21 avril 2008
Doomsday
Normalement, la famenceinte,faut la prendre avec des pincettes, être attentif et veiller à sa santé mentale et physique (sans renoncer à sa virilité, toutefois). Par exemple, éviter de lui monter des images trop violentes (au cinéma ou en vrai), comme une poussette lancée dans des escaliers ou un chat passé vivant dans un mixer (avec le son).
Normalement.
Sauf que la mienne à moi de famenceinte, elle voulait revoir Le monstre est vivant (It's alive), sombre histoire 70's d'une maman qui accouche d'un monstre qui bouffe tout le monde dans l'hopital. Mais je ne l'avais pas, et comme il fallait qu'on sorte un peu pour échapper aux acariens, on est allé voir Doomsday.
Commençons par la fin. Avis du couple (un chauve, une qui enfle régulièrement) : c'est rafraichissant.
Comment ça rafraichissant ? Comme African Queen ?
Non pas du tout.
Explication (tentative de) : il est des plus rafraichissants de tomber sur un film aussi racoleur, dans lequel le réalisateur a fait à peu près tout ce qui lui passait par la tête, sans souci de bienséance, de pudeur ou même de simple logique. Chapeau, M. Marshall pour avoir trouvé tout le pognon nécessaire à tourner votre truc à l'ancienne, qu'on pourrait qualifier de neo-post-nuke nanardesque, mais avec du pèze, contrairement à, par exemple, 2019 après la chute de New York.
Fallait oser, quoi.
Voilà - en un mot comme en cent- ce qui est rafraichissant : ne douter de rien et y aller franco de port, comme si le sujet n'avait pas été déjà traité 1000 fois en long en large et en travers, et ne pas hésiter à reprendre les pires mauvaises idées sans sourciller.
Le dernier post-nuke que j'ai vu au ciné, c'était Le fils de l'homme, mais il s'agit d'un exemple peu judicieux parce que ce métrage était crédible de bout en bout (ou presque).
Là, non.
Pourtant, le genre est balisé.
Mais non.
Bon, je vous fait un topo : un méchant virus décime l'écosse, les british reconstruisent (en 15 jours ?) le mur d'Hadrien (5 mètres de haut, deux parois d'acier inaltérable contigües), isolent la zone, et laissent les infectés mourir et/ou se manger entre eux. Sauf que 30 ans après le virus se déclare à Londres, et qu'il faut aller à Glasgow parce que c'est comme ça. C'est une voix off martialo-sépulcrale qui explique tout ça avec plein de détails dont on se contrefout parce a) que les images parlent d'elles-mêmes b) l'histoire, on la connait depuis qu'on est tout petit c) ça n'a pas la moindre importance, un peu comme l'intro explicative d'un jeu vidéo. Et de toute façon, ça part en vrille au bout de 20 minutes.
Rhona Mitra (seul truc crédible du film quoiqu'un peu trop épilée des sourcils) part donc avec ses potes qui se font dégommer les uns après les autres, le noir étant le dernier à passer l'arme à gauche pour changer un peu.
Première étape : les dégénérés de Glasgow. Depuis Mad Max, je me demande toujours où des gens luttant pour leur survie trouvent le temps de se faire des iroquoises top moumouttes, de dégotter des platform-boots, de commander des panoplies SM à la Redoute ou d'organiser des concerts façon Blues Brothers pour punks en délire avec barbecue géant (avec un des british dans le role de la brochette). Sans compter les hordes de grosses chaudes qui se passent la langue sur les lèvres en plan serré pour qu'on comprenne bien combien ces gens sont dégénérés. Plus LE méchant qui fait peur comme un sérial killer déguisé en drag-queen.
Arrivé à ce moment du film, on est déjà bien rafraichit.
Deuxième étape : Malcom Mc Dowell s'est élu roi des Highlands dans son chateau-fort, tout le monde porte des armures, se trimballe à cheval et crie "Montjoie St Denis" pendant que Malcom raconte des trucs un peu convenus sur la survie des plus forts et la sélection naturelle. Bien évidemment, on organise une sorte de combat de gladiateurs avec une foule qui fait "Oué, oué, tue-le" quand Rhona doit occire le champion du coin.
Du rafraichissement, on passe à l'émerveillement (mais jusqu'où va-t-il aller ?).
Troisième étape : Neil se demande ce qui manque à son film. Pute borgne ! Mais une course de bagnole, bien sûr ! Donc on en trouve une (avec l'essence) dans une sorte d'abri antiatomique, et pas n'importe quoi : une Bentley de course avec un moteur rempli jusqu'à la gueule de chevaux-vapeur et de cm3. On s'explique d'ailleurs mal comment, par la suite, nos héros ne cessent de se faire rattraper par des 205 à bout de souffle avec un engin aussi majestueux à leur disposition, mais c'est pas grave. On se refrite avec les dégénérés motorisés, ça gicle dans tous les coins, on remet le vaccin au méchant grand vizir d'Angleterre (ou plutôt une écossaise immunisée), le méchant grand vizir est destitué parce que Rhona diffuse sur Dailymotion une interview du fourbe dévoilant toute sa fourberie et ça s'arrête là, après que Rhona ait versé une larme dans la maison de son enfance à Glasgow.
Ouf !
C'est fini, le couple est très content, il a eu droit à tout ce qui est était prévu, et même à bien plus, un peu comme si quelqu'un venait gerber sur vos genoux les 14 repas de la semaine passée, sauf que ça sentirait bon. C'est presque trop.
Je ne sais pas si ce film est à conseiller, mais ce qui est sur, c'est que je ne regrette pas de l'avoir vu, morbleu. D'ailleurs quand on en discute une demi-heure après être sortis, c'est qu'on n'a pas perdu son temps. Et c'est le principal.
A noter : du gore à foison et par contre, pas du tout de fesse (on pressentait fortement la scène saphique entre Rhona et la copine du chef des dégénérés, mais non).
03 avril 2008
Mist and Impact
Après avoir montré ma bite à B'. et ma stupéfiante capacité à cuire les choux de Bruxelles (à la vapeur), je me suis affalé dans le canapé, un chat dans chaque bras, peu disposé à continuer la soirée sur ce rythme trépidant.
B'., qui a énormément d'amis nerds, s'était faite refilé un plein disque de DIVXs catastrophiques (mais qu'attendre d'autre de la part d'un nerd ?).
On en a donc regardé deux dans la foulée, et ce sera le sujet du jour, il y avait bien longtemps que je n'avait pas donné dans le post réservé aux initiés. Et j'ai la flemme d'être intelligent et pertinent ce soir.
On a commencé par The mist, une sombre merde d'après Stephen King, comme quoi, à part Kubrick, personne n'a jamais été capable d'adapter King de manière acceptable.
Le film est à l'image de l'écrivain, capable d'étirer à l'infini une histoire qui tiendrait sur une boite d'allumettes (en écrivant gros). Non seulement le pitch ferait bailler un enfant de 6 ans, mais il est de plus totalement incohérent. En gros voilà ce qui se passe : des gens sont coincés dans un supermarché (ça, c'est Zombie) à cause du brouillard surnaturel dehors (ça, c'est Fog) qui abrite des monstres ayant franchi une porte de l'espace temps (ça, c'est Stargate), et ça devient donc un huis-clos où les personnalités se révèlent (ça, c'est La tour infernale). En résumé, le scénario est un peu du niveau de celui de Doom (le jeu vidéo) sauf que personne n'a jamais prétendu qu'il y en avait un, à commencer par les gens d'Id Software.
D'abord, c'est épouvantablement filmé, souvent avec une moyenne focale gerbeuse et des mouvements de caméra ineptes. Ensuite on joue le métrage (vont-ils sortir ? Oui ? Non ? Ce coup-ci oui, la fois d'après non, et encore oui, en dépit de toute vraisemblance et de l'idée de départ selon laquelle ils sont à l'abri dans le supermarché), les acteurs sont nuls au delà du dicible et les doubleurs dynamitent la notion même de décence. Je soupçonne d'ailleurs que nous ayons eu droit à la version québécoise zone 1, non pas tant à cause d'un accent à couper au couteau, mais plutôt parce qu'ils utilisent un français un peu étrange dans sa syntaxe. Et ils disent : j'ai passé mes vacances à Boston (et non pas à Bostonne). C'est un signe qui ne trompe pas, et c'est aussi le meilleur moment du film.
Sinon, c'est étonnant comme on a tendance à accumuler les gens moches dans une série B. Même dans la vraie vie, ce n'est pas un tel défilé de sales gueules. Surtout lorsqu'on considère que certains sont censés être charismatiques, puisqu'ils prennent en main la destinée du petit groupe de survivants etc ...
A quoi sert le brouillard me direz-vous, puisqu'il n'est pas dangereux en lui-même ? Et qu'il ne sert qu'à dissimuler les monstres ? Et que 15 minutes après le générique, on a compris (et les mecs dans le film aussi) que ce sont eux les craignos de l'histoire ? C'est simple : les CGI sont tout pourris, et la brume a le bon gout de dissimuler les imperfections criantes des abominations.
Seul point positif, l'avant-dernière séquence incroyablement couillue pour une production US, qui, je vous rassure tout de suite, est désamorcée dans les 2 minutes qui suivent.
B'. m'a d'ailleurs scié en prétendant que ce truc est sorti sur les écrans, alors que je croyais qu'il s'agissait d'un Direct-to-DVD à la Nu-image.
Ce qui me permet une habile transition.
Car, vous l'avez deviné, le second opus est, lui, un pur produit pour chaines câblées, avec le fidèle P. Roth au poste de producteur et un tâcheron inconnu à la réalisation.
Là, j'étais content : une vraie zèderie, un vrai post-nuke tourné en Bulgarie, un vrai scénario en auto-fire ou écrit par un encreur de chez Marvel.
Voilà l'histoire : Un météorite tombe en Sibérie, le climat devient polaire en Europe, le parlement de Bruxelles émigre à Tanger, mais comme un savant fou réapparait à Berlin trois ans après, il faut mener une expédition pour contrer la menace.
Le genre de truc que j'adore.
Déjà, c'est le contraire de Armageddon [1] : là où Bruce Willis mettait 90 minutes à s'occuper du météorite en trébuchant dans les emballages vides de testostérone, Post-Impact (puisque c'est son nom) traite de la catastrophe en 2 minutes, avant le générique. C'est après que ça commence vraiment.
Et c'est que du bonheur.
Les acteurs ne sont pas mauvais au sens strict. A vrai dire ils ne sont pas là. Si le réal dit à Bob : prend un air triste, il prend un air triste. S'il lui dit fait le mec cool dans l'adversité, il fait le mec cool dans l'adversité. Et c'est basta. Mention spéciale à la blondasse des forces spéciales qui joue comme un cochon de bout en bout, et dont B'. pense que c'est la copine du réalisateur. Mais comme elle montre ses nichons dans les 15 premières minutes, il lui sera beaucoup pardonné.
Le savant fou est super. Il ne surjoue pas, il plane au dessus des basses contingences matérielles. On dirait un des GI dans Apocalypse now, un de ceux qui bouffe de l'acide sur le bateau. Et ses discours rendent ceux de Brando d'une incroyable limpidité. Quant au chien du héros, il est tellement brave qu'on sent qu'il a fallu le pousser, que dis-je, le jeter lorsqu'il fait mine d'attaquer un méchant.
