30 juin 2009
Minable jusqu'au bout
Invité à cette soirée, il y a 3-4 ans, je me faisais - évidemment - chier comme un rat mort, puis ressuscité, puis de de nouveau mort, en songeant que j'allais encore devoir me saouler la gueule et finir dans un état pathétique. J'aurais préféré la coke prévue sur le carton d'invitation, coke qui n'est jamais venue et j'ai donc du me rabattre sur la roteuse. Les filles présentes - et il y en avait pour une fois en quantité raisonnable - me regardaient comme une quantité négligeable, ou plus exactement ne me distinguaient pas, à part la maîtresse de maison qui m'a dit avec une touchante gentillesse que je n'avais pas changé d'un iota depuis la fois qu'elle m'avait vu et je lui ai platement répondu la même chose, au lieu de lui avouer qu'elle était toujours aussi belle.
Il y avait aussi cette autre fille, C., que j'avais toujours désirée, 5-6 ans auparavant et perdue de vie depuis et qui m'a sorti le grand jeu. C'était dans la poche et même dans la double poche avec coutures extra-fortes, mais je me suis systématiquement esquivé au moment où elle dansait en me cherchant des yeux, me planquant dans la cuisine, voire dans les chiottes. Elle a fini par me rejoindre sur le balcon pour une drague en règle et je n'ai pu que lui fournir des réponses dilatoires et/où à côté de la plaque, jusqu'à ce qu'elle se lasse et conclut que je n'était pas intéressé. Le plus simple aurait été de lui dire que j'étais déjà avec quelqu'un et fidèle et là de deux choses l'une :
- Dans son esprit, il ne s'agit que d'une nuit (ou de quelques nuits), et cela n'aurait présenté pas de problèmes pour elle.
- Dans le cas contraire, la situation aurait été claire et saine, plutôt que mes lamentables manoeuvres d'évitement.
Détail amusant, un homo est venu me rejoindre plus tard sur le balcon pour les mêmes raisons et avec, cette fois, bien plus de tact, j'ai du lui expliquer ma situation d'hétéro en couple. Il ne l'a pas mal pris, mais j'ai été sincèrement malheureux pour lui.
C. ayant compris que la cause était perdue, avait fini par se désintéresser de moi, et j'ai pu continuer à me torcher avec méticulosité jusqu'à ce que je me retrouve, sur les coups de 7 h du matin, Bld de la Vilette, assis sur le trottoir, la tête entre les mains, me demandant si j'allais vomir tout de suite ou tenter d'abord de prendre le métro.
10 juin 2009
Le cloporte
C'est la première fois que je la vois. Rien ne se passe. Comme si on était chacun engoncés dans une camisole trempée dans de l'eau froide et séparés par une paroi de verre de ... allez ... 50 cms d'épaisseur.
Pas d'hostilité. Ni de chaleur. Rien. Le babil incertain des connaissances de connaissances.
Pourtant j'aimerais bien savoir, moi, ce qu'elle a vraiment en tête, ce qui s'agite la-dedans, derrière la lente et presque laborieuse projection des mots. Pas ce qu'elle pense de moi. Je m'en branle. Enfin, non. Mais pas que ça. Tout le reste. Tous les petits atomes qui gravitent et s'entrechoquent dans la masse grise de sous son crâne. Si elle pleure quand elle se fait larguer, si elle se torche quand elle largue, si elle essaie de pisser debout quand elle est vraiment bourrée. Ce genre de choses importantes.
J'aimerais aimer tout le monde, moi, en fait, au lieu de discutailler dans le brouillard comme un aveugle nage dans une piscine à la forme mal définie. Mais allez dire à un mec que vous l'aimez. Que vous l'aimez bien, entendons-nous. Ca va jeter un froid. On peut porter son cynisme et ses causes perdues en bandoulière. Pas de problème. Pour le reste ...
Mais allez dire la même chose à une fille. Elle va croire que vous voulez la sauter. Ce qui de temps en temps ne sera pas tout à fait faux. C'est en fait pire dans ce cas là. Une cause perdue. Autant attaquer un camion Brinks avec un lance-pierre.
Vous avez déjà dit, vous, à quelqu'un que vous l'aimiez bien et même mieux que bien ? Pas à votre amant(e), vous m'avez compris. A un(e) presque inconnu(e) que vous voyez pour la première ou deuxième fois ?
