18 mars 2008
La mort me trousse
Grâce à ce merveilleux titre digne d'un pigiste de Libé, j'entre de plein pied dans le sujet : j'ai persuadé B'. de regarder la Mort aux trousses. Parce que tu vois ma chérie, c'est un classique, et que les classiques, faut les avoir vus. Et qu'il est bon de réévaluer ses critères. Hitchcock ne m'a jamais vraiment convaincu. Ca faisait même 15 ans que je n'en avais pas vu un. Quelqu'un avait dit naguère quelque chose comme Hitchcock est un bon faiseur, mais définitivement pas un bon réalisateur. Et j'étais tout à fait d'accord. Mais je tenais à voir si mes gouts n'avaient pas évolué. Ou si je ne m'étais pas trompé. Et, avouons-le, je suis comme tout le monde : j'ai un peu honte - et peur - de médire sur ce que les encyclopédies du cinéma désignent comme des chefs-d'oeuvres.
Eliminons d'emblée l'argument du snobisme. Car, voyez-vous, dire du mal d'un monument comme Hitchcock, c'est du snobisme. C'est jouer au bobo qui fait son malin. Argument surpuissant s'il en est. On pourrait le retourner, et insinuer que s'extasier devant des machins qui ont fait leur temps, c'est aussi du snobisme. Un partout, la balle au centre, et penchons-nous plutôt avec une objectivité sans faille sur le sujet du jour.
Alors, c'est comment La mort aux trousses ?
Chiant. C'est le terme le plus approprié. C'est d'ailleurs celui qu'a employé B'., témoin test qui ne peut pas être qualifié d'intello délirant loin des vraies choses de la vraie vie des vrais gens.
Donc, c'est chiant.
Déjà pour commencer, l'histoire est inepte, sorte de bidule à la James Bond, vague histoire d'espions qui se manipulent les uns les autres de la plus improbable manière. Si encore, c'était très formel, mathématique, gorgé d'enchâssements de péripéties inouies, je ne dirais pas. Mais ce n'est pas le cas. C'est juste grotesque, pas crédible deux minutes, à faire passer Agatha Christie pour une cathédrale de finesse. Les coups de théâtre sont téléphonés de bout en bout, et si ça a pu impressionner en 1959, aujourd'hui, c'est un peu pathétique.
Ensuite, comme presque toujours avec Hitchcock, la direction d'acteurs est des plus floues. Cary Grant est particulièrement approximatif, James Mason serait impérial s'il n'était pas livré à lui même et Martin Landau - mon préféré - joue le rôle d'un médecin SS très méchant avec un rare brio, sauf qu'il n'y a pas de médecin SS très méchant dans le film. Quant à la blonde racée chère au maitre, je préfère ne pas en parler.
Hitchcock n'est donc qu'un bon faiseur. J'enfoncerai le clou en ajoutant que c'est juste un honnête faiseur. En dehors de quelques morceaux de bravoure, ça se traine, c'est couru d'avance et on s'emmerde (d'autant que le caméo d'Alfred est au tout début du film et qu'on n'a même plus ça à se mettre sous la dent pendant les deux heures qui suivent).
Et même ... Même les morceaux de bravoure ... Finalement la scène avec l'avion était autrement plus grandiose dans mon souvenir. En réalité, elle est poussive, mal filmée (ou plutôt mal exploitée) et reglée avec deux de tension au compteur. Un petit peu avant, Cary descend de son autobus au beau milieu des grandes plaines. On devine que quelqu'un de vraiment doué aurait pu tirer des plans magnifiques de cette immensité plate comme la main et plutôt pelée. Mais pas Hitchcock. Tout ce qu'il trouve à faire quand le faux rendez-vous arrive de l'autre côté de la route (et pas qu'un peu qu'on avait deviné que c'était pas le vrai rendez-vous, ça crève les yeux, que voulez-vous), tout ce qu'il trouve à faire, c'est de placer les deux personnages à chaque extrémité du scope. Pfff ... C'est pas un boulot de grand réalisateur, ça. C'est juste un gimmick ! Et le problème avec les gimmicks, c'est qu'ils vieillissent très mal. Rien à voir, par exemple, avec les scènes d'attaque de diligence archétypiques de La chevauchée fantastique (Stagecoach) qui n'ont pas pris une ride (alors que le film a 20 ans de moins !). Cela tient évidemment à ce que Ford, lui, est un vrai réalisateur.
Autre exemple (cette fois, ce n'est pas un morceau de bravoure, mais plutôt du tout venant) : Cary Grant est dans un train sans billet et on a droit à un plan fixe montrant les contrôleurs dans le fond, et à droite, au premier plan, les chiottes. Bon, on se dit : c'est pour faire comprendre que Grant est caché là-dedans. Pas essentiel, et on attend que ça coupe pour passer à autre chose. Mais ça ne coupe pas : les contrôleurs continuent à avancer, et le plan reste fixe. Ca doit être l'art du suspense selon Hitchcock : les contrôleurs vont-ils ou non ouvrir la porte des toilettes ? J'en avais des palpitations ! Et ça lambine, ça lambine (toujours en plan fixe). A tel point qu'on se demande si Grant est vraiment dans les WC. Ce serait une sorte de faux semblant : en fait il n'y est pas, les gusses de la SNCF vont ouvrir la porte et ne rien trouver. Plan certes amusant, mais laborieux, raté de toute façon. En fait, les contrôleurs passent, sortent du champ et Cary s'extrait de sa cachette. Les bras nous en sont tombés ... Cadre immobile pendant plus d'une minute pour rien, à tous points de vue !