Les CGI sont réalisés par des bulgares avec After Effects et un dixième de RMI par tête de pipe. Ce qui fait qu'on a l'impression d'un mauvais jeu d'arcade, torché à la va vite pour faire plein de pesos en reprenant un concept qui marche. D'où le découpage : Les vues des acteurs dans un décor de 30 m2 sommairement meublé et celles en extérieur crachées par un moteur 3D des années 50. D'ailleurs, on ne voit jamais les personnages évoluer dans le très surprenant Berlin sous sa calotte glaciaire. Il aurait fallu bosser devant un fond vert, et, ça, coco, c'est beaucoup trop cher.
Le scénario est merveilleux d'ineptie, non pas tant à cause des incohérences puisqu'il est d'une linéarité confondante, mais du fait de son extraordinaire improbabilité. Comment vous faire comprendre ? Voilà ce qu'est selon moi, un scénario à forte dose d'improbabilité : imaginez que dans un café, je rencontre l'ancien pape (que tout le monde croit mort). Admettez qu'il me fasse immédiatement confiance et me confie une clé USB contenant des informations cryptées sur la présence d'extra-terrestres agressifs au Pentagone. Supposez ensuite qu'à une teuf je croise un hacker hyper-balaise qui m'a tout de suite à la bonne et me permet de décrypter les dites données dans une salle de bain avec une brosse à dents et deux-trois bouts d'aluminium. Croyez moi si vous voulez, mais voilatipa que ma maman s'avère être le pape en exercice incognito à qui je remets donc les précieuses informations pour qu'il sauve le monde.
Et bien, Post-impact, c'est tout le temps comme ça.
Mais tout cela est bien normal quand on y réfléchit : le film est coproduit par RTL9, la chaine de télé la plus trash de ce côté-ci de l'Atlantique. Ce qui explique le choix de Berlin, soit dit en passant.
En résumé, et en vérité-je-vous-le-dis, Post-Impact est un petit joyaux à mettre entre toutes les mains, surtout les soirs de grande fatigue ou lorsqu'on est lassé des pitreries du gusse en chef à l'Elysée.
1 Ce qu'il y a de bien dans Armaggedon, c'est que les savants ont calculé, avec leur batterie de supercalculateurs massivement parallèles, qu'il fallait poser la bombe à 100 mètres sous terre. 100 mètres tout rond. Pas 97,45 ou 102,654. 100 mètres. Ce qui justifie le morceau de bravoure final où le ricain de service se sacrifie pour placer les explosifs à 100 mètres. Parce qu'à 99, ça aurait jamais marché, tu penses ...
2 Quand c'est parallèle, c'est toujours massivement parallèle. On n'a jamais entendu parler de supercalculateurs moyennement parallèles ou médiocrement parallèles ...
26 octobre 2007
Venus d'ailleurs
Comme essaient de le faire croire quelques méchants critiques à l'argumentation un peu courte, la (très relative) vogue actuelle des nanars n'est pas un simple snobisme.
Non.
C'est d'abord une réaction bien légitime à l'ennui généré par une production cinématographique académique, et donc à la fois chiante et sans surprise. Certes, il y a, je le crains, un nombre malheureusement croissant de personnes pour qui toute forme de création a pour fonction, avant toute chose, de les rassurer, de les ancrer dans un monde prétendumment mouvant, et surtout de ne pas les prendre à contrepied. C'est le syndrome téléfilm en 35 mm, le blockbuster de bourrin en étant une version plus spectaculaire (mais pas plus imaginative).
Reste toutefois un groupe hétérogène d'amateurs qui ne pensent pas que le cinéma puisse n'avoir qu'un rôle de couverture chauffante ou de charentaises. Et parmi ces derniers, les amateurs de nanars, qui, contrairement à ce qu'on imagine, ont une culture filmique bien supérieure à n'importe quel lecteur (et même critique) de Télérama. Sans parler du goût.
D'ailleurs, les soirées Bis de la cinémathèque - qui existent depuis 1993 - sont animées par des monstres d'érudition (légèrement en vrille), certes un peu pervers comme le nombre de séances consacrées aux films de prisons de femmes tend à le prouver.
Les amateurs de Bruno Mattei, in fine, appartiendraient à une élite raffinée, rare et sur laquelle la main de Dieu se pose fréquemment.
Cette énorme introduction pour en arriver au fait que Framprix vend en ce moment des DVD à 1.99. Parmi lesquels on trouve essentiellement des bouses honteuses destinées au marché du câble aux USA, marché énorme dont nous n'avons aucun équivalent en France et qui constitue le vivier des néo-nanars (par opposition aux paradigmatiques nanars 80's - généralement italiens).
Parmi eux, Venus d'ailleurs (Them), à la VF monolithique assurée par Pipo, René et ses cousins. De prime d'abord, il ne pourrait s'agir que d'une sympathique nazerie sans cachet particulier, puisqu'on est en présence d'un décalque de la série Les envahisseurs : des extra-terrestres patibulaires ont sournoisement infiltré notre planête et quelques allumés qui les ont vu essaient de convaincre un monde incrédule. Contrairement à la série, il ne s'agit plus d'une parabole sur les dangers du communisme, mais sur ceux que font courir à la planête des aliens foncièrement méchants dont on ne connaitra jamais précisemment les motivations exactes.
Réalisée par un tâcheron de la télé, cette production présente toutes les caractéristiques classiques du Z (disons du Y) : scénario à la fois navrant et confus, acteurs inexpressifs, décors minables, effets spéciaux calamiteux, personnages insupportables (le kid qui écoute du hard-rock alors que son oncle lui est fan de country - « c'est le sang de l'amérique » - ce qui donne lieu à de pénibles disputes pour savoir qui va avoir le contrôle de l'autoradio en bagnole).
Rien que du balisé, qui, a priori, n'a rien pour emporter l'adhésion, et qui risque même de faire basculer le métrage dans l'ennuyeux et le franchement mauvais.
Comme souvent dans ce genre, la petite étincelle qui lui permet de sortir du lot provient d'un élement purement contingent. En d'autre termes, c'est un peu par hasard, par accident, que Venus d'ailleurs peut prétendre au titre de nanar gouleyant. Ce qui n'a rien de honteux, puisqu'après tout Maiakovski restait tout émerveillé par ses fautes de frappe à la machine et leurs potentialités poétiques (depuis le temps que j'essaie de le placer, celui-là).
En fait, il ne s'agit pas d'un film à proprement parler, mais de deux épisodes d'un pilote TV non retenu et (mal) remontés pour en faire un métrage de 90'.
Dit comme cela, ça n'a l'air de rien, mais ce passif de série TV explique pourquoi certaines péripéties ne sont pas clairement explicitées, étant donné qu'elles auraient du l'être dans les épisodes suivants. D'où un côté surréaliste, poétique, et quelque peu onirique. Pas moins. Qui transforme une bourrinade peu inspirée a priori en une chose assez succulente pour peu qu'on en accepte la délicate incohérence. Laquelle se retrouve dans certains dialogues à contre-temps, sans qu'on sache ce qui motive cet état de fait (dans le sens où ils auraient quand même du être « normaux » au sein d'un épisode).
Le plus délectable n'apparait qu'au fur et à mesure : a priori, les aliens ne sont qu'une avant-garde destinée à préparer l'arrivée de troupes plus nombreuses. Ce qui parait assez logique et respectable. L'ennui, comme nous n'avons que les deux premiers épisodes, c'est que la masse de l'armée extra-terrestre reste très théorique, et que, par conséquent, la terre est en train d'être envahie par 5 (cinq) extra-terrestres, dont une pouffe en tenue de dominatrice. Et à mesure que le métrage avance, le côté ubuesque de la situation apparait au grand jour, et rappelle irresistiblement Plan 9 from outer space (c'est le même pitch, finalement, sauf que dans Plan 9, les 4 (quatre) aliens décident d'envahir la planête en « réveillant » 2 (deux) morts - c'est encore pire).
Au final, grâce à son statut batard de série-TV-2-en-1, Venus d'ailleurs accède au panthéon des nanars honorables, voire très réussis (ou plutôt trés ratés) au lieu de se cantonner dans son rôle premier de truc mal torché à petit budget.
Donc, la prochaine fois que vous allez chez Framprix, vous savez ce qu'il vous reste à faire ...
20 septembre 2007
Indian toniques
Plutôt que d'ennuyer les gens polis avec mes histoires de dictature du prolétariat, je me dis souvent qu'il vaudrait mieux que je reste chez moi à me dissoudre dans la blême lueur cathodique de ma télé 56 cm (si vous avez plus grand, un don serait le bienvenu).
A regarder des films indiens, par exemple. Ok, vous êtes comme moi, l'espèce d'indi-mania qui sévit actuellement commence à vous les casser légèrement. Tout le monde s'extasie sans le moindre recul et sans le moindre esprit critique. C'est agaçant. Pour 99% du public occidental qui lit le canard très mauvais de la RATP, les films indiens, ce sont des films romantiques en costumes, avec des actrices canons et des danses endiablées. Les actrices canons, je suis pour. Ca change agréablement d'Emanuelle Devos. Mais pour le reste ...
Parce que, comment vous dire, les indiens produisent (loué soit Ganesha !) tous les types de films possibles et imaginables. On peut même avancer qu'ils copient le box-office US sans le moindre scrupule. Et avec une totale absence de complexes. C'est d'ailleurs pour ça que je les adore.
Alors quand B'. se pointe chez moi complètement stressée par son boulot et manque éclater en sanglots dans mes bras musculeux, je l'entraine faire un petit tour. Qui nous amène à Tamoul-land. C'est ce qui est arrivé ce week-end, et ça convient parfaitement à mon propos. Où l'on peut dégotter plein de DVD à 2 euros (à Tamoul-land, pas à mon propos).
A ce prix là, vous vous doutez bien qu'il ne s'agit pas de chefs d'oeuvre du 7ème art. Mais justement, c'est le but de la manoeuvre. D'acheter de la série B, voire Z, indienne. Des films qui font honte au collègue pondichérien de B'. qui se demande pourquoi donc sa voisine de bureau se repait de ces bouses sans nom. Un peu comme s'il achetait des galettes Eurociné. Ce qu'il m'arrive de faire, notez bien.
J'en ai pris 3. Trois genres différents. Trois films de genre en Hindi (et Tamil).
Tout d'abord Elaan. Qui est une sorte de blockbuster. Mais une sorte, hein. Une sorte. Alors, euh, c'est l'histoire d'un super méchant qui contrôle le monde entier et essaie d'asservir l'Inde. Jusque là, ça va. Il tue un milliardaire qui refuse son racket. Tout va bien. Le fils du susdit décide alors avec 4 de ses potes et potesses d'aller chercher le bad guy pour le livrer à la justice de son pays. Parce que le méchant, qui est très malin, habite dans un pays étranger d'où il peut commettre ses forfaits en toute impunité. Au début on se dit que ce doit être le Pakistan, mais pas du tout. C'est quelque part en Europe, entre Suisse, Italie et Allemagne. A la fin, il est attrapé (à Sarrebrück !), mais un des gentils meurt (c'est normal : ils sont 5 dont deux couples ; c'est le célibataire qui y passe).