Alors, on ne fait rien, ou des sourires opportuns, un peu de voix en réponses, la politesse minimale en fin de compte.
Je vis comme un cloporte avec du savoir-vivre.
03 juin 2009
Un samedi soir à Paris
En terrasse, une nuit de ce putain d'été qui avait tant tardé. Votre serviteur en compagnie de deux jolies femmes, l'une triste, l'autre pas. A implicitement me justifier avec un discours « non, je ne suis pas un mec, juste un individu de sexe masculin, et c'est vraiment pas ma faute, un hasard génétique, point barre ». Mais elles étaient gentilles et n'en ont pas profité pour m'allumer usant de leur complicité. Et je n'ai pas craché le morceau, à savoir, qu'en dehors de toute autre considération, coucher avec une femme était une expérience sans cesse renouvelée, car les femmes, ça n'existe pas et que le seul vrai moyen de s'en apercevoir, c'est d'aller dans ce recoin de leur intimité qu'on appelle le corps, mais qui va bien au-delà. Ce n'est pas une question de bon/mauvais coup. Rien à voir. C'est avec l'altérité que ça a voir.
Parce qu'une femme :
- n' a pas le même goût, ni la même texture de lèvres, ni la même façon de les mouvoir
- Ni la même douceur de peau, en particulier dans le repli de l'épaule
- Ni la même façon de garder les yeux grands ouverts ou fermés suivant les circonstances
- Ni la même manière de se saisir de l'amant (ou pas) à tel ou tel moment
- Ni la même âcreté dans les replis de son sexe
- Ni le même petit hoquet (ou pas) quand elle est pénétrée
- Ni la même fraicheur trempée de sueur à l'intérieur des cuisses
- Ni ne pousse les mêmes roucoulements (ou pas)
- Ni même ce regard dont on ne sait s'il est provocant ou attendri ou autre chose
- Ni la même finesse de la toison pubienne.
C'est donc une expérience hautement intime et, comment dirais-je, personnalisé, unique.
J'y pensais à tout cela pendant que nous devisions de choses et d'autres, des bribes qui traversaient sournoisement ma tête, puis en ressortaient. Je n'ai pas eu vraiment d'ouverture pour caser mon petit laïus. En plus c'était grandiloquent et ça pouvait être interprété comme plus royaliste que le roi, et en tant que tel, un brin suspect.
Et puis je suis timide et (trop) poli.
Sans compter que la soirée était agréable, qu'il suffisait de la laisser se dérouler dans la magie de cet été tardif. J'étais bien, je les écoutais, je parlais aussi un peu.
Il faisait doux ...
15 mai 2009
Insomnie
Comme tous les soirs où je sais que je ne vais pas dormir et où je compte avec angoisse le nombre décroissant des somnifères dont je suis bien obligé de largement dépasser la dose prescrite, j'erre sans errer, de mon fauteuil à mon fauteuil, en regardant l'écran et en écoutant le PC qui fait « Vrrr » sans rien faire de très défini, sans oublier de m'admonester pour faire quelque chose de plus précis. De foutrement plus précis.
Ok, j'ai repris les tours de cartes, c'est comme la bicyclette, la carte du dessus du paquet se retrouve en dessous et réciproquement. Mais cela reste vraiment laborieux pour un gaucher des deux mains. Comme si je voulais me mettre à vendre des aspirateurs en porte à porte.
Ok, je me dis qu'après mûre réflexion et lecture en diagonale de blogs divers, j'encule la littérature, mais cela n'a non plus rien de très nouveau. D'autant que la littérature s'en moque bien d'être enculée. Quel intérêt, alors ? Nous sommes loin du prince Malatesta qui sodomisa le légat du pape en place publique, histoire de montrer qu'il était maître dans son fief. Et, en l'occurence, mon fief se réduit au fauteuil à roulettes, ce qui fait peu.
