27 juin 2007
Des hommes pas très remarquables
J'ai regardé il n'y a pas longtemps Rencontres avec des hommes remarquables. De Peter Brook. D'après le livre éponyme de Gurdjieff qui y racontait les premières années de sa vie.
Le film en lui-même ne présente pas un intêret magistral, ni bien, ni mal, plutôt longuet, mais en tout état de cause, cela semble être du à la matière première, le livre, que parait-il il suit fidèlement.
Ce qui stupéfie, c'est que cette production est présentée comme « inspirée de faits réels ». Il ne s'agit donc pas d'une fiction. Alors que pour tout spectateur un peu au fait des formes de narration, il ne s'agit que d'un roman-feuilleton auprès duquel les aventures d'Indiana Jones font figure de documentaire.
Que je vous explique : le jeune Gurdjieff part à la recherche du sens de la vie - vers le début du XXème siècle. On est content pour lui et on attend avec curiosité la suite des évènements. De proche en proche, il tombe sur une carte cachée depuis l'origine des temps (en bon état d'ailleurs la carte). Lequel document permet de localiser un monastère où est maintenue vivante une tradition remontant à « avant les sables de l'Egypte ». D'aaaaccooord ! Suivent des péripéties assez confuses qui font que Gurdjieff retrouve le dit monastère non pas à l'endroit indiqué sur la carte mais à environ 15000 kms de là. On a droit alors à des danses et exercices gymniques associés à une sagesse millénaire. Le tout, extremement grotesque et mal décalqué des cérémonies souffies.
Quand je parlais de roman-feuilleton, il ne s'agit pas d'une exagération de ma part : la quête initiatique, la carte au trésor, les protagonistes qu'on croisent et recroisent sur différents continents en dépit de toute vraissemblance, la cité cachée remontant à l'aube de l'humanité, cette dernière constituant le truc obligé (qu'on songe à Pierre Benoit ou à Lovecraft, voire à Dumas). Et je ne parle évidemment pas de tout ce qui contredit les sciences historiques et/ou archéologiques.
Bref, on reste un peu stupéfait que les mémoires de Gurdjieff n'aient pas été identifiées comme telles (une histoire qui ne tient pas la route) par tant de bons esprits (à commencer par Brook lui-même). Et que donc, Gurdjieff n'ait pas été catalogué in petto comme gourou-escroc (il en apparait un tous les 10 ans à peu près). Cela doit tenir au fait que tous ces bons esprits, membres de la haute société et nourris de hi-culture, n'ont probablement pas été sevrés aux pulps dès leur plus tendre enfance. Que tous ces bons esprits n'aient pas eu une once d'esprit critique ou une connaissance même superficielle de l'histoire et en particulier de l'histoire des religions est un peu plus inquiétant. D'un autre côté, la nullité des élites n'est plus à démontrer, il suffit de voir comment, par exemple, la secte Moon a pu s'approcher des cercles de pouvoir dans différents pays.
A peu près à la même époque, Howard racontait les histoires de Conan, grand guerrier venu d'Hyperborée combattant les hommes-serpents de Valusia. Personne, étrangement, ne semble l'avoir pris au sérieux...
17 février 2007
Le petit Jesus

Au programme du cinéma bis de ce soir : espionnage sexy. Avec en première partie, Max Pecas (Espions à l'affut), période initiale. Assez chiant, bien qu'émaillé de drôlerie involontaire. Mais en tout état de cause, on ne peut pas parler de nanard gouleyant.
Après l'entracte (sandwitchs au thon et au fromage de brebis préparés de mes blanches mains), l'expérience ultime. A savoir Jess Franco, période 80's, c.a.d n'importe quoi n'importe comment. On nous explique que Jesus avait assisté l'année dernière à une retrospective cinéma expérimental à la cinémathèque, et que tout cela était plutôt normal. On peut être surpris par ce genre d'assertion, mais tout bien considéré, c'est finalement assez logique, même si l'expérimental chez Franco relève a priori du hasard ou de raisons encore moins avouables comme l'absence de budget. Encore que pour le film qu'on a vu (Deux espionnes avec un petit slip à fleurs, si, si, ça ne s'invente pas), l'ami Franco a eu plein de thunes puisqu'on y voit un hélicoptère, 4 voitures différentes, 5 motos, 7 acteurs et au moins 15 figurants.
