Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

02 avril 2008

Croyances

Quand j'étais petit, je croyais que je ne mourrais jamais. Ce qui était très embêtant car, à l'époque, je voulais mourir. Mais il était bien clair que je ne pouvais passer l'arme à gauche que de mon propre chef, tout évènement extérieur perdant sa puissance létale à mon approche. Certes, il m'arrivait de me couper, me casser une jambe, de subir diverses avanies, mais la cause était entendue : j'étais immortel.
Je n'ai jamais eu la preuve du contraire depuis, mais  un doute insidieux a fini par détruire ma belle croyance dorée sur tranche. Il est hautement probable que je partage le sort commun, ce qui me rend bien triste.

Je croyais aussi qu'un monstre sournois se cachait en moi, sous des dehors remarquablement anodins. Que bientôt j'allais me mettre à enterrer des victimes horriblement mutilées dans ma cave. Que j'allais terrifier des populations se chiffrant en millions, que les polices de tout un continent, voire de plusieurs, allaient se casser les dents sur l'affaire du monstre de 23h12. Il suffisait de me laisser un peu le temps. Encore quelques années et mon nom apparaitrait en première page des journaux de référence. Mon portrait-robot des plus approximatifs ne quitterait plus jamais l'ouverture du 20 heures. Des connaissances me parleraient avec effroi de la chose qui rode et je ricanerais intérieurement tout en gardant le profil terne de l'employé au dessus de tout soupçon.
Malheureusement, rien de tout cela n'est advenu. Démembrer des gens à la hache ne fait définitivement pas partie de mes compétences.

Je croyais que j'étais transparent, que les gens voyaient à travers moi ou distinguaient parfaitement les pensées qui se mettaient en place dans ma tête avec la netteté de tubes néon. Selon les cas, j'étais invisible ou si évident qu'un haut-parleur directement branché sur mon cortex n'aurait pas pu mieux dévoiler les sécrétions de mon cerveau. Il était d'ailleurs inutile d'expliquer quoi que ce soir à qui que ce soit, puisque de toute façon, ça tombait in extenso sur son téléscripteur intégré. Il suffisait que j'apparaisse pour que tout soit dit. Dans ces conditions, autant rester chez moi. D'autant que j'étais transparent, donc invisible. Les deux propriétés sont d'ailleurs liées sur le fond. Personne ne remarque plus la plante en pot de son séjour parce que l'on sait tout d'elle et plutôt mille fois qu'une. Elle se fond dans le décor, dans la brume du quotidien.
Je me suis aperçu qu'il me fallait au contraire débiter de longues et laborieuses explications. Pas souvent, il est vrai ; les gens ne tiennent pas tant que ça à ce qu'on leur explique ce que l'on est et ce que l'on pense. Ils préfèrent en rester à ce qu'ils pensent que l'on est. Mais tout de même :  le cas échéant, il s'agit de gérer des situations assez pénibles, laborieuses, et au final, je me suis rendu compte que j'ignorais assez souvent ce qui ricochait dans mon crâne et cela rendait mes comptes-rendus plutôt confus.

Je croyais (mais c'est plus classique) que je possédais quelque don rarissime, un petit plus physique qui me rendait irrésistible, même s'il me laissait  personnellement de marbre. Je pensais détenir un regard troublant, un nez comme ça, des oreilles comme ci, un modelé du machin totalement jamais vu. Un truc que sont censées posséder les vedettes de cinéma et qui fait justement que ce sont des vedettes. L'accessoire luxueux qui me dispensait de toute façon de faire le moindre effort de séduction. Le syndrome je claque des doigts et elles me tombent dans les bras.
Ca ne se passe pas comme ça dans la vraie vie. Pas dans la mienne, en tout cas. Plus banalement, mes affaires de fesses marchaient uniquement parce que je les faisais rire, ce qui n'a rien d'un don, c'est plutôt une sorte de tic verbal et, de surcroit, je ne vois jamais ce qu'il y a de drôle. Enfin, si, je sais que c'est drôle. Que c'est estampillé drôle. Mais moi, ça ne me fait pas rire.

