Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

14 juillet 2009

Parque Via

L'avantage quand on est (provisoirement) célibataire, c'est qu'on peut faire des choses qu'on ne peut pas faire aisément lorsque l'on subit la loi d'airain du matriarcat. Non : pas aller aux putes. Voir des films chiants par exemple. Parce que de temps à autre, une certaine mauvaise conscience me taraude : les pingouins mutants venus de la 5ème dimensions, les gunfights dans une salle de bain à 30 personnes, et les jeunes crétins qui se font décapiter par le psychopathe du coin, tout cela, c'est bien beau, mais la quête de sens dans tout ça ? Mmmh ?
Alors je fais la queue. Je dois être la seule personne de moins de 60 ans et quand une jeunesse se pointe pour me demander si c'est bien le film, je lui réponds que oui, qu'en plus, c'est cool, elle fera baisser la moyenne d'âge, ce qui ne la fait pas rire, à moins qu'elle n'ait pas compris.
Le film c'est (comme le titre l'indique) « Parque Via ». Pourquoi, je suis allé voir ça ? En général, quand je ne connais pas le réalisateur, je me fie au script. Lequel promet de grandes choses. En plus, il est mexicain, et j'adore les films en espagnol sous-titré.
C'est l'histoire d'un mec qui depuis 30 ans est gardien d'une maison en vente, laquelle maison ne va pas tarder à être vendue (évidemment). Il a fini par vivre en reclus et à s'y trouver bien.
C'aurait pu donner un film poignant, poétique, envoûtant, que sais-je ?
Ben non pas du tout : c'est juste très chiant. Caméra à l'épaule, quelques plans fixes qu'on voit venir de loin, éclairage immonde, nombreuses répétitions pour qu'on comprenne bien combien sa vie est régulière, etc, etc ... Ni fait, ni à faire, en somme ... Ca pourrait être un film de fin d'étude à la FEMIS. Le cinéma contemplatif n'est pas à la portée du premier venu.
La bonne nouvelle, c'est que les 20 dernières minutes sont nettement meilleures, et qu'on ressort du cinéma avec plutôt un bon souvenir (ce qui est d'une rare fourberie). Pourquoi cette grâce sur la fin ? Parce qu'il se passe quelque chose (la maison est vendue) et que ça accélère un peu ? Non, ce n'est pas ça. A partir de ce moment-là, quelques inventions formelles font leur apparition : un panoramique pas très réussi techniquement, mais habile, des ralentis, des décadrages, la bande-son qui décroche, etc ... 
Pourquoi donc ? Je n'arrivai pas à mettre le doigt dessus et puis je me suis souvenu d'un entretien de J. Rancière où ce dernier expliquait qu'il était hérétique de faire de « l'esthétique » avec le quotidien (et a fortiori avec la misère). Et l'on comprend mieux : la (longue) première partie relève du quotidien, donc du moche ; on filme objectivement (naturalisme/Nouvelle Vague, en gros). La seconde laisse place à l'imaginaire et à la fantaisie (la fin est assez habile quoique peu convaincante quand on y réfléchit bien).
A cela se rajoute un peu de social (qui a beaucoup plu à Télérama) muy stabilobossé (ah ! les plans juxtaposés du gamin de riches frottant sa voiture électrique sur le sol et la bonne qui récure la vaisselle). Merci, j'étais au courant, j'ai constaté de visu et c'est pareil en France, quoi qu'à un degré moindre.
Bref, le film est plombé dès le départ avec ces partis-pris esthétiques et narratifs.
Reste les 20 dernières minutes ...

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08 janvier 2009

La vie nouvelle

Je viens de me taper le film éponyme de Grandrieux, en DVD bien sûr, aucun cinéma ne prendrait le risque de le passer en salle (d'autant qu'il est sorti il y a 6 ans). J'avais vu le précédent (Sombre) lors d'une des vendredis avant-garde de la cinémathèque, c'est dire.

Ca m'ennuie beaucoup de descendre son film. Le type est sincère (il était au débat qui avait suivi cette séance), il galère comme un fou pour faire des films hors-normes (10 ans pour en produire 3 qui n'ont pas du couter très cher chacun), des films risqués, pas stéréotypés pour deux sous (encore que ... Mais on y reviendra), des films en dehors de la ligne du parti (ie : la Clavier-Depardieu connection), bref, un franc-tireur courageux dont je ne peux que saluer la persévérance.