Nos 5 héros (celui qui meurt est de face)
Ca dure tout de même deux heures et demi, donc je vous conseille de ne pas le regarder tout seul (c'est le cas de tous les films indiens, pour être franc). Comme ça, vous pouvez discuter le bout de gras avec votre partenaire quand le rythme faiblit. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il faiblit. Car, voyez-vous, les indiens, les scènes d'action, c'est pas trop leur truc. Ils devraient engager des hongkongais, parce que franchement, c'est difficile de faire des gunfights aussi ratés avec autant de moyens. A tel point qu'on finit par se demander si la représentation de la violence n'est pas une sorte de tabou en Inde, ou si elle n'est pas censurée.

Pré-gunfight à Venise.
Fort heureusement s'ils ne sont pas très brillants pour les bastons, les indiens sont les dieux du clip en vrille inséré dans le film. Et là, on est gâté : trois perles qui rattrapent avantageusement la mollesse des courses-poursuites.

Au premier plan, une des deux bombasses. Au fond, le tombeur de ces dames, qui en temps normal porte un bandana rouge.
Evidemment, puisque c'est un nanard (encore qu'on puisse se poser la question, vu le gap culturel), le métrage abonde en scènes succulentes, dont celle de la frontière française où il apparait que la police de notre beau pays est composée de basanés parlant très mal notre idiome et roulant en japonaises bas de gamme.
Ce n'est pas vraiment du brutal, ça se laisse regarder, la naïveté sans complexe de l'ensemble emportant tout de même une franche adhésion.
Arrive ensuite le prodigieux Ghutan qui est de très loin notre préféré. C'est un film d'horreur, mélange de film de zombies, de fantômes japonais et de gothique à la Hammer. Comme quoi, en Inde aussi, on sait bouffer à tous les rateliers.

