou embastillées en usine de nos ancêtres. Il y a encore un siècle, être agriculteur signifiait généralement être à deux doigts de crever de faim. Sans parler du reste (mortalité infantile, espérance de vie dérisoire, etc ...). Il suffit de lire par exemple des romans d'auteurs prolétariens scandinaves (c.a.d d'authentiques prolos ou paysans) des années 1920 pour se rendre compte de ce qu'était la vie en temps là. Tout ne va pas actuellement dans le meilleur des mondes, mais l'amélioration a été sensible ; il est vrai qu'on ne peut pas tout imputer au libéralisme lui-même, mais aussi aux luttes ouvrières et syndicales (dont les protagonistes du mauvais côté du manche n'avaient aucune envie de retourner au statu quo ante).
Bien entendu, ceux qui pleurent la fin du monde ancien (ou plutôt sont en nette avance de phase) s'imaginent soit une société à la Disney, soit qu'ils ne feront pas partie des miséreux, puisqu'eux ont bac+4 minimum (sauf qu'à l'époque, ils n'auraient pas dépassé la communale). Ce dont on ne se rend pas bien compte, c'est qu'on vit dans une société assez surréaliste qui a les moyens de payer plutôt décemment (et parfois presque indécemment) des gens dont la fonction (ie : le travail) est assez nébuleuse, consistant essentiellement en la manipulation de symboles ou des symboles de symboles, symboles assez grossiers de surcroît. Evidemment, on pense au pubards, aux marketeux. Mais c'est vrai de la grande majorité des cadres, de la quasi intégralité du ministère de la Culture et d'une grande partie des boulots adminstratifs. En d'autres termes, on vit dans une société de potlatch permanent, quotidien.
Je sais bien qu'on a souvent opposé les sociétés traditionnelles à potlatch (généreuses et outrancières) à nos sociétés égoïstes et calculatrices, mais c'est un pont aux ânes, une idée molle (Bataille le premier a dit beaucoup de conneries, comme à son habitude, sur le sujet). D'ailleurs, ce n'est de toute façon pas vraiment le propos : une société traditionnelle à potlatch en organisait assez rarement (une à deux fois par an), ne fut-ce que, n'étant pas fondée sur l'accumulation d'artefacts, il lui fallait un certain temps pour justement en détruire suffisamment au cours d'un potlatch.
Je sais bien aussi que le potlatch est par définition une dépense ou une dilapidation ostentatoire. Alors que nos dilapidations de ressources sont tout sauf ostentatoires : quel président de la République avouerait être à la tête d'une population de bras cassés dont il ne comprend pas bien lui-même les activités (à commencer par la sienne) ? Pourtant, il y a bien ostentation, puisqu'on ne cesse d'exhiber notre PIB comme un hardeux ses 27 cms ... Alors je parlerais de dépense ostentatoire inconsciente (au sens freudien), et donc de potlatch inconscient.
J'en ai déjà parlé ici, mais le fonctionnement d'une bureaucratie (et toute entreprise à partir d'une certaine taille est une bureaucratie) est un monstreux potlatch qui ne dit pas son nom, un potlatch chaque jour renouvelé, puisque le but ultime de toute bureaucratie est de produire toujours plus de bureaucratie, c.a.d de l'inutile fastidieux contre espèces sonnantes et trébuchantes, évidemment sans se poser de question sur son propre fonctionnement.
Et l'on est bien en présence d'un potlatch, certes inconscient, mais potlatch quand même ...
28 juillet 2009
Contrefaçons
Cette semaine, B'. est revenue de Chine avec une floppée de machins (exagérément) flashy dans ses bagages (il faut savoir que les chinois sont les rois du kitsch avec les indiens). Dont un certain nombre de contrefaçons tellement grossières qu'elles en deviennent kitsch.
Il faut savoir qu'en Chine existent deux sortes de contrefaçons : les faux-faux et vrais-faux. Les faux-faux sont de simples copies. Les vrais-faux sont d'authentiques produits fabriqués sous le manteau : supposons que Nike commande 50000 chaussures à l'usine « temple de Shaolin ». Le patron (chinois) en produit 60000, livre les 50000 à Nike et les 10000 autres (des vrais-faux) sur le marché gris.