Les livres me tombent des mains. Surtout les livres traduits du japonais. Presque drôles à force de surréalisme involontaire, mais pas suffisamment tout de même. Traduits par des gens qui n'ont pas l'air de parler correctement leur langue natale (les français). Qui ignorent ce qu'est un cliché stylistique. Et qu'en général, il faut le transposer et ne pas le rendre littéralement. Comment dire ? Un exemple classique de cliché stylistique (en français) : « la neige et son blanc manteau ». Il y a les mêmes en japonais, ou plus exactement, justement, pas les mêmes, ce qui rend le mot-à-mot souvent ridicule. Imaginons que l'équivalent japonais soit : « la neige, telle une épaisse couche de Vache-qui-rit ». J'exagère un peu, mais on tombe sur ce genre de chose. L'ennui, c'est que le traducteur médiocre ne va faire ni une ni deux (autre cliché stylistique) et rendre ça tel quel. Vous imaginez le tableau (idem) ...
Vous vous en foutez de tout cela.
Vous avez bien raison.
Le truc, c'est que je ne dors pas, mes yeux sont prêts à saigner, je suis naze et je raconte des choses qui trainent, des choses dont il faut bien faire quelque chose plutôt que de regarder le plafond quand l'épuisement m'empêche même de lire ou de regarder une vidéo inepte.
28 avril 2009
Consolation
Il est possible que nous ne puissions jamais être consolés. Sans que nous sachions de quoi exactement nous devrions être consolés.
Mais il est possible d'essayer.
Comme d'imaginer un monde saturé de présence.
Et pas seulement de ZAC, d'autoroutes, de fiches de paie et d'ennui.
Ce que l'on appelle ou appelait le « sentiment océanique », cette poignante sensation qui vous saisit généralement face à la mer (d'où son nom) et qui laisse à penser qu'il y a quelque chose derrière le voile des apparences ; une ou des divinités par exemple.
Au moins une présence.
Un quelque chose ineffable.
On oppose souvent le « sentiment océanique » au matérialisme, comme quoi les idées molles ont de l'avenir, le matérialisme se retrouvant avec le vertigineux problème de la présence de ce qui est sans explication d'aucun ordre.
Sans compter que ce « sentiment océanique » varie considérablement selon des variables socio-géo-historiques. Ce qui ne milite pas vraiment en faveur de son existence.
Souvent c'est la « nature », sa vigueur, sa générosité, son côté gésine en folie qui frappe les imaginations.
Pas moi.
La verdure, ça m'emmerde.
Non, ce qui me saisit, et me fait sortir en plein midi par 40°, s'apparente plutôt à la torture des pierres sous l'implacable soleil de Juillet. Les roches et les cactées assoiffées sont autant la « nature » que la grasse herbe normande ou tropicale. Dans le vacarme des cigales demi-folles et de la rocaille travaillant comme un glacier, il est possible de distinguer les lentes, très lentes paroles de la terre, particulièrement lors de ses noces avec la mer, car, bénies soient ces contrées, la mer n'est jamais très loin.
Je me souviens que, petit, je sortais me promener la nuit, traversais la zone d'urbanizacion de merde où le grand-père habitait et entamais l'ascension de cette colline que mon oncle désignait comme la chaîne Bétique finissante - ce qui lui conférait une toute autre dignité. La poussière avait cette qualité particulière que seuls les habitués savent distinguer, poussière de calcaire, de crasse, de débris de coquillages et de rognures de caroubiers. Elle s'était déposée partout, sur les oliviers et amandiers à l'abandon, sur les aloes, les figuiers de barbarie, et à chaque pas, une fine couche subtilement iodée venait se coller à mes dents, aspirée par le travail de plus en plus vif de mes poumons.
J'arrivais en haut au bout d'un petit quart d'heure et regardais la mer noire, les points lumineux sur le rivage, le phare du cabo negro presque en face de moi, oubliant la diarrhée des resorts en rang serré jusqu'à San Juan, la chiée des campings à Bataves congestionnés, les boites à cons sur la route de Lucentum et finalement la quotidienne humiliation de la mer.
Parfois je me masturbais tout là-haut, m'imaginant que mon sperme, en dévalant la pente de l'autre côté, allait grossir, grossir, à la façon d'un tsunami et emporter le chancre de béton et ses habitants. Puis je redescendais, tranquillement, à petites foulées, il devait être 23 heures, 23 heures 30, c'était après le repas, il faisait encore une trentaine de degrés, et le monde ne pouvait pas être plus magnifique.
08 avril 2009
De l'amour III
Il y a un proverbe qui dit quelque chose comme : ne couchez jamais avec quelqu'un qui a de plus gros problèmes que vous. Que l'on peut aussi décliner en : ne couchez jamais avec quelqu'un de plus névrosé que vous.