On continue à s'emmerder, on envisage de passer par moment en avance rapide pour accélérer le mouvement, le final est insipide, je ne m'en souviens même plus vraiment, tant j'avais décroché, préférant embêter le chat qui ne m'avait rien fait. Bon, soyons honnête : ce n'était si mauvais que ça, c'est juste très très moyen, mais regarder une oeuvre tellement surévaluée ne peut déclencher qu'une salutaire colère.
Seul petit plus : le technicolor flamboyant qui donne un air orangé au visage buriné de Cary Grant et un aspect laqué rosâtre à celui d'Eva Marie Saint ...
09 août 2007
La course
Well, my friends. Etant donné que tout le monde est en vacances et que personne ne m'aime (sauf Ptipois, que le Seigneur lui offre des tartes au coing), je peux me permettre de raconter des trucs ne présentant même pas l'ébauche d'un début d'intêret.
Ainsi je pourrais me mettre au scrapbooking ou aux colliers de perles, et vous faire admirer mes réalisations. Ce qui repousserait les limites de l'horreur au delà de la ligne Oder-Neisse. Mais c'est le propre du scrapbooking que d'alimenter la gerbe de ceux qui croyait qu'après le fil-à-clous le monde reviendrait à un peu plus de beauté ou simplement de bon goût.
Mais mon truc à moi, ce sont les DVD, et en particulier ceux que la ville de Paris met à ma disposition. Alors je parle des DVD que j'ai vus. Logique. La course du lièvre à travers les champs, par exemple. Chouette titre, non ? Encore que j'aurais préféré La course du lièvre à travers les champs de rutabagas en fleur du côté de chez Swann. Mais ne soyons pas trop exigeants non plus.
Ce n'est pas seulement un film chiant. C'est un film à chier. Et quand je dis à chier, c'est faute d'une catégorie qui incluerait les films sur lesquels on a en vie de balancer des objets contondants au risque de faire imploser la télé. Tellement à chier que j'en ai parlé pendant tout le repas à B', qui bonne fille m'a écouté sans réchigner. Du côté de Corvisart. C'est à chier aussi, dans ce coin, soit dit en passant, tellement mort qu'on se croirait à Minsk en hiver. Après, elle m'a jeté des coups d'oeil, comment dire, mutins, et même plus que, un peu comme ceux que Samantha reserve au livreur de pizza, vous savez, celui qui passe ses journées à lever de la fonte et à increaser son pénis. Comme quoi, pour rendre les filles moites, rien ne vaut la narration d'une grosse bouse. C'est un scoop.
Essayons de circonscrire. La course ... est un polar français. Qui d'après le producteur devait faire la nique aux productions US. Un polar de dimension internationale. Les producteurs de polars ricains doivent encore en rire à l'heure qu'il est.
C'est une merde.
Scénarisée et dialoguée par Japrisot. Auteur que je croyais juste sans intêret. Et dont je viens de mesurer la nullité abyssale. Les dialogues sont atroces. Je n'ai jamais entendu pareille vacuité prétentieuse. Même les doublages de kung-fu des années 70 sont infiniment supérieurs. Parce qu'ils se contentaient de faire du texte français à moindre frais. Tandis que Japrisot, lui, semble persuadé de faire du polar littéraire. Littéraire, comme était littéraires les remarques de votre prof (de français) en première. Le genre à penser que Paul Guth, c'est de la littérature. Ou que Modiano est le plus grand écrivain des deux millénaires écoulés. On retombe donc dans un travers classique du dialoguiste médiocre : l'oralité littéraire avec inclusion de réparties minables censées être profondes et/ou décalées. C'est terrible. Terrible. Pour commencer, on a droit à une citation en début de film. De Lewis Carrol, qui pourtant n'a jamais fait de mal à Japrisot , autant que je sache. Régle numéro 1 : quand un film s'ouvre par une citation, arrêtez tout de suite ou sortez de la salle. Ca va être la cata garantie. En plus de verser dans le lourdissime name-dropping (genre : ma petite soeur m'a raconté qu'elle a vu un Arte-documentaire sur Caroll, d'où l'étendue de ma culture qu'il faut que j'étale). Japrisot, j'ai honte pour toi !
Que je vous raconte un peu l'histoire : Tony (J.L. Trintignant) photographie un jour la procession des gitans aux Ste Marie de la mer depuis un petit avion de tourisme. A 30 mêtres d'altitude. Ben voyons. En plus, en même temps qu'il pilote son zinc en rase-mottes, tout seul, il se penche par dessus le cockpit pour prendre des photos. Oui, oui, en pilotant. Mais oui, mais oui. Evidemment il se gaufre et écrase des petits gnenfants. Gitans. Mais il est acquité. Ben tiens ! De mon point de vue, c'est un homicide involontaire du à un comportement dangereux sans compter les infractions au code de la circulation aérienne. Mais c'est pas grave : quand Japrisot adapte Goodis, on ne s'arrête pas à ce genre de détails vulgaires. Donc plutôt que de faire 5-10 ans en taule, Tony s'enfuit poursuivi par les gitans qui veulent venger leurs morts. Il se carapate à New-York. Les gitans le suivent et le plantent. Les gitans sont partout et leur caisse noire est bien remplie. Sans compter leurs pouvoirs psys qui leur permettent de rechoper le dit Tony - toujours en cavale - à la descente d'un train en plein milieu de nulle part.
