Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

06 octobre 2009

Le dictaphone

Le dictaphone, c'est autre chose. Je l'écoute en me disant qu'elle est tout et que je ne suis rien, possible que j'en sois amoureux, mais quand j'entends cette voix, sur cette cassette, pas quand je suis avec elle , en vrai, en face à face. Amoureux, pas tant de la voix, que de la personne que j'extrapole à partir de cette voix, personne qui n'a pas grand chose à voir celle qui se tient devant moi, debout ou assise, que j'écoute et à qui je réponds.

La cassette dit : Souvent je rêve que je vole, près des falaises, nue, effrayant les goélands, sans agiter les bras, parce que je sais voler, sans gestes, mieux que n'importe quel oiseau. L'air me rentre par la bouche et ressort par ma chatte avec un chuintement ... Non pas un chuintement ... c'est trop prout-prout (rire) ... Ca fait schllll quand il ressort, une sorte de pet léger. Bref, quand il ressort, il colore tout en rouge, comme une photo virée, puis ça passe en moins d'une minute et j'en profite pour remettre ça. J'aime bien le monde en rouge.

Comment voulez-vous que je reste calme en entendant cela ? J'ai vraiment du mal à comprendre que ce sont les mêmes lèvres qui ont articulé ces paroles. Les mêmes lèvres que celles de cette fille timide, qui ne pose pas un mot plus haut que l'autre, que j'essaie d'explorer par delà son visage et ses apparences si lisses et si tranquilles.

La cassette dit : Les filles doivent être gentilles, tout pardonner, voire s'excuser. Même si objectivement on se fait tringler par un gros con qui s'imagine faire des pompes au Gymnase-Club ; certaines vont jusqu'à lui faire croire, au gros con, que c'est trop bon et en rajoutent dans les ah oh, ah oh. A faire comme ça, elles finiront par épouser un gros con et auront plein de petits gros cons. C'est merveilleux. Moi, quand je m'emmerde trop, je contracte mes muscles, mes muscles intimes (rire) et je l'éjecte aussi sec. Parfois, j'y vais tellement fort que la capote reste en moi tandis que le gros con, suivi de sa bite à nu se retrouvent comme des glands, les genoux enfoncés dans le lit. Dans tous les cas, j'éclate de rire, parce que c'est trop drôle de les voir comme ça. Ils sont furieux en général ; mais ils peuvent bien être furieux, rien à battre. Y'en a même qui font comme si de rien n'était et essaient de se faufiler encore entre mes cuisses. J'aime autant te dire que je les vire à coup de pieds du matelas.


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18 août 2009

Couper les couilles

En quelque sorte, c'est l'idéal. J'aurais pu avoir recours à une intervention chirurgicale. Comprendre : me couper les couilles ou me les faire couper. Je n'ai pas eu ce courage. Les opiacés, régulièrement absorbés, ont la même fonction. Le tout, c'est la régularité. Evidemment, hors de question d'embrasser la plus belle fille de la famille. J'ai donc eu droit au laideron, mais je ne m'en plains pas ; facile à déflorer, facile à trouver, facile à avaler. Une bouteille de sirop. Deux fois par jour : le matin en me levant et le soir, entre 18 et 20 heures. Problème : du sirop, donc trop de sucre, donc des boutons plein la gueule. Mais, après tout, c'est plutôt un avantage ; ça aide même. Toute érection est devenue comme un souvenir lointain, vestige, peut-être, d'une vie antérieure. La mauvaise peau rajoute une petite couche qui ne peut pas nuire. Si l'on couple ça avec mon refus de sortir, je ne risque plus rien. Mais il me faut sortir, quand même. Pour manger ou acheter à. Les clopes aussi. Acheter à manger me tue : avec les chiasses spasmodiques que je me paie - on n'a rien sans rien, je m'étais dit que je n'avais qu'à ne plus m'alimenter ou le strict minimum. Mais j'ai faim et que je mange ou pas, je me retrouve toujours sur les chiottes à pousser des gémissements, les larmes aux yeux, pendant que la merde sort en pulsations irrégulières. Il suffit de boire pour ça. Autant manger, alors. J'ai essayé aussi de doubler les doses hebdomadaires, sans succès : dans ce cas, je vomis tripes et boyaux. Sans que les chiasses cessent de toute façon. Le tout est de sortir au bon moment : une demi-heure à une heure après l'ingestion. Tout va mieux à cet instant : l'extérieur perd une bonne partie de ses machoires, et je peux tranquillement passer au tabac, au Ed et à la pharmacie. Cela ne me prend qu'un quart d'heure grand maximum. Et je peux rentrer chez moi. Rentrer au chaud ou au frais, selon la saison, la bite flasque, relativement guilleret, mais surtout la bite flasque et ce, éternellement ou presque. Tant que je m'en tiens au planning, à cette discipline et la régularité.