Mais tout cela ne vaut pas le fait d'être immortel. Certitude branlante, certes, mais avec laquelle je peux me consoler en me répétant que la preuve du contraire n'a pas été encore apportée ...

 

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21 mars 2008

Grandes Espérances II

Et comme je fais toujours le contraire de ce que je raconte, voilà la version sonore du texte précédent. Deux variantes :

Brut de fonderie

Sonorisé


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Grandes Espérances

Je n'arrive pas à lire plus de 3 pages du livre. Je suis sans cesse obligé de m'arrêter pour souffler et le reposer. Reprendre ma respiration qui semble s'être noyée quelque part vers le diaphragme. Chasser les larmes qui se sont accumulées dans mes orbites. L'idéal serait de sortir dans la rue en courant ou au moins en marchant très vite lâchant mes pleurs comme une bruine discrète. Très joli. Mais j'en suis bien incapable : il fait trop froid dehors et j'ai déjà assez de mal à me réchauffer sous la couverture en pleine journée. En plus, dehors, c'est plein de gens qui occupent tous les interstices. Je pourrais faire peut-être 20 ou 30 mètres avant de rebrousser chemin. Et revenir dans le lit en me demandant si je me remets au livre ou pas.
Tous ces gens qui me collent des pains, des gens que parfois que je ne connais même pas. Des pains mentaux bien sûr. Je ne me suis pas pris de coups depuis 20 ans. Le ressac dégoutant des scènes où je me mets minable tout seul. Première vague de rasoirs, deuxième vague de rasoirs, et ainsi de suite. La houle qui fait alternativement flic-floc et schlack-schlack. Comme un fruit qu'on pèle sans vraiment se demander s'il est vivant, si c'est animal ou légume. Ils font pareil avec moi. Je ne suis pas vivant. Ou alors, à la rigueur, comme un crustacé. C'est robuste les crustacés, on les balance en vie dans l'eau bouillante avant de les manger. Pas de pensées émues pour l'arthropode, puisqu'un crustacé, ce n'est jamais qu'un insecte à exosquelette avec nettement plus de bonnes choses à l'intérieur. Heureusement, sinon personne n'en commanderait dans les restaurants, et les chinois ne mettrait pas d'énormes blattes et leur carapace dans des aquariums à l'entrée. L'important, c'est de traiter la plus ou moins vermine non pas avec mépris mais avec indifférence. Ne pas s'attarder aux pensées intimes du hanneton ou à leur possible existence.
Le livre a mauvais esprit. Ou mauvaise influence. Il m'oblige à le lâcher et à faire des aller-retours contrariés dans les 40 m2 encombrés d'un tas de saloperies que je devrais ranger. Mais ce n'est évidemment pas le moment. Pas alors que je pense à 1) qui m'envoie chier alors que je n'ai rien fait 2) qui m'a probablement envoyé chier mais je ne me souviens plus 3) qui m'enverras chier la prochaine fois que je le/la verrais. Pas alors que j'ai les mâchoires si serrées que je vais encore faire sauter des dents à terme. D'ici quoi ? Un mois, deux mois, six, je sentirai comme une palpitation molle dans la bouche, vaguement douloureuse : je mettrai mes doigts pour voir ce que c'est, mais j'aurai déjà deviné, alors j'irai à la pêche et, après un petit coup sec légèrement rotatif, je ramènerai  une molaire pas en très bon état, le dessus tout crevassé, et les racines un peu sanguinolentes.
Le livre est très classe, il décrit tellement bien les sensations,  les jugements réflexifs, une précision de qui est qui et comment, tout ceci s'articule merveilleusement, on dirait un psychiatre à l'armée qui met soigneusement en ordre ses fiches de P4 et de ceux qui se foutent ouvertement de sa gueule pour essayer de tirer au cul. Quand je pense à moi, c'est toujours très opaque, je ne ressens rien de manière claire, qui puisse être expliqué à un tiers. Je me regarde et c'est comme une silhouette, un double noir, au travers duquel on ne voit rien, et à l'intérieur duquel toute exploration est impossible. C'est une masse pas très agréable, comme un oedème, sauf qu'un oedème enkyste un corps et qu'il n'y a pas de corps. Enfin, si, il y a un corps, enveloppé de peau, traversé de fourmillements et de raideurs qui se déplacent lentement, mais essentiellement dans les mâchoires, le haut du dos et les lombaires. Ce n'est pas de ce corps là dont je voudrais parler. Tout le monde le voit, et personne n'en doute. L'autre me pose problème, le bloc sombre qui ne dit rien, ne transmet rien et qui, du fait de sa couleur passe-muraille, est invisible.