Un peu plus tard, Trintignant, toujours courant, tombent sur des malfrats qui l'embarquent parce qu'il est témoin d'un assassinat et s'enferment avec lui dans une cabane au Canada (authentique). Ils vont faire le casse du siècle, et Tony va avoir une bonne heure, si ce n'est plus, pour les convaincre de le prendre avec eux. Pendant ce temps, les gitans veillent. Qu'on remarque bien : le film dure un peu plus de deux heures, Tony arrive chez les truands environ 15 minutes après le générique, et le casse, tout compris, en dure 20. Donc plus d'une heure en huis-clos durant laquelle, il ne se passe RIEN, sinon une pénible succession de dialogues qui font honte. C'est la french touch.
Le casse du siècle consiste à récupérer la femme d'un mafioso chez les keufs de Montreal et à l'échanger contre un million de dollars. Et tout le monde meurt à la fin.
Bien. Voilà pour le scénario.
C'est un film avec des gitans, donc. Pour commencer. Rempli jusqu'à la gueule des clichés gitanophiles pour mémères que Reiser avait joyeusement massacrés dans une BD d'anthologie. Vous savez ce que font les gitans en planque ? Non, vous savez pas, et vous ne pouvez deviner. Et bien ils jouent de la flûte façon Georgiu Ramonescu et sa flute de pan magique (musique de Francis Lai, miam !).
Ensuite, comme c'est une sorte de film d'auteur, plutôt que de donner dans le polar réaliste, efficace et bien foutu, on préfère avoir recours à des trouvailles. Probablement littéraires, les trouvailles. Genre : les filles s'appellent Sugar ou Pepper. Si, si. Ou bien la femme du mafiosi a 13 ans d'âge mental et s'appelle Toboggan. Si, si. Encore. Comme elle est un peu limitée, elle se trimballe avec une poupée qui dit des trucs comme Oh, comme ce monde est cruel quand on tire sur la ficelle. C'est une trouvaille. Ce film regorge de trouvailles du même tonneau. Evidemment, on se demande : qu'est-ce que cela apporte que la femme du mafioso soit gole et que la poupée débite du sous-Marc-Aurèle ? Réponse : rien. Dans l'esprit de Japrisot, ça doit être top classe, mais dans celui du spectateur, il ne s'agit pas de trouvailles, mais juste d'idées totalement nazes. Une dernière (trouvaille) pour bien mesurer l'étendue des dégats : les gitans se trimballent dans une Rolls, admettons, mais pas n'importe quelle Rolls : une Rolls sur laquelle ont été collées des fleurs hyper flashy. Je veux bien que le film date de 1972, mais tout de même ...
Ajoutons à cela :
- Une direction d'acteurs inexistante. Mention spéciale à Trintignant qui s'en branle avec une persévérance qui force le respect.
- Des scènes symboliques épouvantablement filmées (Ah, les billes de Trintignant gosse qui dévalent les escaliers !).
- Un rythme myopathe
- Des seconds couteaux inexpressifs. D'ailleurs, certains semblent anglo-saxons et de toute évidence débitent un texte qu'ils ne comprennent qu'à moitié.
Pour finir, ce que j'appelerais une idéologie gerbeuse, il est vrai omniprésente dans la majorité des polars français (sauf chez Boisset, mais à tout prendre, je préfèrerais). En gros, les truands sont des mecs durs mais justes, pour qui la fidélité et l'amitié ne sont pas des vains mots. Que les droits communs aient toujours été la plaie des camps et, en tout temps, de pures ordures ne doit surtout pas entrer en ligne de compte. Les flics, par contre, sont vraiment des salopards, et les femmes des bonniches. Que Tony se tape Sugar et Pepper (dont il a tué le frêre) est dans l'ordre des choses. Pas de doute, c'est une idéologie. Nauséabonde. Mais qu'apprécie Japrisot de toute évidence.
Je crois que j'ai terminé, là. Je pourrais évidemment continuer à énumérer les perles que ce film recèle, mais je crains de fatiguer le lecteur et moi aussi. Un grand film, donc, à regarder pour choper la haine, mais en avance-rapide par moment pour ne pas s'endormir.
DE LA MERDE !
DE LA MERDE !
DE LA MERDE !
03 août 2007
Lieutenant, t'es pas très sympa ...
De temps en temps, il est bon de se présenter comme un individu pourvu d'une singularité en molybdène suractivé. Parce que si on dit Harry Potter, c'est trop d'la balle, les gens sont méchants et pensent qu'on est une grosse brelle aliénée et vendue au Grand Capital Culturel. C'est comme ça, faut savoir montrer patte blanche en compissant le ce-qui-est-reconnu.
Y. par exemple déteste Les Damnés. Et probablement tout Visconti, mais je n'ai pas poussé mon enquête aussi loin qu'une déontologie sans faille l'aurait exigé. Moi, c'est le cinéma français dans son ensemble, mais ce n'est pas d'une folle originalité, et souvent, je me demande qui aime le cinéma français (en dehors de plusieurs millions de spectateurs, mais ça ne compte pas).
Alors (on y vient), j'ai sorti Bad Lieutenant de Ferrara de ma collec de films que je n'ai pas le courage de regarder. Généralement, les DVD restent dans ce purgatoire parce que je ne les sens pas trop. Pour une raison ou une autre. Jusqu'au jour où je me dis Bon, Coco, t'es un cinéphile, alors tu as des devoirs à remplir !
Comme je suis un pur salaud, j'ai proposé à B'. de le voir, pour ne pas être tout seul face à l'indicible, alors que je savais pertinemment que ça allait la gaver. Bien sûr, j'ai présenté ça à la Je t'oblige pas, hein, si tu veux, à la place, j'ai la 7ème compagnie fait du camping. J'ai été sournois, disons le.
