30 mars 2008
Géographie de l'Enfer
Je me suis toujours demandé qui allait en Enfer. Dans mon esprit il y a toujours eu deux cas de figure : soit on y est expédié pour des fautes vraiment graves (relevant du pénal, en gros), soit en ayant succombé à un des pêchés capitaux (y compris en pensée). Dans le premier cas, l'Enfer ressemble à un village de vacances, façon bungallows au bord de la mer et n'abritant qu'une population dérisoire, dans le second, c'est la banlieue de Rio.
Il faut bien voir que, les damnés étant immortels, leur lieu de résidence ne peut que croitre indéfiniment en cercles concentriques à partir d'un noyau dur constitué vers l'an zéro de l'ère chrétienne. La punition étant aussi infinie que la faute (si l'on en croit St Augustin), l'Enfer - en tant qu'espace urbain - doit être de même infini. Avec tous les problèmes d'habitat qui en découlent.
D'après les quelques renseignements lacunaires dont nous disposons, il semble qu'il faille répartir les habitants de l'enfer (Hell dwellers) en 4 catégories :
- Ceux qui vivent dans dans le noyau central, dans des logements individuels de type résidentiel correspondant à ce qui se faisait sur terre au moment de sa création (malgré les insulae romaines). Ce sont des privilégiés, similaires aux électeurs de Neuilly-sur-Seine.
- Ceux qui possèdent un appartement dans les barres de la première couronne.
- Ceux qui partagent un appartement collectif dans la seconde et troisième couronnes, équivalents des moscovites des années 70.
- Enfin, ceux qui sont parqués dans les favelas suburbaines, en nombre croissant et de plus en plus turbulents.
Il ne faut pas perdre de vue que les damnés, du fait même de leur nature, sont d'assez mauvais coucheurs dotés d'un esprit civique particulièrement déficient. Les incivilités ne sont donc pas rares, et pour peu qu'on abandonne ce jargon de sociologue aux ordres, il faut bien admettre que les émeutes du logement sont extrêmement fréquentes. Emeutes qui ne débouchent sur rien, les protagonistes étant immortels et réussissant de ce fait à conserver leur bien (ou ne parvenant pas à le conquérir, suivant les cas). La situation reste donc stationnaire (malgré l'absence notoire de forces de maintien de l'ordre), d'autant plus stationnaire que l'impossibilité de tout décès ne peut assurer un renouvellement des locataires.
l'Enfer est donc condamné à s'étendre indéfiniment, et les services concernés à construire de plus en plus de barres de plus en plus hautes, en diminuant l'espace vital alloué à chaque damné (6,5 m2 par personne semblent aujourd'hui une limite haute).
On pourrait croire que les autorités se contentent de laisser cet état de chaos croitre et embellir. Après tout, un lieu de pénitence, de souffrance et de misère (au moins morale), peut parfaitement s'accommoder d'une situation de quasi guerre civile.
Il n'en est rien, les dernières directives provenant du Centre Administratif étant très claires à ce sujet. La situation est similaire à celle d'un camp : en cas de perte progressive de contrôle, la possibilité que les internés s'échappent ne fait qu'augmenter ce qui va à l'encontre de la finalité même du camp. Certes, on ne voit pas très bien, en l'occurence, où pourrait bien aller les damnés s'ils parvenaient à sortir de l'enceinte. De surcroît, l'Enfer pouvant être assimilé à une sphère de rayon potentiellement infini, on ne peut pas non plus imaginer où pourraient se situer les points de sortie. Reste toutefois, l'entrée, la porte A, le centre de la sphère, le lieu par où transitent les damnés après leur séjour terrestre, et qui constitue le point faible de tout le dispositif.
Le danger, d'après plusieurs analystes, demeure néanmoins assez faible : les plus virulents des émeutiers, résidant à l'extrême périphérie, devraient traverser les différentes couronnes avant de parvenir au point d'exfiltration. En particulier, il auraient à affronter les habitants du noyau central, attachés à leur privilèges et peu désireux de voir le statu quo remis en cause par une ouverture des Enfers vers l'extérieur. Des milices auraient été mises sur pied dans ces quartiers, milices qui, selon des sources officieuses, se livreraient à des expéditions punitives (et préventives) dans la zone suburbaine. Certains y voient une source d'intensification du chaos, d'autres un gage de stabilité.
Quoi qu'il en soit, à l'heure actuelle, nul n'est capable de dire où exactement déboucheraient d'eventuels évadés, et c'est probablement cette absence de certitude qui explique la coopération de toutes les parties concernées.
11 janvier 2008
SuperCompétent
- Et tu sais ce qu'il me dit ?
- Non ?
- Attends, tiens-toi bien ... Eh ! C'est quoi ça ?
