04 avril 2008
Tripalium
Les jours où je vais bien, je vais bien. Les jours où je vais mal, je vais mal, mais je ne sais pas pourquoi. Je suis comme un lapin qui vient de se faire massacrer l'arrière-train par une décharge de chevrotines, et qui, paniqué, essaie de se mettre à l'abri, les pattes arrières inutiles et pendantes, sans comprendre ce qui lui est arrivé.
Alors parfois je lis des gens (sur des blogs ou dans des livres) qui sculptent leurs angoisses avec une précision qui me laisse pantois, qui expliquent par le menu le pourquoi du comment, qui retapissent leur psyché avec des motifs d'une absolue netteté. Et je reste un peu dubitatif. Mon idée de la douleur morale, c'est un peu celle de la douleur physique : le grand brulé fou de souffrance qui réclame sa morphine en boucle et s'avère bien incapable de disséquer son état ou même de s'en rappeler les prémices.
Quand je vais bien, c'est d'ailleurs un peu pareil : je ne sais pas pourquoi, je ne vais pas chercher des raisons plausibles ou jolies à mettre en scène, et paraphraser cette joie me semble à la fois impossible et irréalisable. Tout à l'heure, je suis entré chez l'indien : un tamoul demandait des trucs incompréhensibles en montrant au caissier un sac de farine, et j'ai trouvé ça merveilleux. Un peu plus tard, je me suis rendu compte que la façade de mon immeuble est la plus pourrie de la rue Stephenson, et j'ai trouvé ça tout aussi merveilleux. Les affiches de fêtes sénégalaises, les petites asiatiques, les tripes suspendues chez les bouchers arabes, les gens mollement étalés en terrasse dès qu'il y a un rayon de soleil, tout cela est merveilleux. Et me procure un très rare sentiment d'appartenance à un monde charmant et bon enfant semblable à l'amoncèlement de cadeaux qui m'attendait à côté du sapin pour Noël.
Et quand je vais mal, je suis plongé dans un purgatoire tantôt assommant, tantôt riche en engins de torture de toute sorte. Je peux presque sentir dans mes veines le déficit en dopamine, le passage des hormones mauvaises, ça crisse, ça m'oppresse, et ce sont comme des marées nauséeuses qui partent de la base de mon cervelet vers le reste du corps en vagues irrégulières mais têtues.
Alors, lorsque j'ai cru replonger il y a quelques semaines, j'ai décidé d'annoncer à mes employeurs que j'allais jeter l'éponge. Oh, je le savais que ce boulot me faisait chier. Mais il me faisait juste chier. Curieux d'ailleurs comme le fait de maitriser quelque chose est source chez moi du plus profond ennui. Normal, d'ailleurs : quand on gère parfaitement le truc à 95%, à quoi bon se fader les 5% restants ? Le fait est que cela faisait déjà plusieurs mois que je me faisais chier. Huit semaines après mon embauche, je trouvais ça déjà très gonflant. Mais je me disais que la vie n'est pas un long fleuve tranquille, que tant de gens sont autrement moins bien lotis que moi, et que ça ne tombe pas tout rôti dans la bouche. Le genre de mauvaises excuses pour ne pas s'avouer qu'on n'ose pas franchir le pas et se casser dans le bush de l'inconnu. Ou qu'on apprécie le pognon facilement gagné. Mais qui le sera de moins en moins, parce que le signal d'alarme vient de se déclencher. Et puis, soyons clair, mon seuil de tolérance à l'angoisse a trop baissé pour que je puisse continuer. Sans compter que je n'ai plus envie de me retrouver à fumer clope sur clope à l'HP (c'est encore l'activité la plus exaltante qui puisse être là-bas).
Et la future maman, loin de me remettre dans le droit chemin et de me rappeler mes devoirs à venir de mâle nourricier, m'a soutenu de bout en bout. Elle non plus ne tient pas à me rendre visite à Maison-Blanche, surtout avec un nourrisson sous le bras. Oui, je sais j'en rajoute dans le pathos.