B'. est une jeune fille saine ; les films qui mettent avec complaisance en scène des dégénérés, ça la révulse. Elle se tape une crise à chaque fois. Elle m'avait pris la tête grave quand on avait été voir Gummo (Mais il est pas mal ce film, esthétiquement je ... Groar groar groar ... Ouais bon d'accord, tu veux une gaufre, un truc comme ça, un ballotin de chocolat ?). Là, ça été pareil. Ce que je conçoit fort bien.
Disons que le scénario de Bad Lieutenant tient en une phrase : Un flic ripou et junkie rencontre Dieu (au sens strict) et se rédime. Ce qui permet au gentil employé du tertiaire de se procurer des frissons à peu de frais (un peu comme dans Requiem for a dream). Keitel prend de la coke, Keitel prend de l'héro (en chassant le dragon), Keitel se branle contre une portière de bagnole, Keitel prend du crack, Keitel se fait un fix, Keitel sodomise un petit garçon dans la boue en se shootant du speed sous la langue (scène coupée au montage). Bref Keitel est un putain de salaud de sa mère, mais il faut lui pardonner, parce qu'il ne sait pas ce qu'il fait. Puis il est confronté à des apparitions de Jesus, un vrai Jesus souffrant dans des plans iconographiquement lourdissimes. Et Jesus en chie parce que le monde est méchant, déjà à cause de Keitel et aussi parce qu'une bonne soeur se fait violer. Ca ressemble à du Ken Russel dans ses bons jours. Donc c'est laid, enflé et ridicule. Keitel a une révélation face à la souffrance et à l'amour desespéré du Nazaréen, et devient bon. Mais il meurt à la fin, parce que quand même, Il est de judicieux de se conformer à la mythologie du modèle (on se sait rien de la résurrection de Keitel, et c'est bien dommage).
Les Européens (y compris les protestants) ont bien intégré la duplicité et le message christique de la religion catholique, sa fascination pour la souffrance, et son sens de l'arrangement. C'est une sorte d'acquis culturel si on veut. Les américains, moins. Ferrara particulièrement, qui nous livre un film pesantissime avec la ferveur du néophyte. Dont un vrai catholique se contrefout, parce que, tout ça, c'est du connu, de l'usé et qu'on s'en tape, en définitive. On a notre fond d'histoires édifiantes (la pecheresse qui rencontre Jesus et fonde un ordre de bonnes soeurs, typiquement), et comme on a réussi à y échapper depuis la première communion, en voir une réactualisation hystérique nous laisse un petit peu froids, voire de mauvaise humeur.
Bref, c'est attérant de naïveté en gros sabots, la peinture de la déchéance dans les métropoles est devenue un cliché (sans compter que Burroughs et Trocchi en ont donné des versions plutôt définitives), cliché racoleur de surcroit, et la psychologie en AMX 30, ça ne m'inspire pas plus que ça. Et c'est un peu dommage, parce que la caméra de Ferrara est plutôt rugueuse, documentaire, et aurait mérité un sujet à la hauteur. Mais non, pas de chance ...
17 juin 2007
Lacombe et Lucien sont des salauds
Je ne sais pas ce qui m'a pris. En fait, je le sais, parce que je l'ai regardé en douce, tout seul, mesurant bien l'étendue de la cata potentielle.
Je l'avais déjà vu, il y a longtemps, Lacombe Lucien, pas en entier, je pense, parce qu'il ne m'en restait que la réplique « Lacombe Lucieng » du héros éponyme lorsqu'il se présente à quelqu'un. J'aurais mieux fait de m'en tenir là.
C'est vraiment l'horreur pure cinéma qualité france ce film. Mise en scène paresseuse, photographie gerbeuse, montage myopathe, acteurs sous-jouant (voire jouant comme des pieds), et dialogues catastrophiques. Mais ça je m'en suis douté dès le générique puisque Modiano est co-crédité pour le scénario. Quand un mauvais écrivain essaie de faire mettre en bouche des répliques écrites dans un français maladroit censé simuler le parler oral, on est géné pour lui, génés d'être les témoins d'un pareil ridicule, un peu lorsqu'on tombe sur un bouquin auto-édité. Le pire, c'est que dans le même temps, ces dialogues essaient d'être malins, on veut de la répartie et au final, mal foutus et batards, ils tombent complètement à plat. Ca se veut oral, c'est une honte ; ca se veut littéraire, on dirait au théatre ce soir.
Evidemment, il y a une intention louable dans ce film, qui est de montrer que les méchants ne sont pas si méchants que ça, les aléas de la vie, tout ça quoi. Que le jeune Lacombe, il aurait pu être résistant, il s'en est fallu d'un cheveu. L'ennui, c'est qu'on tombe dans le cliché du contre-cliché. La narration est tellement appuyée qu'on a compris dès les 10 premières minutes que le Lucien va être victime d'un fourbe hasard ; ce qui fait que le reste du film pourrait être un talk-show sur comment j'ai pas fait exprès d'être un milicien. On ajoute à ça une histoire d'amour génialement inepte et honteuse de poncifs (police allemandeu s'amourrache d'une jeune juive planquée), qui, évidemment, rédime notre ami le vrai-faux méchant. Après le révisionisme historique mollasson, la collection Harlequin.