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15 juillet 2009

La joie par le travail

On était logés dans 3 baraques à 8 lits superposés, avec un poêle dans un coin et une table au centre. Soit plus de 70 personnes. Les chefs de file avaient droit à une maison à la fois bien plus grande et où ils n'étaient pas entassés comme nous.
Contrairement à ce qu'on raconte, ça se passait plutôt bien, vues les circonstances. Peut-être que des mecs s'enculaient dans les bois, mais, moi, je n'ai jamais rien vu, ni même entendu parler à l'époque.
On se levait tôt, vers les cinq heures, et on partait sur le chantier tout de suite après avoir enfourné le porridge tiède. Ca pouvait être des digues à réparer, des routes à remettre en état, des arbres abattus à dégager, des travaux de terrassement en tout genre. On était une troupe itinérante, mais les camps se ressemblaient tous. S'il faisait -20° et en dessous, on n'était pas obligé de travailler, mais ceux qui le faisait quand même touchaient une prime. C'a été mon cas par -30° et même -40°, parce que dans les baraques, on s'emmerdaient comme des rats morts.
Le mieux, c'était quand on n'avait pas de village à traverser avant d'arriver au chantier. La direction faisait en sorte que ce ne fût pas le cas, mais n'y arrivait pas toujours. Mais on a toujours réussi à éviter les villes. C'aurait été trop dur pour certains. Pas pour moi en tout cas. Quand on était dans une rue, on s'efforçait de garder la tête baissée, comme hypnotisés par nos godasses et on essayait de ne pas écouter les vannes à deux balles.
Une fois, j'ai trébuché sur un de mes lacets et suis tombé au sol. Quand je me suis relevé, je me suis aperçu qu'il y avait deux femmes en face de moi, à environ 30 mêtres, peut-être un peu plus. J'ai tenté de renouer le lacet le plus vite possible, mais leur présence avait transformé mes doigts en guimauve et j'ai du me résoudre à faire un noeud simple, quitte à en chier plus tard pour le défaire lorsqu'il aurait été gonflé par la flotte. Puis j'ai essayé de les contourner par la gauche, mais elles se déplaçaient en même temps que moi en se demandant à haute voix pourquoi un grand dadais comme moi avait peur des femmes à son âge. C'est pas que j'avais peur. J'y avais pas droit, même pas de leur adresser la parole. Et ces connes le savaient et en profitaient pour se foutre de ma gueule. Heureusement, le gros Martin, à la bourre pour je ne sais quelle raison est arrivé et leur a expliqué que si on était là, c'est qu'on avait violé des fillettes, qu'on les avait tuées et même mangées en partie. Martin, il était comme ça : jamais la trouille, à dire ce qui lui passait par la tête à n'importe qui, il aurait pu raconter des histoires cochonnes au maire, il s'en foutait, même s'il se faisait souvent remonter les bretelles par son chef de file. Les deux grognasses ont commencé à reculer prudemment, de plus en plus vite, et on a pu rejoindre le reste de la troupe sans encombre.

Une fois, j'ai demandé au cuisinier s'il mettait du bromure ou quelque chose comme ça dans la bouffe, il a dit que non, que c'était pas nécessaire, que c'était une question d'état d'esprit de notre part. J'étais plutôt d'accord avec lui, et sur le fond, j'en avais rien à battre, il pouvait mettre ce qu'il voulait dans ses plats graisseux, c'était sinon la belle vie, du moins une existence pas pire qu'une autre et plutôt moins que bien d'autres.

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05 juin 2009

Plante en pot

Vous vous êtes déjà trouvé à un moment donné dans un endroit tout aussi donné où vous n'aviez rien à faire mais que des obligations diverses vous avaient imposé. Typiquement un vernissage où tout le monde semble connaître tout le monde, sauf vous qui ne connaissez personne et où personne ne vous connait. Alors vous avez timidement croqué quelques amuse-gueules, bu un ou deux verres (mais pas suffisamment pour être torché au point d'être satisfait de tout et n'importe quoi), tenu les murs, arpenté les passages bondés en murmurant des « pardon » de plus en plus furtifs, dit 15 fois « bonjour » à LA personne qui vous avait invité (car il y a tout de même UNE personne qui vous a convaincu de venir), la dite personne étant en général occupée à serrer des mains en grappes et à leur tenir la jambe - aux possesseurs des mains. Et vous vous sentez très malheureux, très abandonné, très petit chien éloigné manu militari de sa maman.   
Il existe évidemment une solution : celle de se fondre dans le décor, de jouer à la plante en pot. Il ne s'agit pas de rester rigoureusement immobile, parce que là, vous allez être repéré dans les 3 minutes. Même le moins clairvoyant des observateurs va s'apercevoir que vous être un être humain, et non pas un rhododendron. Il faut la jouer plus subtil. C'est un exercice zen en quelque sorte. Faites le vide dans votre tête, focalisez-vous sur quelque chose d'agréable (un banana-split, par exemple) et mouvez-vous avec lenteur, comme si vous étiez un des porteurs de plateaux de petits fours, un élément étranger au raout, mais plausible dans ces lieux, à la fois hors-course mais à la présence concevable. Vous devez devenir un meuble, mais un meuble humain, donc qui bouge, et qui, éventuellement peut répondre par monosyllabe avec le regard un peu vitreux d'un flic des RG. 
Evidemment ce n'est pas comme ça que vous allez emballer qui que ce soit, mais, de toute façon, vous n'auriez jamais emballé qui que ce soit avec cette sourde angoisse née de cette conviction bien arrêtée que vous n'avez rien à foutre ici.
Répétez avec moi : « je suis une plante en pot dotée d'organes de locomotion, personne ne me voit, personne ne sait que j'existe, personne ne va tenter quelque chose contre moi ».

