13 septembre 2006
Les nuits d'enfer
Pendant le tournage, je dormais ... Allez ... 2-3 heures. J'étais perpetuellement crevé et en plus j'arrivais systématiquement en retard malgré les déclarations d'ivrogne de la veille. Dans sa partie diurne, le film était une sorte de chaos à gérer, pratiquement au jour le jour, une espèce de plasma en ébullition dont nous arrivions, et moi, tout particulièrement, à tirer quelque chose, à lui donner forme. Pas le temps de vraiment penser, sinon aux problèmes urgents à régler pour la scène suivante, et ils étaient tous urgents et il y avait toujours une scène suivante (ou le plan suivant de la scène en cours).
Moi pendant la nuit, j'étais accablé par les gemissement du film, les trucs qu'on avait laissé en plan ou sans réponse. Je subissais les effets paradoxaux des somnifères, paradoxaux dans le sens qu'ils vous surexcitent au lieu de vous faire dormir et qu'ils ont même un petit effet hallucinogène. Alors ça se bousculait dans ma tête.
Cardo et Varlain pourront pas parler dans l'escalier. Ca grince. M. voudra mettre des tapis de mousse de 14 metres d'épaisseur et c'est pas possib'. Et l'ascenseur c'est naze. Alors ils sont assis. Comme ça plus de bruit. Mais pourquoi assis ? Pour boire une bière, tiens ! Mais pourquoi une bière ? Ce sont des clampins .... Et ça tournait comme ça des heures durant, quand ça ne débouchait pas sur des reflexions angoissées sur le ratage qu'était ça ou ci, ratage irratrapable, machin que j'aurais du prévoir, mais quand (ma mémoire ne remontait plus qu'à la journée précédente) ? Le film se barrait en couilles entre mes doigts, je le voyais agonir à mes cotés, et je ne pouvais rien faire, cette malédiction de ne pouvoir retourner, de tout reprendre du début.
Mais je dormais 2-3 heures quand même, ce qui fait que je devais m'endormir vers 5 heures pour me lever entre 7 et 8.
Maintenant qu'il est fini en ce qui me concerne, j'ai des journées alanguies durant lesquelles je ne fais pas grand chose. Mais les nuit ont gardé leur tonicité de mixer-blender. Et les effets paradoxaux se sont amplifiés. Voilà que je me lève au milieu de la nuit pour déambuller la tête farcie de protestations, de stratégies, de je pourrais faire ci, je pourrais tenter ça, déclencher un plan Orsec pour remettre tout ça d'aplomb. Mais comme avec les hallucinogènes, reste au fond de la conscience, une partie saine qui sait que tout cela n'est pas un état très normal, et que demain, il n'y paraitra rien. N'empêche que les polkas des doléances, contre-doléances et rectifications durent, rebouclent, et s'enchevetrent. Du fumeux qui joue à l'écureuil dans sa roue jusqu'à ce que la lumière du jour commence à envahir l'appartement. En somme, et pour tout dire, je m'endors vers 7-8 heures. Heureusement que je peux me lever passé midi, sauf si les chats affamés se mettent à me grignotter les orteils pour me remettre dans le droit chemin.
D'ailleurs, que fais-je donc à 3h30 du matin ? Dans un état de surexcitation que bien des cocaïnomanes m'envieraient ?
28 juin 2006
Efflorescence mammaire et fonctionnariat
Aujourd'hui je suis allé essayer de me vendre avec une commerciale dans un ministère. En compagnie d'un chef à moi, je ne serais que le second couteau. Si jamais ça marchait, ce dont je doute. Jolie la commerciale. Non, je veux dire, vraiment jolie, pas comme une commerciale, quoi.
De toute façon, j'étais largué, je ne comprenais rien, je laissais le chef à moi discuter avec ses employeurs potentiels et intérimaires d'urbanisation des systèmes d'information (cherchez pas, ça ne veut rien dire, mais c'est vachement bien payé).
En face de moi, il y avait une femme, sous-chef de quelque chose au ministère. Un truc technique, dans le genre tu le sens mon gros JBoss (cherchez pas non plus) ? Une femme de ... je ne sais pas ... 25-26 ans. A peine plus. Et qui avait de très volumineux seins tombants, vraiment tombants, comme on n'en voit d'ordinaire que chez les matronnes du double de son âge.
J'étais complètement fasciné par sa morphologie, d'autant que les blablatos de l'autre/mon chef à moi sur le schéma directeur, ça ne me faisait ni chaud ni froid. Je matais comme un furieux la dame aux mamelles prématuremment avachies (mais comaques quand même).
