Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

11 avril 2008

No sex last night

Je suis allé revoir No sex last night de Sophie Calle (et de son petit camarade).
Je n'étais pas sûr que j'allais l'aimer de nouveau. 15 ans se sont écoulés.
Je l'ai nécessairement aimé.
J'avais de telles douleurs abdominales. Pour parler crument, je pétais comme un troupeau de ruminants gonflés à l'hélium sur le chemin du ciné. Idem en sortant.
Si, plié en deux de douleur, j'ai pu apprécier le film, c'est qu'il est bon. Un signe patent de qualité.
Pourtant je le reconnais : il a tout a priori pour me révulser. Peinture narcissique des états d'âme d'une névrosée. Aurais-je pu pontifier ici même. Mais on est bien au delà du gratouillis d'humeurs chère au cinéma français made in FEMIS. Bien au delà. Et à vrai dire, je pense que ce film, je l'ai aimé parce :

  • C'est en fait du vrai, un work-in-progress fascinant.
  • Mis en images à la vidéo-caca en plan posés, façon Chris Marker dans La jetée (dédicace à la fin du générique)
  • De plus, et surtout, les deux protagonistes sont plutôt antipathiques, ce qui empêche - à mon sens - toute identification facile et contribue à la prise de distance initiée par les deux points précédents.

Sinon, Sophie Calle n'est vraiment pas très jolie dans le film. Ses photos récentes doivent être bien travaillées.

Non, je ne vous le raconte pas, vous n'avez qu'à allez le voir. Ok, il y a des chances que vous trouviez ça insupportablement chiant.

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12 février 2008

The Blade

Je viens de revoir The Blade du grand Tsui-Hark, alors qu'il m'avait laissé un souvenir assez mitigé. J'avais eu tort.
C'est effectivement une des apothéoses du film de sabre et le moment où Tsui-Hark commence à se lacher et à faire au sens strict n'importe quoi.
Le duo infernal ayant pondu un article plus que méprisant (en particulier au vu des qualités intrinsèques du métrage), je ne peux que m'inscrire en faux face à la commisération affichée (ambiance : « Bon,Tsui, maintenant deviens adulte et apprend les longs plans fixes chiants comme la pluie »).
Il va falloir un jour se débarrasser de cette gavante manie de tout juger à l'aune du sens ou de l'absence du dit sens. Et se poser la question du sens de ce sens.
Parce que, trop souvent, le dit sens ne masque qu'une adéquation académique avec des schèmes censément gratifiants et/ou profonds. En d'autres termes, le sens, c'est une série de clichés obligatoires.
Le sens, c'est scolaire, c'était même l'unique outil d'analyse des profs de français à l'époque où nous étions au lycée. Et  qui portaient au nues des bouquins assommants et surtout d'un poussif et au final d'un ridicule achevé. Quand on n'a pas de talent, mieux vaut injecter du sens, ça rassure. On sait où on en est, les repères sont toujours là, même et surtout s'ils sont obsolètes.  L'exigence de sens, c'est  un des refuges du conservatisme, si ce n'est de la réaction. Par pour rien, que ça se porte si bien à droite, la demande et l'offre de sens.

Ceci étant dit, revenons à nos moutons. Que peut-on dire du film de Tsui-Hark ? Qu'il n'a pas de sens, au sens strict (mais j'y reviendrais), et que la prétendue épaisseur des personnages, on s'en fout. Enfin, le réalisateur s'en fout. Ce n'est pas son propos. C'est un film formel. Autant reprocher à un basset de ne pas savoir monter à l'échelle.