J'ai déjà vu ça quelque part mais où ?
D'ailleurs pour dire les choses crûment, il s'agit d'un film d'exploitation. On sent bien qu'en Occident, le métrage aurait été peuplé de filles à poil et inondé sous les litres de sang. Et que le valeureux producteur a vraiment fait tout ce qui était en son pouvoir sans tomber sous le coup de la censure, le top du salace étant l'actrice principale dans un bain plein de mousse dont émergent ses deux épaules.

Rahh lovely !
Que je vous raconte l'histoire : Un méchant tue sa femme pour 1) épouser sa secretaire 2) hériter de son pognon. Comme elle est très résistante, il est obligé de l'enterrer vivante. Evidemment, elle ressort de la tombe et s'en va tirer les pieds de tout le monde avec une méchanceté qui fait froid dans le dos. Détail amusant, comme les indiens sont généralement incinérés, pour les besoins du film, on met en scène des autochtones chrétiens, ce qui doit être plutôt rare. Inutile de dire que le réalisateur (comme les japonais, d'ailleurs) fantasme complètement la religion apostolique et romaine pour notre plus grand plaisir.

Alors ça, c'est un presbytère en Inde. On remarquera le joli vitrail.
L'autre détail amusant (le terme est un peu mal choisi, il est vrai), c'est qu'il semble que ce soit un péché véniel que d'enterrer sa femme vivante dans le sous-continent. En effet, notre sympathique milliardaire essaie de raisonner à la fois son ex-femme très abimée et morte-vivante et sa secretaire qui commence à se douter de quelque chose. Et le pire, c'est qu'il y arrive presque ! Et sa future épouse n'a pas l'air d'avoir de scrupules ni d'angoisse à se marier avec un type coupable d'une telle vilénie.

Merci, Fulci !
Que dire de plus, sinon que, l'un dans l'autre, les scènes d'horreur ne sont pas si mal que ça, et surtout qu'on peut découvrir aux 2/3 du film le prodigieux inspecteur Khan dont il a déjà été question ici.

Mon héros absolu pour les mois à venir !
Mais il faut être honnête : au delà du scénario incohérent, des acteurs surjouant et des dialogues surréalistes, c'est surtout l'aspect graphique du film qui emporte les suffrages haut la main, et en fait un merveilleux indispensable que les fans de cinéma différent se doivent de posséder.
Petit florilège pour finir en douceur :

Le traditionnel cimetière éclairé comme la base de Kourou.
En Inde, les milliardaires habitent dans ce genre de trucs.
En plus, ils (les milliardaires) portent de somptueuses casquettes. Les super-milliardaires, eux, ont droit à des berets basques.
J'ai gardé pour la fin le très surprenant Devi Maa qui, à mon avis, n'a pas d'équivalent en Occident. Disons que c'est un film pour public très populaire qui rappelle les films de bastons indonésiens ou les films de catcheurs mexicains de la grande époque. On sent à la stupéfiante naïveté de l'ensemble que c'est le genre de production à être projetée dans les villages sur une grande toile tendue pour l'occasion. D'un autre côté, peut-être que je fantasme complètement. A notez que le film est censé être en Tamil, mais étant donné la piètre qualité de la post-synchro, je me demande s'il n'a pas été doublé en Hindi.
Alors c'est quoi ? Ben, une sorte de catéchisme ou plutôt une session de révision où l'on apprend les 2758 noms de la Déesse Durga (si j'ai bien réussi à suivre ce que m'a raconté B'.). La dite déesse est d'ailleurs jouée par une actrice magnifique, comme j'en ai rarement vue (evidemment, et comme d'habitude, les captures d'écran ne rendent pas hommage à sa beauté).

Durga au téléphone sous son avatar d'institutrice
Mais c'est quoi, alors, l'histoire ? En gros : le chef des démons veut régner sur la terre, comme tout chef des démons qui se respecte.

Le pétulant chef des démons avec son pyjama spécial démon (notez le petit dessin en jaune). A gauche, le faire-valoir comique.

Détail piquant : le chef des démons a une coupe de cheveux dite 666 (Apocalypse selon St Jean). Comme quoi le syncrétisme se porte bien.
Mais attention : Durga prépare son prochain avatar en inséminant une femme enceinte (à l'échographie on voit - avec surprise - un trident dans l'utérus de la future maman, le trident étant un des attributs de la divinité). Lequel avatar, une petite fille, aura le pouvoir, quand elle sera grande, de détruire le chef des démons. Qui le sait et qui va donc essayer de faire disparaître la gamine.

Pour commencer, Durga s'en prend au faire-valoir comique
D'ailleurs au final, ce n'est pas la fillette, mais la déesse qui tuera le méchant. Mais B'. m'a expliqué que de toute façon, toutes les déesses sont l'incarnation du principe féminin et que donc que ce soit l'une ou l'autre qui fasse le boulot n'a aucune importance.
Il s'agit aussi d'une leçon de morale (assez conservatrice d'un point de vue occidental) : les nouveaux riches sont acculturés et ne croient plus en les anciennes divinités. Durga les remettra sur le droit chemin, et ils pourront sauver leur fille en reprenant leurs dévotions. Par contraste avec cette upper-class soumise aux diktats matérialistes, on a le bon mendiant qui, lui, n'hésite pas à consacrer une partie de ses maigres gains au temple. Où l'on retrouve les mauvais prêtres que devra sermonner la déesse. Bref, du catéchisme ...
Comme d'habitude avec le B indien, l'iconographie est kitschissime. Par exemple un des protagonistes est milliardaire (encore) mais roule dans une sorte de 205 toute pourrie. Sa baraque semble être composée d'une suite de chambres sofitel remplies de peluches jusqu'à la gueule. Et tout à l'avenant.

Le chef des démons en pleine action
Mais c'est surtout grâce à ses effets spéciaux que ce film laisse sur le cul. Donnez un After Effects à un Tamoul et il vous fera des trucs que même dans vos rêves les plus fous vous n'auriez jamais osé imaginer.

Le chef des démons en boite. Pardon, dans son antre.
Denué du moindre complexe, le gus des CGI peuple le métrage d'un festival pyrotechnique qui, il faut bien l'avouer, fait parfois un peu mal aux yeux.

Apparition imminente de la divinité : de l'effet spécial qui tue.
Et, ça, ça réconcilie avec le cinéma, qui, depuis qu'il est devenu un art en Occident, a tendance à s'imaginer sorti de la cuisse de Jupiter. Les indiens nous rappellent une chose essentielle, mais de plus en plus oubliée : le cinéma c'est avant tout du divertissement.