Tous les jours des gens disparaissent. C'est ce que prétendent les rapports de police. Si on creuse un peu le sujet, on s'aperçoit que :
1) Une partie de ces gens s'enfuient pour une raison ou pour une autre, changent de vie, d'identité, de pays, que sais-je ?
2) Une autre, on la fait disparaitre. Tueurs psychopathes, traite des blanches, meurtres crapuleux et bien dissimulés. Cette partie là, donc, on la fait disparaitre.
3) Cas particulier du précédent  : des gens meurent de mort naturelle dans des endroits isolés et on ne retrouve pas leur corps.

Ce qui veut dire qu'au final, personne ne disparait. Même les morts ne sont pas des disparus. Ils sont bel et bien là, dans le cercueil ou sous la terre, mais il va falloir un certain temps avant qu'il n'en reste rien. Nos chers disparus n'ont pas disparu. Il y a un temps de latence, mais personne n'en tient compte. Disparaitre, ce n'est pas ça. Il faudrait s'amenuiser au fur et à mesure jusqu'à ce que les traces de soi deviennent si infimes qu'on puisse conclure à une disparition. Mais c'est impossible pour des raisons triviales. Parce que l'amenuisement va de pair avec la perte du contexte social, en d'autres termes, à force de dériver d'hôtels obscurs en hôtels encore plus obscurs, on finit par ne plus être capable de gagner de l'argent, et c'est aussi un des buts de l'opération. Sauf que le corps se rebiffe, parce qu'il a faim, froid, mal et qu'il faut de l'argent pour enrayer cette hémorragie, et que cet argent, il faut aller le chercher en s'extrayant de la province amoindrie que l'on a mis tant de temps à construire.

En résumé : personne ne disparait et ne peut même le faire. J'ai beau le savoir, je me rêve encore en bourgeois de Calais, la corde au cou et en chemise de nuit à l'ancienne, marchant vers les soldats anglais avec leur casque rond à la con sur la tête, sauf que je les dépasse et poursuis mon chemin sans que personne ne s'en aperçoive et je continue sur la route, jusqu'à ce que je me dilue enfin sur la ligne d'horizon, à moins que je ne sorte du décor dans un virage ou après le sommet d'une côte.

Alors je reprends le livre, pour 3 ou 4 pages, parce que je n'ai rien de mieux à faire, et que le mal qu'il me fait, je lui extorque et j'en redemande.

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19 mars 2008

A l'oral

On trouve parfois quelque part dans les interstices du réseau des posts plein d'intelligence. Comme celui-ci (certes un peu longuet, car pro domo), qui, de fait, est la suite de cet autre, encore plus fin, si cela est possible. Il faut dire que ce dernier discute entre autres, des vertus comparées de la virgule et du point-virgule, ce qui réveille en moi un lyrisme en général soigneusement dissimulé.

Pour être honnête, je suis surtout impressionné par, disons, le courage, de la narratrice qui est allée réciter ses textes en public. Je suis toujours impressionné par les gens qui font ce que je suis absolument  incapable de faire.  Particulièrement lorsque le quelque chose en  question prend la forme d'un cauchemar. Pas de pire horreur que de m'imaginer récitant un texte (quelle qu'en soit la qualité) devant un public, choisi ou non. Me mettre à bramer à haute et intelligible voix le discours sur la servitude volontaire dans une rame de métro fait aussi partie de cette catégorie d'évènements qui me plongent à l'avance dans une terreur abjecte. Et abjecte, ici, n'est pas juste pour faire joli.