- Le type en collant jaune et bonnet péruvien ?
- Ouais ...
- C'est un flic en civil ?
- Naaan ...
- Un évêque qui fait son jogging ?
- Tttt ...
- Un électeur sarkozyste qui va à Canossa ?
- Non, c'est ...
- Mais oui, c'est ...
- SUPERCOMPETENT ! (en duo)
Et, SuperCompétent (car c'est bien lui) entre dans le hall sous le regard à la fois inquiet et vaguement énamouré des deux hôtesses d'accueil, prend l'ascenseur, et, grâce à ses super pouvoirs, pénètre sans badger dans les locaux de la Glomek Corp, au 26ème étage de la tour Tradition et Modernité.
Où végètent des hommes et femmes des deux sexes, mollement occupés à de flasques activités, sans utilité apparente, mais espérant bien gagner assez de pognon pour filer en février prochain dans quelque paradis plein de nègres souriants, ravis de faire profiter de leur niveau de vie ridicule les lamentablement fringués que déverseront les A320 des tours-operators.
SuperCompétent se penchent par dessus chaque épaule, histoire de voir ce que son possesseur peut bien glander, tandis que personne ne moufte.
Nan, bonhomme, tu proposes pas la botte à une bulgare à gros seins sur un site de rencontre on-line au lieu de faire le planning bidirectionnel pour le projet Nutella.
Et toi, t'es pas là pour regarder Roland-Garros en streaming.
On ne met pas Veuillez agréer mes sentiments les plus correspondant à mon bonheur surhumain en bas d'une lettre professionnelle.
Et enlève le doigt de ton nez.
On entendrait une mouche voler si tous les diptères n'avaient pas été depuis longtemps décimés par la clim. Ca se met à bosser de manière un peu léthargique, bien que tout le monde attende que l'emmerdeur se tire, histoire de reprendre une activité normale.
Puis, SuperCompétent débarque dans une des nombreuses réunions quotidiennes. Aujourd'hui, c'est : Si je me gratte la couille gauche, est-ce que l'autre est jalouse ? D'emblée , il fait le tri : 14 personnes, ça fait 13 de trop. Disons 12. Il a tout de suite repéré les deux qui attendent patiemment que les conneries aient fini de se répandre avant de faire les propositions concrètes 10 minutes avant la fin, propositions qui seront adoptées avec enthousiasme parce que personne ne pensait que c'était possible.
Il prend je-m'écoute-parler par le col et le vire à coup de pompes dans le cul. Les trois je-tape-sur-mon-clavier-d'un-air-absent et qui ont vu de la lumière et sont entrés rejoignent le précédent. Je-donne-mon-avis-parce-que-je-donne-mon-avis est invité à aller voir s'il ne peut pas se rendre utile ailleurs, par exemple en changeant le toner de la photocopieuse du couloir. Reste encore les n+quelque-chose qui émergent doucement de leurs rêves de splendeur (un club de golf en acier chromé dédicacé par une pétasse quelconque de la télé). Ils s'en vont prudemment. Au final restent les deux gusses précités qui torchent fissa le machin avant d'enquiller la prochaine (Si ma tante en a deux, le processus win-win de fidélisation a-t-il le droit de porter des lunettes de soleil dans le métro ?).
SuperCompétent, qui a une mission, fait un petit tour à la machine à café et fait bien comprendre que les histoires de gouttières obstruées, de chiasses vertes du petit dernier, et comment qu'il était trop fort Machin-Dugland dans le magazine de société de la veille sur M6, rien à foutre et qu'il serait peut-être temps de justifier des salaires surréalistes. Sans compter que ça lui les brise menues de se farcir les nazeries au kilomètre de la France qui gagne, alors qu'il était juste venu se taper un petit kawa avant la prochaine étape.
Laquelle consiste à se pointer chez un des sous-offs de l'étage dans son beau-bureau-pour-lui-tout-seul avec mobilier Ikea en vrai bois des iles poli à la main. Alors, que je t'explique : tu arrêtes de te la raconter, t'es pas Alexander The Great parti à la conquête de nouveaux marchés, t'es déjà pas capable de reconnaitre ta jambe droite de la gauche sans GPS. Tu prends pas cet air supérieur avec moi, mon bonhomme, parce que ça va gicler des éclats de cadre mi-supérieur sinon. Tu nous a pondu quoi aujourd'hui ? Oh le joli powerpoint ! C'est très bien, ça, Christophe, ça dérange pas si je t'appelle Christophe ? Et ce truc, là ? Ah, je vois : à l'ordre du jour, 26 réunions préliminaires pour décider des salles pour celles de la semaine prochaine. Oh ! un Joli prospectus pour aller faire du karting dans les gorges de l'Aveyron avec un bandeau sur les yeux. Je vois que la motivation des cons, c'est ton truc, Christophe. Tu m'as l'air bon pour ça. Ou pour mettre des graines dans la mangeoire du hamster. Et tu touches combien pour ça ? Bon, je m'en occuperai à mon retour.
