13 novembre 2007
Un monde étrange
Je suis allé travailler ce matin. Ca fait bizarre.
Pour commencer, je me suis levé à une heure indécente. Pour tout dire, il faisait presque pas jour dehors. Une saloperie d'obscurité, toute froide et toute poisseuse. J'ai d'ailleurs remis ma tête sous la couette pour oublier ça, mais le deuxième réveil en a profité pour sonner à son tour.
Quel salaud !
J'avais vraiment bien préparé mon coup ...
J'ai regardé ma tête décomposée dans le miroir et je me suis dit qu'un petit coup de rasoir serait le bienvenu. Et puis non. Quand j'étais petit, j'avais lu dans Jours de France que la meilleure heure pour se raser, c'était vers 11 heures. Alors, je me suis plutôt frotté toutes mes dents avec énergie.
Lorsque je suis sorti dehors, ça m'a fait tout drôle. D'habitude, quand ça m'arrive, enfin ces derniers mois, la rue est pleine de gens qui déambulent un peu au petit bonheur la chance. Là, non. Les gens, ils étaient super pressés, et fonçaient vers le métro la tête rivée sur le bout de leurs godasses.
Et puis le RER, il était bondé. En début d'après-midi, il est vide, et j'ai toujours de la place pour poser mes fesses délicates. Ben, pas le matin. Il est plein à craquer et il pue. A cause des passagers. Ils sentent pas bons, les gens qui prennent le RER vers 8 heures. En plus, ils ont pas l'air gentil, ils font une gueule d'enterrement comme si un caïman venait de leur rentrer dans le cul. Mais c'est pas le cas, tu parles, j'ai vérifié.
Et dans mon bureau, y'avait les gens qui vont me filer du pognon à la fin du mois. Si je leur dis Ok, d'accord pour la conf-call de mercredi avec Canton. Et que je lis des documentations plus chiantes qu'un film français avec des problèmes de couples. Ou que je me pose devant le portable avec les mains sur le clavier. Des trucs comme ça. Pas vraiment palpitants, mais ils ont l'air d'être bien contents de les refiler à un type comme moi contre de l'argent.
C'est dingue quand même le monde du travail ...
Et y'a pas de secretaire dont je pourrais mater les nichons en douce. A vrai dire, y'a même personne dans le bâtiment. Y'a que moi et le gérant. Heureusement, je l'aime bien le gérant. Il me ressemble un peu d'ailleurs ; avec beaucoup de cheveux en moins.
Bref, c'est étrange, tout ça ...
Mais je vous raconterai la suite, bientôt. Comme par exemple, comment je me suis nourri en échangeant des espèces de tickets pas beaux contre de la nourriture. Ou comment je me suis affalé devant la télé comme une merde molle, une fois le vendredi soir arrivé ...
17 octobre 2007
Je cause dans le poste
Montpellier. Plein de minettes, de petits cons (copains des dites minettes) et de zonards. Visite chez S. que je croyais en train de crapahuter quelque part pour le compte de Medecins sans frontières.
Je fais mon numéro. A la plus grande joie de S. qui se plaint que ses ami(e)s, c'est pas vraiment ça, uniquement préocupé(e)s qu'ils/elles le sont par leurs gnômes et les problématiques afférentes. Je lui fais remarquer que ça va bientôt être mon tour et que je pourrais sous peu le gaver avec des histoires de couches et de petits pots Blédina.
En attendant, je joue les miradors de la pensée critique : moi, j'ai raison sur tout et nimporte quoi, contrôle absolu avec mes neurones turbocompressées. De la prolifération des armes nucléaires tactiques aux représentations de la plèbe à travers les âges en passant par les cénotaphes. Tu mets tes sous dans la fente et le juke-box du vrai et du juste envoie le bon EP.
C'est magique.