Ce qui est rageant, c'est qu'à partir d'un pitch potentiellement béton, on choit presque immédiatement dans le n'importe quoi vu 1000 fois. D'ailleurs, vu la non-qualité formelle de l'oeuvre, on pourrait tout aussi bien visionner les 12 épisodes d'une série sur TF1. Il ne s'agit pas juste d'un dommage comme pour La Chute dont la réalisation moyenne ne permet pas d'exploiter le sujet d'enfer, mais d'un échec complet, tant narratif qu'esthétique.
Aurore Clément semble initier la série des actrices françaises dont l'unique jeu est l'hébétude quelles que soient les circonstances. Ce qui surprend, puis agace rapidemment, surtout lorsqu'on prend en compte le personnage qu'elle est censée incarner. Sa non-performance couplée au sous-jeu systématique du reste du casting provoque un sentiment étrange, celui d'assister à une parodie perverse, une sorte de qualité france pour déconner, une vanne subtile pour initiés. Mais un petit peu longue, si c'est le cas.
Il va sans dire qu'une pareille merde, académique à souhait, sans la moindre surprise, a reçu l'Oscar 1974 du meilleur film étranger, ce qui en dit long sur les conditions d'attribution de ce colifichet (sans même parler des Cesars qui n'existaient pas à l'époque).
06 juin 2007
J'ai mouru
Je ne suis plus un adolescent boutonneux, lecteur de Max avec le fric de Papa. En conséquence de quoi, Milla Jovovitch me laisse tout à fait froid. Bander pour une série de retouches Photoshop, c'est un truc que je ne comprends pas bien. Un film avec Jovovitch, c'est n'importe quoi centré sur Jovovitch qui fait du stretching avec des armes de poing.
Tenez, par exemple, Ultraviolet, c'est avec MJ. Vous allez me dire : quelle idée aussi de regarder cette merde ? D'abord, on ne trouve pas toujours ce qu'on veut dans les vidéo-clubs. Ensuite, ça faisait longtemps qu'il me faisait de l'oeil, mais j'étais persuadé de l'avoir déjà vu. En fait, je confondais avec Aeon Flux. En passant, Aeon Flux qui est ridicule au delà de l'humain est un chef d'oeuvre à coté d'Ultraviolet.
C'est un allemand qui a pondu cette daube (Ultraviolet). Vous avez remarqué combien les teutons émigrés aux USA sont de grands pourvoyeurs en conneries millesimées ? Déjà on avait Uwe Boll qui nous avait gratifié d'un House of the Dead totalement décérébré, mais finalement assez reposant. Maintenant on a Kurt Wimmer qui est une sorte de Uwe Boll, mais en mauvais. C'est un concept.
Et donc, KW nous fournit clés en main le film le plus laid qui m'ait été donné de voir. Je dis bien laid. Et c'est de sa faute, hein, pas la peine d'accabler le chef op ou le décorateur. Le Kurt ne cesse de revendiquer sa vision personnelle qui l'a guidé tout au long du film. Soyons clair : même le plus nullards des clones de jeux videos programmés en Moldavie dans le sous-sol d'un dentiste est plus classieux. C'est comme décorer la Chapelle Sixtine avec un télécran. En fait c'est indicible à quel point c'est laid. Il faut le voir pour le croire. Avec, indeed, des CGI hallucinants de ringardise où les pixels tiennent le haut du pavé et qui font passer Tron pour un film de 2005.
Bon, evidemment, le scénario est plus-con-tu-meurs (du genre pourquoi on laisse les ninjas du début tuer des gens pour ensuite les flinguer dans un piège tout de suite après ?). On va me dire « faut être cool, c'est un film pour les enfants de 8 ans, faut pas râler quand on s'est trompé avec sa carte vermeille ». Certes. Mais le vrai problème, c'est qu'en fait le scénario est écrit par un enfant de 8 ans. Un enfant de 8 ans qui s'appelle Kurt et a une vision sous forme de dégueulis. Et à qui les executives de Sony ont filé un paquet de pognon. Avec tout ce blé, Guiraudie aurait de quoi tourner 40 films. Oui, mais Gerard Jugnot 5 de plus. C'est un mauvais argument. Mais tout de même. Sony n'a pas d'argent à blanchir que je sache. Alors pourquoi ? Ils ont aussi tous 8 ans d'âge mental chez GemScreen ?
Ce qui est grave, aussi, c'est que le gamin joue mieux que Milla. Et on a un peu mal pour elle. Parce que le gamin ne force pas trop son talent. Il est autiste sur les bords dans le film. Et Milla tant qu'elle gunfight à tout va et nous montre son nombril, ça passe (c'est juste laid, ringard et raté). Quand elle commence à vouloir exprimer des sentiments (Milla veut faire caca, Milla a faim, Milla cherche ses clés), ça se gate sévèrement. D'autant que pour des raisons mal élucidées, plutôt que de lui laisser des répliques à sa hauteur (« Milla contente. Soupe bonne ! »), Kurt lui file à un moment un monologue un peu incompréhensible, sur la finitude humaine si j'ai bien compris. C'est un peu comme si Sarkozy partait dans un délire verbal à propos de la collectivisation des moyens de production. Outre qu'on ne comprend rien à ce qu'elle raconte, on se dit que c'est plutôt, je sais pas moi, la soupière ou le lavabo qui devrait tenir cette replique, à la fois pour l'homogéneité du scenario et l'amour-propre de l'actrice.