Mais je n'ai pas aimé le film.
Ce qui est une déclaration hypocrite.
Non : le film n'est pas bien.
Pas la peine de se dissimuler derrière mon éventuelle subjectivité.

Qu'il soit lent, que la bande son soit à moitié inaudible (en partie - il est vrai - à cause de la mauvaise qualité de la copie achetée chez un soldeur), que la caméra hystérique portée à bout de bras alterne avec de lonnnnnnnnnngs plans fixes, que les cadrages soient bancals, que la musique soit bruitiste, tout cela n'a pas beaucoup d'importance. C'est une loi du genre et a priori, ça ne me rebute pas, bien au contraire.

Non, ce qui me gène, c'est que le film semble être une accumulation de clichés. De clichés arty. On imagine bien au début du générique un message du genre : « Le film que vous allez voir a passé tous les contrôles du ministère du film arty et a obtenu la mention très bien ».

C'est un film pompier, d'une certaine manière. Comme il y avait des tableaux pompiers, dans le temps. Sauf qu'on a remplacé les fresques historiques (Sardanapale grattant son chien devant ses courtisanes lascives - Eugène-Léon Fromentin, 1885) par de la grosse iconographie arty (voir plus haut, ainsi que des endroits pourris en Europe de l'Est - un must) et des thèmes qui ne le sont pas moins (la violence des corps, la violence tout court, la mort, le pouvoir, etc ...). Evidemment, on pourrait dire que j'ai été pris à contre-pied de mes schèmes de représentations, en somme que je suis un gros plouc qui trouve qu'un film de Lelouch (ou ses équivalents modernes que je ne vais pas voir) est un sommet de cinéma artistique. Mais comme je l'ai dit plus haut, je n'ai rien contre l'avant-garde en elle-même, dans le principe je suis pour a priori et, par exemple, j'ai une grande tendresse pour Guy Maddin.
Le problème, comme je ne cesse de le répéter, c'est que ce film ne cesse de produire des signes d'avant-gardisme, tout comme un film comique français ne produit que des signes de situations drôles. C'est, si on veut, la différence entre Queneau et Perec. Queneau écrivait des livres d'apparence anodins et de facture classique, mais qui ne l'étaient pas, du fait, entre autres, de contraintes stylistiques fortes qu'il s'obligeait à respecter. Mais ces contraintes n'apparaissaient pas, elles n'étaient que la charpente qui - normalement - disparait une fois le bâtiment terminé. Alors qu'avec Perec (et je pense à La disparition, évidemment), on ne voit que la contrainte, l'oeuvre au final se résorbant dans l'exhibition fastidieuse et répétée de la contrainte.
Avec Grandrieux, c'est un peu pareil : on a l'impression qu'il s'adresse au spectateur pour lui dire « regardez comme mon film est arty, cette caméra qui ne reste pas immobile plus d'un 1/10 de seconde, et ce grain gros comme une balle de ping-pong, vous avez bien noté, hein ? etc ... ». La meilleure preuve qui soit de ce syndrôme du sac-à-clichés, c'est que des clichés identifiés et reconnus comme tels, il y en a, et des gros, des poisseux, des vulgaires. Des qui donnent la nausée et qui vous laissent les bras presque ballants. Les gens, quand ils veulent exprimer leur désarroi, ne hurlent pas à gorge déployée, la tête complètement renversée en arrière. Ou bien, quand ils sont accablés, ils ne se laissent pas tomber à genoux. D'abord parce que ça fait mal. Et ensuite parce que c'est quelque chose qui n'arrive que dans les oeuvres de fiction, que les artisans du genre recopient sans sourciller et sans réfléchir, et qui devient de ce fait un cliché. Comme se tordre les mains de désespoir. Ca confine au ridicule. Et, par moment, le film de Grandrieux (comme le précédent) confine - et je le regrette - au ridicule.