Ceci étant, se pose le problème de la contrefaçon, mais par l'autre bout de la lorgnette : comme je ne suis pas un avocat à moitié marron spécialiste en droit commercial international, toutes les diatribes sur la marque (et son pendant symbolique) me laissent assez froid. Je ne vois pas, par exemple, pourquoi le fait de coller un crocodile sur un t-shirt permet de le vendre 10 fois plus cher que sans (le crocodile). Pour Lacoste, il s'agit d'une rente de situation que rien ne justifie. Le pourcentage de R&D injecté là-dedans est nul ou presque. D'autant que le support (le t-shirt) étant acheté et/ou fabriqué en Chine, le crocodile aussi, et la fusion des deux encore aussi, tous les discours sur la meilleure qualité des t-shirt Lacoste tombent dans un gouffre abyssal (surtout si l'on songe au cas des vrais-faux).
Evidemment, il faut, comme moi, penser que seules les activités socialement utiles ou développant un minimum d'innovation devraient se voir récompensées. Mais, avec le retour d'un imaginaire antérieur à la seconde guerre mondiale, il est normal que les rentes de situation injustifiées soient considérées comme LE modèle économique inamovible.
Bref, si l'on est un putain de petit gauchiste de merde comme votre serviteur, on peut se dire que le prix de la contrefaçon est le prix réel. Je ne parle même pas de valeur d'usage ; je parle de prix raisonnable.
Sans compter que si l'on différencie pas la contrefaçon de l'original, pour un prix n fois inférieur, pourquoi diable acheter l'original ?
Et au final, si les contrefaçons inondent le marché, elles démonétisent l'original, lequel n'a plus de raison d'être copié. A quoi bon acheter des t-shirts à crocodile (vrais ou faux) si n'importe quel prolo peut s'en payer une caisse pour moins de 10 euros ? Si l'acquisition d'artefacts « prestigieux » est soumise à la loi de la rivalité mimétique, il est logique de penser que cette rivalité ne s'appliquera plus le jour où les artefacts en question auront une valeur nulle ou presque. Ce sera une bonne chose (même si ça chiera au niveau du lien social® et des repères®) ...
01 mars 2009
Journaliste : pourquoi pas moi ?
Elle se plaignait dans ce café bruyant.
[Pourquoi les gens apprécient-ils autant les cafés où la musique est tellement poussée à fond que l'on entend rien ou presque de ce que raconte l'interlocuteur ? A cause du signe de convivialité que le doigt de la musique indique ? Ce doigt qui désigne la lune mais qui est le seul à être remarqué.]
« Se plaindre » est peut-être un terme légèrement excessif. Mais ce que j'entendais n'était aussi qu'une reconstitution plausible de ce qu'elle articulait dans le raffut. Je peux donc me tromper.
En substance, l'affaire se résumait à ceci : l'un de ses amis était militant de quelque chose, et je ne sais trop comment, ni pourquoi, se retrouvait à faire un boulot de journaliste pour ce pour quoi il militait. Et elle le déplorait, puisqu'il lui piquait ainsi son boulot, l'empêchant - lui et ses confrères journalistes amateurs bénévoles - de quitter son poste actuel.
Elle n'avait pas tort, mais j'en tirais des conclusions différentes : si le militant graphomane pouvait prétendre faire un boulot de journaliste, c'est que n'importe qui - ou presque - pouvait faire le boulot d'un journaliste. Et ce n'était pas uniquement vrai pour le journalisme.
A partir d'un certain niveau de diplômes, dans 80, 90 voire 99% des cas, n'importe qui peut faire le boulot de n'importe qui. Nous vivons dans une société de boulots non qualifiés. Après un petit stage de 2-3 mois, un quelconque bachelier peut prétendre à n'importe quel poste. Dans le cas du journalisme, c'est flagrant : quelles compétences demande-t-on à un journaliste ? Même pas celui de savoir écrire correctement le français ... Il y a des correcteurs et des secrétaires de rédaction pour cela ... Alors ? Ca me rappelait l'interview du patron de « LIbé » que j'avais entendu à la radio. Un type d'une stupidité aussi crasse n'aurait du être que ... je ne sais pas moi ... Livreur de pizza, tondeur de pelouse ou nettoyeur/salopeur de pare-brises aux carrefours. Et il était patron de « Libé » ... Un type pour qui la critique universitaire - ou autre - des media n'était due qu'au ressentiment. Comme si tout le monde ne rêvait que de réécrire les news AFP ...
Je pourrais être journaliste. tu pourrais être journaliste, il, elle pourrait être journaliste, nous, vous, ils pourraient être journalistes. Ne manquent que l'envie, la motivation, la détermination - pardon, la chance et les réseaux.