Une des applications possible acquise suite à cet entraînement à faire pâlir d'envie un ermite himalayen consiste à pouvoir pénétrer l'intimité de quelqu'un (d'une femme dans mon cas). La vraie intimité : quand elle est chez elle, à glander, à regarder la télé, à fixer les lézardes du mur ou je ne sais quoi. C'est ce je ne sais quoi qui constitue la véritable intimité, cette intimité tellement secrête mais tellement banale, qu'elle fait presque honte au sujet observé. Rien à voir avec une intimité sexuelle, aisemment fantasmable et reconstituable. Il s'agit de l'intimité absolue de chacune de nos vies lorsque rien ne se passe tout en se passant toutefois.
BIen entendu, on pourrait la jouer OSS 117 contre Docteur No et truffer le lieu de vie de l'observé(e) avec des caméras grosses comme des pois chiches et des micros discrêts comme des sphincters de mulot. Mais tout cela est bien compliqué, vous ne connaissez rien à rien, vous n'êtes évidemment pas passé par Fort Bragg, et pour commencer vous n'avez pas les clés. La séduction est toujours possible (mais c'est comme à la roulette surtout avec votre gueule) ; le mieux serait le « tu pourrais pas m'héberger un jour ou deux, mon mec/ma nana m'a foutu(e) dehors ? ». Une fois la place investie, jouez les meubles. Je sais, ce n'est pas facile. Mais vous avez acquis de l'entrainement au numéro précédent. Avec un peu de chance, elle oubliera que vous êtes là, comme elle a oublié la présence de la bibliothèque, qu'elle sait être là, mais à laquelle elle ne prête aucune attention - justement parce qu'elle la sait là. 
SI vous réussissez, l'intimité va se déployer devant vous, une intimité réelle, non galvaudée, non trichée. Je le répète : il ne s'agit pas de la surprendre en train de s'enfiler des godes de 70 cms qui font « pouet-pouet » quand on appuie dessus. D'ailleurs, il y a des fortes chances qu'elle se souvienne de votre présence dans ces moments là.
A quoi ressemblera cette intimité intimissime ? Je n'en sais rien. Bien évidemment. Peut-être banale à pleurer, à vous dégoûter à jamais de toute liaison sentimentale et/ou sexuelle. Peut-être émouvante dans sa banalité même.
Je le répète : je n'en sais rien. Petit Scarabée n'a déjà pas réussi la première épreuve ...