Bref, je leur ai annoncé qu'à la fin de la période d'essai renouvelée, ils allaient devoir me virer. Et ça m'ennuie : ce sont vraiment des gens bien, rien à voir avec les tocards incompétents et imbus de leur propre médiocrité qui hantent les SSII de taille raisonnable. Je n'avais pourtant qu'une envie, me tirer, au plus vite, et me cacher au chaud quelque part, loin de ma Némésis. Mais je leur ai proposé d'enchainer sur un ou des CDD après mon départ, pour ne pas les foutre dans la merde. Parce que ce sont des gens bien, je le répète. J'espère que je ne le regretterai pas et que je ne grillerai pas un fusible sur mon lieu de travail. Ils ne comprendraient pas. Et n'auraient pas d'ailleurs compris les vraies raisons de ma démission. j'ai préféré noyer le poisson et rester dans le vague. Je leur ai bien dit que le job commençait à me faire chier au delà du possible, mais pas que je mettait en péril mon équilibre mental si j'essayais de continuer. Ils ne pourraient pas comprendre. Parce que, comme je le disais, les gens ont l'habitude des souffrances du jeune Werther, des mots et des phrases bien polis, poncés par l'usage et le temps, et qui sont comme un fond patrimonial de la douleur littéraire. L'équivalent du nez crochu et du rictus du méchant dans les films de cape et d'épée. Je ne sais pas si vous comprenez ; moi-même j'ai un peu de mal.
01 décembre 2007
L'enfer pré-24 décembre
Ce qu'il y a de bien avec le fait d'acheter des cadeaux de Nowel, c'est que ça reconstitue fissa le lien social. On est obligé de frayer avec ces sales cons de moyenneux alors qu'on est un putain de rebelle qui regarde la horde des manants d'un oeil méprisant du haut de sa tour magne.
C'est très moyen pour l'image de marque de se retrouver en train de faire la queue à la caisse avec des vilains parents les bras chargés de produits dérivés de Dora l'exploratrice.
Parce que les parents sont très vilains du coté de cour St Emilion.
Parce que j'y étais à acheter les trucs très laids pour la fête du foie gras et de la murge au champ' douteux. Pour des raisons un peu compliquées à expliquer vu qu'en temps normal il ne faudrait pas moins d'un peloton d'exécution pour me convaincre de trainer dans ce parc à ploucs.
J'en ai déjà parlé des sales gueules qui hantent le coin. A ce niveau là, faire des gamins dans ces conditions relève du tribunal de La Haye. D'un autre côté il faut bien que les petits cadres pas beaux que j'ai fréquentés dans une vie antérieure se baladent quelque part (en dehors de la banlieue sud).
Ca m'inquiète d'ailleurs un peu : manquant du plus élémentaire sens critique en ce qui concerne mon apparence et celle de ma compagne, il est possible que j'en arrive à pondre un petit monstre (malgré une baisse notable des spermatozoïdes suractivés due à un âge avancé).
Et puis c'est sympa comme tout ces magasins qui donnent du sens au bien-être, et proposent un ersatz de commerce équitable mâtiné d'écologie à deux balles. Surtout lorsqu'on s'aperçoit que les saloperies en question sont majoritairement fabriquées en Chine dans des conditions qui effraieraient même un patron du MEDEF (je ne sais plus comment ça s'appelle maintenant, mais le lecteur aura rectifié de lui-même).
Pas de doute, l'écologisme citoyen version PS/Modem, ça m'a tout l'air d'être la dernière simili-valeur conformiste des nains de la classe moyenne. Qui leur permet de regarder de haut les prolos que le tri sélectif gonfle au delà du possible.
Et on comprendra bien que les glandes, je les ai chopées grave en achetant les horreurs pour Nowel.
On ne m'y reprendra plus jusqu'à l'année prochaine ...
19 septembre 2007
L'attaque des raisins géants
A l'heure qu'il est, j'ai peut-être déjà craqué. mais j'écris dans la nuit noire et glacée ce billet (nocturne forcément) pour que le monde sache. Que j'ai des idées à la con, ou plutôt que je suis extrèmement influençable.
Ca a commencé vendredi.
J'étais comme une merde molle sur un tatami raisonnablement inconfortable, et je m'abandonnais à la léthargie d'un shiatsu en phase terminale. Le moment où on peut me demander n'importe quoi et où je répondrais Ah ouais, ouais d'un air bovin et à demi extatique.
La praticienne dardait sur moi son regard d'acier qui en a maté plus d'un. Alors, moi, vous pensez ... Elle avait diagnostiqué une sorte de bidule-machin tout louche dans le chi du ventre. En d'autres termes, il m'arrive de péter au lit.