Et elle aussi, au bout d'un moment, elle me jetta des coups d'oeil, non pas à cause de la fixité de mon regard sur ses big-but-dropping-doudounes, mais parce que je ne sortais pas un mot, ce qui est quand même étrange pour un type présenté comme un spécialiste de la chose dont parlait mon supérieur très hiérarchique avec volubilité.
J'ai réussi à baver une ou deux banalités ("vraiment un très beau projet") et on est sortis. Ils ne m'en ont pas voulu de mon mutisme, en particulier la commerciale jolie pas mais comme une commerciale, et ça m'a fait plutôt plaisir.
22 juin 2006
La fête de la musique, mes couilles
Je ne sais pas vous, mais moi, oui. La Fête de la Musique me gonfle au delà du possible. L'horreur qu'on ressent en tombant impromptument dans une danse des canards particulièrement avinée.
Parce que, voyez-vous, j'en suis à me demander si la musique n'est pas LE nouveau mythème. Oui, bon, je ne sais pas si le terme est bien choisi. Mais, dans la mythologie actuelle du moderne-cool, la musique se taille une part du lion. D'ailleurs, tout le monde aime la musique, c'est pas une preuve ça ? Et si l'on n'aime pas la musique, on dérape aussi sec dans l'infra-humain, teinté de morbidité.
La musique, partout, mais je dis partout, il y en a : Dans les grands magasins, les ascenseurs, les rues, le métro, les bars, certaines stations de RER, partout vous dis-je. Bon certes, il s'agit d'une insupportable muzak à rendre les tympans liquides, mais d'un autre côté, c'est justement cette soupe innommable que les gens désignent majoritairement sous le nom de Musique.
Bref, quand la musique est partout, pourquoi diable organiser une manifestation où l'on ressert de grandes louchées supplémentaires de la musique-qui-fait-la-vie-plus-belle ? Musique de merde, en général, pour la raison préalablement exposée. Avec en guest-stars, les troupeaux divagants de gens qui n'aiment pas tant la musique que le fait d'aimer la musique.
Evidemment le propaganda-staffel essaie de convaincre le bon peuple que toute la population est dans la rue à écouter le véritable gruau de notes flasques aux extraits de mélodies avariées. En fait, c'est pur mensonge. Pure propagande, justement. Il suffit pour s'en convaincre de lister dans n'importe quel vidéo-club le nombre de DVD sortis lors de cette soirée sociale, conviviale et obligatoire.
Mais ce sera le sujet d'un prochain article.
13 juin 2006
Les aventures de Julius Carotte (Part I)
Julius se levait tous les matins dans son lit encombré d'assiettes vides, de paquets de clopes dans le même état, de reliefs de pizzas et de canettes elle aussi dépouillées de leur contenu. Les capotes usagées manquaient à l'appel, car Julius, les femmes, il ne pouvaient que les regarder de loin. A cause de sa vilaine gueule. Enfin, c'est ce qu'il se racontait au reveil quand le monde est recouvert d'aspérités mordantes et que la brûme s'écoule lentement par les yeux mi clos.
Julius, à peine dehors s'allumait une clope histoire de ramener son taux de nicotine à un niveau acceptable et regrettait qu'elle ait aussi mauvais gout, comme têter une serpillère oubliée trois mois au fond d'un placard. Dans le temps, il vidait très légèrement la cigarette, puis aspirait avec force poumons la petite ligne d'héroïne. Allumée, elle ramonait la gorge et les poumons avec une délicieuse vigueur et lui baisait tendrement les recoins du cerveau. Même si Julius trouvait que c'était tout de même un peu du gâchis.
Ensuite il prenait le RER, avec un nombre stupéfiant de quidams suants à la tête allongée de rosse neurasthénique. Quand il était un jeune dieu con, il se prelassait dans le side d'un Dniepr, pendant que Sigismond Navet assurait la conduite de l'engin hybride. Mais soyons juste : sous la pluie et dans le froid, la baignoire attelée n'était pas l'endroit idéal pour se prélasser.
Enfin, Julius entrait dans le bureau qu'il partageait avec 6 autres personnes, et après un "bonjour" à la cantonnade, allait s'installer devant son portable farouchement attaché au plancher à l'aide d'un cable censemment indestructible. Dire qu'il avait bataillé pour en arriver là, et qu'il avait laissé derrière lui de longues journées, mornes de prime abord, couché dans le lit, à mollement lire et suivre du regard les tâches de lumières générées par les replis des rideaux.
Bon.
Julius, histoire d'entamer ses huit heures, alla se fumer une clope dans la salle ad hoc. On verrait bien après.