Déjà, pour commencer, je suis légèrement bègue, ce qui suffit d'emblée à me disqualifier pour ce type de performance. En plus, comme si ce n'était pas suffisant, j'ai une  voix remarquablement  plate, monocorde, nasillarde et  désagréable au final. Je déteste ma voix, que, par bonheur, je n'entends que fort rarement.
J'en ai fait encore l'expérience, puisque qu'évidemment, fasciné par ces deux textes, j'ai presque immédiatement décidé de  passer l'épreuve du sonore. Chez moi, s'entend, avec un magnétophone.
J'ai repris un de mes textes.
C'était dimanche.
Catastrophé, j'ai tout laissé en plan.
Depuis dimanche, les waves trainent sur mon disque dur. Je les ai écouté deux ou trois fois, et j'ai bien regretté que mon PC ne possède pas une sorte de gouffre sans fond en plus de la corbeille.
Le narcissisme flagellatoire  étant ce qu'il est, vous avez droit, évidemment, à un petit extrait du désastre. Essayant de lisser ce dire ânonné, j'ai bien tenté de le noyer dans une ambiance sonore vaguement noisy-underground, ce qui est une solution lâche et peu satisfaisante.

Je suppose qu'elle y a pensé toute seule, mais il me semble qu'un texte écrit n'a pas à être récité. Il n'est pas conçu dans ce but, mais pour l'auditorium désert de sa propre conscience (ou de celle de quelqu'un d'autre). A contrario, le texte récité doit avoir été écrit spécifiquement dans cette optique. Je sais bien que Flaubert pratiquait l'épreuve de l'oral, mais rien ne prouve qu'il ait eu raison : son talent d'écrivain est peut-être indépendant du passage au gueuloir ...

 

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04 mars 2008

Où notre auteur devient humble (quoique)

Je préfère la compagnie des femmes. Pour discuter s'entend. Quand on a été le vilain petit canard durant son enfance, son adolescence, son âge de raison puis franchement murissant, la possibilité de se métamorphoser en cygne parait des plus douteuse, ou alors au moment où l'on scellera le cercueil. Et les garçons, ça n'aime pas les vilains petits canards. Ca aime plutôt mettre en commun sa sueur et celle des autres et la humer autour de feux de camp en se racontant d'improbables histoires (de bagnoles, de crédits immobilier ou d'amantes suceuses au kilomètre). Alors que les femmes ont un certain gout pour les bestioles mal foutues mais attendrissantes ; il suffit de voir leurs collections de chats obèses, de lapins schizoïdes et de hamsters cul-de-jatte.

Je m'aperçois que :

  • D'une part, je généralise à outrance
  • D'autre part, je fayote de manière éhontée à destination de 52% de la population du pays.

Le second point me gène énormément. J'ai ma scène primitive à moi : un jour, dans un resto africain, je baffrais mon ndolé juste à côté d'un toubab qui n'arrêtait pas de se répandre de manière éhontée à raconter en long en large et en travers que les blancs c'étaient tous des salauds et que les noirs, c'était la crème de la crème, je suis avec vous les mecs, la prochaine fois, je viens avec un os dans le nez. Le public exclusivement keubla de l'endroit (à part mézigue et ma compagne de l'époque) le regardait et l'écoutait d'un air goguenard. Moi, j'étais géné pour lui, me rendant compte que si la situation avait été inversée, le quidam aurait été catalogué in petto comme un Oncle Tom de plus.

Le premier point est plus facile à expliciter. J'ai tendance à penser que la connerie est uniformément répartie, ce qui signifie qu'en substance, on trouve à peu près autant de connes que de cons. Les lectrices de Biba, par exemple, ne m'émeuvent pas du simple fait que ce sont des femmes. Mais, j'ajouterai que du fait d'une histoire pas toujours rose, un gout pour l'empathie à fini par se développer chez celles qui ont rarement été, si ce n'est jamais, du bon côté du manche. Disons que c'est ce que j'ai tendance à penser, et qu'il s'agit de statistiques, donc de tendances générales. Pas de lois gravées dans le marbre - et encore moins dans l'ADN.

Et puis, merde, l'altérité, c'est quand même mieux.