La mort du vieux sage : un autre effet spécial qui donne envie d'aller au cinéma.
Devi Maa, c'est du brutal. Le fossé culturel est tel que le concept même du script parait des plus nébuleux au blanc moyen. A réserver donc aux explorateurs les plus endurcis des productions lointaines.
Au terme de cette petite excursion au pays enchanté de la série B indienne, une conclusion s'impose : d'une certaine manière, la créativité, la fantaisie, le culot existent encore en matière de cinéma. Mais certainement pas là où l'on croit. Et l'on se prend à rêver d'un monde où les écoles de cinéma n'existeraient pas, où de vieux cons n'apprendraient pas à de futurs vieux cons comment tourner des métrages dessechés et où le cinéma seraient irrigué par un imaginaire populaire chatoyant et sans cesse renouvelé. Mais c'est peut-être un pur fantasme post-colonial : les réalisateurs indiens sont peut-être tous passés par la FEMIS locale.
28 août 2007
Kannibal
Nous lisions. Moi Ada ou l'ardeur (Nabokov inside) et B'. Le Manifeste du parti communiste (Marx et Engels sont de sortie). Et elle commençait à me tanner parce que je suis un puits de science et donc une sorte de guru ou de Wikipedia avec des couilles. Alors j'ai proposé de regarder une merde sur la VOD de free, parce que je me sentais un peu las (et puis, il y a des jours où la grande littérature devient pesante tout comme le rôle de Dieu le père).
Bref, on s'est tapés Gangland. Et je crois qu'on a touché le fond en matière de bouse ultime.
Déjà, pour vous donner une idée, le mec qui a réalisé ça, c'est le type qui règle les cascades dans les derniers Seagal. Art Camacho qu'il s'appelle. Et le « scénario » a été commis par un enfant de 5 ans dans un corps d'adulte. Qui de surcroit joue un rôle de bad guy, le bras droit du super-méchant. Trop classe, le bad guy. Une sorte d'horreur SM gay, en cuir noir avec des pectoraux partout. Un peu comme du David de Coteau, mais pas assumé.
B'. a trouvé ça bien, moi, moins, 1.99 euros, ça fait un peu cher le post-nuke totalement fauché. Vraiment fauché. A côté de ça, les rip-offs ritals de Mad Max des années 80 avaient un budget digne de Cecil B DeMille. Et un post-nuke sans un rond, pas un seul, désolé, mais ça ne passe pas.
De toute façon, ce n'est pas de ça dont je veux vous parler. Mais de Kannibal. A mon avis, un merveilleux exemple de nanard contemporain. A 3 euros chez Cash-Converter.
C'est très fabuleux comme film. Une sorte de plagiat grand format. Fait par un type dont les goûts de chiottes feraient frémir un Bruno Mattei si le pauvre n'était pas déjà mort. En gros, c'est les aventures de Hannibal Lecter, un digest à la hache des 3 épisodes pour le cinéma.
Un vrai Hannibal Lecter, c'est à dire un type super raffiné qui tue des gens. Super raffiné, ça veut dire quelqu'un qui confond la classe et les affèteries de mémère. Du genre à collectionner les animaux en verre filé. Il est vrai que c'était déjà le cas avec les « vrais » épisodes. L'idée qu'un californien décérébré peut se faire de la classe. Par exemple, c'est un meurtrier qui joue du Richard Clayderman à la lumière de bougies ou boit du vin rouge sans glaçons.

C'est vraiment la classe : Hannibal Lecter joue du piano pendant que la méchante fait broute-minou (merci, le montage fort habile).
Donc, c'est un plagiat. Il y a même un bout de Orange Mécanique, avec les images en accéléré et la musique d'origine. Trop convaincant. Mais ne vous inquiétez pas, il y a aussi et surtout des vrais bouts de Hannibal Lecter qui mange les rognons de ses victimes - par exemple - en les faisant flamber (comme un saligaud d'ailleurs ; doivent être cramés et immangeables, les rognons). Ou à la fin, on repique in extenso la séquence où Jodie Foster rend visite à HL la première fois, à l'asile. Pompée plan par plan sauf que c'est fauché et que, de toute évidence, ç'a été tourné dans les couloirs de la chaufferie d'un lycée agricole. Et puis le type qu'elle découvre à la fin n'est non seulement pas le Lecter qu'on a vu durant le film, mais quelqu'un de tout nouveau et jamais encore entraperçu. J'ai rien compris. Ce doit être une sorte de twist. Notre ami Richard Driscoll (réalisateur/scénariste/producteur et premier rôle) a vu dans Usual Suspects qu'un twist à la fin, un retournement de situation, c'était trop cool. Mais il n'avait pas vraiment le temps d'en pondre un vrai. Alors, c'est une sorte de twist. Ca ne fait que rajouter une touche d'imbitabilité à un film déjà pas très clair.
C'est vraiment très très bien, comme nanard. D'abord le scénario est tout à tour incompréhensible, puis inepte, puis incohérent, et souvent les 3 à la fois. Les décors sont tout aussi somptueux. Ca se déroule essentiellement à Londres, mais certaines scènes sont censées se passer à New-York et à Florence (HL oblige). Donc en intérieur avec quelques stock-shots. A NY, on a droit en plus à une vue d'hélicoptère de la ville dont on se rend compte qu'il s'agit d'une maquette puisqu'à la fin, il s'avère que les voitures circulant sur la highway sont en fait rigoureusement immobiles et ressemblent à s'y méprendre à des majorettes. A Florence, c'est encore mieux : on met des gens parlant ostensiblement italien dans quelques pièces figurant un hopital malgré l'évidence, puisqu'il s'agit d'une baraque tout ce qu'il y a de plus banale sur les murs de laquelle des étiquettes en italien ont été collées, et mal collées d'ailleurs.
Richard, qui a le sens du public, a été confronté à un cruel dilemme : pour accrocher les quelques pervers prets à payer 3 euros pour voir sa merveille, il s'est dit que la meilleure méthode était encore de truffer son métrage de plans nichons suivant une méthode éprouvée par des hordes de tâcherons. Seulement voilà : les aventures de HL se pretent assez mal à la floraison de pouffiasses dénudées. Crotte alors ! Comment faire ? Facile, chers lecteurs : notre sympathique criminel ne va pas s'en prendre au hasard à des cibles anonymes, mais à des membres de la mafia russe, lesquels sont responsables de la mort de sa femme. C'est une vengeance, en somme. Et donc ? Allez-vous me dire. Et bien c'est très simple. Outre le trafic de drogueu, les mafieux s'occupent aussi de la production de films pornos. La voilà, la fesse à foison ! Quel script démoniaque !

Un petit plagiat au passage de Ilsa, Chienne SS, juste pour le plaisir. De dos, la chef des mafieux qui s'occupe de ses tournages dans leurs moindres détails. De face, le plan nichons, qui se donne beaucoup de mal pour avoir l'air d'une grosse chaude perverse.
Mais les acteurs méritent à eux seuls le détour. Dire qu'ils sont en free-style est à des kilomètres en dessous de la réalité. A ce niveau là, ce n'est même plus du n'importe quoi. Même des acteurs faisant ce qui leur passe par la tête ne pourraient atteindre ce niveau de portnawak généralisé. On sent que, quelque part, c'est volontaire. C'est fait exprès. La question est : pourquoi donc ?
Outre HL qui se donne un mal de chien pour nous faire croire qu'il lit l'Illiade dans le texte (et n'y réussit évidemment pas), nous avons droit au personnage le plus stupéfiant de toute l'histoire du cinéma. A savoir le chef de la police anglaise qui ressemble à un violoniste tzigano-hongrois dans les romans Harlequin du siècle dernier. Il porte - et ça fait très mal - un grand feutre sur la tête, un monocle et une écharpe blanche à la Isadora Duncan. Ainsi qu'une incompétence crasse en sautoir.

Comme promis, le fabuleux chef de la police anglaise.
Quant à la super méchante, avec ses lunettes noires, ses mouvements de lêvres méprisants fort subtils et un accent à la Ivan Rebroff, elle nous cloue de terreur à chaque apparition.

Le jeu monolithique de la méchante : le même quelles que soient les circonstances : interrogatoire musclé, brain storming autour du script de Ilsa, cochonne lubrique de Matignon, commande d'un saumon à l'oseille au restaurant ou séance torride avec sa secrétaire.
Pour finir, un des plans ultimes du film que nous allons décortiquer ensemble.