A fortiori : ne vous mariez pas - ou ne vivez pas maritalement - avec quelqu'un de plus névrosé que vous. Vous allez vous ruinez la santé, tout va finir en larmes et en cris, toujours de la même façon, sans remise en cause de part et d'autre, et le petit manège pourra un jour ou l'autre repartir suivant les mêmes modalités et les mêmes résultats. Vous pourrez certes en tirer des réflexions de fond de cendrier comme quoi en amour il y en a toujours un qui souffre et l'autre qui s'ennuie. Vous y gagnerez certes en profondeur vis à vis de vos pairs, mais le vide - et le sentiment d'échec - continueront à forer.
Vous pourrez aussi vous consoler en vous racontant de belles histoires comme quoi c'est qu'une question d'hormones et qu'au bout de quelques mois, tout le sable vous aurait filé d'entre les mains. Ou que le quotidien vous aurait mutilé sur le moyen et long terme. Et que c'est la vie.
B'. est un être solaire, parmi les plus équilibrés que j'ai jamais rencontrés. L'astre autour duquel j'ai une fâcheuse tendance à tourner - tandis que je n'entends pas son discours selon lequel je suis celui autour duquel elle tourne aussi. Qui est à la vie ce que les mûres volées sur les buissons épineux sont aux promenades à la campagne. Qui ne transige sur rien. Qui a décidé que sa vie serait une fontaine de lumière. Difficile de transiger dans ces conditions. Toute faiblesse, tout manquement minable aux respects mutuels n'est pas imputable aux meules féroces de la vie, mais à nos paresses, à nos à-peu-près, à notre goût pour la facilité. Tout le contraire d'une chieuse ou du chieur qui, lui ou elle, pourrit la vie de l'autre pour de mauvaises raisons dissimulant les vraies - souvent inavouables à ses propres yeux parce que trop mesquines, ridicules ou dérisoires. Alors elle exige. De retailler l'amour dans le bloc de temps à autre, de le polir quand il le faut ou de le débarrasser des scories qui se sont accumulées. Il faut toujours exiger. Ne se satisfaire que du meilleur. Toute compromission est un doigt mis dans l'engrenage. Elle a raison. Malgré la fatigue, la routine, les sales gueules qui vous empoisonnent dans les rues, les transports, au boulot, on doit être capable de secouer sa mauvaise graisse et de se plier à la discipline d'Eros (ou peut-être d'Agapè en l'occurence).
Sinon, viendra le jour où il sera trop tard, où vous vous réveillerez avec un(e) inconnu(e) à qui vous imputerez l'échec de toutes ces années, un(e) inconnu(e) jouissant de plus de l'usufruit de la moitié du ou des gamins dont vous vous demanderez pourquoi diable vous l'avez ou les avez pondu(s).
Sinon, vous aurez tout perdu, puisque vous vous réveillerez aussi pour vous apercevoir que vos rêves nébuleux de jeunesse se sont résorbés en un travail inutile et fastidieux.
Il est temps de s'y mettre. Ou de ne pas s'y mettre, si vous sentez que l'aventure n'est pas faite pour vous. Il n'y a pas de honte à ça. C'est de loin préférable à la réitérer sempiternellement comme un chemin de croix aux étapes répétées et encore répétées, sans la moindre variation.
06 avril 2009
Portrait de l'artiste en jeune chiot
B', la culture, elle s'en tape. Pas qu'elle trouve que c'est un bluff, une gourmette pour cadres en mal de supplément d'âme, comme moi. Non, elle s'en fout. Elle rajoute parfois quelques louchées de Poujade pour m'embêter, mais elle n'y croit pas vraiment, et ce n'est donc pas très drôle.
Inutile d'ajouter que ce n'est pas grâce à ma tsunamique érudition que je l'ai séduite, mais bien au contraire, par mon côté je-sais-tout-mais-c'est-sans-importance. Même si je l'ai déjà bluffée en lui racontant mieux l'histoire de la CGT que ses profs à l'école du parti.
Il n'y a guère que le cinéma qu'elle considère avec un certain intêret, depuis que - sans avoir l'air d'y toucher - j'ai sorti de ma collection personnelle, quelques perles - dans le meilleur, comme dans le pire sens du terme.