Le scénario est tellement confus qu'il est à deux doigts de sombrer dans l'idiotie la plus totale. Tellement confus qu'il se permet d'accumuler des problèmes de continuité hallucinants. Par exemple, alors que Ding On s'entraine pendant des mois, si ce n'est des années pour manier son sabre, Tête d'acier et sa copine semblent, en parallèle, zoner tout au plus quelques jours dans une sorte de bordel (mais il est vrai que ce n'est pas très clair). De toute façon, rien n'est très clair, à commencer par l'histoire, et ses nombreuses péripéties, avec des gens qui vont, qui viennent, tuent tout le monde, sans qu'on sache qui exactement sont ces méchants et leurs motivations. Il est probable, que, comme d'habitude, Tsui-Hark ait tourné deux fois plus que nécessaire et ait sauvagement sabré au montage pour pouvoir distribuer son film. Il est possible aussi que certaines choses nébuleuses pour un occidental soient implicites pour le public cantonnais. Un peu comme quand on voit un film avec des mousquetaires, on devine instantanément le background, le cardinal et le collier de la reine.
Quoi qu'il en soit, reste un plaisir jouissif à essayer de recoller les morceaux.
Reste surtout la maitrise hallucinante du réalisateur qui se permet à peu près tout (avant le départ en vrille ultime de Time and Tide, totalement sous-estimé). Tsui-Hark a l'oeil de la caméra, c'est prodigieux. Chaque plan est presque bluffant en lui-même, et, pour être honnête, souvent à la limite du ridicule ou de l'horreur clipesque. Mais à la limite. Rien à voir avec les copieurs (à la M. Bay) qui confondent le portnawak surdécoupé et le sens (et la fluidité) de l'action. Du mouvement. Ouais, c'est un scoop : le cinéma, c'est aussi une technique pour rendre le mouvement.
Hark se permet tout, des plans hyper-larges aux zooms monstrueusement serrés avec un bonheur qui laisse pantois.
Ok, les bastons sont homériques, il n'y a pas à revenir dessus.

Mais il n'y a que cela dans ce film. Pas que des bastons d'anthologie. Il y a aussi de stupéfiants tableaux vivants totalement irréalistes qui rappelle l'opéra de Pékin et La légende de la forteresse de Souram ou Les larmes du tigre noir. Tant d'invention formelle et de pieds de nez au réalisme ne peuvent qu'émouvoir. Cet incroyable parti-pris de distanciation dans un film très grand public me laisse sur le cul.

Ajoutons pour la bonne bouche un goût immodéré pour les décors et les costumes grandiloquents (les cavaliers pseudo-musulmans évoquent Oedipe-Roi de Pasolini, excusez du peu), et vous avez au final quelque chose d'assez incroyable, certes excessivement bordélique, mais totalement hallucinatoire. Et surtout jouissif.

C'est important la jouissance au cinéma ...

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24 janvier 2008

Triangle

On vient de sortir du MK2 équipé de sièges pour amoureux dans lesquels on peut se vautrer l'un sur l'autre et se faire des mamours dans le noir.
On a été voir Triangle.
Et l'on est ressorti avec des sourires à exposer les molaires au vent.
Oh, bien sur, ce n'est pas le film du siècle. Ou même de l'année. Quoi que ...
Il y a certes quelques longueurs, des facilités, des plans un peu téléphonés.
En tout état de cause chacun des 3 réalisateurs à déjà fait mieux en solo.
Mais quel exercice de style réjouissant ! Mais porté sur les fonds baptismaux par trois orfèvres. Sans quoi, on n'aurait eu droit qu'à un exercice de style et uniquement ça, pitoyable, convenu, vain et sans idées. Un peu à la Smoking/No Smoking.
Là, pas du tout : c'est rien que du fun.
Le film le plus ludique que j'ai vu depuis bien longtemps. Où l'on retrouve le gout des jeux de portables et d'appareils photo de To, les plans barrés de Hark et une certaine rudesse de la part de Lam.
Un film sans morale, sans message et surtout sans enjeux.
Merveilleux !!!
LU-DI-QUE.
je comprends bien les critiques du duo shangaio-morvandiau, et les respecte. Mais de mon point de vue, ce ne sont pas des défauts ; ce sont des qualités.
Un film frais, réjouissant, mignon, un peu comme African queen.
Que du bonheur. D'ailleurs seuls les méchants meurent. Les autres sont des pieds nickelés touchants à qui on a envie de payer un coup.
En passant, il faut ajouter que les acteurs (attitrés du trio) jouent de manière somptueuse, à l'exception peut-être du chauffeur de taxi. Rien à voir avec les pitoyables qu'on a subi pendant les bandes annonces.
L'histoire ? Y'en a pas. Une vague histoire de chasse au trésor. Un prétexte.

Quel pied !

En sortant, je me demandais à voix haute pourquoi ce n'était pas toujours comme ça, les films grand public. Parce que dans mon esprit, c'en est un : du fun, du bonheur, pas se prendre la tête sans pour autant être traité comme un demeuré. Et B'. m'a fait remarquer que les gens, ils veulent du connu. C'est un peu le triomphe du jambon-purée contre, disons, un plat malaisien.
Naïf que j'étais.
Et puis, oh, qu'elle a enchainé : grand public, peut-être, mais réalisé par les 3 plus grands du cinéma d'action de Honk-Kong, excusez du peu.
Naïf, naïf, naïf ...
N'empêche. Le cinéma grand public, ça ne devrait être que de ce niveau là, avec ce sentiment d'allégresse en sortant ...