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25 mai 2009

l'Auzeure Story

Il la collait comme un arapède ou un rémora, non pas que je veuille insinuer qu’elle soit une digne représentante de la famille des squales, la malheureuse, elle avait déjà bien assez de mal pour rentrer chez elle en tractant le parasite solidement arrimé dans son sillage. Ca avait commencé plus tôt, impossible de s’en dépêtrer, du très collant, celui qui s'égouttait littéralement sur ses genoux parce que, elle, c’était comme une aube au dessus des ruines de Babylone ou des cités perdues des mayas, livrées aux perroquets dyslexiques et/ou stoppés en pleine croissance. A moins qu’il ne lui ait simplement dit qu’il voulait la sauter, mais avec le regard du lapereau face aux canons jumelés. 
Elle se savait plus exactement comment cela avait commencé.
Mal, c’était certain.
Lui bourré, elle aussi, mais bien plus que de coutume. Surtout elle qui ne se souvenait absolument rien du début de la pièce, du moment où l’obscurité s’était faite, quand elle aurait pu déceler le ronronnement du projecteur 35mm lancé sur sa première bobine. Et se méfier.
Seule certitude, c’est qu’à force de jouer au remorqueur dans la nuit, elle avait fini par arriver chez elle et partager son salon avec lui. Et maintenant, on fait quoi ? qu’elle lui avait demandé, agacée, fatiguée, un début de migraine forant au dessus de l’œil gauche. L’autre n'avait rien répondu et avait méticuleusement inspecté la pièce, sans changer de place, par de simples mais nombreuses torsions du cou. Elle lui en avait presque été reconnaissante, d’accorder ainsi à son corps perclus d'éthanol quelques minutes de repos.
Elle avait quand même trouvé la force de lui expliquer une fois de plus qu’elle ne coucherait sous aucun prétexte, même ivre morte, même s’il était la dernière paires de couilles d’une Terre dévastée par la troisième guerre mondiale, même si – par Dieu sait quel miracle - en la tronchant il avait le pouvoir la guérir de la leucémie qu’elle n’avait pas, mais sait-on jamais dans le monde exubérant des hypothèses.
Evidemment, devant la tournure des évènements, il avait endossé sa panoplie de rongeur phtisique traité au prozac, aux grands yeux gorgés de toute la misère du monde jusqu’à la gerbe, et avait pleurniché, quémandé, imploré, mais sans oser faire un pas, craignant probablement qu’elle ne lui en retourne une, alors qu’il la dominait d’une tête et pesait 40 livres de plus.
Et après cette petite lopette qui susurrait - et fallait l’entendre ce susurrement de poivrot geignard – qui me demandait : s’il te plait, montre moi au moins tes seins, ou ta chatte ou les deux, que je vois ton cul, au moins, après tout ce trajet dehors, et il pleut maintenant, dehors, je vais pas ressortir, fais un effort, aies pitié, non, il n’a pas prononcé le mot « pitié », je ne me souviens plus du terme exact, mais je peux te certifier que c’était 10 fois pire, comme la voix d’un mec qui vient acheter ses esclaves en leur faisant ouvrir la bouche pour voir l’état des dents, mais un négrier à la cool, avec un t-shirt « Louise Attaque » et un diamant dans le lobe de l’oreille. Une saloperie de négrier sympa. De toute façon, je le voyais venir, sa queue ne lui était plus de la moindre utilité, il me voulait à poil, pour me « caresser » avec ses paluches qu’il contrôlait à peine, me baver dessus – ce devait être ça ses baisers langoureux, et au final me doigter devant/derrière – l’apothéose.
Elle était tellement mal, tellement saoule, tellement épuisée par le babil obscène et entêtant de l’autre érotomane en bout de course, qu’elle n’arrivait même pas à simplement le foutre dehors, à coups de pieds au cul, s’il le fallait. Elle se contentait de le contrer à chacune de ses expectorations de bouts de fesses fantasmées, de plus en plus crevée, de plus en plus acculée, comme un taureau blessé par les picadors, affolé, cherchant une issue qui se dissolvait à chaque minute.
Malgré tout, elle restait ferme quant à son « non », et l’autre con a cru que c’était le moment de sortir le grand jeu ; il est entré dans la cuisine, y a farfouillé une minute tout au plus, puis est ressorti un laguiole à la main, triomphant avec une estafilade au front. C’est quoi ces conneries, qu’elle lui a demandé ? et lui paraissait tout fier de sa petite blessure de troisième zone, il y prélevait un peu de sang du bout des doigts et les portait à sa bouche pour les goûter.
Mucho Macho dans sa tête. Mucho conno, surtout. Parce que ça l’a mise en rage et elle a commencé à  gueuler pour savoir ce que c’était ce putain de cirque. Il voulait la violer en la menaçant avec sa navaja tout juste bonne à enlever la croûte du fromage ? Qu’il allait avoir des cojones en téflon parce qu’il s’était entaillé le derme sur 2 mm ?
On ne mesure jamais la qualité presque surhumaine du mépris qui peut jaillir de la bouche d’une femme. Je n’aurais vraiment pas aimé être à la place du connard. Il a tout d’abord paru imploser, disparaître en un petit nuage sombre et graisseux, puis a repris une stature anthropomorphe, mais tremblotante comme si ses os avaient été changés en jelly. Il a commencé à pleurer, pleurer, presque comme un nourrisson, en la traitant de sale fille, de méchante, de sans cœur, en évitant les termes trop connotés du genre « salope ». Il n’était plus en position de force – il ne l’avait jamais été mais l’avait cru un instant dans sa petite tête pleine de coke et de vodka – et espérait pouvoir s’en tirer les cuisses propres, une forme de retraite honorable ou de recul stratégique. Mais il a choisi la mauvaise option et a menacé de se trancher les poignets si elle continuait à l’insulter. Elle s’est mise à rire comme une folle – littéralement – tout en le traitant de maricón, de mariposa et de petite bite – entre autres. Et le con y est allé franco : bien sûr aucune artère n’a été touchée, le sang n’a pas jailli à badigeonner les murs, mais ça a commencé tout de même à pisser et jusque sur le plancher.
Là, ses plombs ont sauté : elle l'a chopé par le bras, lui faisant lâcher le couteau, l’a traîné jusqu’à la porte d’entrée  et l’a balancé dans le couloir. Il s’est mis à gueuler comme un putois qu’elle l’envoyait à la mort dans cet état. Elle est retourné chez elle, est revenue au bout de quelques secondes et lui a jeté deux bandes Velpeau en  lui disant de se démerder avec. Après, elle a comme un blanc : ce qui est sûr c’est qu’un voisin s’est pointé à cause du raffut (il devait être vers les 4 heures du matin) ; il a vu le blessé sur le palier qui sanglotait incapable de se contrôler et elle, les seins à l’air qui l’insultait, le regard aussi noir qu’une divinité de la vengeance et des malédictions. Il est retourné chez lui au grand galop dès qu’elle a tourné son regard furibard dans sa direction. Ayant le champ libre, elle a fait descendre le séducteur mal avisé  d’un soir à coup de pompes, en lui faisant dévaler les escaliers, et en n’oubliant jamais de lui relancer les Velpeau si le besoin s’en faisait sentir.
Quand elle est rentrée chez elle, elle n’a pas fait claquer la porte derrière elle. Elle ne s’est pas jetée sur son lit pour éclater en sanglots. Elle est resté hagarde dans le salon, de longues minutes, à la recherche de tâches de foutre, persuadée que l’autre con avait profité de l’état quasi cataleptique précédant sa furie pour se branler en douce.
Lorsqu’elle fut certaine que ce n’était pas le cas, elle s’est déshabillé calmement, s’est mise au lit tandis que le chat, paniqué et soigneusement planqué jusqu’alors, venait la rejoindre en ronronnant.