Inutile donc d'attendre le moindre encouragement de sa part quand je me mets à produire quelque chose.
Un rien frustrant quand même.
Elle ne lit pas ce que j'écris, ne regarde pas ce que je dessine, ne zieute pas ce que je photographie, ne visionne pas ce que je filme.
Un jour, dans un village lointain, à une époque toute aussi lointaine, une jeune fille monta tout en haut du donjon et s'en battit les couilles avec une frénésie telle que le bourgmestre sortit en catastophe de chez le barbier, croyant que les féroces Mongols étaient revenus mettre le pays à feu et à sang. Il manqua s'emplafonner dans une foule amassée au pied de la forteresse tandis qu'un puissant roulement de congas provenait en vagues ininterrompues, semble-t-il, depuis le ciel. Chacun y allait de son commentaire, de son avis, mais tous étaient d'accord pour fustiger la donzelle qui tout la-haut s'était appropriée des attributs irrémédiablement masculins pour ce concert assourdissant.
D'ailleurs le Seigneur du crû vint sur son blanc destrier pour demander à son homme-lige quel était donc ce bordel. Lequel lui expliqua que c'était encore Marie-la-folle qui faisait des siennes. Le seigneur soupira en prenant son front dans la main, comme exténué, puis repartit en rappelant au bourgmestre qu'il était responsable du calme et de la tranquillité dans le village, et qu'il avait intêret à se remuer un peu s'il voulait éviter une visite prolongée et tous frais payés dans son cul de basse fosse. Le fils du Seigneur, lui, sur son destrier encore plus blanc, beau comme un lys, aux cheveux d'or et à la mine botoxée de Chippendale, resta et sortit sa lunette d'approche qu'il transportait toujours avec lui (ça tombe bien).
Evidemment, dès qu'il aperçut Marie-la-folle dans le disque tremblotant, il en tomba éperdumment amoureux et jura qu'il l'épouserait, ce qui impliquait, il ne le savait que trop, de lui faire passer sa désagréable manie. Et comme disait le bourgmestre : « c'est pas gagné ».
Au début, je trouvais son indifférence terriblement frustrante, mais avec le temps, et au final, je préfère qu'il en soit ainsi. Dans le cas contraire - et je ne saurais pas trop pourquoi - j'aurais l'impression de passer pour un imbécile. Sans compter qu'elle ne réchigne jamais lorsque j'émets l'idée - par exemple - de transformer le salon en vaste chantier pour réaliser un grand bidule conceptuel de 6x4 mètres, à base d'altuglass, de sable, de cables défectueux, de colles fortes, de peintures acryliques indélébiles et autres saloperies ...
20 mars 2009
Neo-libéralisme goût réglisse
Hier, je me suis posé la question : « Pourquoi suis-je contre l'ultra-libéralisme ? ». Ou, pour le formuler autrement : « Qu'ai-je donc à lui reprocher ? ».
Il y a des jours comme ça, où l'on remet en cause au débotté ce qui paraissait aller de soi jusqu'alors.
Oui, pourquoi ?
Il y a une réponse évidente : l'ultra-libéralisme (je n'emploie pas le terme de néo-libéralisme, parce qu'il n'a vraiment rien de bien nouveau) aggrave les inégalités, ce qui est un euphémisme pour dire que les riches deviennent de plus en plus riches et surtout que les pauvres deviennent de plus en plus pauvres, jusqu'en dessous du seuil de pauvreté pour une part croissante d'entre eux.
Cette explication, frappée au coin du bon sens, pêche quand même sur un point : les pauvres n'intéressent personne, surtout pas les pauvres locaux (dont une partie vote Front national), sinon pour justifier quelques effets de manche. Ce n'est même pas qu'ils n'intéressent personne ; ils sont à la fois méprisés et craints - ce n'est pas pour rien qu'on a ressorti le terme de populisme de derrière les fagots (avec un sens totalement biaisé pour la circonstance).
Donc l'accroissement des inégalités - explication évidente en ce qui me concerne - ne me parait pas être le paradigme moteur des « contres ».
Alors quoi ?
La promotion des cons ? Pas besoin d'ultra-libéralisme pour ça.
Quoi donc, vindiou ?
Et, vous, vous savez pourquoi vous êtes contre ?