L'ennui, et vous l'avez compris, c'est que dans ces conditions, la sympathique discussion en tout bien, tout honneur, vire souvent à l'opération de séduction. Volontairement ou Involontairement. Car, avouons le, il arrive, assez fréquemment même, que ce soit involontaire. Et les choses humaines étant subtiles, le passage de l'involontaire au volontaire se fait de manière graduelle, souvent à partir du moment où la révélation se fait dans mon esprit. Il arrive parfois que je ne capte rien, et c'est, paradoxalement, comme ça que ça marche le mieux (cette phrase devrait plutôt être écrite à l'imparfait (NDLR)). Lorsque je finis par devenir conscient de ce que je suis en train de faire, il m'apparait que c'est dans la poche (ce qui pourrait sembler stupéfiant aux gens qui me connaissent depuis la maternelle). En effet, comment une femme belle et intelligente pourrait-elle résister à ma bouille d'une banalité à hurler sur la lande les nuits de pleine lune, à mon alopécie, à mon élocution un rien pénible, à mes grands yeux de martin-pêcheur atteint de gastro-entérite, à mes monomanies verbeuses et à ma tendance à expliquer que a) j'ai raison b) j'ai raison et c) j'ai raison ? Ce qui fait que lorsqu'on me répond gentiment que non, pas du tout, je tombe des nues et n'ai même plus la possibilité de raconter que ma chérie, tu ne sais pas à côté que quoi tu passes.  J'ai passé l'âge, si tant est que je l'ai jamais eu, et ce genre de déclarations, ça les impressionne autant que le légèrement usé c'est à vous ces beaux yeux là ?

Dans ces moments là, un gyrophare se met à clignoter au dessus de ma tête en scandant « connard, connard, connard ». Et je rentre chez moi, le rouge aux joues, en me promettant de me mettre à la lecture de L'Equipe, de façon à ne plus me retrouver qu'entre mecs et ne plus craindre ce genre de mésaventures.

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25 février 2008

401

Normalement, j'aurais du cesser toute activité. L'article précédent était le numéro 400. Un joli chiffre rond, l'élégance des deux couilles accolées au 4, tout cela me prédisposait à un petit show prima donnesque.
J'en ai déjà parlé à plusieurs reprises, notamment lors de la parution de l'élément 300, et j'ai déjà dit tout ce que j'avais à en dire, à quoi il faut ajouter certains  commentaires de lambda_tango.
Ceux ayant trait à la baisse de fréquentation.
Qui est quelque chose d'assez usant.
Bramer dans le désert peut satisfaire certains caractères bien trempés ou complètement déconnectés, mais ce n'est pas mon cas. Je n'ai jamais pensé ce blog comme une corrida pour mes névroses, une forme d'ergothérapie ou une auto-analyse en direct live à destination de je ne sais qui. L'écriture et l'analyse, ça fait deux, n'importe quel écrivain ou analyste pourra vous le confirmer.
Alors, si j'arrête, ce sera pour le numéro 424 ou 496 ou 417. 400, c'est un peu facile, même si j'attendais avec impatience que le compteur daigne enfin afficher le multiple de cent pour pouvoir balancer cet amas de débris à la Seine.
Mais j'ai changé d'avis.
Difficile d'abandonner en cours de route cet objet mal foutu, mal pensé, voire mal écrit. On ne jette pas ses sécrétions à la rue sans un petit pincement au coeur. Comme ses jouets d'enfant, les lettres de celles qui sont parties, les amis qui ont mal tourné.
Je dois être devenu vieux ; le gout de la table-rase ne convient plus à mon palais.

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23 février 2008

L'empathie

Il est là à l’écouter parler. Elle se raconte. C’est du moins ce qu’il s’imagine : bénéficier d’une forme de confiance qui lui permet de se poser en confident officieux.  Peut-être que ça n’a rien à voir avec tout cela. Un récit tout ce qu’il y a de plus banal pour elle, des choses qu’elle raconte sinon à n’importe qui, du moins à tous ses proches ou relativement proches. Mais, lui, pense la décrypter, interprète, embellit, conclut, généralise, extrapole. Derrière la façade volontaire, une souffrance diffuse, l’envie banale d’un amoureux, un vrai, pas de la baise sans fond et sans forme. Merveilleux schéma qui se met en place dont on pourrait tirer la conclusion qu’elles sont toutes les mêmes et que sur le fond rien n’a changé depuis un siècle. Lui ne va pas jusque là. Il est happé par l’empathie et ça lui fait mal, cette litanie de mots blessés. Paradoxalement, pas d’archétype ou de clichés ; mais une individualité qui lèche ses plaies.