Tu peux être très courageux ? Me demanda-t-elle finement plutôt que d'arriver bille en tête. La question à ne pas poser. Mon sang ne fit qu'un tour. Meuh n'évidemment que je suis très courageux, tu penses, à l'ouest du Pécos les outlaws n'essaient même plus de me regarder en face tellement je suis courageux. Parle et je m'éxecuterai. Que n'ai-je dit là ...
Punition de la quinzaine : pendant 3 jours, ne manger que du raisin. Ca nettoie, parait-il, le gros intestin avec la vigueur d'un Monsieur Propre pour duodénum.
Cochon qui s'en dédie.
Même que.
Alors après m'être goinfré le dimanche soir, j'ai entamé ma cure de grappes de petits ovoïdes jaune pâle. C'est d'autant plus méritoire que je ne mange jamais de fruits. Ou à la rigueur des nèfles ou du melon d'Espagne en saison. J'aime pas ça les fruits.
Pour vous dire l'exotisme de la situation. A tel point que je me suis retrouvé comme un con niais quand il a fallu les laver. Tout de même, je sais qu'il faut les laver, les fruits. Mais comment, ça je l'ignore. Un petit passage sous l'eau suffit-il ou faut-il frotter longuement avec de grandes giclées de javel ? J'ai opté pour un bain prolongé.
Et depuis environ trois heures, je me rends bien compte que ça va pas être possible. Parce que c'est vachement sucré, cette saloperie. A faire des trous dans le stomac. Et des caries dans les dents.
Non, ça va pas être possible.
Je sens que je vais me rabattre sur les finger au chocolat blanc. Quand je pense qu'il y a des filles qui se nourrissent d'une pelure de pamplemousse par semaine ... Colopathie ou pas, je crois que, finalement, je vais rester pote avec mes abdos Kro ...
27 juillet 2007
Terreur et dialogue
Une soirée peu après l'élection de Mister-Sourire-Crispé à la présidence.
Que de la chienlit rouge à têter de la 1664 à la bouteille. Une bonne partie à discutailler sans fin sur la façon de reconquérir le coeur du peuple de gauche, à disserter sur le renouveau militant et/ou citoyen à mettre en oeuvre. Aussi efficace et pertinent qu'une boite à suggestions dans un supermarché. Les plus torchés à rejouer Dealey Plaza, avec moi dans le rôle du spécialiste des fusils de sniper soviétiques à acheter sur le marché de Peschawar. J'étais vraiment bourré, il faut bien le dire. Mais pas au point de ne pas remarquer que personne n'envisageait de manier l'engin lui-même. A commencer par moi. Non, il s'agissait plutôt de payer une sorte de milicien serbe, recherché par le tribunal de La Haye et n'ayant plus rien à perdre. La moyenne d'âge s'établissait autour de 35-40 ans, et jouer les kamikazes ne semblait brancher personne. On était aussi à Paris 11ème, et pas dans un camp d'entrainement au sud Liban.
(Fondu au noir)
Quelques jours après, dans un café, tard. A me fader K., gémissant après l'iniquité du monde et l'impossibilité de le réformer. Il me gonflait, alors que j'ai plutôt l'alcool oecuménique. Tellement que j'ai fini par lui dire que la réforme en question passerait par l'élimination physique des neuf dixièmes de la population par le dixième restant. Ce qui posait des problèmes pratiques insurmontables. Il m'a regardé avec l'air horrifié de celui qui découvre un cobra dans son lit ou un témoin de Jehovah sur son palier. Mais-comment-que-je-pouvais-dire-des-horreurs-pareilles-que-j'avais-plus-le-sens-commun. Et ça m'a rappellé une émission sur France-Cul, du temps où mon radio-reveil était reglé dessus, dans laquelle un philosophe balkanoide, vu son accent, défendait l'idée même de terreur pendant que les animateurs socio-libéraux déclenchaient les sirènes d'alarme à coups de larynx. Ben oui, quoi, Lenine avait compris ça, les ennemis de classe comme engrais, y'a pas d'autre chemin vers une régénération du corps social. Ou plutôt n'avait pas su l'appliquer jusqu'au bout, les camps n'ayant jamais eu, en URSS, une fonction d'extermination. Sans compter que la terreur a sa dynamique propre, finit par accéder à l'autonomie et massacre en dépit du bon sens, les objectifs initiaux ayant été depuis longtemps perdus de vue.