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10 janvier 2008

Trésor des iles chiennes

Comme vous le valez bien, je vais vous parler d'un merveilleux film que vous ne verrez jamais, parce que je viens de le sortir de ma collection de raretés numérisées depuis une VHS hors-d'âge.
Oui, je sais, certains vont encore dire que je me complais dans un underground facile, mais j'avais envie de le revoir, je l'ai donc revu, et c'était bien. Vous ne savez pas à côté de quoi vous passez et êtes passés, et c'est d'ailleurs pour cela que, dans le poste, je cause.
Donc, et rien que pour vous, un compte rendu par dessus la jambe du Trésor des iles chiennes (1991) de F.J Ossang.

Jamais entendu parler ? Tout va bien...

Commençons par énumérer les bonnes raisons de ne jamais voir ce film. Techniques d'abord : la VHS d'origine est pourrie, il faut donc la regarder en PAL, pour éviter les artefacts colorés et le son à fond, avec souffle inside, parce que les dialogues sont inaudibles la moitié du temps (voire absents pendant 5 minutes environ).

Ensuite, c'est très ... Comment dire ? Grandiloquent serait le mot le plus adéquat. Dialogues et voix-off déclamatoires, prose poétique à tout bout de champ, intertitres tout aussi grandiloquents, et direction d'acteurs presque inexistante, ce qui donne un festival de cabotinage en règle et l'occasion de voir Clovis Cornillac jeune en petite frappe peu convaincante. Plus un scénario opaque et confus, où des personnages apparaissent et disparaissent d'une séquence sur l'autre (sans compter que l'absence de dialogues audibles n'arrange rien).

1

Disons-le en un mot : c'est très très arty. Epouvantablement arty, même.

Et pourtant j'adore ce film.

2

On pourrait appeler ça un film noir métaphysique, désignation totalement bateau, mais je n'en ai pas d'autre sous la main. L'influence majeure est de toute évidence F. Lang, et ce n'est probablement pas pour rien que les comédiens semblent  tous jouer le Docteur Mabuse dans les films éponymes. Mais des Mabuses cavalant dans une autre dimension. Ossang est (était) peut-être l'unique créateur de mythologie en France, comme ses écrits tendent à le prouver. Livres après livres, il a raconté la ou les mêmes histoires dans un décor récurent, qui sert de toile de fond au film. Cargos rouillés, archipels perdus vérolés de maladies endémiques, terres lointaines à consonances espagnoles, parèdres mortifères au teint de porcelaine. Le tout servi par un étonnant souci du détail, et un énorme talent de réalisateur, puisque comme Pasolini, Ossang possède un rare sens de l'image et du rythme. Seuls les très bons cinéastes savent et peuvent se permettre de filmer sans mollir des camions militaires sur une route de montagne comme des personnages à part entière, mafflus et acariâtres.

3

Il ne s'agit pas d'un film onirique, mais au contraire d'une production réaliste dans un univers légèrement décalé. Pas de morceaux de bravoure tonitruants, juste une sorte de reportage sur quelque chose qui n'est pas, mais qui ferait mieux de l'être, sublimé par un N&B somptueux (dans mon souvenir).

4

Ossang est un émouvant (re)constructeur d'univers, et d'une certaine manière un cinéaste d'un réel qui n'est nulle part, sinon dans sa tête, mais qui a autant de droits, si ce n'est plus, que celui qui nous les brise quotidiennement. Alors, dans ces conditions, qu'importe les défauts formels, puisqu'il se permet ce que personne ne semble avoir fait depuis (et avant aussi, tout bien réfléchi). C'est d'ailleurs pour cela que je ne parle même pas du scénario, non pas qu'il soit inexistant ou insane, mais tout simplement secondaire, un peu comme dans En quatrième vitesse, une référence qui m'est instantanément venue à l'esprit, sans vraie raison. Pas pour rien que j'ai qualifié ça de film noir métaphysique.