En 1) le micro. Vous allez me dire que c'est assez banal. Sauf qu'ici, il s'agit d'un plan séquence d'une bonne vingtaine de secondes durant lequel le dit micro, stoique, capte l'attention du spectateur avec une facilité qui doit dégouter le bon docteur Lecter (pour tout simplifier, il s'avère être médecin légiste en chef de la police made in UK).
En 2) le corps d'une des victimes. Même le moins attentifs des examens révèle un truc minable en latex. Et la « couture » bien visible semble indiquer que le corps a été moulé en deux parties, collées ensemble par la suite.
Hors champ, un inspecteur de police qui demande à Lecter s'il y a un endroit pour se laver les mains. Un robinet, quoi. Il est bien évident pour tout le monde que l'eau courante est quelque chose d'hautement improbable dans une salle d'autopsie.
Voili, voilou. J'espère vous avoir convaincu de l'indispensabilité de ce chef-d'oeuvre qui ne peut que me confirmer l'ennui incoercible que distille le cinéma français, incapable de produire ces petites merveilles que la putasserie anglo-saxonne strictement commerciale arrive à générer avec trois bouts de ficelle et un mauvais goût au delà des limites communemment admises. D'ailleurs, suite à la malencontreuse affaire du 3 jours, 3 euros, j'ai vu Les écorchés, et je n'en dirais pas plus parce que c'est un premier film et que je ne veux pas être trop salaud.
Et puis, il faut bien le dire : Kannibal gère la douloureuse problématique de l'intimité avec une maestria qui force le respect...
05 juin 2007
Tchao Bruno !
Comme je suis le dernier au courant, je viens d'apprendre que le merveilleux Bruno Mattei est mort le 21 mai 2007. Et je suis bien triste. Aussi triste que quand j'ai appris que John Cage était mort. Ce qui ne fera pas plaisir aux fans de Cage. Autant Cage était un monument de la hi-culture, autant Mattei était l'un des plus beaux représentants de la lo-lo-lo-culture.
Mattei était un de ces escrocs du cinéma extrèmement attachants, qui ne reculait devant rien pour réaliser les films les plus racoleurs qui soient, en bouffant à tous les rateliers, à partir du moment où plus putassier, c'était difficilement concevable. Il a fait de tout : du post-nuke rital 80's, du film de prison de femmes, du film de zombies, du sous-rambo, du film de cannibales. Y compris une copie éhontée de Predator tournée dans des sous-bois espagnols censés représenter la forêt amazonienne. Si un Deodato, par exemple, pouvait se targuer d'un savoir faire certain (Atlantis Interceptors est une petite merveille délicieusement débile), Mattei, lui, outre un emploi pour le moins abusif du stock-shot portnawak, ne pouvait compter que sur un mauvais gout sans faille. Mais qui le hisse sans problème dans le panthéon des réalisateurs qu'on n'oubliera pas.
Bien sur, on connait de lui, Les Rats de Manhattan, qui, honnêtement, vaut surtout pour les rats jetés par seaux entiers (au sens strict) pour simuler une invasion de ces sales bêtes. Sales bêtes qui ont malheureusement l'air de ce qu'elles sont : des rongeurs plutôt peureux. On notera aussi une des plus fantastiques VF disponibles sur le marché.
Mais mon préféré reste Virus Cannibal, sorte de machin qui mèle film de baroudeurs, de zombie, vague post-nuke, et un zeste de cannibal-like. Niveau ultime du stock-shots en vrille, puisqu'on a la joie de découvrir une gerboise en Nouvelle-Guinée, il nous présente aussi les troupes d'élite les plus nazes de toutes l'histoire du 7ème art. Face aux zombies, ils ne cessent de se répéter les uns aux autres qu'il faut viser la tête, mais ne le font jamais. Ce qui permet au gore le plus racoleur de se déployer avec grace et splendeur. Ces combattants de l'impossible (Il s'agit de l'élite des forces armées US, hein, n'oublions pas) n'arrivent pas à comprendre durant tout le film qu'il ne faut pas attendre que les zombies (pourtant très lents) soient à 20 centimètres avant de se décider à faire quelque chose. Les scènes cultes abondent, dont celle dite de l'anthropologue : pour entrer en contact avec des indigènes (un peu crispés par les zombies), indigènes simulés par au moins trois séries de stock-shots différents pas compatibles entre eux, l'anthropologue applique ce qu'elle a appris en fac : elle leur montre ses nichons. Et ça marche ! Mais on atteint un sommet quand l'un de ces hommes issus de West-Point, pris au piège dans une baraque grouillant de zombies décide de se revétir d'un tutu vert et d'un chapeau-melon, de se saisir d'un parapluie et de nous proposer sa version de I'm singing in the rain (tandis que les morts-vivants enfoncent la porte). Ultime. Vous ne verrez jamais ça dans un film de Breillat, c'est moi qui vous le dit ! Et c'est bien dommage.
Bref, un des maitres du cinéma n'importe comment nous a quitté. Et c'est plus que regrettable. C'est la fin d'une époque, et les occasions de rire ne vont désormais plus être légion.
Tchao Bruno !
01 mars 2007
ADN

