17 décembre 2007
L'érudition
L'aboli aboulique dans cet article a fait montre d'une maitrise rare en matière de bidules exotiques et pour tout dire imbitables.
Ca parle, si j'ai bien compris, de comix US avec l'autorité bon enfant de celui qui connait tenants, aboutissants et chemins de traverse.
Impressionné, je suis.
Car l'érudit, c'est toujours classe.
Et d'une certaine manière, hype. Le rebelz, qui se rebelze depuis à peu près 1820, finit par devenir profondément ringard. Même Morandini est un rebelz, c'est dire.
Tandis que l'érudit, avec ses petites lunettes rondes et son crâne passé au miror, avec ses domaines d'excellence hors de portée du vulgaire, est finalement beaucoup plus décalé. Et sympathique.
Si vous ne devez choisir qu'un archétype, jetez votre dévolu sur celui de l'érudit.
De préférence érudit dans un domaine abscons et plutôt pointu.
Tenez, je viens de sortir un bouquin de la bibliothèque : Les Empereurs gaulois (260-274). Le mec a réussi à pondre 350 pages sur un sujet pareil, génialement abscons et furieusement pointu. Sans compter que tout le monde s'en fout du sujet en question. Bravo, donc !
Finalement, je suis jaloux.
Avec quoi pourrais-je frimer ?
Les nanards ?
Naaaaaaaaaaaaaann. Trop mainstream ....
Les films de propagande ?
Mieux.
Dans ce cas, il faut jeter les films de propagandes nazis et/ou soviétiques, trop connotés et plutôt difficiles à se procurer.
Je vais donc être spécialiste en films de propagande américains.
Bien, bien, bien ...
En selle, donc, pour les Enfants d'Hitler, de Dmytryk (1943).
Un bien beau film assez chiant, avec des méchants très méchants qui font tous gniark-gniark pour montrer qu'ils sont vraiment méchants.

De vrais méchants qui ne surjouent jamais.
Une intrigue insane qui a pourtant rapporté 3 millions de dollars (de l'époque) à la RKO pour un cout d'à peine 250000.
Quelques stock-shots bienvenus :
- Notre héros se penche à la fenêtre
- (INSERT) Des images d'archive de défilés nazis
- Retour à notre héros qui s'éloigne de la fenêtre en disant : « que ces foules sont violentes »
Ca fait toujours rire.
Avec un petit moment de « féminisme » en vrille qui fait plaisir à
voir. Dans un institut où de jeunes femmes se font engrosser sans avoir
de maris pour pouvoir offrir le bambin à l'état, le professeur
américain, un peu outré quand même, va interroger une de ces
dévergondées.
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- Ne préféreriez-vous pas plutôt avoir un mari et un foyer ? - Je vais donner un enfant à l'Etat et au Führer. C'est plus noble que de l'avoir au sein d'un foyer avec un mari. Le yankee est plutôt sceptique. L'interviewée continue donc : - Vous savez ce que j'espère ? Que je souffrirai beaucoup à l'accouchement. Je veux ressentir un vrai supplice en le mettant au monde pour notre Führer. Couillu, non ? |
Une jeune femme plutôt exaltée
La prochaine fois, je vous parlerais de Le Japon, notre ennemi, un autre grand moment de cinéma. Pour le moment, je continue mes recherches.
15 septembre 2007
La vie sexuelle de Jan Bucquoy
Je vais vous faire un aveu : j'aime, voire j'adore, les films de Jan Bucquoy. Alors qu'ils ont tout pour m'exaspérer. A priori. J'ai d'ailleurs toute la collec (sauf un).
Qui est Jan Bucquoy ? J'en sais trop rien. Reportez-vous à Google, petits lapins qui froncez si mutinement le museau. Tout ce que je sais, c'est qu'il a commis jadis quelques BD épouvantables (chez Glenat, indeed), en particulier des rip-offs pornos de Tintin et de Natacha (de mémoire, tout ça).