Et à vrai dire, les véhicules, les décors, les engins, les paysages, les réminiscences, les légendes, les on-dits et les situations sont les seuls véritables héros, les humains se semblant avoir pour fonction que de faire défiler l'inventaire suscité. Se conformant ainsi au scénario, qui a un petit côté tour operator dans les steppes de la Grande Chienne et ses dépendances.

5

Bon, je vais pas vous en tartiner pendant des heures, vous ne comprendriez pas, moi non plus, je n'ai pas bien compris. C'est au sens strict ce qu'on appelle un film autre, pas cérébral, ni complètement barré, juste autre et pour lequel n'existent pas vraiment de critères ou de schèmes référentiels, sinon analogiques et de ce fait nécessairement bancals.

Et puis, de toute façon, aucune chance de pouvoir le visionner, donc inutile de se fatiguer...



 

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06 août 2007

Hot Fuzz : ça bon !

Je vais me répéter : ma gonzesse à moi tout seul, je vous l'ai déjà dit, elle est canon, elle trouve à redire sur certaines expositions à la Halle St Pierre, elle lit Vygotsky (mais elle est obligée, faut dire), elle est incapable de cuisiner des pâtes à l'eau sans en faire des parpaings, et pour le même prix, elle a bon goût en matière d'humour. Les comédies franchouillardes la navrent, et je la soupçonne de ne rire de mes vannes foireuses que du fait de cette tendresse qu'on éprouve envers un enfant un peu diminué ou un chien avec une patte en moins.

Elle cartonne.

Habile introduction pour vous signaler que Hot Fuzz, nous sommes allé voir (pour causer comme Yoda), et que si vous avez 8 euros à foutre en l'air, gardez-les précieusement pour ce film. Evidemment, il faut aimer l'humour (vraiment) drôle, c.a.d l'humour britannico-scandinave (films vraiment drôles de l'année passée : Hot Fuzz, donc, Le Direktor, et à un degré moindre Severance)

[Attention ce post dépasse les normes européennes en matière d'élitiste, d'arrogance, de mépris et au final de manque d'amour pour nos frères humains.]

Inspiration Monty Pythonesque (le running gag du cygne), et parodie jouissive des bourinades de M. Bay, le film à tout pour plaire, y compris des références (an particulier au niveau du montage épileptique) au cultissime Bad Boys II, un des actioners les plus décérébrés qui soient. A savourer aussi pour la séquence d'intro, gouleyante et qui permet de démarrer à fond de train, le tout avec ce ton pince sans rire que Dieu a (scandaleusement) accordé aux britishs.

Bon, je ne vais pas vous faire l'article pendant 107 ans. Allez voir, Hot Fuzz, c'est bien, c'est drôle et y'a pas Emanuelle Béart.

Dans la foulée, on a continué (en DVD) avec Kriminal, qui semble un rip-off de Danger, Diabolik, mais qui lui est antérieur, donc mauvaise pioche. Sombre histoire incohérente (en italien sous-titrée anglais) d'un génie du crime à tête d'endive et à costume grotesque, ca se laisse regarder quand on est très fatigué tant il semble évident que Lenzi a traité son sujet par dessus la jambe, alternant par exemple les nuit/jour/nuit dans la même séquence.

kriminal1
Là, c'est Kriminal en action avec son costume top gnoufgnouf, qui n'a même pas pour lui d'être discret de nuit étant donné qu'il a tendance à devenir fluorescent en cette circonstance.

kriminal2
Le même sans le costume, et on le regrette bien. Acteur surmotivé, charisme et présence redoutables, le digne prédecesseur de Daniel Auteuil et de 90% des testostéronés du cinéma national.

Sinon, j'ai fait un nasi goreng, pas trop réussi, mais qui a ému B'. par ma capacité 1) à faire à manger 2) à transformer la cuisine en Stalingrad au moment de la redition de von Paulus.

Dernier acte d'un dimanche aussi velu qu'actif : un brain-storming Memapa-B'. pour un épisode télé de Derrick dans le monde merveilleux de l'entreprise ou comment c'est vraiment dur de jouer le métrage comme à la télé. Ben, je peux vous le dire : c'est pas facile d'être nul.