06 mars 2009
Le goût des choses mortes
Quelque part sur le net quelqu'un faisait un lien vers un blog d'un psychanalyste - écrivain chez P.O.L de surcroît, lequel parlait d'une peintre contemporaine dont on pouvait entendre la voix récitant un texte d'elle via une autre url. En dissertant sur la différence de grain, de tessiture de sa voix par rapport à d'habitude.
Très précieux et pointu, pour ne pas dire fin de race.
Le goût des choses mortes.
Encore que ...
Le goût des choses mortes ...
Quel goût peuvent donc avoir les choses mortes ?
Pour commencer, il me semble qu'on ne mange que des choses mortes, préalablement tuées pour être précis. A part les huitres. Et les légumes. Mais ces derniers sont-ils bien vivants quand ils le sont ; je veux dire : avant d'arriver dans mon assiette ? Quand ils ont été bouillis, je veux bien admettre qu'ils sont définitivement décédés. Mais en crudités ? Encore que je ne vois pas ce qui pourrait survivre à pareil découpage en fines lanières ...
Recentrons-nous sur le vivant indiscutable : les animaux.
On les dézingue à l'abattoir et le boucher les coupe en morceaux : le goût des choses mortes est donc une expérience quotidienne et finalement d'une banalité affligeante.
Je suis déçu.
A moins qu'il ne faille comprendre : le goût des choses mortes depuis longtemps ; le goût du cadavre avancé. Ou le goût des bêtes fraichement massacrées avec le pelage encore poisseux et tiède, le sang à peine coagulé, les griffes terreuses.
On en reviendrait alors à quelque chose d'assez dégoûtant, de malsain.
A une perversion.
Et pour expliciter la métaphore, tout mon mépris sourdrait de cette expression, mépris envers cet aglomérat de signes culturels à bout de souffle - comme cette émission « Dieu et Simone Weil » sur France-Cul.
Oui, mais non.
Parce que le Janus.
Si gloser à l'infini sur des signes de signes de signes de signes est symptomatique d'une décrépitude avancée, cette dernière n'en est pas pour autant annoncée. Cela bénéficie - eh oui, encore ! - d'une certaine aura qui peut impressionner, au moins les auditeurs de France-Cul.
Et jusqu'à preuve du contraire, se fourrer un mulot mort dans la bouche et le mâchonner n'est et ne demeure qu'une activité dégoûtante que personne ne peut marquer d'un signe + ou devant laquelle s'extasier en secret (ou pas).
Je réfléchirai un peu plus avant de parler.
Ou plutôt de penser.
22 janvier 2009
L'Eglise
Hier, Je suis allé dans une église. Pendant la journée, durant les heures de bureau, pour y bruler un cierge. Pour y prier tandis que la cire s'écoulait, pour que quelqu'un m'entende, quelqu'un que je savais ne pas être là, ni dans le bâtiment, ni n'importe où ailleurs. Parce cet impondérable pouvait faire pencher la balance en sa faveur. Malgré tout.
C'est pour ma fille que j'ai prié.
Pour qu'elle n'hérite pas de son père.
Pour qu'elle ne soit pas une paralytique de la volonté, de la vie, de la tête, en somme.
Je ne pense pas réellement qu'elle puisse garder toute sa vie son émerveillement actuel devant le monde. C'est pourtant pour cela que je priais.
Pour que je ne la détruise pas, entravé par des routines elles-mêmes léguées, et qui permettraient au travail de reproduction de se déployer dans toute son horreur.
Pour que je ne me fasse pas déborder par les séquelles de ma propre enfance.
Pour qu'elle puisse devenir une adulte forte et autonome. Forte parce qu'autonome.
Pour qu'elle puisse faire de sa vie ce dont elle a envie, qu'elle soit une piscine de lumière où rien ni personne ne pourrait l'atteindre ou même la blesser.
Pour qu'elle soit suffisamment forte pour pardonner à son père si faible et le remercier de l'avoir aidée à devenir ce qu'elle est.
Pour qu'elle puisse choisir, pour qu'elle ne traine pas des pieds dans une existence imposée, non désirée.
Pour qu'elle sache se défendre, s'imposer, séduire.
Pour qu'elle accepte le monde avec joie, sans arrière-pensée, et que ce ne soit pas par défaut.
Pour qu'elle puise dans sa mère et que je n'interfère pas.
Ma fille est encore une merveille. Qu'elle le demeure.