Total : je dégotte ce matin un direct-to-DVD à 3 euros, fait avec les moyens du bord, un budget dérisoire et 5 acteurs (et 3 bagnoles dont une coccinelle). Petit machin d'horreur, vu 1000 fois, mais incomparablement mieux foutu que la bouse gonflée aux steroides qu'est Ultraviolet. Morale de l'histoire : le furoncle de Kurt se voit crédité d'une sortie mondiale et Aberrations (c'est le titre du made-at-home) se trouve parmi les productions Nu Image dans les bacs des soldeurs (au passage, les CGI de Ultraviolet ne dépareraient pas une production Nu-Image : comparez les hélicos de Ultraviolet et ceux de Air Strike par exemple). Allez m'expliquer ça. Et ce n'est pas une question de blockbuster ou pas blockbuster : Il y a un minimum syndical à respecter quand on fait un blockbuster et Kurt est loin, très très loin du compte ....
19 avril 2007
Où conduit le desespoir
J'ai beaucoup travaillé y compris le week-end. Plus de 50 heures en 4 jours.
Alors, j'ai craqué.
Je suis allé voir un film de prison de femmes sur Free.
Je ne savais pas que ça existait encore depuis l'époque héroique des Bruno Mattei et autres.
J'ai un peu honte, mais j'ai aussi des circonstances atténuantes.
Bon, on n' échappe à rien : les lesbiennes sadiques, les scènes de douches à la pelle, les "perversions" fatigantes et risibles, les nudités tchécoslovaques de rigueur (bronzées comme tout après 3 ans de geole), les détenues en jupes ras la touffe et débardeurs moulants .... Plus Brigitte Nielsen dans le role de Ilsa chienne de la Mitteleuropa. Du puissant. Et du très chiant aussi.
Seul interet : une poursuite caccochyme entre un Berliet des années 60 et deux Lada 1200.
C'est tellement atterrant que j'ai cru au début qu'il s'agissait d'un porno dont dont on avait retiré les scènes X. Mais non, c'est pas possible. J'ai fait le test une fois : en virant les scènes de cul d'un Dorcel, je suis arrivé à un métrage de moins de 30 minutes. Et là, cette merveilleuse production dure bien son heure et demi.
" Oh oui c'est ça mon américaine adorée, continue " dit Nielsen à une de ses prisonnières qui lui fait des trucs avec un fouet. Comprenez qu'il m'a été difficile de rester jusqu'au bout ....
17 mars 2007
The Gladiator

D'ordinaire les "grands" metteurs en scène n'aiment pas trop qu'on leur rappelle les ignominies qu'ils ont commises à un moment de leur vie pour payer leurs impots, un arriéré de pension alimentaire, ou simplement pour bouffer. Ils font souvent des pieds et des mains afin que des distributeurs peu scrupuleux ne sortent pas ces grosses bouses directement dans les bacs à soldes au milieu d'histoires de ninjas tournées aux Philippines. Mais on ne fait pas toujours ce qu'on veut ...
Tenez, Abel Ferrara, par exemple. Grand Réalisateur (Bad Lieutenant par exemple), patati et patata, auquel je n'ai jamais accroché d'ailleurs, mais ce n'est pas le problème en l'occurence. Chez un discounter, je suis tombé sur The Gladiator. Le titre est bien non ? L'histoire n'est pas mal non plus. Que je vous explique : Un type en bagnole s'amuse à tuer les gens qui lui ont manqué de respect (genre, ils lui grillent la priorité) en envoyant leur véhicule dans le décor. Il a un pare-buffle sur le devant et dans les roues une sorte de gadget infernal, des ailettes aiguisées qui se déploient et vont crever les pneus des victimes. Vous suivez ? Bon. Une de ses proies échappe à la mort et décide de se venger et de le retrouver. Déviant un peu du projet initial, il s'en prend à tous les chauffards (pochtrons au volant, etc ...) et les oblige à arrêter de conduire, en général en balançant leur voiture sur le bas-côté. On se dit : tiens un justicier dans la ville motorisé ! On attend donc le déploiement de gore et de célébration de l'auto-défense, mais que tchi : le Gladiator (c'est son nom) comprend que ce qu'il fait est mal et se rend à la police, non sans avoir éliminé le méchant dont on parlait au début.
Ca pourrait donc être bien. Enfin, bien ... De la zèderie calibrée, dont Ferrara a honte mais qu'on peut regarder avec l'indulgence un peu ignominieuse de l'amateur de conneries grand format.
Mais pas du tout. C'est juste très chiant bien que le doublage soit catastrophique et les acteurs expressifs comme des tubes de dentifrice. Pourquoi ? Parce qu'il s'agit en fait d'un téléfilm. Mais allez-vous me dire, un téléfilm, ce n'est jamais qu'un film tourné pour la télé ; ça pourrait donc être bien. En théorie, oui. Mais généralement le téléfilm présente les tares suivantes :
- Une image hideuse
- Des comédiens démotivés
- Et surtout le syndrome du temps réel. Prenons un exemple : imaginons que vous deviez filmer un type qui sort de chez lui pour aller chercher un recommandé à la poste. Dans un film normal, on présentera le bonhomme chez lui, puis un petit insert dans la rue et on le retrouvera à la poste. C'est ce qu'on appelle l'ellipse. Un procédé tellement courant au cinéma qu'on ne le remarque même plus (d'ailleurs on le remarque quand il est absent, comme dans Le cousin où on a droit à un remarquable festival d'ouvertures et de fermetures de portes in extenso). Dans un téléfilm, en gros, on va tout filmer, du début jusqu'à la fin. Le public, en effet, n'est pas dans une salle, relativement peu libre de ses mouvements, mais chez lui, et va donc pisser, prendre une bière, manger une pizza, etc ... D'où un certain manque de concentration. Auquel on pallie en évitant de passer trop brusquement d'une séquence à l'autre. Ainsi dans The Gladiator, quand ce dernier fait sa ronde, ça dure, ça dure, on se farcit presque tout son trajet comme si on y était en implorant les dieux du 7ème art d'accélérer un peu le mouvement.