Mais comme je le disais, c'est vrai de n'importe quel boulot - ou presque. Tu veux être informaticien ? Programmeur ? A la portée du premier con venu. Tu veux être cadre ? Faut juste savoir faire un emploi du temps - un planning, ça s'appelle, être servile avec les forts et dur avec les faibles. Conseiller clientelle dans une banque ? Idem. N'importe quoi dans l'administration ou dans une bureaucratie publique ou privée ? Idem.
Ensuite c'est une question d'éthique - ou de bêtise crasse. DRH ? Le dernier des abrutis venus - avec son bac, allez, soyons restrictifs, peut le faire. Mais c'est comme charrier la merde ; il y a une masse de gens qui répugnent à cela et ne tiennent pas pour acquises les excuses du SS moyen (1- je n'ai fait qu'executer les ordres 2- si c'est pas moi qui le fais, un autre le fera).
Même les boulots à connotations « artistiques » sont loin d'être inabordables. Vous voulez être monteur ? Aucun problème ; ça s'apprend en quelques mois à moins d'avoir 0.01 à chaque oeil.
C'était vertigineux. La société soit disant développée, la société du XXIème siècle, n'était peuplée que de gens interchangeables aux compétences nulles ou bien elles-mêmes interchangeables. C'était logique quand on y réfléchissait : après la disparition de l'artisanat, la logique de la chaîne, de l'ouvrier non-qualifié devenait le paradigme de la production.
Boulots inutiles, boulots aspirateurs d'incompétence, boulots disqualifiés en leur essence et donc ne requiérant aucune qualification, boulots pédalant dans le néant et ne réclamant que le néant aux commandes. Et du fait de la nudité même du roi, justifiant des disparités de salaires hallucinantes.
Un paradoxe de plus, mais il faudra continuer à en empiler par ballots pour que nul ne puisse dire et se dire que ces disparités ne sont fondées en rien, et moins que jamais, sinon sur des tours de passe-passe et des délires idéologiques, la soumission des uns et la rapacité des autres, en dernière instance.
28 janvier 2009
Eyeless in Gaza (Pourquoi la gauche est mal barrée, I)
Ce pourrait être le premier article d'une série : « Pourquoi la gauche est mal barrée ».
Ce sera - au moins - un article né d'une exaspération bien légitime.
Ce sera à propos des aventures de méchant Tsahal au pays enchanté de Gaza.
Ce sera sur les gentils degôches qui se font manipuler par les media - surtout quand dans le même temps ils sont prêts à croire aux délires complotistes les plus fumeux ; genre c'est la CIA qui a fait sauter le World Trade Center, offrant à Bush un prétexte pour envahir l'Irak - à coté de ça, Le Protocole des sages de Sion, c'est de la rigolade.
Revenons un peu en arrière : Tsahal - à titre de représailles - applique la méthode traditionnelle des troupes d'occupation en pays conquis, à savoir : tu tues un de mes soldats (ou un civil de mon camp, peu importe) ; je rase 20 villages alentour. Résultat : un déluge de bombes et d'obus sur les zones habitées de la bande de Gaza. Répugnant, mais rien que de très classique ; il s'est passé la même chose à Sarajevo ou à Beyrouth.
Les media ont pointé leurs objectifs sur Gaza, et Gaza est devenu un évènement. Lorsque ça massacrait par centaines de mille au Libéria et au Sierra Leone - ou de l'ordre du million en RDC, ce n'était pas un évènement. Tout le monde s'en foutait. L'Afrique, c'est pas télégénique ; la Palestine, oui. Puisque l'évènement est là, accrédité par les media, il donne lieu à de narcissiques mises en scène d'indignation fort indignée (manifestations et compagnie). Les africains peuvent crever dans la plus parfaite indifférence, ce n'est pas grave, il faut réserver son indignation pour l'exutoire monté en neige par la télé. On sent que de l'esprit critique, on en a à revendre chez les degôches ; c'est pas comme ces intellectuels arabes qui ont renvoyé dos à dos Tsahal et le Hamas, coupable à leurs yeux d'irresponsabilité, tout comme les paysans des Glières avaient eu des mots avec les résistants qui avaient envoyé la Milice foutre le feu à leurs villages. Car, le Hamas et Tsahal jouent le même jeu cynique dont la population Gazaouite est à la fois l'enjeu et la victime.