Il se recule un peu sur sa chaise pour essayer d’échapper  à l'emprise de la douleur, comme si cette distance pouvait donner moins de force à ce qu’elle laisse échapper.

L’empathie. C’est bien. Il se voterait même des félicitations. C’est vrai qu’il trouve son attitude belle et  noble. Mais il sait aussi que le désir est en train de croitre. Frère siamois de l’empathie. Et il ne peut s’empêcher de se trouver un peu faux-cul. Comme un curé qui prêche la bonne parole et la moralité des mœurs alors qu’il saute sa femme de ménage. Ca le fait reculer encore un peu. Mais rien n’y fait : sans même s’en apercevoir, il zoome sur ses lèvres, cette zone si fine juste à la base du cou, ses yeux, ses dents. Le voilà contraint de regarder ailleurs de temps à autre tout en assurant la conversation. Il se sent minable. Et même assez dégueulasse. Le mieux serait de prétexter l’heure tardive pour rentrer et la quitter. Avant que ça ne devienne vraiment pénible. Mais il ne peut pas. C’est le désir qui gagne à la fin.

A un moment, il doit se rapprocher parce que sa voix s’est faite plus faible. A moins que la salle ne soit devenue plus bruyante. C’est à cet instant que la pièce bascule : effet de montage et les voilà tous les deux sur son lit, à elle ou à lui, alors que la salive les recouvre, que ses mains cherche ses seins glissants de sueur et que, dans la lumière anémique, son sexe, son sexe à elle, ressemble à un fabuleux vison blessé.

Ca a duré quoi ? Une seconde ? Moins ? Elle ne s’est aperçue de rien. Du moins, il l’espère. Il sait qu’il devrait partir, mais il en est bien incapable. L’empathie ; de la merde oui ! C’est le désir qui mène la danse. Mais il ne peut s’empêcher de continuer à l’écouter et de s’extasier, de compatir, et, même, de souffrir en écho.  Il se sent à la fois dégueulasse et ridicule. Mais surtout dégueulasse. Et il a compris qu’il ne peut que rester.

La soirée va être longue …

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29 janvier 2008

Tiré du lit

Parfois, on retrouve des lambeaux, dans sa mémoire, sous un canapé, entre deux draps dans une pile.
Il serait peut-être alors temps de retrouver il ou elle, et de lui confier qu'il ou elle a été l'une des plus belles choses qui soit advenue dans nos vies. Malgré le sordide qu'on a éventuellement pu diagnostiquer à l'époque.
Renouer avec celui ou celle qui est parti(e) en claquant la porte, ou en pleurant, ou qu'on a foutu dehors, gentiment ou non parce qu'on ne pouvait pas, qu'on ne pouvait plus. Parce qu'il le fallait.
Lui dire qu'il ou elle a été la perle dans un temps mort, le réverbère qui a enfin daigné s'allumer de l'autre côté  de la fenêtre.
Que sont restés la fine vapeur qui montait au dessus de ses fesses, sa toison empoissée, ses yeux dans la pâle lueur venue de la chambre mitoyenne.
Histoires de cul, certes.
Mais qui nous restent plantées dans l'épaule comme le petit singe.
Histoires de coucheries, de baises fugaces ou non, parfois de honte et de départs précipités.
Mais : nous n'avons jamais fait mieux - ou peu s'en faut. Nous peut-être, il ou elle tambien.
Ce n'était pas de l'amour, aimerions-nous dire à celui ou celle-ci, mais demeure autour de notre sexe l'agaçant fantôme constricteur de tes muqueuses astringentes.
Ce n'était pas de l'amour, certes, mais ce quelque chose mérite que je t'envoie cette lettre pour que je sache si, de ton côté, ces mêmes réminiscences te taraudent et si elles se rangent dans les tiroirs passifs ou actifs de ta vie passée.