Bref, c'est nul, on s'emmerde à 100 sous de l'heure et on se dit que Ferrara aurait préféré que cette bouse ne soit pas sortie avec son nom en gros sur la jaquette ...
26 février 2007
Duris inside

Il y a une chose dont je suis bien certain. Je ne pourrais jamais être critique ciné ou critique livre. Mon honnêteté foncière m'obligerais à descendre au moins 90% de la production. C'est d'ailleurs à mon avis pour cela que l'état de la critique est ce qu'il est dans ce pays ; un critique qui ferait vraiment son boulot se mettrait tout le monde à dos. Et rendrait flagrantes la veulerie et l'inculture crasse de ses collègues. Un bon critique ne peut donc pas exister.
Et personnellement, massacrer semaine après après semaine les daubes inodores que génère notre beau pays, je ne trouve pas cela très exaltant. Flinguer à vue, de temps à autre, quelque valeur sûre franco-française, ce peut être jubilatoire. En faire son métier, c'est un coup à devenir dépressif. Ou houellebecquien.
Comme je reste malgré tout d'une naïveté confondante et que je crois à la possibilité de talents même nourris au sein de l'avance sur recettes, je ne peux pas m'empêcher de me dire Oh, ce film, des tas de gens ont aimé, pas des brelles à priori, si j'oubliais mes présupposés 5 minutes, après tout c'est en video, je pourrais toujours arrêter dans le pire des cas.
C'était un prélude. Pour expliquer que j'ai vu De battre mon coeur s'est arrêté. Je me suis dit que le gros effort que je faisais serait récompensé. Malgré la présence de Romain Duris.
J'execre Duris. C'est le prototype même de l'acteur en CDI, dénué de talent, de présence, mais obligatoire. Un futur Depardieu, à ceci près que l'Inamovible a été bon dans le temps. Duris joue un bad guy au début du film. Duris en bad guy, c'est comme un bisounours dans le rôle de Scarface. Pas crédible. Duris qui se bat dans les bars, c'est comme Huppert dans un film de kung-fu. Impensable. Pourtant, on y a droit. C'est fascinant, d'ailleurs : tous les autres acteurs, figurants inclus, jouent mieux que Duris. Même Laure Atika. A se demander à quoi a pensé Audiard le jeune.
Donc, c'est un bad-guy. Mais comme c'est un film moral, il y a rédemption. Par la musique. Classique. Cause que sa maman était une pianiste concertiste. Sa maman n'aurait pas pu jouer de l'accordéon ou du biniou. Ou lui, faire des cathédrales en allumettes. Non, c'est la Grande Musique qui sauvera Duris. C'est l'indice 8 sur l'echelle de plouquerie de Werstein-Guillobardot. La Point de vues/images du monde touch. Comment dire ? Le méchant rédimé par la musique, c'est Danny the dog. De la putain de subtilité.
On a droit aussi à la poésie-noire-et-urbaine de Paris-la-nuit (c'est 'achte beau une ville la nuit, quoi, j'veux dire) et à des relations père-fils tendues. Ce qui n'est pas du tout un cliché narratif, comme la médaille qui signalait la haute naissance du héros censemment fils de bohémiens dans les romans de cape et d'épée. Absolument pas. Jamais de la vie. Il faut dire que c'est cette tâche de Benacquista qui s'est coltinée le script. Forcement, en réunissant autant de pointures dans un seul film, on ne peut aboutir qu'à un chef d'oeuvre qui troue le cul à la pelleteuse.
Soyons honnête, De battre mon coeur s'est arrêté n'est pas une sombre merde. En particulier, ce n'est pas juste un téléfilm tourné en 35 mm. Audiard le jeune a fait des efforts. Inutiles, certes, mais louables. N'empêche que je me suis fait vraiment chier, vraiment, d'autant que je l'ai regardé jusqu'au bout, espérant contre toute attente qu'une péripétie sortirait cette production du marigot à poncifs.
Ce qui me fascine, ce qui me rend dingue, ce qui me fait douter de l'humanité de l'humanité, c'est l'excellente réputation que ce film inutile se trimballe. Comme tant d'autres. C'est la France, c'est comme ça, c'est le vide en amont et l'apathie apeurée en aval. Ca promet pour les 20 ans à venir ...
09 février 2007
Haneke mes couilles

En fait, ça a commencé quand A. m'a parlé de La pianiste dans lequel elle avait joué. J'avais l'air un peu con (et un peu goujat) de lui avouer que je ne l'avais pas vu. Il fallait que je comble cette lacune. Bon, certes, il m'a fallu 4 mois pour mener à bien cette opération, mais comprenez-moi : j'avais déjà vu Le temps du loup, sorte de post-nuke psychologique complètement à coté de la plaque. Et je m'étais bien juré que ...
Plus jamais Haneke.
Mais bon, je voulais voir A. Et j'ai fini par télécharger le film. Que je n'ai pas regardé jusqu'au bout. J'ai du aller jusqu'à 60-70% du métrage et le reste en avance rapide.
Pour commencer, les acteurs sont lachés en total free-control. Hupert joue très bien la Hupert, c'est même merveille que de la voir être si crédible en Hupert. Girardot, je n'en parlerais même pas. Magimel est aussi consistant qu'un potage à l'eau claire (comme d'habitude).