   

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21 mai 2009

Encore une belle histoire

Il prétendait que le temps lui filait entre les doigts pour venir s’accumuler en graisse à hauteur de la ceinture. Que ses dents, comme ses cheveux, tombaient. Qu’il s’avachissait, devenait une serpillière dotée de poumons encrassés, de guiboles de plus en plus cagneuses, et d’un néo-cortex bas de gamme qui partait en sucette.
Qu’avant c’était un homme à femmes.
Avant d’enfler, de ralentir de partout et de s’enlaidir.
Je le savais bien, moi, qu’il n’avait jamais été ce qu’on appelle un « homme à femmes ». Même à sa grande époque, quand il arrivait encore à séduire quelques égarées à la tchatche, et pas n’importe quelle tchatche, il avait du mérite, fallait lui reconnaître ça, uniquement avec des sujets un peu abscons, de l’histoire de l’art, des mentalités, de l’histoire tout court, aussi.
Il avait toujours eu ces traits assez ingrats, pas une sale gueule au sens strict, plutôt la gueule de tout le monde, la gueule transparente, de celles sur lesquelles on bute tous les jours dans le métro ou sur les lieux de travail. Il n’avait jamais franchement eu de gueule, à le noter on lui aurait accordé un moyen-moins, pas de quoi non plus se couvrir la tête de cendres, cela n’avait rien de rédhibitoire.
C’est vrai qu’avec l’âge cette ingratitude des traits s’était marquée, fossilisée, mais dans le mauvais sens du terme, rien d’une ammonite prise dans le grès et infiniment plus belle qu’elle ne le fut jamais dans les eaux mésozoïques, de son vivant. Il s’était empâté, surchargé de flasque, et son insignifiante laideur avait viré au masque presque léonin.
Presque. Parce qu’à son âge, il avait fini par se hausser au dessus de la moyenne, non pas en vertu d’une paradoxale grâce des décades perdues mais du fait de l’effondrement des autres concurrents en vue de la ligne d’arrivée.
Moi, je l’écoutais récapituler la liste des ses désillusions, de ses avanies, sans intervenir. Il faisait chier, j’en étais conscient, mais j’étais aussi conscient de mes tics de Saint Bernard dont je ne pouvais me dépêtrer.  La petite sœur des pauvres qui veillait en moi, toujours à l’affût, venait de se dégotter un gibier de choix et j’approuvais de temps à autre d’un signe de tête (de haut en bas), partagé entre un ennui bien compréhensible (et l’envie de me tirer de là vite fait) et une morose délectation.
Il avait bien envisagé d’aller bille en tête à la rencontre de sa proie et de lui demander, comme ça, franco, de coucher avec lui. Il l’avait envisagé, Dieu sait combien de fois. Envisagé. Il n’avait jamais eu peur – ni l’intuition – de donner dans le kolossal cliché, aussi visible qu’une cathédrale gothique au beau milieu d’un champ de blé après la moisson. Et ce n’était pas maintenant que j’allais le lui dire.

C’est un peu plus tard que j’ai entendu parler de cette histoire. Une rumeur, un bobard tellement énorme que je le soupçonnais d’en être la source. Bien son genre d’accaparer l’attention de manière détournée, avec peut-être l’idée derrière la tête que cela titillerait quelques filles suffisamment névrosées pour venir dans son lit.
Alors je suis allé le voir et il a avoué sans trop se faire prier, plutôt fier de lui.
J’avais bien confirmation de ce que j’avais supputé.
J’aurais peut-être du lui dire qu’il était pathétique. Mais qui était pathétique ? Les quinquas qui se branlaient tous les jours devant des DVD téléchargés, ceux qui allaient aux putes ou lui qui s’inventait son petit psychodrame personnel ? Alors j’ai fermé ma gueule et je l’ai suivi.