Comment écrire, déclamer, mimer « tu fus ma merveille » si il ou elle l'a vécu comme dégueulasserie, exploitation, manipulation et mensonge ?

Mieux vaut se taire ...

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03 janvier 2008

B', again

Dans notre série, ma copine est un chef-d'oeuvre, épisode 3456.

Elle est ce qu'on appelait dans le temps une femme de tête.

Quelqu'un qui sait ce qu'elle veut et surtout ne veut pas. Qui peut vous virer du jour au lendemain si elle estime que vous l'avez déçue ou trahie. Et il ne s'en faut parfois pas de beaucoup.

Ne tournons pas autour du pot : c'est très gratifiant, une femme de tête. Vous savez, sans faute, que vous êtes une merveille. Sans quoi, vous ne seriez tout simplement pas là. Une forme de stricte parité (dans le sens de entre pairs) qui oblige d'une certaine manière à se maintenir au delà de soi. A se casser le cul. Mais quelles récompenses en compensation de ces modestes efforts (ne croyons pas que l'amour, c'est du gagné après l'emménagement dans le même appart' - y'a du taf derrière, et un taf permanent de surcroit) ! Etre admiré par des abruti(e)s, je laisse ça à un BHL. Etre admiré par une femme de tête, c'est le petit Jésus en culotte de velours. Sans compter que, structurellement, cette admiration est nécessairement réciproque.

La femme de tête est le contraire d'une chieuse. Pas que la délicieuse ne soit jamais une chieuse. N'en demandons pas trop non plus au Grand Démiurge Cosmique. Sans compter que je peux être un sacré connard dans mes mauvais jours. Mais disons qu'elle n'est très généralement pas une chieuse. Non pas parce qu'elle serait exempte de ce travers par quelque miracle inexpliqué, mais parce qu'il ne s'agit pas des mêmes structures comportementales.

Quand la femme de tête râle, elle sait pourquoi, et l'exprime avec clarté. Elle n'ignore que peu de ses désirs et de ses attentes, et est parfaitement à même de déterminer quand quelque chose part en vrille. Elle exprime son mécontentement avec précision et souvent avec une vigueur qui force l'attention. Sans compter que, les choses étant claires, le partenaire, s'il se fait gueuler dessus, eh bien ... C'est qu'il a merdé, il était au courant, c'est de sa faute.

La chieuse, elle, soumise à une insatisfaction quasi ontologique, ne peut que rarement être très pertinente dans ses récriminations. Souvent travaillée au corps par la pression sociale, ses désirs lui sont étrangers, quand il ne sont pas dérisoires. Et ce dérisoire dont elle a évidemment confusément conscience lui impose de déguiser ses frustrations derrière des oripeaux de plausibilité. En bref, d'engueuler l'autre pour de fausses raisons. Comme de surcroit le fait d'être une chieuse fait plus ou moins partie du bundle du mystère féminin, elle se doit de se conformer à son rôle. Où la pression sociale repointe le bout de son nez. Pression qui l'oblige évidemment à assumer tous les rôles de la feminitude en kit. On n'en sort pas.

En résumé, la femme de tête est un être humain de sexe féminin. La chieuse, elle est un cliché de l'éternel féminin.