Vous avez envie de voir un film avec G. Depardieu et N. Bayle dedans ? Les deux en même temps ? Ou M. Seigner et un cheval ? Moi pas. A peu près autant que de subir un suppositoire au barbelé.
A partir de ce moment là, il n'existe que deux solutions : soit voir les bons films, soit les très mauvais. Et ce n'est pas facile. Ni dans un cas, ni dans l'autre. Les bons films pour des raisons évidentes, les nuls parce que ce n'est pas si facile que ça de réaliser une bouse agréable à regarder. Par exemple, quand dans un cash-converter, je vois sur la pochette d'un DVD à 3 euros 2013, sur une terre ravagée par une catastrophe écologique, de petits groupes de mutants tentent de survivre, j'ai tendance à acheter tout de suite. Alors qu'il y a des post-nukes très mauvais (dans le sens de pas drôles), même tournés en Roumanie, même avec un doublage exécrable, même avec un régiment de blondasses à poil.
B'. est revenue d'Amiens avec un stock de DVD à 4.99 euros. Que des pitchs alléchants, certains plutôt incompréhensibles, ce qui est toujours bon signe. Mais on s'est faits avoir. Quand un extra-terrestre membre d'une race sans femelles vient sur terre féconder une autochtone pour créer une nouvelle lignée, on se dit :
a) Qu'il y a interet à ce que le rejeton soit une fille, sinon c'est rapé
b) Que la gamine se fera tirer par tous les mecs de la race une fois adulte, sans quoi ça ne sert à rien
c) Et que ça pourrait être pas mal, parce que le méchant ressemble à un bad guy de Mad Max sous une lampe rouge
Mais en fait non. C'est naze. Une fois l'américaine pleine de dents engrossée, on doit supporter une interminable poursuite en forêt. C'est le syndrome le scénario tient en une phrase.
B'. et moi, on était vraiment frustrés. Alors on en a regardé un autre. De la valeur sûre : le savant fou qui ressucite un démon pour en faire une arme de destruction massive. Du carré, de l'éprouvé, du conno millessimé. Et là, nous fûmes gatés. Si le pitch semble bien mince, il ne faut pas perdre de vue que ça devient très flou dans les détails. Et que cela confine par moment à l'expérimental involontaire.
Comment expliquer ? Au début, on ne comprend pas très clairement les 10 premières minutes d'exposition qui n'ont pas vraiment de rapport avec la suite. Ensuite les méchants tentent de capturer le démon, n'y arrivent pas, puis semblent avoir réussi, mais on ne sait pas ni comment, ni quand, et essaient alors de l'empêcher de ressortir ; tout semble indiquer que la bestiole va mettre les voiles, elle ne le fait pas, on décide alors de la capturer, et puis, non, on va la tuer, puis non, je la veux vivante, imaginez cette arme fantastique incontrôlable que toutes les armées du monde vont se disputer, mais oui, mais oui, bon sang il faut éliminer les intrus (le héros et la blonde de service), non on va plutôt laisser la chose s'occuper d'eux, ma foi, on va l'attirer dans un piège en même temps, et puis, merde, on fait tout sauter à la fin. Démon compris, mais il survit.
Arghhh .... Arrivés à ce stade, nos deux amis spectateurs essaient de comprendre ce qui se passe et pourquoi Jürgen Prochnow (le savant fou) joue aussi mal (il était meilleur dans House of the dead, c'est dire). Ils voudraient savoir pourquoi dans le canoë, c'est le héros et le gamin (10 ans à tout casser) qui rament pendant que la nenette prend des photos. Est-ce vraiment raisonnable quand on est un agent secret comme la blonde au regard vitreux de mettre un sticker « CIA » sur ses bagages ? Que le monstre soit un pompage éhonté de Predator, soit ; qu'il soit bariolé comme s'il avait fait un stage entreprise chez les bisounours, voilà qui laisse perplexe. Et ça continue ...
En fait, ce que semble aimer le réalisateur, ce ne sont pas les acteurs convaincants, les scripts bien foutus ou les dialogues raisonnables (ah, les discours de Prochnow sur la place des guerriers dans l'histoire de l'humanité !). Non. Ce qu'il adore, ce sont les hélicoptères. Ce film est plein de ces engins qui partent et reviennent d'on ne sait où, remplis de types à la fonction non élucidée, mais bardés d'armes et de morgue virile. Comment vous dire ? Il n'y a en gros qu'un décor : celui de la base du savant fou, mais on n'y voit jamais qu'un hélicoptère qui y dépose un chauve inexpressif alors qu'une ribambelles d'autres partent vers les gorges, Roger ! et/ou décollent depuis un/des endroit(s) inidentifié(s). Vu sous cet angle, on sent qu'on tient quand même une production autrement plus sérieuse que Seigner et son canasson dont on ne voit même pas la bite sur l'affiche.
Et puis les hélicoptères, ça permet de tourner de super scènes auxquelles il n'y a aucune chance d'échapper. Dont celle dite du canot à moteur. Qui a enchanté B'. Rappelez-vous : les gentils arrivent à la base en canoë. Bon. Quand tout a explosé, ils repartent en hors-bord. Ok, je ne dis rien, tout baigne, soyons logiques, c'est bien moins fatigant. Sans compter que ça permet de mettre en scène une poursuite par un hélico. Et quelle poursuite ! En fait, le canot à moteur est justifié par l'hélico ; un canoë pris en chasse par un aéronef, ça aurait eu l'air de quoi, je vous le demande ? Sans compter que pour le même prix, on a droit à un des plus mauvais effets spéciaux de tous les temps ... D'ailleurs, je vous l'offre :
Alors, si un jour vous voyez chez un soldeur un DVD qui s'appelle ADN, un objet à la pochette d'un cheap éhonté et ce pour un prix tellement bas que ça en devient suspect, n'hésitez surtout pas ...
08 décembre 2006
Viens te battre, saloperie d'OGM !
Juste avant, j'ai parlé des
Thais et de leur cinéma de fous furieux. Mais comme la charmante B'. me l'a
fait remarquer : Avant nous aussi, on avait des couilles au cul. Après
le film que je vais vous narrer, elle m'a dit ça. En fait nous aussi, c'est
en l'occurrence Roger Corman, le Roger de la grande époque (pas celle de Carnosaur).
Explication du pourquoi et du comment : en ce moment même il y a à la cinémathèque
un cycle space-opera à midi ; ça va de 2001 au Choc des étoiles.
Donc du monument au nanard absolu. Comme B'. bosse pas loin et n'était pas
prise ce midi, on a décidé d'y aller au flan. On nous prévient à la caisse que,
pas de bol, il n'y a que la version française. La cinémathèque doit être le
seul endroit où l'on s'excuse de n'avoir que la VF. On s'assoit, je dis à B'.
assise que son pantalon lui va très bien, elle me dit mais qu'est-ce qui
t'arrive, non, je voulais dire quand tu étais debout, elle sourit, elle est
contente, et ça commence.
On va simplifier : c'est ce qu'appelle en termes techniques un film de
couloirs, c.a.d un suspense en lieux clos (ici une base spatiale) durant
lequel des humains se font décimer un par un par une créature plus ou moins
extraterrestre. En général dans des couloirs (voire toujours le même), d'où le
nom. Bref, c'est Alien. Donc pas de surprise. A priori.
Sauf qu'ici, pour commencer, on a la fameuse VF. Oui LA VF qui tue. De
celles qu'on n’oublie pas. La VF qui fait que d'un seul coup les dialogues
basculent dans la plus pure pataphysique. Du genre : Viens te battre espèce
de mutant génétiquement modifié ! Non, non, c'est vrai. Faut dire que le
craignos monster inside est un métamorphe, donc un OGM. Mais quand même, ça
surprend ...
Ensuite, il y a le quota de plans nichons. On sent que ça a du faire partie du
cahier des charges. Disons que, tout compris, on doit bien avoir 15 minutes de
filles à poil sans réelle nécessité scénaristique. On se demande d'ailleurs
comment on a échappé à la scène saphique, mais j'y reviendrais. En plus,
histoire d'en caser encore plus, on a, au début et à la fin du film, des sortes
de flash-backs où apparaissent tous les plans nichons et même deux fois. Ne me
demandez à quelle nécessité répondent ces flash-backs, je n'en sais rien. Il
faut vous dire que le héros de l'histoire (AKA Bob ; ce n'est pas son nom, mais
je ne m'en souviens - déjà - plus) est une sorte de vieux baroudeur de l'espace,
qui fait ici le flic en l'occurrence, a peu près aussi charismatique qu'un
rouleau de PQ détrempé. Il lui suffit pourtant de dire « bonjour » à une des dames de la
base spatiale pour qu'elles se mettent aussitôt à lui polir le chinois. Non je
n'exagère pas. Samantha, par exemple, est une généticienne du plus haut
niveau doublée d'une infernale chaudasse. Quand flic-man va se coucher, elle
sort de sa chambre, en déshabillé plus qu'échancré, et lui demande si c'est
vrai qu'il est le meilleur tireur de l'espace. C'est ce qu'on dit
madame (petit sourire carnassier). Oh oui, prend moi toute ! Texto. Tracy, à
l'utilité mal définie, va au sauna, en tenue d'Eve : on a le temps d'apprécier
puisqu'elle parcourt la moitié des couloirs de la base roploplos à l'air
(roploplos émouvants, d'ailleurs). Bob arrive ; j'ai vu de la lumière, je suis
venu voir. Oh, vous alors ! Puisque vous êtes venu ici, vous feriez mieux de
vous déshabiller. Ok, poupée. Et hop, que je lui roule une grosse pelle
gluante. Il faut savoir que le fiancé de Tracy s'est fait dévorer par la bête à
peine deux heures avant ; toutes des salopes !
Puisqu'on parle des femmes, il faut bien dire qu'elles ont été particulièrement
bien choisies par un directeur de casting des plus talentueux. Autant les
hommes sont archétypiques (le savant fou, le flic bourru, le black - qui, fait
exceptionnel, ne meurt qu'en dernier, etc ...) mais raisonnablement crédibles,
autant les geuzesses sont ... Comment dire ... directement issues d'un
croisement entre un lémurien et un tube de Tranxène. Samantha, par exemple, est
censé être une généticienne top niveau, mais on voit bien à son air bovin
qu'elle ne sait jamais trop quoi faire de son QI à un chiffre (quand elle
n'essaie pas de se taper Bob). Tracy, à la lèvre inférieure moulée au collagène
et à la louche, a toujours un air boudeur et un peu largué que lui envieraient
bien des rongeurs (on a d'ailleurs sans nécessité apparente, un grand numéro
d'acrobaties d'un hamster dans une cage au premier plan). Mais soyons honnêtes,
c’est quand même Samantha qui remporte la palme. Que je vous explique : La
bête est dans la salle de contrôle, et ça craint vraiment. Pendant que ces
machos de mecs réfléchissent à comment l’éparpiller en petits morceaux, Samantha
a une idée. Devant son air terriblement concentré, on a mal pour elle, et on se
dit que l’idée va avoir du bon. Très beaucoup de bon, d’ailleurs. Pour tout
vous dire, c’est l’apex du film. Restez que je vous narre : Tracy est
couverte de gelée à cause de la chose, et Samantha l’accompagne à la douche. Là,
elles se foutent à poil et Samantha aide Tracy à se laver. On se dit :
Bingo, plan nichons++ ! Et on attend la traditionnelle scène saphique. Mais
non : Samantha commence à peigner les cheveux de Tracy alors qu’une sorte
de brume orangée envahit régulièrement l’habitacle, de manière stromboscopique,
mais en ayant soin de ne jamais nous dissimuler leurs nudités (comme je
regrette de ne pas avoir de visuel !). Et Samantha explique son plan à une Tracy
au moins aussi médusée que nous. En gros, la bête est intelligente donc on peut
communiquer avec elle et faire ami-ami, et ce sera fastoche parce que la bête,
tu vois, elle est connectée au système informatique, et on utilisera le
clavier. Inutile de vous dire que Samantha servira d’apéricub à la bestiole …
Puisqu’on en est à Tracy, il
faut savoir qu’elle dort avec un machin blanc des plus bizarres : en haut,
ça ressemble à un body, en bas, c’est une jupette ras la touffe. Oui, oui, elle
dort avec ça ; on la voit même gentiment se dévêtir pour enfiler ce truc avant de se
mettre au lit.
Comme, malgré tout le film
est plutôt bien foutu, on ne s’emmerde pas une seule seconde, et l’on se plait
à contempler un vrai film occidental en vrille complète. Sacré Roger !
Seul le kickboxing peut sauver la planète
Après avoir joué à montre-moi-ta-bête-je-te-montrerai-la-mienne, gros moment de fatigue intense. C'est l'hiver, il fait froid, pas envie de sortir, ça tombe bien. De toute façon sur sa demande, j'avais amené ma collec' de DVD ramenés de Chine. Ca faisait un moment que je n'en avais pas parlé de ceux-là. On choisit donc un film thaïlandais. Ecrit tout en thaï sur la pochette avec traduction en idéogrammes chinois. Le visuel est très bien : on voit le ... euh ... principal protagoniste, interessant mélange entre super-héros et héroïc-fantasy et à l'arrière-plan des gens assez bizarres aussi.