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29 juillet 2007

Exilé

En fait, je ne voulais pas en parler de ce film. Je suis un fan absolu de Johnny To, d'autant qu'il se bonifie avec l'âge et réalise modestement de petites splendeurs qui me laissent sans voix. Et il est difficile de gloser sur la perfection.
Ce qui m'a décidé à le faire, c'est la critique de Télérama, pas mauvaise, mais d'une suffisance qui m'a laissé sur le cul. En substance : c'est bien sympa, Exilé, c'est des gunfights qui s'enchainent, mais le sens de la vie dans tout ça ? Pauvre petite sous-merde ! Le film de To est hors de porté de tes capacités d'analyse filmique et pour tout dire de tes capacités cognitives tout court. Un peu comme si un lecteur assidu du Journal de Mickey venait expliquer pourquoi il n'a pas aimé Etre et Temps.

Essayons de poser les jalons : To est un cinéaste extrèmement formel. L'accuser de se livrer à des exercices purement formels est complètement à côté de la plaque. Chercher du sens dans un film de To a autant de pertinence que de chercher du sens dans un tableau de Jackson Pollock. C'est toute la limite d'une critique platement scolaire telle qu'elle se déploie semaine après semaine dans Télérama. Et son impuissance.

La comparaison avec Pollock n'est pas arbitraire car Exilé est une sorte de film abstrait. Tellement formel qu'il en devient abstrait. Excusez-moi du peu, mais il m'a fait penser à l'hypothèse du tableau volé, même si la comparaison peut paraitre des plus saugrenues. Ou comment un film de genre peut verser brusquement dans une sorte d'expérimentation par la bande. Pourquoi ce film est-il formel ? Entre autre parce que le scénario ne tient pas la route et que cette absence de scénario assumée n'a pour seule fonction que de laisser se déployer la maestria graphique de To. On comprend que ça traumatise. C'est terrible, mais c'est ainsi : tout est au service du visuel. On se retrouve comme dans PTU, avec un scénario-pretexte, en même temps qu'extremement ludique. Voilà : c'est un film abstrait et ludique. Je le répète : le scénario est incohérent (comment la bagnole se retrouve au milieu de nulle part même en admettant que le chemin soit tiré à pile ou face ? comment le flic flinguent tous les méchants avec un fusil à lunettes utilisé à courte portée ?), mais d'une incohérence tout à fait poétique, obéissant de plus à une logique interne, quasi organique. Il s'agit de mettre des situations en place, et le scénario n'a pour seule fonction de que fournir un moyen de les mettre en place. C'est très formel, je ne me lasserai pas de le répéter. Une sorte de Locus Solus avec des gunfights. J'ai l'air de raconter n'importe quoi, là, et de pratiquer le name-dropping à tout va, mais je suis de fait sérieux comme un pape.

Et puisqu'on en parle, penchons-nous sur les gunfights. Contrairement à The Mission, où ils atteignaient un niveau d'épure remarquable, To a choisi ici la voix de la surenchère. Il a cité lui-même Peckinpah, mais le Woo de Hard Boiled me parait une référence tout aussi pertinente. On peut aussi les rapprocher de certaines scènes de Time and Tide (de Tsui-Hark). C'est à dire des dizaines de types qui se tirent dessus dans des espaces relativement restreints.  Mais là où un bourrineur moyen (Un M. Bay, tiens)  nous livrerait au final une bouillie pour chat, To réussit l'exploit de faire émerger au final un ordre et une minutie lumineuse du chaos, tant il est vrai que les premières secondes sont toujours extrèmement confuses. Sa maitrise technique est tout à fait stupéfiante, au sens premier du terme, et il ne s'agit pas d'un exercice de style vain et creux. Le problème, dans ce pays, c'est que l'exercice de style est par définition vain. Au contraire de l'enquillement de clichés qui, lui, semble faire sens pour les minus habens de la critique ciné. En résumé, les gunfights de To sont de merveilleuses leçons de cinéma quand on tient compte du fait que le cinéma n'a pas à être une leçon de morale ou un talk-show tourné en 35 mm.

Un film remarquable. Formel, abstrait, ludique, organique. Je pense que le message est passé ...