Qu'à cela ne tienne : on manifeste, on conspue les Israéliens (comme si Les Israéliens, ça existait ... C'est comme Les Palestiniens ; quoi de commun entre les réfugiés dans les camps et la bourgeoisie de Naplouse - par exemple ? ), on se fait plaisir, on prend la posture, c'est pour cela que je parlais de narcissisme. Car tout cela est objectivement inutile : c'est juste la mise en scène de soi-même, au collectif comme à l'individuel.
- Tsahal bombarde Gaza. Les belles âmes manifestent. Tsahal s'en branle et continue de bombarder. Elle s'en fout des petites agitations à 1000 kms de là. Elle ne reculera que si le gouvernement américain - par exemple - refuse de les approvisionner en munitions.
- La Chine occupe le Tibet. Les neuneus de Free-Tibet manifestent. La Chine s'en fout, elle sait qu'il n'y aura aucune mesure de rétorsion concrète, bien au contraire, les occidentaux sont prêts à tout pour satisfaire l'Empire du milieu.
- Bush envahit l'Irak. Ca manifeste (again). Bush s'en fout et il continue de plus belle. Si maintenant, les ricains envisagent un retrait, ce n'est pas parce que des milliers de manifestants ont manifesté mais parce qu'ils sont objectivement dans un bourbier sans aucune issue à l'horizon.
Cette croyance en la magie de la manifestation [1] est un autre symptôme d'une gauche qui part en couille, toujours prête à mettre en branle les mêmes vieux trucs dont on sait pourtant qu'ils sont inefficaces. Mais ce sera le sujet d'un autre article.
Pour en revenir à Gaza, je ne peux être que stupéfié par les réactions pavloviennes de gens soit disants au dessus de la plèbe qui regarde TF1, mais qui s'excitent là où on leur dit de s'exciter ; certains d'ailleurs en redemandent, s'énervant parce qu'on ne parle pas assez ou plus assez de Gaza. On croit rêver. C'est le syndrome Bettancourt : alors que partout dans le monde, des centaines d'otages croupissent dans des geôles, que des paysans sont flingués par des paramilitaires, on monte un grand spectacle obscène autour d'un personnage à la légitimité douteuse (légitime en tant qu'archétype de l'Otage).
Et on en arrive au dernier point, qui me tarabuste : j'aimerais bien savoir pourquoi Israël joue toujours le rôle du Méchant Suprême (juste derrière Bush - et bientôt Obama) et les Palestiniens celui de la victime tout aussi suprême. Pourquoi un tel niveau d'indignation lorsque l'on se trouve dans cette configuration ? Pourquoi les africains massacrés au cours de guerres tout aussi interminables que confuses n'ont-ils pas droit au même traitement de faveur ? Difficile à dire, mais il y a tout lieu de penser que si les jordaniens se remettait à attaquer les camps palestiniens sur leur territoire comme ils l'avaient fait dans les années 70, ça ne générerait pas un tel tsunami d'indignation vertueuse.
Déjà, si l'on laisse de côté l'antisémitisme, qui n'est qu'un minable « argument » pour vieux cons éditorialistes, pourquoi cette haine envers Israël ? Déception refoulée devant le fait que l'état hébreux est un état comme les autres, i.e : pratiquant la real-politik ?
Pourquoi ériger une statue de la Victime Absolue pour les palestiniens ? Parce qu'il faut une victime, des damnés de la Terre consensuels, quand en Europe la classe ouvrière a failli ? Alors, que tout de même, les dits palestiniens sont (au moins un tout petit peu) en partie responsables de ce qui arrive et leur est arrivé (ça remonte à loin : les notables palestiniens - installés à Damas ou Beyrouth - étaient trop contents - dans les années 20 - de vendre des terrains aux colons sionistes, même s'il fallait continuer à s'opposer en public à l'augmentation du nombre de juifs en Palestine - et ainsi de suite).
Je n'ai pas de réponses arrêtées pour ces dernières questions. Mais ce qui est certain, c'est que d'une part, le deux poids deux mesures me débecte et que, d'autre part, faire de la politique gagée sur les affects - et des affects construits en partie par les media - me parait très déprimant pour l'avenir de la gauche.
1 - Je parle ici de manifestations contre quelque chose se passant dans un pays étranger et n'ayant pas de lien particulier avec le pays hôte (de dépendance ou autre). Pour ce qui des manifestations contre la politique locale, c'est évidemment une autre histoire.
22 décembre 2008
Mischlinge
Hier j'ai regardé un film de David Mamet. J'aime bien David Mamet ; artisan doué qui fait bien son boulot, ne révolutionne rien, mais avec du métier et du talent.