De nouveau dans l'open-space à motiver un demi-endormi dont les compétences sont rudement bien planquées. Alors, depuis tout à l'heure, t'as écrit 6 lignes ? (Petite Tape Derrière La Tête) Mais à ce ryhtme là, ta proposition, elle va se retrouver sur la planète des singes (PTDLT) Et ne réponds pas (PTDLT) Tu sais pas encore qu'en utilisant le bouton droit, ça va dix fois plus vite (PTDLT) T'es pas obligé de rebooter entre chaque mot, parce que toute cette technologie, ça te fait peur (PTDLT) Et c'est quoi ce fond d'écran ? (PTDLT) Un bébé en gif animé qui fait areuh-areuh à la Vénus de Milo ? (PTDLT)
C'est à ce moment là que les vigiles se pointent. SuperCompétent subodore brillamment que demain y'aura dans tous les journaux des manchettes scandalisées sur la liberté d'entreprendre qu'on foule aux pieds. Il envisage bien de sauter par la fenêtre au milieu d'un geyser de débris transparents et de s'enfuir porté par sa cape via le chemin des nuages, mais se dit qu'il risque surtout de laisser sa cervelle sale sur le verre securit renforcé, sans compter qu'il n'a pas fini le TD de navigation aérienne. Alors, il se laisse embarquer en gueulant qu'on est en république, bordel.
En route pour de nouvelles aventures !
02 décembre 2007
Le manger des solitaires
C'est un peu dommage de fréquenter des gens pleins de raffinement culinaire comme S. et de faire aussi mal la cuisine.
C'est aussi dommage de vouloir faire une brandade parmentier sans brandade (au passage, je signale à la foule que le correcteur orthographique de Firefox ne connait pas le mot parmentier, bien qu'il connaisse - gros malin - le mot Firefox).
C'est dommage aussi d'être tellement fasciné par les dénoyauteurs (je signale aussi etc) à olives qui expulsent des débris de drupe un peu partout mais pas les noyaux.
Tout ça parce que je me suis retrouvé à la tête de 800 grammes de colin (d'Alaska) qui verdissaient tranquillement dans mon congélateur. Et que, hein, sur le fond, le colin et la morue, c'est quand même assez cousins comme bestioles. Donc pour la brandade, ce doit être entre kif-kif et bourricot.
Pas du tout.
Déjà le colin, c'est dégueulasse. C'est même pour ça qu'il prenait la poussière dans la chaine du froid.
Alors émietté au milieu des bintjes pulvérulentes achetées chez le tamoul du coin, c'est un peu comme la version uncut de Hostel.
D'autant que ça a cramé dans le fond avec une ardeur tonique. Il faudrait que j'achète un diffuseur pour juguler l'ire de mes bruleurs (j'explique tout ça pour que mes lectrices se rendent bien compte à quel point je suis concerné par les problématiques bassement domestiques comme tout nouvel homme qui se respecte). Pour éviter ça, j'aurais pu aussi le faire à la portugaise vernaculaire et noyer le tout dans l'huile d'olive (qui réduit notoirement les qualités adhésives du poisson en phase de cuisson). Mais j'ai pas osé. Et ai ainsi trahi de lointains ancêtres, du même coup.
Pas de panique : je vais répartir ça dans des petits sacs à usage alimentaire, les coller dans le congélo et les oublier avec le sens du devoir accompli. Dans 5 ans, je n'aurais plus qu'à jeter tout ça dans une poubelle verte.
En attendant, je vais aller me goinfrer un kebab-frites ...
Au passage, je signale que c'est aujourd'hui mon anniversaire et que j'ai le même âge que le Christ aurait eu s'il n'avait pas fait le mariole en Galilée dans sa trente-troisième année ...
07 août 2007
Men at work
En réponse à O. qui a entamé la discussion.
- (O. causing) A-t-on le droit de dire à une femme qu'on a envie de lui bouffer la chatte parce qu'on est subjugué par son intelligence, sa culture, sa présence, en un mot, par sa personne ?
- (Moi baragouining) Comme ça, tout de go ?
- Ben, ouais, sinon je poserais pas la question.
- Elle est mignonne, en plus ?
- Oui, mais c'est pas là le problème. Elle me laisse pantelant comme un con, rien que d'entendre sa voix, je ne peux penser qu'à fourrer ma tête entre ses cuisses.