Ca va faire 20 ans que je tiens le rôle du démiurge omniscient. Sauf que si j'étais vraiment le démiurge, ma maitrise des ASSEDIC me permettrait d'envisager l'avenir avec un peu plus de sérenité. Et qu'à l'époque l'abus notoire de psychotropes tout aussi notoires me rendait parfois confus. Maintenant avec deux pintes de Bombardier qui gargouillent au niveau de l'abdomen, j'ai l'air d'un prof de Collège du France désireux de jouer les rebelz devant un parterre d'étudiantes subjuguées. Encore que je ne sois pas bien certain que ce soit le meilleur plan pour une visite enchantée dans le jardin des efflorescences mammaires.
S'ajoute ensuite un succulent AOC du coin qui fait vraiment plaisir et incite à ciseler les pectoraux de la vérité avec un soin tout particulier - et un certain j'men foutisme bon enfant.
Ce qui m'inquiète un peu : quand je m'échauffe, le volume de ma voix enfle graduellement jusqu'à atteindre les 120 décibels qui font que tout le monde dans le restaurant se retourne pour voir qui est le connard pénible qui pérore ainsi. Des fois, je fous une honte tenace à mon interlocuteur, lequel aimerait bien que son vis-à-vis se calme un peu et cesse de se prendre pour une des trompettes du jugement dernier.
En l'occurence, l'interlocuteur, ce soir, est lui aussi saturé d'éthanol, et par conséquent ravi de mon one-man-show.
Demain, j'aurais mal à la tête ...
13 octobre 2007
L'invasion
Comme dans l'invasion des profanateurs de sépultures. Ils sont partout. En particulier à la base du génie de X, près de Phoenix, Arizona. De là, ils corrompent tout le pays alentour. Moi, je suis le sergent Starck, chargé d'exterminer toute cette vermine. C'est toujours comme ça dans les scénarii de série B : plutôt que d'envoyer deux-trois bombardiers lourds chargés jusqu'à la gueule, c'est un homme seul que le Grand Etat Major a décidé d'expédier pour conjurer la menace. Dans une 4L. Oui, je sais, aux USA, ce n'est pas formidablement plausible, mais c'est comme ça. Bourrée de fusils de chasse et de cartouches ad hoc. Parce que, voyez-vous, les choses, à l'origine, avant de prendre forme humaine, elles ressemblent à des petites boules de gelée, des mini-blobs. Et les balles normales les transpercent de part et part sans les incommoder. Alors qu'une bonne décharge de 12 à bout portant, ça vous disperse l'envahisseur en suffisamment de fragments pour qu'il ne puisse plus se reconstituer.
Evidemment, ca vire à la cata, et, sur les petites routes de campagne, la 4L se fait rattraper par les choses à pied. D'autant qu'elles sont dotées d'une force prodigieuse et soulèvent la voiture pour que les roues motrices pédalent dans le vide. On s'enfuit, moi et B'. (qui vient d'apparaitre) à travers les champs, en oubliant les armes, comme les imbéciles notoires qui peuplent la SF des années 50. Evidemment B'. fait la scream-queen, hurle, trébuche, hurle, trébuche ...
C"est à ce moment là qu'elle me reveille parce qu'elle en a vraiment marre que je monopolise la couverture pour m'envelopper dedans ...
26 septembre 2007
Nocturnes
Elles sont somptueuses. Belles, intelligentes, cultivées. On s'éventrerait presque pour obtenir un seul de leurs regards. Ce dont elles ne veulent à aucun prix. Elles préfèrent annoner Elle. Elles ne trouvent pas de mec. La belle affaire. Si tu veux un tocard, j'en ai 20, lyophilisés dans mon portefeuille.
Ce sont celles devant lesquelles on devrait se mettre à genoux, si ce n'était pas passé de mode. Et c'est interdit, vu qu'elles ont décidé de jouer les cruxifiées.
Putain, mais je paierais pour lécher ce qui coule autour des clous !
Alors ne parlons même pas de lapper le reste.
Trop de fureur et de ferveur là-dedans.