Résumons-nous : les acteurs principaux ont l'air de sortir d'un épisode de Derrick. De toute évidence, Haneke s'en branle de la direction d'acteurs, ce qui le travaille au corps, c'est le message. Et quel message, comme on va le voir ...
Ensuite les dialogues sont à la fois prétentieux et catastrophiques, un peu comme du Guy des Cars qui disserterait sur la décadence de l'Occident. Ce n'est pas le propos du film (la fin de l'Occident), mais c'est pour donner une idée de la pitié qu'inspire de pareilles réparties. On case au passage une citation d'Adorno (pauvre Adorno !) suivie de gros bouts de reflexion philosophico-oiseuse, histoire de montrer qu'on a bien mérité de l'avance sur recettes.
Plus anectodique, compte tenu du sujet, je me suis fadé une BO composée essentiellement de Schumann et Schubert, sorte de glue romantique et post-romantique, qui ne pouvait que m'exaspérer encore plus. Magimel prétend qu'il sait jouer l'opus 19 de Schoenberg, mais, macache, on reste sur les deux ectoplasme suscités. Vraiment dommage ...
Ca raconte quoi ? Ben euh, les amours contrariées de Hupert et Magimel (aussi passionnantes que les séances de fist-fucking d'Aglaé et Sidonie ou de Chapi et Chapo), contrariées parce que Hupert est très méchante avec des pratiques sexuelles un peu déviantes. Parce que quand on est méchant, on est pervers du sesque. Et réciproquement. Très très fin. Pas lourd du tout. Mais pourquoi Hupert est très méchante ? Hein, c'est vrai quoi ... Parce qu'elle entend du Schubert toute la sainte journée ? Hypothèse interessante, mais il ne semble pas que ce soit le cas. D'après ce qui nous est présenté, il semble que ce soit à cause de la relation pour le moins tendue entre Hupert et Girardot (sa moman). Mère possessive, Fifille soumise qui habite encore chez maman, le noeud de vipères des relations mère-fille cher à Psychologie Magazine et à 250 romans mal torchés à chaque rentrée littéraire. Haneke est un mec subtil, gorgé de finesse jusqu'aux ouies, qui ne s'abaisse pas à du tout venant caricatural. Non, jamais de la vie ; c'est un auteur. Si on veut, sa subtilité consiste à utiliser une moissonneuse-batteuse pour faire du rempotage.
En pratique Haneke et Jelinek (le film est adapté d'un de ses romans) font dans le kitsch sombre. Contrairement au kitsch normal, plein d'angelots, de Vierge-Marie sur les boites de chocolat, de tissus cramoisis et autres chromos, le kitsch sombre est une autre forme de mauvais goût destiné au même public (la middle-middle class et au dessus), mais un mauvais gout dans les noirs : rapports conflictuels entre les zètres (surtout au sein de la famille), in-co-mmu-ni-ca-bi-li-té, et tutti quanti, lourd ramassis de poncifs usés jusqu'à la trame qui s'imaginent profonds et dérangeants (putain, qu'est-ce que j'ai été dérangé), de la même façon que le kitsch normal avait une sorte de prétention au culturel et au bon gout. La différence vient de ce que le kitsch normal, avec son côté maquignon arrivé, a au moins pour lui une bonne santé inaltérable qu'on peut apprécier, éventuellement au second degré. Avec le kitsch sombre, on s'emmerde juste beaucoup, avec le désagréable sentiment de subir un cours pontifiant sur la réalité du monde, et, partant, d'être un peu pris pour un con.
Pauvre Haneke, petit prof étriqué qui se prend pour ... Pour quoi d'ailleurs ? Et surtout, surtout, pauvres de nous ....
15 janvier 2007
Arnaque au mort-vivant
Je me suis fait arnaquer à la médiathèque. Comme un bleu qui s'imagine avoir gagné une Maserati à un concours. Oui, sauf que c'est Maserati, le fabriquant d'épluche-légumes bien connu. Et donc, je vois dans les rayons La nuit des morts-vivants, et je me dis, super, ça fait longtemps, c'est un classique en plus, il faut que je l'aie. En fait, il s'agit du remake de. J'ignorais même qu'il existait. En regardant bien la pochette, au lieu de me polariser sur le nom de Romero, j'aurais surtout remarqué celui de Ménahem Golan. Oui, le Golan de la Canon. Et j'aurais compris de suite ; et me serais aperçu que le film est en fait réalisé par Tom Savini, qui, si je ne m'abuse, est maquilleur en temps normal.
Oh, ce n'est pas un mauvais film. Pas mauvais. Juste inutile. D'autant que l'histoire est bien connue et que la direction d'acteurs est épouvantable (les sous-titres sont des plus étranges aussi, used to be étant traduit par utilisé à être, par exemple). Le script qu'a écrit Romero ne change vraiment que vers la fin, avec les zombies transformés en divertissement par les rednecks exterminateurs, en particulier ce plan saisissant où des morts vivants suspendus par les pieds à la branche d'un arbre sont utilisés comme cibles semi-vivantes, tressautant à chaque impact. Idées qu'il reprendra d'ailleurs dans Land of the dead. L'ennui, c'est que c'est très très lourdement explicite ; mais très, alors, puisque l'héroine dit à voix haute devant ce spectacle un truc du genre Nous ne valons pas mieux qu'eux. Merci, on avait compris.
Bref, un moment de perdu, pas même un nanard, même si un des zombies sur lequel Barbara tape avec un tisonnier est clairement un torse en latex qui semble faire boing-boing à chaque coup, voire coin-coin, comme un canard en plastique. Ce qui est d'ailleurs confirmé par le making-of.