- Mais ta bite, non ?
- Naaan, pas tout de suite, ce serait un manque de respect.
- Je vois ... (muchas refleccionnes at full speed) ... je dirais que, dans l'absolu, oui, tu en as parfaitement le droit. Mais ...
- Mais, ça ne se fait pas, c'est ça ?
- Pour être franc, j'en sais rien si ça se fait ou pas. A en croire certains courriers des lectrices, tu peux y aller franco. Personnellement, j'ai quelques doutes. Mais le problème n'est pas là. On est des inhibés ...
- Toi aussi ?
- Comme 80% des mecs. Sauf que je ne me la raconte pas, et encore moins aux autres en me tapant une mousse et en mattant en choeur une mignonne, cuisses à l'air.
- On a bien appris la leçon à l'école, et les tartes dans la gueule à la maison, c'est ça ?
- C'est un bon résumé ...
- Donc faut y mettre les formes, faire le beau, jouer les marrants, mais respectueux quand même. Travaux d'approche obligatoires avec quelques pointes, discretes, mais pas trop. Garder la veste probable à l'esprit, mais encercler le donjon à soi tout seul, l'air de ne pas y toucher, mais pas non plus comme le touriste moyen ...
- Je vois que tu as tout compris. Pourquoi poser la question, alors ?
- Tu pourrais être un tombeur à éventrer les koalas et être de bon conseil ...
- Ben voyons, j'ai qu'à me baisser, je claque des doigts pour me retrouver avec 20 candidates au pompage de zguègue illico ... T'as vu jouer ça où, toi ?
- (...)
- Et puis, c'est la femme de ta vie, au moins potentiellement ou c'est juste pour voir venir jusqu'au lendemain ?
- Putain, j'en sais rien, moi, comme si c'était possible d'avoir une idée claire de ce genre de truc. J'ai juste envie de lui mâcher les poils ...
- C'est une obsession, my dear friend ! je ne suis même pas sûr que ce soit une bonne idée et que ce soit bien perçu.
- Le broute-minou ?
- Tutafè, Herr doktor ! C'est un truc qui provoque parfois des remous ...
- Tu déconnes !?
- Naan ... Elles roulent des mécaniques et vont se raconter ou entre elles que ça les fait kiffer trop grave, mais c'est des tchalefs. Comme les mecs quoi, belle victoire du féminisme, soit dit en passant ...
- Tu m'encourages pas, là ...
- Je vais t'avouer un truc : en matière de drague, de bite et foune, et de filles en général, je suis comme tout le monde, je ne sais rien sur rien. On risque toujours de se retrouver comme un connard, comme un convive à poil lors du bal de l'ambassadeur ... Le reste, c'est de la littérature, des fantasmes pour journaleux en mal de copie, du bovarysme bisexué, des conneries qu'on entend, des conneries qu'on se répète tout seul, mais pour ce qui est de mettre tout ça en pratique ...
- Merci, monsieur plus. Grace à votre thérapie-minute, je me sens un autre homme et mes rapports avec le sexe opposé sont devenus frais et limpides comme l'eau qui descend en cascadant des sources volcaniques.
- Le gourou te donne la solution : démerde-toi ...
- Trop cool ...
Un peu plus tard, j'en discutais avec B'. Enfin, pas vraiment du problème de broute-minou ou même de passage à l'acte, mais de thématiques connexes. Résumé de la jeune demoiselle : Il est toujours préférable pour une fille de se faire passer pour plus conne qu'elle n'est. Ca rassure en face. Avec l'inconvénient majeur de risquer de se cogner des tocards finis ad nauseum. De toute façon, d'après elle, il y a statistiquement autant de connes que de cons, la bétise n'etant pas sexuée. Et alors, que je fais remarquer ? Réponse : tout le monde trouve chaussure à son pied. D'après ce que tu as dit avant, c'est pas tout à fait vrai, si les geuzesses doivent se retrancher 10 points de QI pour ne pas affoler les populations. Pour un coup, c'est vrai, mais pour le père des enfants, pour le sérieux, pour le long terme, on arrive à l'équilibre. Ouais, mais dans ce cas, pourquoi y'a-t-il tellement de couples merdiques ? Parce que les gens sont cons en moyenne, et que passés 3 ans, ça finit par remonter à la surface et les mauvaises raisons se bouffent la gueule.
Merci ma chérie.
Bisous-bisous.
[cut !]
09 juillet 2007
Do you do you prédateur ?
Une partie non négligeable de la population, si elle trouve licite de tuer des bestioles pour se nourrir, est beaucoup plus réticente lorsqu'il s'agit de laisser tirer à vue sur tout ce qui bouge pour le plaisir. Alors les amateurs de barbaque explosée à la grosse chevrotine s'inventent un surmoi de prédateur, eux dont la machoire ressemble désesperemment à celle du porc ; entre omnivores, on se comprend.