Et c'est d'autant plus dommage que (toujours comme dans le précédent) apparaissent soudain des scènes d'une stupéfiante beauté ou empreintes d'une incroyable charge émotionnelle et innovatrice (et, là, je pense à la séance du « coiffeur » qui baigne dans un érotisme tordu, moite et qui laisse la bouche pâteuse).

J'aurais pu simplement ne pas parler du film de Grandrieux et ne pas charger un type intègre, exigeant et sincère. Mais il touche à des sujets qui me tiennent vraiment à coeur comme le cliché et les problèmes de représentation en général. Alors, je n'ai pas su m'en empêcher ...

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27 juin 2007

Des hommes pas très remarquables

J'ai regardé il n'y a pas longtemps Rencontres avec des hommes remarquables. De Peter Brook. D'après le livre éponyme de Gurdjieff qui y racontait les premières années de sa vie.
Le film en lui-même ne présente pas un intêret magistral, ni bien, ni mal, plutôt longuet, mais en tout état de cause, cela semble être du à la matière première,  le livre, que parait-il il suit fidèlement.
Ce qui stupéfie, c'est que cette production est présentée comme « inspirée de faits réels ». Il ne s'agit donc pas d'une fiction. Alors que pour tout spectateur un peu au fait des formes de narration, il ne s'agit que d'un roman-feuilleton auprès duquel les aventures d'Indiana Jones font figure de documentaire.
Que je vous explique : le jeune Gurdjieff part à la recherche du sens de la vie - vers le début du XXème siècle. On est content pour lui et on attend avec curiosité la suite des évènements. De proche en proche, il tombe sur une carte cachée depuis l'origine des temps (en bon état d'ailleurs la carte). Lequel document permet de localiser un monastère où est maintenue vivante une tradition remontant à « avant les sables de l'Egypte ». D'aaaaccooord ! Suivent des péripéties assez confuses qui font que Gurdjieff retrouve le dit monastère non pas à l'endroit indiqué sur la carte mais à environ 15000 kms de là. On a droit alors à des danses et exercices gymniques associés à une sagesse millénaire. Le tout, extremement grotesque et mal décalqué des cérémonies souffies.
Quand je parlais de roman-feuilleton, il ne s'agit pas d'une exagération de ma part : la quête initiatique, la carte au trésor, les protagonistes qu'on croisent et recroisent sur différents continents en dépit de toute vraissemblance, la cité cachée remontant à l'aube de l'humanité, cette dernière constituant le truc obligé (qu'on songe à Pierre Benoit ou à Lovecraft, voire à Dumas). Et je ne parle évidemment pas de tout ce qui contredit les sciences historiques et/ou archéologiques.
Bref, on reste un peu stupéfait que les mémoires de Gurdjieff n'aient pas été identifiées comme telles (une histoire qui ne tient pas la route) par tant de bons esprits (à commencer par Brook lui-même). Et que donc, Gurdjieff n'ait pas été catalogué in petto comme gourou-escroc (il en apparait un tous les 10 ans à peu près). Cela doit tenir au fait que tous ces bons esprits, membres de la haute société et nourris de hi-culture, n'ont probablement pas été sevrés aux pulps dès leur plus tendre enfance. Que tous ces bons esprits n'aient pas eu une once d'esprit critique ou une connaissance même superficielle de l'histoire et en particulier de l'histoire des religions est un peu plus inquiétant. D'un autre côté, la nullité des élites n'est plus à démontrer, il suffit de voir comment, par exemple, la secte Moon a pu s'approcher des cercles de pouvoir dans différents pays.

A peu près à la même époque, Howard racontait les histoires de Conan, grand guerrier venu d'Hyperborée combattant les hommes-serpents de Valusia. Personne, étrangement, ne semble l'avoir pris au sérieux...