Comme souvent, avec Mamet-le-paranoïaque, il y avait une sombre histoire de complot et de manipulation, mettant en scène des agents israéliens et des néo-nazis. Dans le fond de mon cerveau une petite machinerie s'est mise à tourner en tâche de fond et j'ai commencé à me rendre compte que ma nièce et mon neveu étaient juifs, selon la loi mosaïque, puisque leur mère l'est. Bien qu'elle soit fortement typée sépharade, cela ne m'avait jamais vraiment travaillé, d'autant qu'elle est non-pratiquante et sa famille non plus. Il faut dire aussi, que toutes ces histoires d'identités me laisse froid, et que juif, pour moi, c'est quelque chose de vaguement foklorique, comme alsacien ou breton, mais rien de plus (pour tout dire, le fait que ma nièce s'appelle Rebecca m'avait juste semblé être une lubie de ses parents). Je n'avais pas réfléchi que ce n'est pas vous qui décidez ce que vous êtes ou pas ...
Selon la typologie nazie, les deux gamins sont des Mischlinge, des demi-juifs, des Mischlinge au premier degré, qui plus est. Et j'ai ressenti un vague malaise à l'idée qu'ils pourraient se réveiller un beau jour catalogués comme juifs, donc à éliminer - ou au moins à exclure, comme cela était déjà arrivé à des centaines de milliers (voire des millions) de juifs allemands parfaitement assimilés, puisque c'est l'ennemi qui décide que vous êtes son ennemi, malgré toutes les protestation de votre bonne foi possibles et imaginables.
Bien sûr, l'histoire ne se répètera pas, pas sous cette forme, pas exactement sous cette forme.
Mais le malaise ne s'est pas dissipé, loin de là, alors que je continuais à penser à ces deux petits enfants, ignorant tout de leur identité, pensant être comme tout le monde - ce qu'il sont bien évidemment - mais potentiellement soumis à l'arbitraire maniaque de quelque pervers fanatique des arbres généalogiques.
B'. m'a demandé à quoi je pensais et j'ai répondu : « rien, rien ... »
01 décembre 2008
Les écrivains
Il faut bien dire une chose : les écrivains sont (souvent) des gens insupportables. Narcissiques, arrogants, immatures et complètement auto-centrés.
Narcissiques en somme.
Ce sont généralement les seuls à défendre leurs confrères, quand bien même ce sont des minus habens avérés.
BHL, tiens : Ecrivain plus que médiocre et essayiste d'une nullité abyssale.
Mais non. Il se trouvera toujours des écrivains pour soutenir BHL (en dehors de ses commensaux), car c'est un écrivain, et un écrivain, c'est bien. Ils iront même jusqu'à prétendre qu'il est victime d'une cabale, bien que son omniprésence dans les média et la veulerie qui y règne incite plutôt à penser le contraire. C'est un peu comme dire que Carrefour est victime de l'épicier du coin.
Il y a une vague logique là-derrière : BHL est un écrivain, un écrivain produit de la culture, et donc défendre BHL, c'est défendre la civilisation (la réciproque est vraie : s'en prendre à un écrivain, etc).
Mais la vraie vérité, c'est que les narcisses se serrent les coudes. Et ça va bien au delà du simple corporatisme. J'avoue que j'ai un peu du mal à comprendre.
Sans compter que, comme disait je ne sais plus qui, les écrivains sont rarement des flèches. Et reconnaître (toujours par exemple) BHL pour ce qu'il est semble au delà de leurs capacités cognitives.
Evidemment, quand ils marchent mutuellement sur leur plates-bandes, le fiel se déverse à flot, et l'on reste stupéfait devant la bassesse de gens qui ont tendance à se poser en modèle d'humanité.
En résumé : défense a priori et complètement acritique des collègues et attaques nauséeuses en cas de conflits d'intérêt (symboliques ou non)
Moi, ce qui me surprend toujours, c'est que le public (en dehors des gamines de 16 ans) tolère la posture amphigourique, forcée, et un tantinet ridicule des écrivains. Dans la vie réelle, ce genre de mégalos enflés comme des pigeons en rut, on ne les supporte pas très longtemps, on les envoie chier, et on les tolère à l'extrême rigueur telle une calamité mineure, comme le froid et la pluie en hiver, avec philosophie, mais mauvaise humeur.