Il m’a demandé de me tenir à une certaine distance pour que je ne puisse pas être identifié comme témoin. Je me suis posé sur un des rares bancs de la rue d’où j’avais une assez bonne vue sur la sortie du métro. Et il a commencé sa distribution. Sans rien faire de particulier. Comme s’il s’agissait de prospectus pour de l’électroménager, des clubs de fitness ou de la propagande trotskyste à bout de souffle. Evidemment, il prenait soin de ne tendre son bout de papier qu’aux femmes, mais avec un tel naturel que nul n’aurait pu le remarquer – à part moi, bien sûr, qui était dans la confidence. En général, elles ne le lisaient pas, son papelard, comme tous ceux qu’elles daignaient prendre à ses alter ego, et le balançaient dans la première poubelle qu’elles rencontraient. D’autres s’arrêtaient, médusées, assez loin de lui, comme si elles venaient enfin de comprendre ce qu’elles avaient sous les yeux, se retournaient dans sa direction, jetaient encore un coup d’œil à l’annonce avec le numéro de téléphone accolé, puis accéléraient et disparaissaient dans la foule, non sans s’être débarrassé du papier en pleine rue. Les rares qui réagissaient alors qu’il était encore à portée de voix restaient elles aussi interloquées, le regardaient à la dérobée puis, de même, se carapataient avec une étonnante fluidité, comme des souris passant à côté d’un chat endormi. Certaines abandonnaient au plus vite l’ignominie imprimée sur papier cul en lui faisant rejoindre le sol, d’autres la conservaient, j’en ai même vu une qui la glissait dans son sac à main.

Je n’ai évidemment jamais eu le courage de lui demander si « ça marchait ».

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22 février 2009

Possibles

Piégée par l'horreur de ton corps, par cette peau infidèle qui te colle sans te parer, que tu ne veux plus voir, que tu évacues en gardant la tête baissée ou vers le plafond quand tu passes dans la salle de bain ou lorsque tu sors du lit ou plutôt lorsque tu enlèves ce pyjama 3 tailles au dessus pour enfiler les vêtements consacrés pour affronter l'extérieur, piégée donc par cette nausée et ce dégoût, tu restes à regarder des parcelles anodines de ta chair ; cette palmure entre pouce et index, le fin réseau des capillaires à peine apparentes sur le poignet.
Inconcevables : un autre amas d'os et de muscles tressautant au dessus de toi, voire engagé en toi ; des sucions compulsives ou des filets de salive se perdant dans ces replis que tu tentes d'oublier ; le simple contact d'une paume explorant cette géographie frappée d'interdit.
Nul n'a le droit de contempler, même à la dérobée, ce que tu as muré.
Je n'en suis pas là ; et même loin.
Juste fourrer ma tête entre tes cuisses pour y goûter leur fraicheur et leur finesse filigranée, tout particulièrement sur leur versant interne. Pas de langue, aucune extrémité, quelle qu'elle soit, en train de fureter, de chercher à percer la bien faible défense de ta toison presque totalement épilée. Rien à foutre. Juste mon crâne perdu dans le velouté irradiant en cercles concentriques depuis ton pubis. Je scellerai ma bouche au chatterton, je me lierai mes mains dans le dos - ou plutôt tu le feras pour d'évidentes raisons techniques. Je m'aveuglerai, s'il le faut - un foulard fera l'affaire. Et si je ne craignais pas d'être ridicule et amphigourique, je ferai procéder à l'ablation de ces pendeloques génitales, j'attendrai que la cicatrisation soit complètement achevée, que mon nouveau pelvis soit plus doux qu'une chevelure d'un nouveau-né, pour pouvoir m'allonger sur toi sans risque - au sens strict - d'accouplement et que nos deux bassins puissent enfin se trouver - dans une complète obscurité, mais quelle importance ...

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07 décembre 2008

Prière

Je voudrais coucher non pas avec toi ni dans toi mais sur toi chose inerte posée uniquement motivée par les multiples sucions des pores en contact et toi immobile à patienter à attendre la fin de la séance à fixer les fissures au plafond mais sur ma demande cette fois rien à faire pour toi sinon supporter ma masse et peut-être ma sueur ou une odeur un peu désagréable rien de sexuel donc un simple attouchement de la tête aux pieds dans la durée et dans une parfaite immobilité