Ca fait peur et ça dégoute.
Ca sent trop la peau surchauffée et les organes noués.
Lors de la vieillesse du monde, on verse de minuscules larmes sêches et on respire lentement par le nez, à grandes goulées. On se calme. La furie des ados n'est plus de mise.
Je te défoncerai la gueule jusqu'à ce que tu me regardes en face.
Des réminiscences. Des bribes. Du temps d'avant. Qui me reviennent de temps à autre, dans la nuit, quand le sommeil se fait coquet.
Oublions tout cela.
Pense à ton travail.
17 septembre 2007
Mes photos de vacances

Toi l'élue, la sans-visage, nous viendrons te sortir des cuves où tu patientes depuis que le Dieu t'a désigné. Nous t'arracherons à ta conscience végétative, nous hisserons ton corps hors du liquide nourricier pour que l'air et le soleil puissent commencer à te pétrir. 40 jours durant, tu resteras étendue sur le marbre à apprendre les us terrestres.

Une fois ton apprentissage achevé, quand tu auras assimilé les leçons et compris ce qui sera ton rôle, nous te vêtirons avec la simplicité qui sied à la servante que tu vas bientôt être. Puis tu partiras en suivant les chemins muletiers pour franchir le mont Sygmos et arriver enfin à l'océan.

Une fois entrée dans la demeure du Dieu, une fois dépassée la ligne des récifs, tu pourras enfin réciter ta prière.

Ô grand Poseidon, Empereur des 7 mers, Seigneur des Mariannes et Maître des épaulards, accepte cette humble servante en offrande !

Que sa chair la plus tendre te soit un festin ! Puisses-tu apprécier l'humble présent de ton peuple ! Puisses-tu lui accorder ta protection !
02 juin 2007
BO en gestation
Je fais la musique du film. C'est Y. qui voulait une bande-son composée uniquement à la guitare électrique saturée. Il avait vu ça dans un film d'Assayas (chiant) dont la BO était de Sonic Youth (super bien). L'idée était bonne, et j'étais totalement d'accord avec lui.
Toutefois ...
Je lui ai pourtant dit que, à la guitare, j'étais nul, incapable d'enchainer 3 accords sans me planter. Et de ce fait, il me faut jouer au plus simple, au tellement simple, que chaque pièce que je compose ressemble irrémédiablement à la précédente. En plus, n'utiliser qu'une guitare électrique, ça fait un genre ... euh ... un peu bizarre, disons. Ca ne convient pas, à mon avis , à toutes les situations. Quand, je ne sais pas, par exemple, les protagonistes sont en train de se taper une petite ricoré matinale, je conçois mal de mettre en fond sonore une cathédrale de larsens. A contrario, le faire dans les moments émotionnellement intense, c'est un peu trop démonstratif. Bref, je ne sais pas trop ... Dans le film d'Assayas (que le Tres Haut donne ses couilles à manger aux verrats du 3ème cercle !), Sonic Youth n'intervenait que 3-4 fois, et autant que je me souvienne, sans que ça ait vraiment un rapport avec ce qu'il y avait à l'écran.
Mais j'ai pris mon boulot très au sérieux. J'ai pas mal travaillé sur mon simulateur d'ampli pour obtenir des sons très mats, voire sourds. Le résultat me convainc, moi à défaut de quelqu'un d'autre. Trop brillant, le son aurait été vulgaire. Du son à la Obispo ou à la M. J'espère être arrivé à du Sonic Youth-like, le talent et la maitrise en moins. Mais dans l'esprit.
Comme je suis sympa, quelques extraits :
Générique/Meurtres :
Flash-backs :
La danse du scorpion :
Promenade sentimentale :
18 mai 2007
Out again !