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04 juillet 2007

Rebellion

A une époque on savait faire des films humanistes qui pouvaient à la fois ne pas être gnangnans et être bouleversants. D'intelligence aussi. On pouvait faire du mélo, du drame, du poignant intelligent. Sans prendre le spectateur pour un con et lui donner à voir des sentiments monstrueux qu'il pouvait faire siens. Sans fausse honte.

rebellion1

On pouvait faire des films d'amour déchirants, d'un amour voué à l'échec mais malgré tout inaltérable sans provoquer les ricanements des lecteurs décérébrés des Inrocks. Des amours contrariés qui sentaient leur trop plein de souffrances et de sang répandu au final, contrairement à une production hexagonalo-contemporaine où les dites misères ressemblent à un gratouilli de boutons de fièvre desséchés.
A cette époque, on pouvait faire un film humaniste où le héros fracasse tous les bras et jambes d'une horde de proxos pour faire régner le bien (une scène d'anthologie). C'est le cas de Barberousse. On pouvait faire aussi un film où un samourai usé par une vie de servitude se décide à lutter contre l'intégralité de son clan pour la simple raison que l'amour de son fils et de sa bru l'a bouleversé et lui a fait comprendre qu'il a été toute sa vie un pauvre type. C'est le cas de Rébellion. Très très étrange film de samourais où les bretteurs n'entrent en action que vers le dernier quart du film et où les premières scènes montrent un Toshiro Mifune (impérial d'un bout à l'autre) ne cessant de se plaindre de son malheur conjugal. Un Mifune mal marié à une harpie ambitieuse qui se laisse émouvoir jusqu'au fond de son âme par sa belle-fille, pourtant arrivée sous de bien sombres auspices. Emu certes par l'apparente douceur de Ichi (il ne cesse de répéter à son fils qu'il doit bénir chaque jour d'avoir épousé une femme aussi gentille), mais aussi par la rebellion de la jeune femme qui non seulement n'a pas apprécié d'avoir été répudié du jour au lendemain par le chef du clan, mais l'a de surcroit frappé. Une jeune femme effacée qui fait honte à sa condition d'homme soumis aux aléas de sa charge. Etonnants rôles des femmes dans cette production, héroïnes positives, sans pourtant tomber dans l'anachronisme revendicatif, comme un des acteurs survivants l'explique dans les bonus. Ichi qui  met en branle la machine de mort à laquelle personne ne se dérobera, et l'humble servante qui vient récupérer la petite fille sur le champ de bataille après le décès de tous les protagonistes.
Etonnante époque où le réalisateur semblait réfléchir à ce qu'il allait montrer  tant sur le plan narratif  que sur le plan formel, puisque Kobayashi filme en général en plans larges, voire très larges, ignore dédaigneusement le champ/contrechamp lors des dialogues, se permet des effets stylistiques plus que surprenants, comme cette discussion des membres du clan où la lumière change d'intensité de manière quasi théatrale. On a d'ailleurs très rapidemment la nostalgie de la caméra fixe, surtout pour ceux qui ont vu Spiderman III. Un superbe objet filmique, subtilement lent, tracé au cordeau, sans effets de manches et sans fautes de goût.
Etonnante époque, donc, où l'on savait du beau avec du bon, avec des bons sentiments. Non, pas des bons sentiments. Le film date de 1967. Ce n'était pas les bons sentiments de l'époque et à bien y réfléchir ce ne sont pas non plus ceux d'aujourd'hui.  C'est un hymne à la noblesse d'âme des petits (il s'agit d'un samourai de basse extraction), qu'on retrouve dans certaines productions d'A. Kurosawa.   C'est un hymne à la noblesse d'âme tout court, entâché, il est vrai par le sentiment désespérant que cette noblesse est vouée à l'échec dans un monde de vilénie.

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Voilà que je deviens lyrique. Je vais aller regarder la télé pour me calmer un peu et revenir à des sentiments plus actuels et plus rentables.