Mais dans le cas de l'écrivain, non. On lui passe ses petites lubies avec la même tendresse qu'envers un petit enfant qui balance ses jouets sur les passants par la fenêtre du 3ème étage. Je me demande d'ailleurs ce qui se passerait si le public n'était pas aussi indulgent : seraient-ils obligés de se recycler et laisser la place à un autre genre de scrivailleurs, plus portés sur le talent que sur la pose ou bien mettraient-ils de l'eau dans leur vin comme le fait tout un chacun dans la vie réelle ?
J'ai longtemps cru que l'écrivain incarnait l'idéal-type du mage romantique, figure emblématique du créateur dans l'imagerie cucul du bourgeois depuis environ 1850. Etre au-delà et au-dessus des pékins, en communication directe et en PCV avec le créateur et/ou les vérités essentielles, version un peu minable et tardive du demi-dieu de l'Antiquité, il ferait partie du mythe fin XIXème (et au-delà) sur la culture rédemptrice.
Or il s'avère que dans sa bibliographie de Rabelais, Lucien Febvre (je crois) raconte sur le mode humoristique que pour mener son oeuvre à bien, il a du se coltiner des dizaines et des dizaines d'écrivaillons tous plus passables les uns que les autres, et au moins aussi insupportablement narcissiques que nos bouses contemporaines. On retrouve aussi une constante peu élégante de l'écrivain, son sens de la flagornerie envers les gens qui l'emploient et/ou qui peuvent le pistonner. Febvre se disait accablé par tant d'humanité purulente, et il y a effectivement de quoi : longues dithyrambes envers le mécène alternent avec coups de pieds de l'âne aux concurrents quand ne fusent pas injures et accusations de tout poil, certaines pouvant potentiellement envoyer la victime sur le bucher dans le contexte de l'époque. Parasite social, l'écrivain ne vivait que des subsides d'un protecteur et était prêt à tout pour en bénéficier ; et quand je parle de protecteur, il ne s'agit pas du Prince. Celui qui arrivait à s'arrimer à une cour royale ou au moins ducale, était généralement doté d'un certain talent ; les autres, la majorité, étaient au service de bourgeois urbains, gros ploucs avares qu'il fallait flatter jusqu'à s'en crevasser la langue.
La classe ...
Heureusement, de nos jours, il y a le ministère de la culture et un public qui paie et à qui les copains qui oeuvrent dans des magazines ad hoc indiquent ce qu'il faut lire.
En bref, j'ai tendance à n'avoir d'estime que pour les écrivains qui bossent en dehors de la littérature pour vivre (des pointures comme Gombrowicz ou Gadda en sont passés par là) ou pour les auteurs ricains qui sont plutôt méprisés en tant que tels dans leur pays.
30 août 2008
La censure, si je veux !
Dans un de ses posts, C/J rapporte les propos suivants :
Il y a 450 textes [de loi] environ, dispersés, traitant de la
diffamation, de l'injure, de l'offense au chef de l'Etat, du respect de
la vie privée, de la présomption d'innocence... Au-delà du principe,
l'exception est devenue la règle. On n'ose même plus plaider la liberté d'expression : tout ce qui intéresse un juge, c'est savoir s'il y a une diffamation ou une incitation à la haine raciale, etc. On est donc véritablement dans le régime d'une censure. Mais à telle enseigne que l'autocensure est partout : elle imprègne tous les médias et tout la culture.
J'ai un petit orgueil national qui me fait penser que mon pays a
quelques principes : une tradition dans les arts et lettres, de
pluralisme dans la presse et de liberté d'expression qui est inscrite
dans notre Constitution. Je ne supporte plus qu'un conservateur de
musée m'appelle pour savoir s'il a le droit ou non de faire une
exposition d'art contemporain.
On est bien d'accord. On peut aussi ajouter Selon que l'on est riche ou pauvre ou que, d'après Lenny Bruce, La seule justice qu'on rencontre dans les palais de justice, c'est celle des palais ou que, par essence, l'institution judiciaire est conservatrice, si ce n'est réactionnaire...
Ok...
Que la censure empêche ou empêcherait des expos d'art contemporain me laisse assez froid. Qu'une nano-structure oeuvrant pour un micro-public soit censurée - ou puisse l'être : quasi indifférence. Que la censure pèse sur les media de masse, c'est gravissime - ou plutôt ça le serait, comme on va le voir. Sur d'éventuels galéristes, rien à foutre.