Le K., il en restait bouche bée. J'étais à moitié sérieux, mais le boy-scout et ses reniflements de dame patronesse me portaient vraiment sur le système.
Je suis allé me coucher, et le lendemain, j'avais oublié toutes les conneries que j'avais pu débiter. Restait un mal de tête des plus tenaces ...
16 juillet 2007
Dirty remembering
Des histoires pas très honorables. Comme celle où je me laisse enfermer dans la maison pendant que le propriétaire des lieux part se promener avec le 3ème ami. Fatigué que j'avais prétendu. Pas de problème, je lirais en vous attendant, trainez pas pendant deux heures non plus.
Toute cette mise en scène afin de mettre la main sur un antitussif. C'etait l'époque qui voulait ça.
Les gens rangent souvent leurs médicaments dans des endroits impossibles. Pas dans la salle de bains, comme cela me paraissait logique. Ailleurs. Le tout est de trouver quel ailleurs.
Alors on fouille.
On ouvre les armoires, les tiroirs, on irait jusqu'à regarder sous les lits.
On découvre la face sombre, jamais explicitée. Rien de spectaculaire. Des petits détails émouvants, ou affligeants, les indices d'une vie (auto-)considérée comme foutue au quotidien. C'était peut-etre dans ma tête, je me montais des films, c'est possible : une vie placée sous le signe de la télé après le boulot, dans la pièce à l'éclairage anémique, avec un repose-tête à l'endroit précis où il faut se positionner pour le spectacle, avec cette lumière si minable qu'elle ne permettait pas autre chose, lire par exemple, une existence où les armes ont été rendues au terme de 2 ou 3 décades sans que la singularité ait été vraiment évacuée ni que quelque chose ait été obtenu en contrepartie.
C'etait dans ma tête. Peut-être.
Mais à l'inverse de Calle, je mettais à nu l'intimité d'une personne que je connaissais à partir de laquelle il m'etait aisé de reconstituer des possibles, des probables. Ce n'etait d'ailleurs pas mon but, mais le temps s'écoulait et les scénarii se mettaient en place sans que j'y prisse garde.
Sans compter que je trouve enfin l'armoire à pharmacie. Les misères du corps m'en diront plus que tous les discours convenus (ou leur absence), que l'anorexie des discussions pourtant censées être entre amis. Tripotée d'antidépresseurs, toutes les molécules possibles et imaginables, la phalange des benzodiazépines, les antalgiques en troupeau, cartons de smecta qui racontent les chiasses et colopathies dans la maison-sépulcre, une sorte d'appareil respiratoire, plusieurs préparations contre la goutte, et toujours les recaptureurs de la sérotonine. Soirées à fixer le bordel ambiant en attendant que le sommeil arrive, que la délivrance permette de tenir jusqu'au matin. Et le reste. Douleurs, menues ou grandes. En continu. OpioIdes en combinaison ; 30 de paracétamol pour 1 de morphine anhydre.
La honte aussi de n'avoir rien vu, rien demandé, de ne pas avoir voulu savoir. La honte aussi parce qu'on ne fera rien de plus, ne fut-ce que parce qu'il va falloir taire cette fouille en règle. Et qu'assumer une partie de cette misère quotidienne est au delà de mes forces. Si tant est que ce soit possible. Et qu'il peut être aussi un sale con, doublé d'un beauf quand il le sent vraiment bien.
Finalement, je finis par découvrir un sachet de gommes dont la date de péremption est dépassée depuis 3 ans. Sêches et dégueulasses, presque immachables. Je lui offrirai donc une fin de soirée charme, humour et tapes dans le dos. Pas grand chose, mais déjà ça ...
07 juin 2007
Maciste et les mines du roi Congélo
B'. m'a fait remarquer que ce blog, c'est soit pour les intellos (ça n'interesse donc personne), soit pour les amateurs de cinéma pas bien dans sa tête (ça n'interesse donc personne non plus). Tel le renard au corbeau, elle m'a tenu à peu près ce langage :
- les blogs, c'est pour que les gens racontent leurs histoires de prostate ou d'amour qui ne marchent pas bien, leur avis sur des sujets auxquels ils ne connaissent rien mais qui sont obligatoires (vu à la télé), ou la recette des nouilles au beurre.
- Oui, mais c'est chiant, aussi. Encore plus, même.