Je me suis fait lourdé. Une fois de plus. Faut dire que j'ai dit au boss qu'il était totalement incompétent et que j'en avais marre d'éponger la merde qu'il générait. Ce qui était vrai. Qu'il est incompétent. En 15 ans de taf (voire plus), je n'avais jamais vu ça. Et à force qu'on me répète qu'il faut reprendre confiance en soi et qu'il faut savoir dire non, j'ai désormais un peu tendance à envoyer chier pour un oui, pour un non. C'est le problème avec les maniaco-dépressifs comme moi : ils passent du je suis la plus merdeuse merde de tout l'univers connu à la mégalomanie la plus éhontée. Et forcemment, dans la seconde phase, la plus petite manifestation de médiocrité les horripile. Alors, quand cette médiocrité s'étale sous forme d'une nullité professionnelle confondante, les plombs pètent.
C'est d'ailleurs assez fascinant de constater à quel point les mauvais sont partout et que leur présence dans les plus hautes sphères n'est dûe qu'à leur capacité à taper dans le dos des executives comme s'ils avaient tringlé les mêmes filles ensemble à 15 ans ou à toujours savoir se libérer pour un petit golf. Quant à leurs éventuelles compétences pour le boulot qu'ils exercent ou sont censés exercer, elles n'existent que dans l'espace brumeux de leur CV.
Tout cela ne tient que par le respect de l'autorité, concept aberrant et dérisoire pour lequel ont voté les péteux fans de Sarkozy. Respect de l'autorité pour le respect de l'autorité elle-même, de la hierarchie pour la hiérarchie, notions minables juste bonnes pour les bidasses. Je n'ai jamais eu de respect pour la hiérarchie en elle-même, mais éventuellement pour les personnes qui l'incarnent. Si respect, il doit y avoir, ce doit être un respect pour les compétences et rien d'autre. Il est vrai aussi que les incompétents, électeurs de l'autre nain, ont tout intéret à se soumettre sans morfler sans quoi leurs subordonnés pourraient leur demander des comptes. A eux, les mauvais.
Bref, il va falloir que je mette désormais un peu d'eau dans mon vin, si je veux un jour voir arriver le jour de la retraite avec autre chose que mes yeux pour pleurer. Mais la vie est une aventure perpétuellement renouvelée (je suis vraiment trop positif ; je dois couver quelque chose)...
26 mars 2007
Reve #1
Je lis un SAS. Pas mal du tout. Probablement écrit par un nègre talentueux. Ca ressemble en fait à du San-Antonio, mais en mieux.
Après on est toute une bande. Il y a Y. et d'autres que je ne reconnais pas. La ville est Lyon ; nous traçons dans les rues, à ski, à cru, je veux dire sans neige, trainés à toute vitesse par des tire-fesses invisibles. Sur un interminable boulevard sans le moindre éclairage, je prends peur et me mets sur le bas-côté. Les autres arrivent et se moquent de moi ; ils me montrent le dernier tunnel à franchir. Immense, sombre, coudé. Je reprends le tire-fesse.
Puis je suis Y. qui s'enfonce dans des galeries qu'il (re)creuse parfois. Et on débouche dans un petit parc attenant à une grande demeure bourgeoise du XIXème siècle. Une partie , sans être à l'abandon, est extrèmement dépouillée, le reste est empli de bibelots et de meubles rococos, très second empire. Y. nous dit qu'on a le droit de se servir, et une fille assez timide que je connais mais à qui je n'arrive pas à donner un nom, prend deux petites culottes assez coquines sous blister. Je monte aussi au grenier ; étouffant de poussière et comme fabriqué en toiles d'araignées ; je recule ; Y. se moque de moi mais n'ose pas monter non plus. A une des extrémités de la maison se trouve une terrasse qui donne sur un luxueux restaurant chinois bâti en patio. On y voit des gens déambuller habillés comme dans les années 30. Puis deux types franchissent la balustrade de la terrasse : un détective à la moustache postiche mal ajustée et un autre homme. Le détective commence à nous accuser de je ne sais quoi, s'emmelle les pinceaux, Y. l'envoie chier et il laisse tomber. La seconde personne s'avère être le propriétaire incognito de la maison. Ou le fils de, seul survivant de la lignée. Il nous confirme qu'on peut se servir, à l'exception d'un truc que l'on n'a de toute façon pas encore trouvé. Une sorte de véhicule de transport, assez gros d'après sa description, et l'on s'étonne de ne pas être déjà tombés dessus. Puis le fils nous raconte sa vie, pourquoi il est devenu fou ; c'est en rapport avec sa mère, mais je m'embrouille. Pour remédier à cela, j'appuie sur la touche de retour rapide, mais rien n'y fait : à chaque fois, de nouvelles séquences apparaissent sans rapport entre elles et avec l'histoire contée précédemment. Finalement, je me réveille.