En fait de prédateurs, on se coltine généralement de petites notabilités du coin, légèrement naphtalinisées, les dames qui comptent, et aussi le médecin cynique, revenu de tout sans même être passé par la Coloniale, qui en connait un rayon sur les femmes et a lu Spengler.
Ce sont eux qui ont les fusils.
Les gueux servent à rabattre le gibier. Ami d'un membre d'une branche peu considérée de la famille des possesseurs de l'enclos, je me fais petit dans la horde des manants qui n'ont que leur chien en plus des instensiles à faire du bruit. Des clebs, on en a 3, ce qui fait 3 de trop. Un labrador qui folâtre, absolument pas attentif aux opérations cynégétiques, un matiné de fox qui crève de trouille et s'enfuit au moindre bruit suspect et un mixé groendal, en plus massif, qui s'attaque avec férocité à tous les animaux qui font ouaf-ouaf et remuent la queue quand ils sont contents. Dès le départ, il manque saigner le chouchou tout chouquet de La Dame de la Chasse, ce qui n'améliore pas nos chances de voir un jour l'héritière dans le plus simple appareil.
Soyons honnête : il s'agit de pros. Pas de parigos, saisis d'une vague érection printanière à l'idée de ramener un auroch tué à l'épieu à Bobonne. Pas des mongolos qui ne tirent sur les faisans que lorsque ces derniers ont été préalablement enfermés dans une pochette surprise peinte en orange-fluo - carton tout temps assuré - et même de nuit sous la pluie. Alors, ils (les pros) se tiennent dos à l'enceinte et flinguent ce qui en sort et passe à portée. A l'intérieur, nouzôtres à pousser des cris, à essayer de rattraper les chiens, à créer le raffut en somme, de façon à repousser le gibier au delà de l'enceinte. Logique.
Déjà, je me sens très con là-dedans, au milieu de cette humanité en pleine regression, et qui accepte cet état de fait parce que c'est momentanément la règle du jeu. Comme les scouts avancent sur les routes en chantant Un kilomètre à pied. Observation du fait social in vivo. Traduisez : on est cons, mais on est (les plus) nombreux, on vous emmerde, et vous avez interet à filer droit. Bref, j'ai vaguement honte de moi et devient de plus en plus silencieux, donc inutile. J'en ai pourtant pour plusieurs heures encore à crapahuter dans ces sous-bois bourrés jusqu'à la gueule de ronces avides et de sangliers sournois. Sans même une fonction clairement définie désormais.
Midi : on mange. Je débarque dans la clairière où m'attend un chevreuil éventré, en croix, comme un christ à cornes. Idem avec une laie un peu plus loin. Les chiens sont comme fous et essaient de s'approcher des tripes fumantes étalées sur le sol. Ce n'est pas là le problème : toute cette barbaque finira dans des estomacs. Par contre les prédateurs qui se torchent joyeusement à la prune, ça m'inquiète un peu plus, un tir de calibre 12 malencontreux et adieu la tête.
Ca continue à se murger comme ça pendant une heure, une heure et midi, l'ambiance ressemble de plus en plus à celle d'un vestiaire de foot, les odeurs de pets en moins (on est au grand air), mais le programme, c'est le programme, les Dianes et Nemrods doivent donc repartir vers les confins glacés où il pourront enfin trouver les farouches proteines qui nourriront leur progéniture malingre, proteines pleines de dents et peu coopératives.
La même zone que le matin. Je m'occupe désormais exclusivement des chiens et c'est un boulot à plein temps. Au détour d'un sentier, je tombe nez à nez avec un jeune cervidé. Je devrais l'effrayer, l'obliger à faire demi-tour, à se diriger vers l'enceinte qui est à moins de 200 m à vol d'oiseau afin qu'il s'y fasse trucider. C'est mon boulot nominal, après tout. En fait, je m'écarte, suffisamment pour qu'il continue son chemin et parte dans le mauvais sens - enfin, le bon pour lui. Je suis une grosse brelle.
Fin de journée. Les prédateurs partent de leur côté, nous de l'autre, avec les manants. Le trajet de retour est homérique, à 2 dans une Clio et trois gros chiens à l'arrière qui puent comme si leur vie en dépendait.