- D'accord, mais c'est chiant comme la télé. Donc bien. Ca parle de la vie des gens et ça les rassure. Et puis, sur le fond, y'a que ça qui les interesse.
Donc aujourd'hui, une tranche de vie. Du concret, du ménager, du vécu.
Voilatipa que ce matin, alors que, me grattant les couilles, j'errais dans ma cuisine (ce qui une gageure puisqu'elle ne doit pas dépasser les 4m2), je vis (soudain) quelque chose d'indicible sous la lune gibeuse : ce n'était pas (ouf !) un Grand Ancien, mais la porte du congélo entrouverte. Ca fait trois fois en un an. D'où une certaine lassitude de ma part.
Mon congélo, il est vieux, il est rouge et il mesure 2.10m (avec le frigo au dessus). 15 ans que je me le trimballe dans mes appartements successifs avec l'aide d'amis qui ne sont plus mes amis après les déménagements. 15 ans, c'est beaucoup pour un frigo. Comme pour un chat. En âge humain, ça lui fait ... oh ... facilement 95-110 ans. Il commence donc un peu à sucrer les fraises et en l'occurence à devenir incontinent : de temps à autre, il se met à givrer comme un mister-freeze chassant le morse en antarctique, à créer des congères, lesquelles repoussent sounoisement la porte de l'intérieur. Et donc à ne plus rien congeler du tout (la chaine du froid, quand elle décide d'aller bronzer dans les pays tempérés, ne fonctionne plus des masses). Resultat des courses : 5 kgs de nourriture diverse à foutre à la poubelle, et, moi, tel le Frison-Roche moyen en train d'attaquer au piolet les formations glaciaires pour pouvoir refermer la porte. D'où des morceaux d'icebergs en plein changement d'état sur le sol de la cuisine et votre serviteur qui cherche en hullulant une serpillère (votre serviteur est nul pour trouver un éléphant dans un sachet de car-en-sac).
Furieux et humilié, je vais voir sur le site de Darty pour que cette saloperie d'électro-ménager subisse un sort pire que la mort. Lui trouver un remplaçant. Un beau, un jeune, un avec des abdos. Et là, je re-hullule, parce que, damned, le premier prix c'est 350 euros, et, je me dois de vous le dire, c'est un pur scandale. 350 EUROS ! Pour une armoire en tôle avec un compresseur qui fait Vrrr pendant la nuit et vous réveille ! C'est vachement abusif ! Je veux bien payer 350 euros pour du whisky 200 ans d'âge, distillé par des vierges rousses les nuits de pleine lune, mais ça me ferait vraiment mal que la sueur de mon front aille alimenter les caisses du grand capital monopolistique.
Alors je reste hébété, blessé en mon for intérieur, devant la description du Fagor AM7. Ma vue se trouble, des spasmes me parcourent, et je tombe au sol, victime de mon indéféctible naiveté. Monde cruel, voilà comment tu traites les meilleurs de tes enfants !
16 avril 2007
Le client
Des fois je ne bosse pas qu'en slip.
C'est dommage.
Par exemple quand faut aller voir le client.
Parce que le client est roi, et que les rois n'aiment pas voir des gens débarquer en slip chez eux. Ce serait lui manquer de respect au client. Mettre une cravate à pois sur une chemise à rayures, c'est pas lui manquer de respect. Mais se gratter les couilles dans un boxer-short, c'est pas cool pour le client. C'est comme ça.
Moi, les clients, ça m'emmerde.
Ils sont cons, ne comprennent rien à rien, donnent leur avis à contre-temps, veulent faire copain (ENLEVE TA MAIN DE MON BRAS !). Ce doit être pour ça que j'ai une dent contre les commerciaux. Eux, c'est comme la fleur sous l'ondée quand ils rencontrent un client. Je leur laisse. C'est cool. Ca le détourne de moi, le commercial. Sinon, me faire tchatcher par un commercial, c'est comme jouer au strip-poker avec une mygale.
Alors en sortant de l'entretien avec the customer, le boss, qui est aussi le commercial en chef et pour tout dire le seul commercial, il me dit que je suis vachement bon. Ouais je sais que je suis vachement bon. Mais en général, quand on m'énonce ça, c'est que ce doit être suivi d'un MAIS.