Sans compter que l'art contemporain - soucieux de ses prétentions à la rupture et à la radicalité, finalement, la censure, ça le réjouit plutôt, sur le fond. Punk is not dead, en quelque sorte. La censure, dans ce cas particulier, a tout du coup de pouce marketing, comme Mapplethorpe pourrait en témoigner.
Et puis sans rire, combien d'expos ont été censurées, interdites, vilipendées ? On fantasme encore et toujours Hernani, 180 ans après. Le romantisme est décidément à coller au poteau avec douze balles dans la peau, et tant que cela ne sera pas fait, du bourbier, on ne s'extirpera pas.
Quant à l'auto-censure, on en est bien au delà. L'auto-censure suppose encore que la personne qui se restreint est consciente de cet état de fait, et, peut même éprouver des scrupules à ainsi se brider (sauf si c'est un journaliste, bien sûr). Actuellement dans les média (puisque c'est là qu'est le noeud du problème), les minus habens qui pissent de l'info sont convaincus de bonne foi que ce qu'ils racontent ou ne racontent pas sont des faits ou des non-faits. Il ne s'agit en aucun cas d'une expression contrainte par la censure ou l'auto-censure. Parce que pour cela, il faut une parole, c.a.d, un minimum d'intelligence et de culture, non pas de culture pour name-dropper, mais pour simplement être capable de lier les prétendus faits entre eux et faire ainsi apparaître ce qui n'est pas apparent de prime abord.
Arrogance et inculture, voire analphabétisme, sont les mamelles auxquelles ont été sevrés les porte-flingues des média. Croyez-vous vraiment qu'un Morandini (par exemple) pratique l'auto-censure ? Et Morandini n'est pas la (sempiternelle) brebis galeuse ; c'est, au contraire, l'archétype du média-boy (ou girl) contemporain.
D'une certaine façon, la différence entre l'auto-censure et la bêtise satisfaite, est la même qu'entre le cynique et l'abruti sûr de son fait. On peut acheter, voire convaincre, le premier ; le second est irrécupérable.
Quand l'intelligence sombre dans une nullité abyssale, l'exercice même d'une pensée critique - ou d'une pensée tout court - n'est même plus concevable. C'est la novlangue d'Orwell par des chemins détournés ...
Et qu'on ne vienne pas me parler de la blogosphère rédemptrice qui ceci, cela ... Les blogs traitant - disons - de l'actualité sont dans 95 % des cas, des paraphrases de ce qui est dans le move des média normaux, et, ce, et c'est fascinant, avec le vocabulaire, voire les tics de langage des dits média. Ce qui fait que que l'on a, si l'on veut, des gens qui glosent sur des sujets déjà traités, rebattus, et tellement peu intéressants, tellement peu risqués, tellement peu charnus, qu'ils n'ont même plus à se soucier d'une éventuelle censure ou auto-censure. On se moque souvent des quotidiens de province qui remplissent leurs pages avec les annonces de tournois de boules ou de rénovations de maisons de retraire. Ben, la blogosphère informative, c'est un peu ça ...
Dans Diary of the dead (pas bien bon, dommage, dommage), un des protagonistes dit : Avant il y avait 4 chaines d'informations, maintenant [du fait d'internet], il y en a 100000 [Et donc qui croire ?]. En fait, c'est faux : pour simplifier, il y a toujours 4 chaines mais 100000 voix différentes pour répéter ce que disent les 4 chaines - donnant une impression de 100000 paroles.
Alors tous ces discours sur la censure ? De la branlette dans 95 % des cas. On ne censure pas des teckels qui font caca où on leur dit de faire. Je l'ai dit dans un autre article : dans liberté d'expression, il n'y a pas que liberté. Il y a aussi expression. Et quand on a rien à exprimer, ça ne risque pas de déranger grand monde. Alors bien sûr, on se fait des frissons à peu de frais, on roule des mécaniques en évoquant l'ogre (la censure) ou les douloureux problèmes éthiques (l'auto-censure).
Tout cela n'a - en général - aucune espèce d'existence ...
13 août 2008
Les J.O
Perso, les J.O, je m'en branle, et mon gigantesque chibre, à force, englue les murs de mon petit appartement.
C'est du business, rien de plus, et le show must go on. Rien de plus, rien de moins. Le reste, c'est de l'hypocrisie pour journal de 20 heures.