22 juin 2007
En terrasse
J'ai essayé d'être créatif. En terrasse. Avé une mousse. Et des clopes. Et un gros cahier à spirales. Tout le matos, quoi... Parce que mon problème, ce n'est pas de ne pas avoir d'idées, mais plutôt d'en avoir trop. Alors, il faut que je me pousse au cul, histoire de finaliser un peu. Et ce n'est pas en restant chez moi, foutoir dépressiogène et malodorant, que je risque de concrétiser quoi que ce soit. Donc, à l'ancienne, au vu et au sus de tout le monde. Avec, vaguement derrière la tête, l'idée qu'une mignonne, subjugée par tant de créativité foutrement romantique, va me brancher et que je pourrais l'inciter à monter chez moi voir ma collection de raretés autographes d'Isidore Ducasse.
En fait, j'en chie comme un russe, car il y a des années que je n'ai pas tenu un stylo, et ma laborieuse écriture ressemble à des graffiti de parkinsonien cocaïné. Sans compter un début de crampe au poignet. Ouais, chochotte, on peut le dire.
Et plutôt qu'une ravissante, voilà qu'un quidam se pointe, en train de parler marketing stratégique dans le portable. Juste à coté de moi, il se pose, l'ignoble. Sauf qu'il n'a pas la dégaine à parler de marketing stratégique dans le poste. A la rigueur, dans le quartier, il peut faire illusion. Mais on ne trompe pas un vieux de la vieille comme moi. Sans compter qu'il a une voix trainante et mal assurée ; neuroleptiques ou héro, je ne sais pas. Ou les deux. Pas que la voix d'ailleurs. Il se lève avec difficulté pour aller prendre sa commande et me demande de veiller sur son cartable. Bon parano comme je suis, je me dis putain un terroriste qui laisse le colis piégé, que va dire ma maman quand on lui rapportera mon corps sous forme de lamelles qui remplissent à peine une soucoupe ? Puis, tout de même ... Al Qaïda ne va pas recruter des largués pareils. Ou alors, ils sont très très forts.
Le mec se pointe avec un pastis et une carafe. Moi, j'écris, fou de joie intérieurement de ne pas être promis à la dispersion en milliers de fragments.
J'écris.
Encore et encore.
Le mec balance le contenu de son verre sur le trottoir.
Rien de grave ; je continue à écrire.
Un bruit immonde. Le mec a rempli le verre avec de l'eau et a glaviotté dedans : il jette le tout sur le macadam.
Faisons comme si de rien n'était.
Il recommence, une fois, deux fois, trois fois.
Puis s'en va.
Je respire un peu, quand même...
Ce que j'ai écrit ? Top secret. Tout ce que je peux dire, c'est que c'est le FBI qui a fait le coup.
15 juin 2007
Aventure cycliste
Plus soucieux de notre Mère Nature que moi, c'est difficilement concevable. C'est pas compliqué, je l'aimeu d'amoureu et j'évite de jeter mes papiers gras en son giron avec l'affection d'un fils bossu longtemps parti et revenu, comme Giorgio avec des cadeaux pleins les bras et une ceinture de contention.
J'ai donc un vélo.
Un vélo japonais, qui plus est.
Si, si, c'est marqué dessus.
Et quand je vais rue de Flandre, j'enfourche ma monture, parce que prendre les transports en commun pour une telle destination, c'est pas bien dans sa tête qu'il faut l'être pour envisager pareille option. Essayez de prendre le 60 à partir de 19h30, pour voir.
Et il est notoire qu'en été, la course cycliste est directement synchronisée avec un orage.
Donc j'arrive au resto, trempé comme une soupe, avec mes lunettes de soleil king-size (façon film de kung-fu des années 70) qui m'ont servi de pare-brise.
Je mange avec mes convives (miam, glop, burp) tout en m'égouttant discrêtement.
Puis, plein de barbaque et de hite dans le ventre je repars, tandis que mes amis agitent leurs mouchoirs.
Il fait nuit, et sur le retour, j'emprunte des rues sombres majoritairement à sens unique, car, tout ami de Maman Nature qu'on soit, on n'en est pas moins rebelle. Comme prudence est mère de sureté et que je tiens à être visible par ces connards d'automobilistes, je mets la dynamo. Le machin qui fait Grrrrrrrrr, qui fournit quelques lueurs anémiques, et qui oblige à pédaler deux fois plus fort.
La rue se termine en T : au loin je vois le phare de mon véhicule qui se reflète dans une vitrine.

Etrange reflet dans une non moins étrange vitrine
Mais est-ce bien moi qui bénéficie là-bas des lois d'airain de la reflexion ?
Vérifions :
- Hop je penche à gauche. Le reflet n'a pas l'air de bouger.

Et je penche à gauche !
- Hop je penche à droite. Macache in the vitrine.

Et un coup à droite !
Il faut en avoir le coeur net ! Penchons-nous franchement !
Resultats des courses : je me vautre comme une merde entre deux bagnoles, quitte la selle et vais tranquillement gouter la fraicheur estivale d'un trottoir parisien humidifié depuis peu.