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29 juin 2007

Dresden Memories

DRESDEN MEMORIES (2003) De Gregory Kulanovky

dresden Sorti en Direct-to-DVD, ce film franco-lituanien aurait mérité le grand écran. D'abord, parce que les films français le méritant effectivement ne sont pas légion. Même s'il est à moitié balte. Ensuite parce que le pitch nerveux et étrangement inventif (pour une production nationale) est à marquer d'une pierre blanche. Jugez-en plutôt : Dans un futur proche, les chômeurs de longue durée sont parqués dans des sortes de camps, de transit, suivant la terminologie officielle, mais qui ne conduisent finalement nulle part, sinon à la création de ghettos en lointaine banlieue. Dans l'un de ces lagers, une épidémie inconnue se déclare. Sophie, fonctionnaire du ministère de la santé y part enquêter. Je ne vais pas spoiler et je ne vous révèlerais donc pas la suite des évènements.
Passons tout de suite sur ce qui fâche, à savoir une HD dégueulasse qui n'a rien à envier aux DV les plus craspecs. Et un pseudo-scope des plus étranges. Un manque de budget flagrant aussi qui  nuit  à la  crédibilité des  internés, à la fois peu nombreux (pas plus d'une vingtaine par plan) et en trop bonne forme. Toutefois, malgré ces handicaps, le film réussit avec des moyens très réduits à rendre un futur possible assez bluffant, qui par moment atteint les niveaux de réalisme ou plutôt de plausibilité du Fils de l'homme.
Chose suffisamment rare pour être signalée, l'histoire d'amour pressentie dès le premier quart d'heure ne sombre pas dans la mièvrerie, et on ne peut que saluer la prestation d'I. Konlakova, interprétant un sous-fifre ministériel complètement perdu, désorienté, et incapable de croire que son avenir pourrait être l'étique et cynique interné qu'elle ne cesse de croiser dans l'abattoir transformé en camp (Le titre provient évidemment du roman de K. Vonnegut, particulièrement durant le survol par ... Non, je ne raconte pas la fin !)
En résumé, un excellent petit film, extrèmement ambitieux (un petit peu trop au vu du budget), pas juste un B-Movie réussi, le cran au dessus. Largement au dessus, même. Environ 15 euros chez MK2, ce n'est vraiment pas cher payé ...

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04 mars 2007

Vive lui !

Bon, on est allé voir Le Direktor. De Von Trier. Qui est le meilleur film que j'ai vu depuis Les Idiots. Qui était le meilleur film de ces 10 dernières années.

Quand on est ressortis de là, on était comme ... rafraichis ... Surtout qu'on s'étaient tapé un 1/4 d'heure de bande-annonces de films dramatiquement français, de la pure qualité France, à la Berri, avec des histoires d'ados à problème parce que c'est dans le move en ce moment et que ça risque de ne perturber personne, le genre de sujet piochés dans Psychologie-Magazine.

Rafraichis parce que, comme d'hab', Von Trier, fait ce qu'il veut comme il veut, et ce faisant démontre avec une facilité déconcertante que ce qui parait être des évidences ne sont que des codes narratifs, arbitraires, des conventions,  et donc susceptibles d'être dynamités. Quand le cinéma ressemble de plus à plus à la télé à la satisfaction bruyante des eunuques de tous poils, il casse la jolie machine à ronronner, non pas parce que ce serait révolutionnaire, mais parce que sinon il se fait trop chier. Et nous aussi. Alors ça donne un film hallucinant à voir, où d'un plan à l'autre, la luminosité et la dominante de couleurs changent, le son aussi, le tout monté au hachoir, multipliant les faux faux raccords (double négation, hein), sans compter les interventions de Von Trier qui explique les tenants et aboutissants, avec une sorte de distance et ironie qui contrastent avantageusement avec le naturalisme laborieux de rigueur. Bref, ce qu'il ne faut jamais faire. Ce qu'on apprend à ne pas faire à l'école. En réalité, ce qu'il faut faire. Ce qu'il faut faire, parce que sinon, irréversiblement on verse dans le cinéma moutonnier, auto-satisfait, où les gens du cinéma se branlent mutuellement pour désigner celui qui recevra le Cesar cette année, c.a.d le film présentant le moins d'intêret de tous les temps. Bon, j'exagère. Disons le truc moins exitant de ces 12 derniers mois.

En plus, pour le même prix, c'est une comédie drôle. Je veux dire : qui fait rire. Avec cette espèce d'humour scandinave à froid que l'on retrouve par exemple chez un Kaurismaki. Un peu le contraire de Rires et Chansons. Qui fait rire, quoi. Avec, cerise sur le gateau, un vrai sujet, de vrais acteurs, des dialogues merveilleusement ciselés qui donnent faussement l'impression d'être improvisés, et last but not least, même un peu d'auto-dérision quand un des personnage dit qu'on entend rien, comme dans un film Dogma.

On résume :

  • Une subvertion sans prétention des codes narratifs. La « barrière » tombe ; il y a intrusion du discours dans le récit, ce qui n'a rien de très neuf, puisque finalement ça rappelle Brecht. Mais ça fait du bien de voir les pendules se remettre à l'heure de temsp en temps.
  • Un flingage en règle des conventions graphiques : on pourrait croire à un film amateur fait en dépit du bon sens, si la cohérence de l'ensemble n'était pas si bluffante.
  • Une vraie comédie.
  • Des acteurs ... euh ... prodigieux.
  • Des dialogues qui m'ont rendu férocement jaloux

Que du tout bon, un panneau indicateur au néon de ce qu'il faut faire. Non pas dans la manière de le faire. Mais dans l'esprit.