Le CIO (ou son équivalent à l'époque) n'a rien trouvé à dire contre l'organisation des J.O de 1936 à Berlin. Déjà, à l'époque, des sous-hommes déclaraient qu'on ne pouvait ignorer un des plus grands pays d'Europe et que le sport et la politique n'avaient rien à voir. Pendant ce temps, les nazis, mettaient la pédale douce sur la propagande antisémite, flanquaient par terre les panneaux représentant des juifs à gros nez et à mains crochues, et ornaient les barbelés des camps de concentrations de jolis massifs de fleurs.
Une fois le cirque terminé, les nazis reprirent leur boulot là où ils l'avaient laissé, massacrèrent 6 millions de juifs, à peu près autant de slaves et last but not least déclenchèrent une guerre mondiale avec 50 millions de morts au compteur. Comme quoi les J.O, c'est un message de paix et d'espoir.
On comprendra bien que le régime de Pékin, c'est de la gnognotte en comparaison de celui de Berlin en 1936, et qu'il n'y a aucune raison de boycotter les jeux de 2008 dans ces conditions. Le CIO aurait bien pu en organiser un à Phnom Pen en plein délire meurtrier des Khmers rouges, mais malheureusement la logistique n'aurait pas suivi.
A remarquer qu'en 1936, des jeux alternatifs avaient été organisés à Barcelone pour contrer la honte des jeux de Berlin. Ils n'ont pu avoir lieu du fait du déclenchement de la guerre civile : une bonne partie des athlètes sont partis se battre sur le front d'Aragon du côté de la république.
Où sont les jeux alternatifs de ceux de Pékin ?
Pourquoi ceux qui sont en première ligne contre les jeux de Pékin sont RSF avec sa politique corporatiste (et le très douteux Robert Menard) et les joyeux manipulés de Free Tibet - qui pourraient tout aussi bien s'occuper d'autres coins du globe indument occupés (au hasard : le Timor).
Au final : le CIO's show must go on, le RSF's show must go on et le Free Tibet's show must go on.
12 août 2008
Rien sur les J.O.
La Chine, ou plutôt son système politique, fait saliver nos décideurs. Enfin un exemple, à portée de la main, d'un autoritarisme couplé à une économie de marché débridée comme on en rêve dans nos vieux pays. Tu bosses, tu consommes et, pour le reste, tu fermes ta gueule.
Ce qui a mobilisé nos futurs rentiers en 1968 est enfin advenu - un brave new world de la croissance rapide, sans que nos ex-révolutionnaires en peau de lapin s'en émeuvent outre mesure. Pour être honnête, quand on est bien planqué au fond d'un ministère, on est du bon côté du manche et les droits de l'homme se réduisent au droit de propriété - à défendre avec 3 bataillons de CRS si le besoin s'en faisait sentir.
A Pékin, c'est cool, tu peux acheter ce que tu veux dans la quantité que tu veux, même de la pornographie si tu es un tant soit peu branché. C'est une tolérance. Par contre, pour ce qui est de fonder un Hara-Kiri de la grande époque, tu peux toujours te brosser.
D'où les slips humides de nos dirigeants démocratiquement élus : si l'on a délocalisé la production vers ce pays plein de jaunes, il serait judicieux de délocaliser en UE les méthodes de gouvernement de l'empire du milieu. Encore que chez nous, la maitrise de la populace soit un peu plus subtile : il existe des zones franches où l'on laisse les contestataires s'ébattrent comme des gamins dans des bacs à sable : sans -papiers, Israel, situation en Irak, etc ... Contestations localisées, encadrées, et qui ne risquent pas de déborder dans le vrai monde, celui du fric et du pouvoir réel. Le leurre de la démocratie est préservé, et les chinois seraient avisés d'en faire autant une fois la première poussée de croissance passée.
Bref, on en revient à la distinction, ô combien ringarde, entre libertés réelles et libertés formelles.
Assez paradoxalement, les grains de sable dans les engrenages pourraient provenir de Chine : fréquentes émeutes de la faim dans les campagnes, esprit frondeur dans les villes (il suffit de penser à la circulation automobile dantesque à Pékin) et même ce sigle anarchiste que j'ai vu un jour dans une cage d'escalier.
Il se pourrait aussi que l'individualisme prôné par le marché accouche de ses promesses et nous débarrasse à terme des scories du vieux capitalisme : hiérarchies, pensée unique, sens du sacrifice pour ce qui devrait être traité par le mépris, etc ... C'est probablement un rêve, mais j'aimerais que ma fille qui va naître puisse vivre dans un monde qui ne soit pas un gigantesque camp de travail décoré par la vie Auchan ....