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02 janvier 2008

De l'amour II

Vient un temps où l'on se dit que l'amour s'est dissout dans le conjugal.
Ou que la folie des premiers jours s'est éteinte, exténuée.
Fini de forniquer dans le jardin des Tuileries au milieu de la neige en espérant qu'aucun représentant de la force publique ne se pointera.
Fini de traverser Paris à pied la nuit de part en part pour le/la retrouver Elle, ou Lui.
Vient le temps de la sagesse. Celle des nations, et celle des néo-connaisseurs-de-l'existence ou des néo-mémères.
Sujet récurrent s'il est, comme le prouve chaque mois l'article Comment faire durer le désir dans n'importe quel mag féminin. A base de recettes ridicules et fondées dans le meilleur des cas sur une idéologie douteuse et dans le pire sur une démarche quasi-sectaire. Qui peut croire à ces dérisoires catéchismes en trois points n'a jamais connu la passion et n'est pas concerné par le sujet sur le fond.
Car, c'est vrai, on la perd, cette folie, sexuelle, certes, mais pas que.
Et on se retrouve dans la position paresseuse de celui-qui-sait, bien au chaud en compagnie des certitudes des vaincus de la vie.
C'est B'. qui m'a sorti du cloaque des idées molles. On en discutait, de cette facilité et du c'est-comme-ça. Elle en pleurait, et sa voix mouillée ne cessait de marteler : Je ne veux pas que ce soit comme ça, je n'en veux pas du on-baisse-les-bras, je veux qu'on soit toujours flamboyants tous les deux et le déclin, je l'emmerde.
Elle avait raison.
J'étais minable et elle m'a remise sur les rails. Nous avons bien assez gâché nos vies à accepter des injonctions pathétiques. Je décide maintenant. Nous décidons qu'il n'y a pas mieux que nous deux.
Ah, c'est sûr que c'est autrement plus fatiguant que de choir dans l'ornière du blasé. Et puis, au moins, on risque pas de passer pour des cons, des ados de quarante ans, voyez-vous ça !
Certes, c'est vrai : elle n'est plus là, la passion primordiale, celle qui nous aurait imposé de foutre le feu à l'immeuble. Au sens strict.
Il n'y a pas 36 solutions : soit ne vouloir que la passion, intacte, l'ébriété continuelle, même s'il faut pour cela sans cesse changer de partenaire de façon à éviter que les cendres ne s'accumulent. Et je dis : Bravo ! Respect. Respect absolu, même. Certains l'ont fait, et le font encore, malgré la mainmise des vieux cons sur nos existences et nos imaginaires. Ces franc-tireurs méritent mieux la commisération des encroutés. Bien mieux. Ils maintiennent vivantes ces merveilleuses idoles que sont la liberté et son corollaire, le désir. Aussi absolus, l'un que l'autre.
Mais soyons clairs ; je n'ai ni l'énergie, ni ce qu'on appelait jadis la force d'âme.
Et je le regrette.
Etre en deça de l'infinité des possibles, ce n'est jamais très agréable à admettre.

Il y a aussi la solution la plus courante : lâcher prise, se mentir à soi-même et à l'autre. Des hordes de thérapeutes de tout poil s'en repaissent.

Dernière possibilité : choisir la voie étroite et prendre l'amour pour ce qu'il est. Une enluminure à reprendre indéfiniment, à travailler, à lécher. A peaufiner. Jusqu'à ce que la mort nous emporte.
Entendons-nous bien : il ne s'agit en rien d'une reddition. On ne joue pas le jeu de ceux-qui-savent et qui ont fait de leur vie une poubelle pleine et jamais descendue. Il ne s'agit pas non plus de ces plates excuses qui peuplent les journaux pour femmes au foyer déçues. On ne dit pas Oh, mais la tendresse, c'est très bien finalement, on s'en contente. D'abord, parce qu'on ne se contente que du meilleur. Et ensuite parce que dans la bouche de ces gens là, tendresse devient un mot obscène. Un lot de consolation.

Et il s'agit encore moins de se forcer, de faire comme si.

Non, il s'agit de faire de l'amour le jardin de nos vies. De cesser de croire à ce qu'il n'est pas ou qu'il ne peut plus être. Cesser de croire tout ce qu'on a pu nous raconter à son sujet. Les fariboles le tuent autant que les dénis. Et quand je disais que la passion s'est éteinte, il y avait là un rien d'hyperbole. D'autres façons de lui bouffer la chatte, d'autres méthodes, d'autres  rêveries informulées pour ses yeux s'agrandissent encore sous mon poids.

Je ne suis pas arrivé. Nous avons du pain sur la planche. Mais nous avons tout notre temps. Et le sentiment insolent que nous sommes sur le bon chemin.

 

Posté par memapa à 10:48 - Confidences - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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