08 mars 2007
Decline and Fall

Dans Histoire du Guerrier et de la Captive (L'Aleph), Borges cite Gibbon en note de bas de page. Ayant toujours eu l'ambition de prendre l'Argentin en défaut, je me suis réjoui à l'avance. Le Decline and Fall, je l'ai. Une vérification est aisée. D'autant plus aisée, que le dernier chapitre du livre de Gibbon est le XXXVIII. Alors que Borges cite le XLV. La cause semble entendue. La main dans le sac, le Jorge. Mais n'allons pas trop vite en besogne. Je n'ai que le tome qui se clôt par la chute de l'Empire romain d'Occident.
Donc, je cherche sur Google. Puisque le chapitre XLV semble être dans le tome IV de l'édition originale. Et je compulse donc 4 versions (en anglais). Avec d'autant plus d'appréhension que ce chapitre traite de la domination des Lombards et Logombards en Italie du nord ainsi (donc) que du sort de Ravenne. Ce qui correspond aux préliminaires de Borges dans sa nouvelle. Mais chose curieuse, systématiquement, le chapitre XLV fait partie des données non consultables en ligne. Dans les 4 éditions.
Evidemment, ce pourrait être un hasard. A moins qu'évidemment, ce chapitre n'existe pas. Que ce soit une entourloupe de Gibbon lui-même, malicieux secret qui aurait été préservé jusqu'à nos jours. On peut même imaginer une sorte de société secrète, initiée par Gibbon lui-même, dont le but aurait été de préserver l'incognito de ce pseudo chapitre XLV. Société à laquelle aurait été affillié Borges. Et certainement des membres de la Golden Dawn pour faire bon poids.
Parti pour dévoiler une imposture de Borges, imposture plausible, certes, mais imposture quand même, je me retrouve à échafauder des hypothèses qui en tout état de cause sont siennes ou qui du moins pourraient l'être. Pas de doute : L'Argentin a gagné ...
22 février 2007
Une filature

C'est le soleil, dehors, qui est responsable de tout cela. Et la mauvaise conscience à rester à l'intérieur. Quand il fait si beau, c'est un pêché, nous dit le bon sens. Et le bon sens n'aime pas qu'on ne se plie pas à sa volonté.
Alors, je pris l'appareil, car, quand la luminosité va, le shooting va. Bien que je n'en sois pas vraiment persuadé et qu'en plus je ne me sentais pas aujourd'hui une âme d'archiviste. C'est selon ; certains jours, j'ai l'oeil. L'oeil superman qui voit au délà des apparences et de ce qui semble avoir été étiqueté une bonne fois pour toute. Ou qui s'imagine que. Mais ce n'était pas le cas.
Pas d'idée, pas de vision. Alors j'ai trainé un peu, et me suis dit que je prendrais bien un déjeuner en terrasse. Terrasse, protégé, bien sur. Je savais où ; au marché. Un petit rade que j'avais déjà repéré. Veau marengo et tagliatelles.
Puis je suis rentré. Avec la petite voix qui me disais « c'est trop tôt, c'est trop tôt, c'est péché ». Et je l'ai croisée.