Tu aurais accepté parce que je t'aurais tannée pendant des jours voire des semaines et tu aurais eu pitié ou parce que je serais parti vivre en Alaska pour le reste de mes jours juste après - quelque chose dans ce goût là - et tu te serais dit pourquoi pas finissons-en ou l'idée dans son absurdité même t'aurait séduite ras le bol de l'érotisme et du désir obligatoire de toute façon ils retombent à plat comme un soufflé ou une escalope jetée du quatrième étage toujours à finir dubitative avec un vantard prenant toute la place dans le lit alors ne rien faire pour ne rien faire et ne rien ressentir - ou pas grand chose - c'est envisageable sans compter que ça ne finira pas avec ce truc gluant en moi ou dans du latex que j'aurais eu en moi avant et c'est pas mieux Tu te serais déshabillée et allongée bras écartés mais jambes serrées toujours sur ma demande à compter les moucherons voletant dans les hautes altitudes de ta chambre et moi aussi je me serais déshabillé je me serais approché me serais étendu sur toi j'aurais pas trop su comment faire pour ne pas t'esquinter d'un coup de genou tu m'aurais dit doucement et j'aurais pris appui sur mes maigres bras les fesses hautes avant de redescendre le plus lentement possible sur ton corps Je n'aurais pas bandé je ne sais pas comment mais je n'aurais pas bandé j'aurais veillé à ce qu'il reste le plus flaque possible et lui et mes couilles se seraient écrasés contre ton pelvis ça m'aurait fait un peu mal mais pas vraiment d'autre alternative et j'aurais mis ma tête sur le côté - de profil par rapport à toi - d'une part pour ne pas te regarder - tu n'y tenais pas et moi non plus - et d'autre part on se sait jamais parce que mon haleine aurait pu ne pas être au dessus de tout soupçon J'aurais entendu l'air s'échapper bruyamment de tes poumons lorsque je me serais définitivement installé et j'aurais attendu en regardant les bouloches sur ta couverture et les défauts à la surface de tes oreillers tu aurais commencé à respirer assez difficilement avec tes 20 kilos de handicap mais je n'aurais pas essayé d'alléger la charge en usant de mes bras ça aussi faisait partie de la proposition et rien ne pouvait en être retranché et j'aurais essayé de me concentrer sur ta peau sur ses irrégularités et ses imperfections toucher toute ta peau avec toute ma peau en me vidant le cerveau n'être qu'un réceptacle à sensations tactiles Ta peau elle aurait été froide assez sèche mais j'aurais plus été ému qu'avec toutes celles qui avaient accepté ce fragment - toujours le même - ce fragment dérisoire de ma peau dans elles mais toi tu aurais continué à être froide et sèche pas trop froide parce que je t'aurais réchauffée suffisamment du moins avec un souffle de plus en plus court jusqu'à ce que tu me demandes de me relever tu es trop lourd ça suffit j'ai fait ma part j'aurais dit d'accord et je me serais relevé en essayant de ne pas t'esquinter avec toujours la même gaucherie et en rentrant instinctivement mon ventre comme si ça avait pu avoir la moindre importance Je serais parti en te disant au revoir toi toujours couchée sur ton lit les yeux vers le haut et dans le vide et tu n'aurais rien répondu et je me serais demandé sur le trajet de mon deux pièces ce que j'allais faire de cette histoire l'écrire dans un petit cahier ou la raconter à quelques amis choisis qui auraient pu en goûter le sel mais j'aurais déjà su que j'allais garder ça pour moi jusqu'à ma mort Quant à toi tu aurais observé un silence radio d'à peine une semaine avant de m'envoyer un mail portant sur un tout autre sujet car évidemment il n'avait jamais été question pour moi de partir en Alaska 

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16 septembre 2008

Une histoire avec une fille

Il pleuvait et plutôt que de rester dans la masse des fumeurs sous l'auvent, nous n'avions pas hésité et étions sortis sous les gouttes.
Nous discutions de choses graves, de l'amour, du sexe, de l'un sans l'autre, et cette gravité rendait dérisoire la bruine qui tapissait le sommet de mon crâne nu, et, elle, son épaisse toison ovine.
J'avais versé dans ma bière le Dilaudid importé par la poste du Honduras, et je flottai entre deux eaux, à la fois focalisé et béat, prêt à tout sans être capable de me décider pour quoi que ce soit.
Elle était passé de la baise à l'arrache comme distinction honorifique à la larmoyante complainte de l'absence de présence - raisonnablement membrée, tout de même, même si elle ne le formulait pas. Je jouais les curés de gauche à lui assurer de ma totale neutralité tout en n'en pensant pas moins, à savoir que lorsque l'on n'a pas d'appétence pour les orgasmes multiples, dé- et surmultipliés, le conjugal pépère est peut-être ce qui se fait de mieux, à condition de s'y plier et de se plier à s'y plier.
Mes pupilles se contractaient en naines noires, je respirais l'odeur de ses cheveux, traçait le schéma à une branche, la ligne simple du déni de soi et tout était emballé et pesé, carré, sans anicroche, pourquoi chercher midi à quatorze heures alors que n'importe quel psy à peine sorti de son dernier cours pourrait lui torcher ça en deux coups de cuillères à pot ? Mais les psys ont mauvaise presse, des réducteurs de têtes à en croire ceux qui n'ont pourtant pas grand chose à faire compacter. Et puis j'ai sorti le petit bout de plastique, le marqueur noir, et j'ai écrit : Et pourquoi avec moi, tu veux pas ?
La pluie ne pouvait dissoudre mon message, seul un bon coup du torchon que j'avais aussi apporté en était capable et elle put lire cette phrase dans la lueur jaune sale d'un réverbère.
Elle faillit se jeter sur moi, pour au moins m'engueuler et me traîner plus bas que terre, mais je lui fis : Non, tu utilises le même medium en lui tendant les ustensiles et en continuant en parralèle la conversation à la bouche.
Parce que j'en n'ai pas envie c'est tout.
Je lui fis remarquer que le dernier en date, par hasard, je l'avais vu, et bien qu'ayant les entrailles farcies à l'alcool, j'avais  pu instantannément deviner que c'était un connard, probablement nul au pieu.
Don parapsy ?
Non, simple observation réitérée dont on remarque la régularité pour en tirer une loi générale.
Ca te fout les boules que lui, oui, et pas toi.
Non, pour ça, tu utilises le plastique
T'as pas envie de quoi, exactement ?
C'est quelque chose d'animal que je recherche, une odeur, une présence.
Les autres sont des amis.
T'as ta réponse.
Je t'admire,tu sais, tu ne choisis pas la facilité.
Je ne choisis pas, je fais ce que je peux.
Sans me vanter je suis une affaire au lit
Je sais que tu ne te vantes pas, mais c'est non quand même
C'est quand même une posture.
Une posture ?
Le plus drôle, c'est qu'avec ce que je me suis envoyé, je serais incapable de fourrer une serviette de bain.
Oui, comme ta façon de te moquer de celles qui n'acceptent de coucher qu'avec un qu'elles aiment, celles qui sont archaïques, qui n'ont pas ramené la Purple Haze du front.
Je voulais pas faire comme ma mère, comme ma soeur, comme les épouses qui se font tellement chier qu'elles s'inventent des tranches de vies en forme de 5 à 7, pour le coup, avec le premier connard venu, ou le patron de leur mari, ou leur crémier ou je ne sais quel acteur merdique.
Alors quoi ?
J'ai envie de te déshabiller, de te voir nue, de toucher, de sentir, de déposer le bout de ma langue sur chaque carré de ta peau (..)