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17 février 2007

Le petit Jesus

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Au programme du cinéma bis de ce soir : espionnage sexy. Avec en première partie, Max Pecas (Espions à l'affut), période initiale. Assez chiant, bien qu'émaillé de drôlerie involontaire. Mais en tout état de cause, on ne peut pas parler de nanard gouleyant.
Après l'entracte (sandwitchs au thon et au fromage de brebis préparés de mes blanches mains), l'expérience ultime. A savoir Jess Franco, période 80's, c.a.d n'importe quoi n'importe comment. On nous explique que Jesus avait assisté l'année dernière à une retrospective cinéma expérimental à la cinémathèque, et que tout cela était plutôt normal. On peut être surpris par ce genre d'assertion, mais tout bien considéré, c'est finalement assez logique, même si l'expérimental chez Franco relève a priori du hasard ou de raisons encore moins avouables comme l'absence de budget. Encore que pour le film qu'on a vu (Deux espionnes avec un petit slip à fleurs, si, si, ça ne s'invente pas), l'ami Franco a eu plein de thunes puisqu'on y voit un hélicoptère, 4 voitures différentes, 5 motos, 7 acteurs et au moins 15 figurants.

En quoi, Franco est-il expérimental ? Bonne question. Comparons un film de Franco avec une production normale.

  • D'abord, en général, on est censé faire le point sur le sujet principal du cadre. Franco, ça ne l'interesse pas. Si l'héroïne est à coté d'une porte, le point est meticuleusement fait sur la poignée et l'actrice disparait dans le brouillard.
  • Ensuite quand on filme des scènes de fesses, on fait en sorte que ce soit raisonnablement excitant. Jesus est au dessus de ces basses contingences : d'abord, il fait tourner Lina Romay, sa concubine notoire, plutôt vieillissante et bien en chair pour rester poli. Ensuite, il filme comme s'il était commandité par un producteur de pornos albanais. C'est systématiquement aussi sexy que l'étal d'une triperie.
  • Et puis, habituellement, on essaie de rendre les dialogues cohérents avec l'action qui se déroule. Par exemple, on voit une femme nue se tortiller de manière, disons grotesque, sur un lit pour bien faire comprendre qu'elle est toute moite là et que viens chéri, je n'en peux plus. Le chéri en question lui parle de ses projets d'avenir, de leur liaison un peu bancale qu'il faut reprendre à zéro, du cash-flow, et à vrai dire d'à peu près n'importe quoi. D'ailleurs, comme c'est en champ/contre-champ, on a même l'impression que ça n'a pas été tourné ni au même moment ni au même endroit.
  • Jesus ne résiste jamais à la tentation de filmer un streap-tease in extenso pendant 5-10 minutes, en plan séquence quand il est vraiment en forme. C'est en général à ce moment là que B'. s'endort, parce que c'est la partie pour les vrais amateurs de cinéma expérimental sans concession et que pour B'., c'est un peu trop.
  • Un réalisateur inféodé au modèle esthétique dominant rend son film un peu cohérent. N'envisage pas des scènes par trop impossibles. Comme Lina Romay courant en bikini mais les seins à l'air, avec un bonnet de bain doré sur la tête pendant qu'on la mitraille depuis un hélicoptère.
  • Secondé par une équipe technique bourgeoise et peine à jouir, le réalisateur normal évite les fautes de débutant comme les faux raccords. La notion de faux raccord n'existe pas chez Franco : on peut très bien passer de Lina Romay dans un palmier en pleine nuit à un cacatoès en plein jour qui trompe les méchants et sauve la mise à Lina. Ou s'il le sent bien, l'ami Jesus peut tourner des scènes d'intérieur de voiture dans lesquelles il est flagrant que le paysage ne défile pas.
  • A la Femis, on apprend aux étudiants qu'il est de bon ton d'écrire le scénario avant et pas au fur et à mesure, le soir au bar. Ca évite de se demander pendant la projection mais qui c'est ce mec ? ou de faire jouer des hippies troglodytes hurlant mort au capitalisme ! ou un chef de la police avouant à un de ses subordonnées qu'il est inféodé à une organisation criminelle responsable entre autres de l'assassinat de JFK et de Martin Luther King.

Ce ne sont là que des exemples. Voir un film de Jess Franco est souvent une expérience épuisante qui met à mal nos schémas de représentation (comme on dit). On ne peut se souvenir après coup de toutes les aberrations qui ont pu être commises. A moins d'avoir le DVD et d'en faire le recensement, mais c'est quasiment impossible vu la production du bonhomme (plus de 200 films). Pour tout dire, en sortant, j'ai du presque trainer B'., éreintée, jusqu'au métro en me demandant ce que je venais de voir exactement ...

Posté par memapa à 00:27 - Les films euh ... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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