C'est un copain de Noel Godin, aka L'Entartreur, une sorte d'anarchiste en vrille, citant Raoul Vaneigem à tour de bras, bouffon du roi dixit sa fille qui, par exemple, a organisé à lui tout seul un coup d'état en Belgique après l'avoir annoncé. Les bonus des DVD sont fournis (et souvent assez chiants), et vous apprendrez plein de trucs.
Il a tourné 4 films, avec un manque de budget croissant (et poignant) au cours des années. Ce qui fait que sur les 7 ou 8 volets de sa grande série sur La vie sexuelle des belges, seuls les 4 premiers ont été produits (le 3ème sur Vilvorde est assez insupportable, je le passerai donc sous silence).
Le premier, La vie sexuelle des Belges, est une sorte de biographie plutôt sympathique et surtout raisonnablement réalisée. De toute évidence, il a eu un peu de pognon, et suit encore les règles du cinématographe. Le scénario est linéaire, la prise de vue est assurée par quelqu'un qui connait son métier (ou à qui Bucquoy ne prend pas - encore - trop la tête), on a fait un effort pour l'éclairage, Jan ne se prend pas encore pour une sorte de Jodorowski des Flandres, et on obtient au final un objet filmique normal. Pas transcendant non plus, mais déjà profondemment touchant. Noel Godin apparait sous les traits de Pierre Mertens, archétype hilarant de l'écrivain littéraire avec son sac de tabous hors d'usage qu'il s'imagine pulvériser.
Le second, Camping Cosmos, commence à virer au machin. Pas que je me plaigne, j'aime bien les machins. En gros, c'est l'histoire d'un mec délégué par le Ministère de la culture belge pour offrir le grand art (dont des représentations de Brecht) à des vacanciers issus d'un milieu disons populaire dans un camping au bord de la mer du nord. Une fois le pitch posé (avec l'inévitable Pierre Mertens), Bucquoy laisse ses personnages errer sur le sable, généralement à la recherche d'improbables histoires de fesse. Jan, il faut bien le dire - et on s'en doutait depuis le premier opus - apparait comme un insupportable égotique, angoissé-à-la-mec, c'est à dire obsédé et terrorisé par LA femme, portant en croix l'orgasme de sa partenaire et ne rêvant que de voir des petites culottes (en espérant qu'elle n'en porte pas). Un mec imbuvable au quotidien, en somme, mais qu'on a envie de prendre dans ses bras. Dans nos rêves, bien sûr ; c'est ça, la magie du cinéma. En guest star, Lolo Ferrari et ses seins-zeppelin, comme quoi, le 180 bonnet E, ce doit être un attribut de LA femme dans la tête de Bucquoy.
Le quatrième (et c'est mon préféré), La jouissance des hystériques, vire au n'importe quoi avec brio. Caméra DV sans même de stabilisateur d'image, autofocus en folie, cadrages aléatoires. Quant au scénario, c'est son absence qui rend le film passionnant (enfin pour moi). En fait, c'est une sorte de film sur un film : Bucquoy insère les castings, les balades qu'il fait avec les comédiennes qu'il essaie de draguer, puis le tournage en lui-même. Oui, je sais : on appelle ça un making-off. Mais, avec ma naiveté et mon côté gogo, je trouve ça génial, cette idée de film de film. Sans compter, évidemment, que je me demande si ce making-off, en particulier durant le tournage du tournage, est scénarisé, dirigé, bref, s'il s'agit d'un faux making-off ou si c'est vraiment le tournage d'un film qui n'a jamais vu le jour étant donné le climat excécrable qui règne sur le plateau. Toujours mon gout immodéré pour les hoaxs ...