(..) sans même te bouffer la chatte, ce serait naze, j'ai envie de toi et d'absorber tout ce que je peux de toi, quitte à m'en mordre les doigts pour les 10 ans à venir.
Je peux toucher, juste là, sous ton oeil droit ? Y'a rien d'autre que l'envie de transmettre de la chaleur et un respect sincère.
Justement, c'est pour ça que je ne veux pas. J'ai peur. Me demande pas de quoi, ni pourquoi, mais tu dois probablement comprendre.
Elle a dit oui, je l'ai fait et on a pleuré comme des veaux avant de balancer le plastique, le marqueur et le chiffon dans le caniveau et de rentrer dans le rade pour commander une autre mousse.

Posté par memapa à 01:27 - Ma vie qu'elle n'existe pas vraiment - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 août 2008

Following

L'astuce est de traverser, dans un sens puis dans l'autre : les voitures qui se trouvent à l'arrêt - à cause du feu - ne sont jamais les mêmes, et personne ne peut deviner que je passe mon temps à emprunter le passage clouté alternativement ouest-est et est-ouest. Que je fais le guet. Que je profite de ces quelques pas pour jeter un coup d'oeil aux portières de la première rangée.
Il faut que la bagnole soit d'un modèle déjà ancien, sans condamnation centralisée, ni ce bouton - généralement devant le changement de vitesse - qui permet de tout verrouiller d'un petit mouvement du doigt. Sans compter - évidemment - que le conducteur doit être une conductrice. Toutes ces conditions sont rarement réunies ; je peux donc y passer des heures.
L'idée est de rentrer dans la voiture au moment où le feu va passer au vert, côté passager, et de menacer la femme avec le pistolet d'alarme. Personne ne va vérifier qu'il s'agit bien d'une arme authentique, par exemple en examinant le canon pour y déceler ce qui le bouche - ce qui  permet le réarmement par emprunt aux gaz. Les gens paniquent : vous pourriez les braquer avec une banane qu'ils vous obéiraient tout de même sans protester.
Ensuite, il s'agit de la forcer à me conduire jusqu'à un endroit désert, terrain vague en proche banlieue ou zone commerciale fermée un dimanche. De la menotter au volant, une fois sur place. Pas pour la violer. Non. Cinq ans sous Anafranil et votre bite n'est plus qu'un souvenir - ou plutôt ses fières érections. Pas non plus pour la tabasser à mort, comme un serial-killer lambda. Encore que je pourrais estimer en avoir le droit.
Juste pour qu'elle me raconte sa vie, son mari, ses enfants, son boulot. Ce genre de trucs. Fouiller son sac à main et/ou son portefeuille peut m'aider à la lancer sur la bonne piste. Après avoir attendu qu'elle ait fini de pleurer ou de hurler sur le parking désert - bien entendu.
Mais je ne le ferai pas : quand je songe à la terreur qui pourrait s'emparer d'elle - ou plutôt d'elles, l'angoisse s'installe dans ma poitrine et y fore ses petits trous sanguinolents. Alors je me contente de traverser dans un sens, puis dans l'autre, de regarder les jolies femmes au volant, les jolies femmes inconscientes qui ne pensent pas à verrouiller la portière côté passager.

Spéciale dédicace to C. Nolan.

Posté par memapa à 23:56 - Ma vie qu'elle n'existe pas vraiment - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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