Posté par memapa à 22:46 - Les films bons, oh que oui ! - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 février 2007

J'ai bon gout, finalement

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Je vais peut-être vous étonner, mais il m'arrive de regarder des vrais bons films. Des grands films qu'on retrouve dans les encyclopédies du cinéma où des vieux cons font bien attention à ne surtout pas sortir des clous. Tenez (oui, tenez-vous bien), pas plus tard qu'hier, je regardais Taxi Driver. B'. va me faire la gueule parce que je le l'ai regardé sans elle. Pourtant, je me méfie un peu de Scorcese, que j'ai tendance à trouver surestimé. Mais je voulais revoir le film que je n'avais pas maté depuis ... oh ... bien 15 ans. Pour tout dire, je ne me rappelais même plus de l'histoire.
Boudiou de boudiou. C'est la claque. De Niro est comment dire ... Au delà de la perfection. Un réalisateur médiocre aurait opté pour un serial-machin soit plein de tics et très patibulaire, soit pour un autiste complet. Histoire de bien faire comprendre que le méchant est fortement perturbé dans sa tête. Pour que même l'afficionado de M6 soit à même de capter. Là, non. Le driver est affublé d'un sourire complètement désarmant, craquant et c'est ça le génie de Scorcese. Quand il drague la fille du local electoral, c'est prodigieux d'intelligence.
J'ai toujours dit que les ricains étaient très forts. Je confirme. C'est paradoxalement au pays de l'argent roi qu'oeuvrent (ou oeuvraient encore récemment) les successeurs de Lang (Fritz, hein, pas l'ex ministre de  la culture).  Qu'on essaie  de m'expliquer.
Et puis, dans la foulée (histoire de justifier mon réveil à 3 heures de l'après-midi), hop, Le Samourai. Là, pareil. Qu'il ait influencé des cinéastes aussi éloignés géographiquement que J. Woo ou J. To ne m'étonne que moyennement. Autant le Cercle rouge est une auto-parodie, autant celui-ci est une pure merveille, peut-etre même meilleure que L'armée des ombres. Jean-Pierre, j'apporterais des fleurs sur ta tombe si tu es mort. Si ce n'est pas le cas, je hurlerais partout tes louanges. Si tu es ad patres, aussi, d'ailleurs.
Et ce n'est pas fini ... J'ai encore L'évangile selon St Mathieu. Que j'ai déjà vu 6 fois. Et ça me fout les boules. Extraits de critiques louangeuses des sous-neuronisés du Monde, des Inrockuptibles, de Zurban et de Tétu. J'ai beau savoir qu'ils ne font que réciter leur bréviaire, comme un critique littéraire case toujours ses références obligées, Céline et Joyce, ça me fait grincer des dents. Comme quand je vois une jolie fille se faire draguer par un connard absolu. Et pourtant ... Aucun catholique pratiquant n'aurait pu faire un film de cette envergure sur ce sujet. Là, on peut parler de génie. Vraiment. J'emploie assez peu le terme pour que ce soit à bon escient. On n'a jamais assez relevé le profond sens de l'image de Pasolini. L'instinct du plan. Pier Paolo n'est pas un écrivain converti au cinéma. C'est un metteur en scène comme il y en a pas 10 par siècle ...

Je vous rassure. Avec B'., fatiguée, j'ai profité de free pour mater une merde prodigieuse. A savoir Dragon cop (ou Karaté cop). Les 5 premières minutes sont époustouflantes ; un vrai post-nuke à faire rougir de jalousie les italiens, avec des mutants qui font ourgh ourgh, on est les méchants, et des filles en cuir et jupes ras la touffe. Et surtout, surtout, le super héros qui déboule pour sauver l'héroïne sous forme .. d'un pompiste ... Oui, je sais, ça a l'air bizarre dit comme ça, mais B' n'arrivait plus à s'arrêter de rire (en fait, on avait choisi ce film parce qu'on ne comprenait rien au résumé et que j'ai un gout pervers pour les post-nuke). N'hésitez pas ; c'est dans la rubrique films à 0.99 euros. Ce qui veut tout dire ...

Posté par memapa à 00:31 - Les films bons, oh que oui ! - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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