En fait, ce que j'aime dans La jouissance, ce sont les actrices (et je ne peux que féliciter Bucquoy). Touchantes et exceptionnellement réelles, semblables à ces inconnues, voisines de café que l'on entend discourir. Malgré ses obsessions qui devraient fausser l'ensemble dès le début, Bucquoy réalise là un film très précieux sur les femmes (et non pas sur LA femme), incroyablement juste et pertinent (comme quoi je mets toujours en pratique l'inverse exact de ce que je professe). De surcroit, il les choisit avec un rare bonheur : sans être vraiment jolies, elles sont bouleversantes et évoquent en images fugitives les celles-qu'on-aurait-voulu-aimer, les toutes celles-qu'on-aurait-voulu-aimer, qu'on n'a jamais rencontré ou pas osé aborder. Et qui se sont accumulées dans notre mémoire occultée, celle qui ne s'ouvre d'ordinaire que durant le temps des rêves, et que la vision du film de Bucquoy éventre, laissant échapper une nuée de ces ravissantes. Je n'imaginais pas qu'il put y en avoir autant.
En fait, et je m'en aperçois maintenant, le sujet de l'article, ce devrait être plutôt les pas-vraiment-jolies-mais-bouleversantes. Ce serait pour une autre fois, d'autant que j'en ai croisé une, il n'y a pas longtemps, dans un aéroport. Un des prochains articles donc ...

Gail sur le tombeau de Guillaume Appolinaire
07 mai 2007
Slasher new look
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans la plupart des slashers, les gens qui se font exterminer ont toujours l'air de le mériter. Un slasher ? En gros, c'est un film où des étudiants/campeurs/jeunes cons s'organisent une balade dans une campagne isolée et se font découper en tranches par le psychopathe du coin. Et donc toutes les victimes sont tellement exaspérantes qu'on a envie de hurler au tueur masqué (le tueur est toujours masqué) Ouais, vas-y, pète leur la tronche ! Et même dans les bons films. Prenez Shining, par exemple : après 5 minutes de métrage, on n'a plus qu'une envie : passer Shelley Duvall à la scie circulaire, tellement elle est énervante [1].
Alors, je me suis dis que tant qu'à faire (oui, je sais, on dit à tant faire que), autant prendre des vraiment exaspérants pour finir en rondelles. Alors, on ferait ça avec des électeurs sarkoziens, partis en balade. Ouais, c'est pas probable. Disons qu'ils vont à l'université d'été de l'UMP. Sise dans une grande baraque batie sur un cimetierre indien. Non, sous nos climats, c'est pas possible. Alors un cimetierre trotskyste. Ouais, c'est bien, ça. Ca va surement en réveiller un paquet, des trotskystes d'entre les morts. Et ils vont pas être contents. Mais pourquoi la grande baraque elle est vide ? Ben, c'est des électeurs de Sarkozy. Ils se sont trompés de semaine. En avance, quoi. Faut pas trop leur demander. C'est déjà le bon mois, pas trop mal de leur part.
A partir de ce moment là, c'est du gateau. Les mecs se font massacrer avec des raffinements de cruauté inouïe (with graphical violence, indeed). Avec des gros plans. Les filles aussi, mais avant elles se font sodomiser par un mulet nourri depuis un an au gingembre. Avec aussi plein de gros plans. Pas que ça rende le scénario plus cohérent, au contraire, mais c'est juste dégradant. Donc vendeur. Et ça me fait plaisir. Et puis, c'est dégradant pour l'image de la femme. Et dans ce cas précis ... Je ne sais pas ce qui est le plus dégradant pour l'image de la femme.
Bref, un bon petit film où on pourra se réjouir des fins atroces des pénibles, sans qu'une vague mauvaise conscience ne vienne nous troubler l'esprit. D'une certaine manière, justice sera faite.
J'ai parlé du projet au nouveau ministre de la culture (Chantal Goya), et il m'a bien fait comprendre que pour l'avance sur recette, c'était pas gagné. Voilà comment on traite le talent dans ce pays !
1 C'est un des problèmes de Shining. On sait tout dès les 5 premières minutes, et surtout que Jack Nicholson va péter les plombs vu sa tête au début du film. En fait, celui que je préfère, c'est le grand black avec la tronche d'enfer.