Le héros
Pour ceux qui ne le savent pas, les thais n'ont peur de rien. Surtout en matière de cinéma ; ils enfoncent à l'aise les hongkongais et même les coréens pourtant bien frappés dans leur tête. On peut s'attendre à tout venant de leur part. Mais vraiment à tout.

Un voisin
Voir un film thaï, c'est se rendre compte qu'on vit dans un pays de vieux. Et de trouillards. De vieux trouillards. Ce qui est probablement un pléonasme.

Au début, il y a un kidnapping
Comme le dit avec une rare justesse Vaquette : Nous vivons une époque, et je ne sais pas si chacun en a conscience, qui a rarement été aussi peureuse et conséquemment aussi peu audacieuse, aussi frileuse, aussi réactionnaire (...). On peut déjà se rendre compte in vivo de cette trouille, mais lorsqu'on est confronté à des cultures réellement vivantes, on se prend une claque. Confronté à la fraicheur, à une vraie/fausse naïveté, à un enthousiaste désarmant et une capacité à faire n'importe quoi n'importe comment (une expérimentation saine), on se sent rapidement grabataire. Surtout lorsqu'on habite pour son malheur dans un pays censé être une sorte de référence en matière de culture et de bon goût (et qui, c'est navrant, croit à cette fable).

Des hardeux Thailandais
En fait le film, j'ai fini par le repérer sur IMDB. Il s'agit de Sars War (Sars = SRAS en anglais). C'est une histoire de zombies/vampires. Mais attention, à la Thaï. C'est à dire complètement barrée, avec le super-héros susmentionné, le vieux sage chevalier Jedi, la scientifique en tenue de dominatrice,

Le vieux sage Jedi et la scientifique de haut niveau
du gore à foison (mais ludique le gore), le serpent géant qui miaule parce qu'il a mangé un chat mutant, le transexuel chef d'un gang de kidnappeurs, etc ... Comme le dit un chroniqueur, c'est un peu le Brain Dead Thai. Et un peu Scream, aussi, à cause du côté parodique, en particulier de trucs purement thai, ce qui fait que les clins d'oeil sont passés largement au dessus de nos têtes. Au passage, je confirme que l'humour Thai est très très con. En plus d'être scato et graveleux.

De la japanimation-like scabreuse
En fait, je ne sais pas pourquoi je raconte tout ça. Vous ne pourrez pas le voir ce film. A moins de le chercher avec acharnement, et d'accepter le sous-titrage en anglais (c'est dingue mais on sait à peine que la France existe en Asie du Sud-Est). Il ne sortira jamais sur nos écrans, ni même dans le circuit des vidéos-clubs. Dans notre hospice de vieillards, on ne met jamais le son trop fort ; il ne faudrait surtout pas que nos patients risquent de se réveiller.

Ca va chier !
27 novembre 2006
Sont forts ces chinois
Sont forts
ces chinois ...
J'ai déjà raconté qu'à Beijing, j'avais fait une orgie de DVD vendus par des
revendeurs à la sauvette dans la rue.
Ce que je n'ai pas raconté, c'est que, méfiant, arrivé chez moi, j'ai fait un
premier tri : en effet je me suis vite aperçu que les indications de langues
n'étaient pas toujours respectées. Ce que je veux dire par là, c'est que la
pochette peut très bien indiquer Cantonais sous-titré anglais, le fait
est qu'en pratique la piste de sous-titres anglais a disparu au profit de deux pistes chinoises (idéogrammes classiques et
simplifiés). Je me retrouve ainsi avec des DVD coréens sous-titrés mandarin ou
cantonais sous-titrés mandarin (dans ce cas là, c'est rageant puisqu'il s'agit
de deux Johnnie To inconnus au bataillon). Un petit quart de
"déchets", disons ... Sans compter les OVNIS : 1) d'une part deux DVD
japonais censés être sous-titrés en anglais, mais qui le sont en mandarin. Pas
si classique que ça, puisque la piste audio n'est en fait pas en japonais mais
en anglais avec un épouvantable accent japonais. 2) D'autre part des DVD US,
avec piste audio US, et des sous-titres anglais, mais qui semblent avoir été
extapolés soit de la piste en idéogrammes, soit phonétiquement depuis l'audio.
Parce que ça ne veut rien dire, et ça emploie d'ailleurs des mots qui
n'existent pas en anglais. Très très étrange, d'autant que cette piste
sous-titres est de toute évidence rajoutée avec une police immonde à moitié
illisible.
Hier soir, on devait aller voir Retour de Flamme au Trianon avec
B'. Mais devant la queue, nous avons renoncé. Moi surtout. Et donc, retour à la
maison après arrêt à Barbès pour acheter une brick végétarienne (avec deux
morceaux de vache qui rie) pour la petite qui avait faim. Et at
home, décidés à exploiter le stock de DVD, on se décide pour D-War II,
une merveilleuse production je-ne-sais-quoi, puisque tout est écrit en mandarin.
Première
surprise, quand le film commence, ce n’est pas le même titre. Ca s’appelle Shadow
Fury. On se dit : pas grave, ces fourbes d’asiates ont renommé le truc, ça ne sera pas la première fois. D’autant que le film s’avère rapidement
une zèderie à la Nu-Image, pas désagréable, mais en tout état de cause, une
production susceptible de changer de nom suivant les marchés. On continue à être
surpris parce que le film est tourné de toute évidence au Etats-Unis avec des
américains, à l’exception du savant fou et du clone ninja, mais toute l’équipe
technique est japonaise. De plus, ça ne ressemble pas du tout mais alors pas du
tout au visuel de la pochette. Comme entre-temps on est arrivé à LA séquence d’anthologie
du film, on oublie un peu toutes les remarques précitées. Il s’agit de la
séquence dite des perruques. En effet, nos deux héros (le clone ninja et
l’ancien baroudeur des Comores) affrontent le clone de Karaté-Kid ayant pris
1.20 m et 60 Kg en 3 jours tout en ayant perdu ses cheveux (oui, je sais, c’est
un peu compliqué expliqué comme ça, mais ça n’a pas une grande importance).
Big-Karaté-Kid est aidé (si l’on peut dire) par des clones ratés qui
ressemblent pas mal à des zombies, du moins au début, parce qu’ensuite ils
portent d’impayables perruques blondes qui leur retombent sur le visage. Bon on
se dit évidemment : waah, le mec il n’a même pas eu de quoi se payer 10
figurants, donc il réutilise les mêmes avec des perruques pour qu’on ne s’en
rende pas compte ! Même moi, j’ai pas osé faire ça … Mais tout de même :
il s’agit certes d’un petit budget, mais pas d’un film fauché au point de ne
pas pouvoir se payer des figurants. Le plus probable : le jour du tournage
de la scène, seuls 5 figurants se sont pointés au lieu de 10, et il a fallu
faire avec. D’où les perruques. D’autant que sur ces 5 figurants, il n’y a que
deux cascadeurs, qui se tatanent avec un des gentils en alternance, tandis que
les trois autres glandent à l’arrière plan, les bras ballants et les cheveux
devant les yeux.
Y’a pas à
dire : ils sont forts, ces chinois …