Putain, je me suis fait MAAAAAAAL !
13 janvier 2007
Soyons courtois
Les soirs de grand desoeuvrement, j'écoute Radio-Courtoisie. La radio officielle du pays réel, des cathos intégristes, du FN, des FACHOS ! Ca fait un peu l'effet de regarder un mec se faire exploser la tête contre le trottoir, depuis chez moi, au deuxième et double vitrage. Non, c'est même pas vrai. Ca s'écoute en fait. C'est courtois. Point de connards en train de bramer Yo les kids, on va s'éclater ! ou Alors Sandrine comme ça, ton petit copain te regarde t'enfiler un topinambour dans l'anus ?
Ca vous explique que avant, c'était pas l'horreur que les crypto-bolchéviques ont raconté, y'avait des hiérarchies, les gens savaient où ils en étaient, le principe de subsidiarité, moins d'administration. En boucle. quelque soit le sujet ou l'invité : un économiste, un historien, un metteur en scène. Pas des pointures, mais d'un bon niveau. Bien au dessus du Service Public et sa mission (France-Inter pour ne pas la nommer), sans parler de la bouillie pour lobotomisés des stations commerciales. Mais c'est la boucle. Un suppo de Maurras tous les matins. Ca me rappelle les trotskystes. Pour rire, je m'étais abonné à un mensuel de la vraie et authentique IVème internationale. Ca jouait aux chaises musicales avec deux-trois concepts (inusables références au poinçonné de Mexico), et un vocabulaire de 300 mots pour tout arranger. Remarquez, les media centristes (de Charlie au Figaro), c'est la même chose sur le fond. On régurgite à l'infini. Et toujours le même boeuf strogonoff filandreux. Comme pendant le référendum où les ânes tiraient leur fierté d'aligner les clichés comme un vieux pervers ses chaudes pisses. Et surtout de savoir braire en coeur.
Bon, je ne vais pas non plus écouter Radio-Courtoisie pour faire mon interessant (prochain plan marketing pour les écrivaillons en mal de provoc ? ). J'écoute Gorecki sur mon lecteur CD. Et parfois, parfois, je glisse sur la pente de l'aberration. Mais je vous rassure, pas longtemps. Je suis contre les salauds de méchants, moi.
26 décembre 2006
Un p'tit coup de populisme !
Je vous aime. Et de ce fait, je tiens à vous faire partager mon savoir qui est immense. Par exemple, ayant récupéré pendant des années les tickets de caisses de Pierre Bourdieu, je suis désormais à même de vous faire un petit topo sur la sociologie d'entreprise. Attention : j'entends par entreprise, de GRANDES entreprises d'au moins 1000, voire 10000 salariés. Des bureaucraties, en somme, qui ne se distinguent de l'administration publique que par leur prétention à générer des pesos.
Statistiquement, comme tout groupe humain, ces entreprises sont remplies de cons. Mais ce pourcentage est bien plus élevé que dans la population moyenne, les entretiens d'embauches captant souvent de grosses brelles dociles, et les boulots à la con proposés rebutant les gens qui pourraient avoir du talent.
Commençont par un graphique qui illustre la répartition des idéologies ou groupes psychologiques globaux dans l'entreprise. Oui, j'entends d'ici le sociologue de service (et en laisse) hululler que, pas du tout, c'est vachement plus compliqué que ça et que lui, il a fait une vraie étude sur 521 sujets, corrigés des variations saisonnières, avec de la bibliographie en pagaille et des notes de bas de page, en veux-tu en voilà. J'admets, j'admets, qu'il s'agit d'un modèle simplifié, mais qui nous aidera à clarifier les choses.

- Les valeureux sont ceux qui ont des valeurs, qui croient à des valeurs, à savoir celles de l'entreprise, autant dire qu'on leur fourguerait de la poudre à récurer pour de la coke ultra pure. Limités du cortex, incapables de résoudre le plus trivial des syllogismes (du genre : un lapin est un animal, un hamster est un animal, que peut-on en déduire ?). Dans ces conditions, il n'est pas étonnant de retrouver dans ce groupe les commerciaux, et à un degré moindre, les marketeux qui essaient de faire oublier qu'ils ont appris en 20 secondes la psychologie et la sociologie de la vente au dos des emballages carambar en faisant du zèle pour être encore plus valeureux que les autres. C'est dans ce groupe aussi qu'on rencontrent tous ceux qui veulent devenir calife à la place du calife. En résumé la valeur à laquelle ils se réfèrent in fine est : flatter celui du dessus et foutre des coups de pieds à celui qui est en dessous.