En quoi, Franco est-il expérimental ? Bonne question. Comparons un film de Franco avec une production normale.
- D'abord, en général, on est censé faire le point sur le sujet principal du cadre. Franco, ça ne l'interesse pas. Si l'héroïne est à coté d'une porte, le point est meticuleusement fait sur la poignée et l'actrice disparait dans le brouillard.
- Ensuite quand on filme des scènes de fesses, on fait en sorte que ce soit raisonnablement excitant. Jesus est au dessus de ces basses contingences : d'abord, il fait tourner Lina Romay, sa concubine notoire, plutôt vieillissante et bien en chair pour rester poli. Ensuite, il filme comme s'il était commandité par un producteur de pornos albanais. C'est systématiquement aussi sexy que l'étal d'une triperie.
- Et puis, habituellement, on essaie de rendre les dialogues cohérents avec l'action qui se déroule. Par exemple, on voit une femme nue se tortiller de manière, disons grotesque, sur un lit pour bien faire comprendre qu'elle est toute moite là et que viens chéri, je n'en peux plus. Le chéri en question lui parle de ses projets d'avenir, de leur liaison un peu bancale qu'il faut reprendre à zéro, du cash-flow, et à vrai dire d'à peu près n'importe quoi. D'ailleurs, comme c'est en champ/contre-champ, on a même l'impression que ça n'a pas été tourné ni au même moment ni au même endroit.
- Jesus ne résiste jamais à la tentation de filmer un streap-tease in extenso pendant 5-10 minutes, en plan séquence quand il est vraiment en forme. C'est en général à ce moment là que B'. s'endort, parce que c'est la partie pour les vrais amateurs de cinéma expérimental sans concession et que pour B'., c'est un peu trop.
- Un réalisateur inféodé au modèle esthétique dominant rend son film un peu cohérent. N'envisage pas des scènes par trop impossibles. Comme Lina Romay courant en bikini mais les seins à l'air, avec un bonnet de bain doré sur la tête pendant qu'on la mitraille depuis un hélicoptère.
- Secondé par une équipe technique bourgeoise et peine à jouir, le réalisateur normal évite les fautes de débutant comme les faux raccords. La notion de faux raccord n'existe pas chez Franco : on peut très bien passer de Lina Romay dans un palmier en pleine nuit à un cacatoès en plein jour qui trompe les méchants et sauve la mise à Lina. Ou s'il le sent bien, l'ami Jesus peut tourner des scènes d'intérieur de voiture dans lesquelles il est flagrant que le paysage ne défile pas.
- A la Femis, on apprend aux étudiants qu'il est de bon ton d'écrire le scénario avant et pas au fur et à mesure, le soir au bar. Ca évite de se demander pendant la projection mais qui c'est ce mec ? ou de faire jouer des hippies troglodytes hurlant mort au capitalisme ! ou un chef de la police avouant à un de ses subordonnées qu'il est inféodé à une organisation criminelle responsable entre autres de l'assassinat de JFK et de Martin Luther King.
Ce ne sont là que des exemples. Voir un film de Jess Franco est souvent une expérience épuisante qui met à mal nos schémas de représentation (comme on dit). On ne peut se souvenir après coup de toutes les aberrations qui ont pu être commises. A moins d'avoir le DVD et d'en faire le recensement, mais c'est quasiment impossible vu la production du bonhomme (plus de 200 films). Pour tout dire, en sortant, j'ai du presque trainer B'., éreintée, jusqu'au métro en me demandant ce que je venais de voir exactement ...