1) Une femme d'une trentaine d'année, vaguement blonde, remarquable surtout par son manteau rouge sombre tigré. Suivons là. Je savais que ça ne présentait aucun intêret ; une femme banale, qui rentre au travail après la pause déjeuner, inutile et impossible de m'inventer des histoires prodigieuses.
Alors j'y suis allé. En restant à une centaine de mêtres derrière elle, changeant de trottoir de temps à autre, comme j'avais vu faire dans les films. Sans vraiment de raison ; plongée dans ses pensées,elle avançait avec la détermination du chien de traineau, et j'aurais presque pu lui renifler les talons au lieu de jouer au vieux de la vieille, au privé exceptionnel formé par la Stasi 20 ans auparavant. Je l'ai même dépassé à un moment, pour voir au passage son visage, puis ai continué un instant d'un pas rapide, me suis arrêté, ai pris une photo du mur pour me donner une contenance et elle est passé à son tour sans même me jeter un regard.
2) J'avais raison : à la filer, je suis arrivé dans la zone industrielle ou plutôt tertiaire, escalier presque dissimulé alors que je croyais l'avoir perdue, et au niveau +1, elle est entré dans un immeuble. Productions audiovisuelles.
Qu'allais-je bien faire ? Elle m'avait entrainé assez loin, presque jusqu'aux extérieurs, j'étais grognon, et fatigué à l'avance par le chemin de retour archi-connu qui m'attendait. Alors, j'ai décidé de poursuivre sur le boulevard Ney. J'aime bien les maréchaux dans le nord. C'est une sorte de no man's land, pas vraiment une frontière, plutôt un endroit pas fini, sans fonction clairement établie, habitations, certes, bureaux aussi, mais quelque chose manque. A moins que cette absence ne soit une qualité positive. Je ne sais pas. Marcher entre deux murailles.
3) Le bowling. On avait prévu avec B'. d'y aller un jour. Après avoir décidé que le top du top en matière d'installations conceptuelles, c'était finalement d'aller au bowling. Enfoncée, la FIAC. Une oeuvre d'art programmée, avec pour le même prix, le plaisir d'essayer de faire tomber les quilles.
Arrivé à porte de La Chapelle, j'aurais pu décider de bifurquer vers l'intérieur, mais j'ai préféré tracer la route. Dans le temps, il y avait dans ce coin une ribambelle de putes d'Europe de l'Est. Pas un chat , aujourd'hui. La nuit, peut-être.
4) Le pentax a enfin justifié sa présence, et j'ai pris les éclairages au sodium sous le tunnel. Banal, mais j'ai senti la necessité de faire au moins une photo. Pour ne pas dire que je m'étais contenté d'errer sans but. Des repérages, de l'art graphique en vue. Ca passe mieux.
5) Sur le pont, quelques voitures immobiles, attendant le feu pour entamer la descente. Dans l'une d'elles, une femme, assez jolie, et je repérais que la porte passager était ouverte. Grace à la petite tige de verrouillage levée. Pas raisonnable, ça madame ; je pourrais monter et détourner le véhicule. Pas la Havane, bien sûr. Les voitures ont démarré.
Désormais, j'entamais le retour. Rues connues, rabachées, usées. Rien d'autre à faire qu'à accélérer le pas. Toujours le soleil. Toujours le pentax inutile au bout de sa sangle.
6) Quelques affiches pour le Mouvement des Jeunesses Libérales Travaillistes. Une élection au Sénégal, si j'ai bien compris. Et des DVD en vitrine. Du théatre filmé, au sens strict, semble-t'il ; Par la Compagnie Evangéliste, meilleure compagnie 2005-2006. On ira sûrement en acheter un échantillon avec B'. Aussi l'histoire d'une jeune lycéenne qui tombe amoureuse d'un commerçant de Dakar, qui convainc sa famille de la laisser l'épouser pour s'apercevoir au final qu'il est son père caché. Pas mal aussi ...