- Les moutons sont dans l'entreprise une sorte d'avatar du Français moyen. Ils sont toujours contents de leur sort, ne croient jamais qu'ils seront lourdés jusqu'au moment où ils sont convoqués par la DRH, alors qu'objectivement ce sont eux qui vont dégager en premier (toutes choses égales par ailleurs). Leurs grands-parents ont cru à Pétain, leur parents à Cohn-Bendit en 68, et maintenant ils croient à n'importe quoi du moment que c'est asséné avec suffisamment de niaque et de régularité. En l'occurence en ce merveilleux concept d'Entreprise Citoyenne (c'est une sorte d'oxymoron, comme un Gengis Khan super cool).
- Les démotivés bossent sans y croire. Pendant les kick-offs, ils s'emmerdent sévère, font des paris sur les mots clés du tribun et le moment où ils vont apparaitre, se tripotent en douce le bout de la verge, si ce sont des hommes, en se demandant si une érection est concevable dans un pareil endroit. Les démotivés assez paradoxalement bossent honnêtement, parce qu'ils aiment le travail bien fait, parce qu'ils ont encore un truc qui s'appelle conscience professionnelle et aussi parce qu'ils ne se lêvent pas le matin pour glander 8 heures au bureau. Parmi eux, c'est vrai, il y a aussi de vrais glandeurs, qui profitent de la bête (fournitures à l'oeil, CE à fond la caisse, etc ...). Mais ces derniers ne sont pas majoritaires.
- Les râleurs, contrairement aux précédents, protestent du fait de cette démotivation et parce qu'on les prend ouvertement pour des débiles mentaux (le probleme reste de savoir si la comm' interne n'est pas réalisée effectivement par de vrais débiles mentaux). Les syndicalistes se recrutent essentiellement dans ce groupe. Les râleurs, qui sont des grandes gueules, paradoxalement, font peur, et ne sont pas les premiers être virés. Par contre s'ils virent révoltés, c'est la porte direct !
L'entreprise étant censée produire des bénéfices, on pourrait s'attendre à ce que ce soit un foissonnement de talents tous azimuts pour arriver à ce résultat. Or du fait des entretiens d'embauche précités qui ont tendance à sélectionner des clones plutôt serviles, on est assez loin du compte. D'autant que le but ultime et inconscient de la bureaucratie, c'est de générer encore plus de bureaucratie, si c'est possible.
Ainsi il est intêressant de faire une répartition des talents au sein de l'entreprise.

- Les incompétents sont légion. Ce n'est pas qu'ils soient juste non-productifs. Le problème vient de ce qu'ils sont contre-productifs, ce qui signifie que les autres catégories doivent en plus de bosser rattraper leurs conneries. Les incompétents, qui ont subconsciemment conscience de leur nullité foncière compensent souvent en s'incrustant dans le groupe des valeureux, où l'on retrouve aussi un gros paquet du mid-management, tant il est vrai qu'à ce niveau hiérarchique les compétences (ainsi que les promotions) deviennent nébuleuses et difficilement quantifiables. Sans compter le syndrome de Peter.C'est le royaume des Grandes Gueules pas foutues de renouer leur lacet mais qui sont à toutes les réunions avec leur portable sur lequel nul ne sait ce qu'ils peuvent bien taper.
- Les passables font leur boulot, mais pas plus, c'est à dire ce qu'on leur a dit de faire. Ils font souvent, mais pas necessairement partie du groupe des moutons. En les prenant en main, on peut arriver à augmenter leur productivité, car ils ont un bon fond, et ne réchignent pas à l'effort pourvu qu'on les convainquent que ce serait cool qu'il le fasse même quand on a le dos tourné.
- Les Compétents font tourner la baraque. Ils s'occupent des passables, bossent de leur coté, et ils se demandent souvent pourquoi. On peut dire qu'ils font souvent partie des démotivés. Mais, pour être honnêtes, il se répartissent entre moutons et démotivés. Ils bossent et c'est le principal (pour la boite).
- Les Très compétents forment un groupe hétérogène : d'abord il y a des Geeks qui de toute façon sont fascinés par leur outil de travail (quand bien même il s'agirait des crématoires de Sobibor) ; ensuite il y a des Valeureux qui espère monter grâce à leur réel talent ; il y a aussi des démotivés (mais ils ne le restent pas et partent assez rapidemment) et aussi des cas à part, genre cyber-punk, les mecs en nu-pieds aux pots de la direction.
Voilà, chers petits amis, un tour d'horizon, hélas un peu rapide, du monde merveilleux de l'entreprise. A vous de savoir si vous avez envie d'y entrer, de profiter du RMI, de vous lancer dans des trafics illicites et divers ou de finalement rester jusquà 70 ans chez papa-maman.