28 avril 2007
Les femmes, c'est pas normal
Chères amies femelles, je vais me foutre de votre gueule. Sans risques, d'ailleurs, puisque je vais vous parler de la collection Harlequin. Harlequin, vous savez, les livres écrits par des transfuges de la Bibliothèque Rose, le style en moins, où des femmes, elles découvrent le prince charmant, se marient et ont beaucoup d'enfants. C'est ce qu'on appelle la Différence : le droit de lire des âneries bétifiantes alors qu'on est grand-mère. Ok, pour les hommes, il y a (ou avait, je ne sais plus) SAS, par exemple. Mais on dira ce qu'on voudra, SAS, c'est autrement mieux écrit. Aneries bétifiantes qui en tout état de cause ne remontent qu'au XIXème siècle occidental, et, que par un tour de passe-passe élémentaire, on a réussi à faire passer pour une composante fondamentale de la « féminité » ...
Bref ...
Ce qui est intéressant dans cette histoire, ce sont les DVD produits par Harlequin que j'ai découverts chez mon soldeur préféré (King-Disc pour ne pas le nommer). Evidemment, j'en ai acheté un. Comme quoi j'ai 5.90 euros à foutre en l'air. Même que ça s'appelle La force d'aimer. Un super titre qui déchire sa mère ...
Alors, comment dire ...
Techniquement, c'est plutôt bien foutu. Un peu mieux qu'une série télé moyenne. Ca met en scène une pauvre fille que la vie a blessé et une sorte d'aventurier avec un brushing siliconné façon coupe playmobil. Avec une vague histoire policière qui sert de pretexte, un peu comme dans un film porno qui essaie de se démarquer du gonzo. Histoire policière qui ne tient absolument pas debout, puisque la scénariste (c'est UNE scénariste, évidemment) se contente d'adapter un chef d'oeuvre de la collection papier et n'a aucune expérience du polar. Mais qui présente l'avantage de rendre l'intrigue un peu moins pénible. Et la fille, elle cause comme dans « Psychologie Magazine », dis-donc ! Comme personne ne parle dans la vrai vie, en somme. Après avoir couché avec le monsieur au terme de 60 minutes palpitantes, elle lui dit : John, je sais que vous avez peur de l'intimité, mais en apprenant à nous connaître mieux, nous parviendrons à une relation plus durable. Texto. Alors que John, il a juste tiré son coup, et aimerait bien que la blondasse, elle dégage (et c'est pour ça qu'il fait un peu la gueule).
Bon, évidemment, à la fin, tout s'arrange, le vilain mufle, il l'épouse, il a plein de pognon, et une grosse voiture qui va vite. Tout baigne. Et moi, les dix dernières minutes, je les ai vues en avance rapide.
Et je me suis tapé aussi toutes les bandes-annonces. Et je peux annoncer à la foule pantelante que ça ratisse large : les héroines ont entre 25 et 45 ans, tout le monde peut se sentir concerné. Et les mecs, c'est tous des types que ma grand-mère qualifiait de « bel homme ». Avec le brushing. Toujours. Des fois, il n'y a même pas d'intrigue-pretexte. Je me demande vraiment qui peut regarder ces épisodes jusqu'au bout ...
Et pour renforcer le phénomène d'identification, les actrices qui jouent les héroïnes sont incroyablement insipides. Raisonnablement bien foutues (ni trop grosses, ni trop petites, ni trop grandes), mais insignifiantes au delà du permis. D'ailleurs, dans La force d'aimer, Sara, qui est une pauvre nunuche un peu coincée, toujours fringuée avec des robes de femme enceinte, se décide à un moment de changer de look. Elle est censée jouer la femme d'un milliardaire. C'est comme ça, c'est le scénario et j'ai la flemme d'en faire le résumé. Et donc, elle se transforme en présentatrice de CNN, avec le tailleur vieux rose et la coupe lionne. Trop la classe ! Enfin l'idée de la classe que se font les lectrices Harlequin ...
Reste tout de même une scène hallucinante : Sara fait une omelette à John. Une fois qu'elle a fini d'éplucher un gros oignon et avoir pleuré toutes les larmes de son corps, elle lui demande si c'est bien à l'oignon qu'il la veut, son omelette. Au cas où. Pour savoir si son épluchage lacrymal, c'était juste pour le plaisir ou un exercice de thérapie quotidienne ...