« Pourquoi tu fais tout le temps la gueule devant le client ? ». Je ne peux pas lui répondre : parce que je m'emmerde comme un rat mort, que l'autre branque de par sa nullité même me porte sur le système, et que, en fait, je prends sur moi pour pas le balancer par la fenêtre pour calmer mes nerfs. Mon etat d'esprit dans ces moments là, c'est un peu comme si on m'avait enfermé dans un cagibi avec l'intégrale Chantal Goya en boucle. Et à fond.
Alors je biaise, oui, mais non, mal à la tête, le fisc m'a rattrapé, Don Corleone a mis ma tête a prix, tout ça. Et que sur le fond, si j'ai choisi de travailler en slip à la cave, c'est justement pour ne plus me farcir les golios qu'on essaie de racketter. Mais étrangement, dans le monde merveilleux du travail, on ne peut pas dire les choses simples comme ça. Et encore moins simplement ...
30 mars 2007
Niveau zéro du rien
Aujourd'hui me parait propice. Un bon jour pour raconter des trucs que le monde entier il s'en fout. Le monde entier, de ce que je raconte, il en fait des coquillages, qu'il peint à la gouache et dont il fait de merveilleux colliers pour la fête des mères. Du scrapbooking, même, il peut faire, avec. Moins intéressant, c'est pas humainement possible. Même un sénateur au golf aurait l'air plus guilleret.
Mais j'ai fait mon annonce. Alors, faut y aller.
Comme je bosse pour une entreprise et chez moi, ces braves gens m'ont offert un portable, modéré, d'ailleurs, modéré dans le sens où il n'est transportable qu'avec un quota de muscles conséquent. Pas pour les fillettes. Et cet objet, une fois sur deux, ne démarre pas. Windows commence à se charger, puis part courir après les brebis en compagnie de Belle des champs. Ce qui fait qu'une demi-heure après, il en est toujours au même point. Alors il faut rebooter, une fois, deux fois, en mode sans échec avant que tout redevienne normal.
C'est un rien gonflant.
Donc, apôtre de la méthode bestiale, je me préparais à réinstaller Windows from scratch quand SOUDAIN ! Je m'aperçu fort marri que mon CD d'installation ne possédait pas la jolie étiquette irisée sur laquelle sont notés les codes. Je cherche, je cherche. Rien. En désespoir de cause, j'appelle la hot-line de Dell et après un certain temps, une dame sympathique m'annonce que l'étiquette en question est collée SOUS le portable lui-même. PRATIQUE !
Rusé comme un coyote qui aurait lu Spinoza, je la décolle (en faisant A-TTEN-TION, parce que c'est super bien empégué) et la tranfère sur la pochette du CD. Car je suis habile.
C'est tout ? Ben oui. Mais je vous avais prévenu, aussi ...
03 mars 2007
Avis à la population

En fait, il faut que je vous dise : je bosse de nouveau.
Ce qui veut dire que vous ne bénéficierez plus de ma prose à la fréquence actuelle.
Et c'est tant mieux, parce que je commençais à sêcher un peu. Comme sujets possibles, ne me restaient plus que le dépareillement récurrent des mes chaussettes, la disparition incompréhensible de mes slips et ma passion secrête et nouvelle pour le coca zéro.
J'ai rangé ça dans la rubrique "Ma vie où je me fais chier", mais c'est un peu abusif. Je n'ai pas encore eu le temps de me faire chier. Par contre le fait d'avoir regardé mes gros orteils avec tendresse allongé sur mon lit pendant 6 mois ne m'a pas préparé à la dureté d'une reprise de travail.
Vous en saurez plus bientôt, bande de veinards ...
23 février 2007
Un monde superbe

C'est assez faramineux de chercher du travail. Surtout quand on n'en pas vraiment envie. De travailler.
Je fais ça le vendredi, parce que, habile et rusé tel le Loki moyen, je me suis aperçu que les annonces tombaient en grappe le jeudi. Et que je n'ai pas envie de me livrer à cette palpitante activité plus d'une fois par semaine. Donc j'envoie un flot de CV en ce jour béni, suivant des critères assez nébuleux que je ne vais pas vous détailler ici. Disons qu'ils correspondent à mon profil, et que je veux respecter un quota. Au moins 5. Parfois je n'ai que l'embarras du choix, mais il arrive que je me force un peu pour rester dans les cordes. Et les taux de réponse étant ce qu'ils sont, je ne suis pas toujours très regardant.
Hier, je suis donc convoqué par une dame. Pour un entretien. La veille, je vais chez B'. qui voulait me montrer les merveilleux nanards qu'elle ramena d'Amiens sous un ciel bas et lourd. Avec le joli costume, la chemise pas repassée et la cravate dans le cartable.
Le matin arrive, frais et ensoleillé. Et je m'aperçois avec horreur que, suite à notre rupture provisoire, B'. m'avait ramené toutes mes affaires, dont le matériel de rasage. Il n'y a donc rien, à l'exception d'un bic 15 ans d'âge et d'un fond de mousse sortie de la tombe de Clovis. Je m'explose donc la gueule dans la bonne humeur tandis qu'un des squatteurs attitré de B'. se pointe inopinément alors que je me trimballe à poil en massant mon pauvre cou endolori. Donc pas de cravate. Trop beaucoup de bobo. Faut comprendre.
Professionnel comme pas deux, je relis l'annonce que j'ai pris soin d'imprimer chez moi, et n'en tire rien. Ca dit en gros Si vous avez envie de bosser avec nous et que vous n'avez rien de mieux à faire, on vous donnera de l'argent en échange de votre présence. Bien peu explicite, en somme. Pas grave : en général, la personne de la RH qui vous accueille vous explique en long en large et en travers combien c'est super ici ainsi que l'organigramme complet, les clients prestigieux (toujours les mêmes) et l'avenir sous forme d'une croissance de 200%. J'espère juste qu'elle ne va pas me demander d'emblée ce qui m'a attiré chez eux (et pas chez un autre) parce que là, ça va être du sans filet garanti.
Je me pointe, et une commerciale sympa me prend en charge. Pas une jolie commerciale, mais une commerciale qui ressemble à un être humain, gentille comme tout, j'ai presque envie de lui adresser la parole. Comme j'en ai rien à foutre, je suis détendu tel un chamallow, et lui raconte ma merveilleuse expérience dans le monde fabuleux du travail. Elle reste assez mutique - ce qui n'est pas très normal vue sa fonction, et je me dis que tout cela est bien mal barré. A vrai dire, je n'ai pas droit à la description de rigueur dont il a été question plus haut. Je ne sais pas où je suis, ce que font exactement ces braves gens et pourquoi ils ont besoin de moi. Je pourrais tout aussi bien postuler comme vendeur de yaourt dans une grande surface ou tondeur de lama à la raquette de jokari. Par contre, j'apprends que la clim' déconne dans cette partie du batiment.
A ce stade, j'attends le On vous écrira, et ça me fait bien plaisir, parce que, vraiment, mais vraiment, j'en ai rien à foutre. Pas du tout, du tout. Elle va chercher un gus de la technique pour que je le tchatche. Merde.
Commencent 1h20 de dialogue surréaliste. Je réponds systématiquement à coté de la plaque, et lui ne comprend rien à ce que je lui raconte. Toujours cette impression désagréable qu'il me prend pour un charlot essayant de le bluffer. Dans ce cas pourquoi prolonge-t-il cet entretien ? Et ça dure, ça dure ... Et j'ai la bouche sêche. Et il ne m'explique pas plus le background. Je nage et lui donne l'impression d'essayer de se débarrasser d'une bestiole un peu bizarre qu'il aurait trouvé sur son seuil.
La commerciale revient, m'explique qu'elle a pas trouvé la fille de la RH pour clôturer l'entretien, et qu'il faudra revenir. J'ai envie de lui baiser les pieds, parce que, là, je n'en peux plus. D'un autre côté, c'était pas la peine de perdre 2h30 pour m'éjecter in fine. Ah, au fait, les kids : pas la peine de vous fatiguer, les recruteurs ne lisent jamais les CV. Alors qu'elle me guide vers l'ascenseur, je lui narre mes aventures dans l'univers du cinéma et elle, ah oui, c'est super, ah bon, c'est un beau projet et j'ai envie de lui répondre Eh oh, c'est écrit en gros à la rubrique Autres Expériences.
Ce soir, madame RH me téléphone, elle veut me voir, elle m'aime, et moi, je ne comprends toujours pas ce qui s'est passé chez ces gens là, alors que je croyais avoir atteint le summum du pitoyable en matière de prestation. Y'a pas : je vais finir par bosser ... Dommage ...