Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

09 mai 2007

A propos de Calle

Et à Beaubourg, j'ai acheté un bouquin sur Sophie Calle. C'était Beckett, le pretexte. Dans notre série, Nos Grands  Hommes : après Clémenceau et Gambetta lorsque j'étais à l'école primaire, les nouveaux jetés en pâture à l'admiration consensuelle. Mais on s'en fout.
J'étais tombé amoureux de Sophie Calle il y a longtemps. Quand j'avais vu "No Sex Last Night". Et que j'avais découvert ses filatures, ses travaux d'espionne lorsqu'elle s'était faite engager dans un hôtel vénitien. Elle avait réalisé sans le savoir bon nombre de mes fantasmes, tous ceux tournant autour de l'usurpation d'identité et du dévoilement de l'intimité. Celle des autres, des inconnu(e)s qu'on croise.
Mais en lisant le livre, je me suis rendu compte qu'elle a triché. Elle les a choisi les suivis, les suiveurs. Parce que ça me taraudait, cette histoire. A suivre les gens, statistiquement, on ne tombe que sur de la banalité. Des vies rangées. je le sais, je l'ai fait. Comme ces lumières qu'on voit de loin aux fenêtres des immeubles et dont on imagine qu'elles abritent des vies merveilleuses et différentes. Alors que ce n'est pas le cas. Généralement des familles dorées sur tranche en train de regarder la télé.
Elle a triché. Et comme elle le dit elle-même, toute à sa ferveur de ne pas passer à côté de quelque chose, elle a sélectionné. Parce que, toujours statistiquement, on ne passe à côté de rien. Peut-être même qu'en général, on ne passe jamais à côté de rien.  Elle avouera  un jour et sortira des carnets où elle a noté les filatures sans interêt qu'elle a laissé en plan, voyant que ça ne menait nulle part.
Il faudrait autre chose. Se déguiser en agent recenseur de l'INSEE pour pénétrer chez les gens, leur donner à remplir des formulaires légèrement modifiés pour qu'ils se dévoilent ou même leur proposer des rendez-vous supplémentaires mais facultatifs, toujours sous couvert officiel, pour les faire parler. Au risque de voir s'étendre ce qu'on essait de conjurer, à savoir l'immensité de la banalité.

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25 avril 2007

De l'esprit des lois

Ce qu'il y a de bien et de terriblement démocratique avec la pollution, c'est que plus vous avez de l'argent, plus vous avez le droit de balancer vos saloperies dans la nature. Dans le cas de la pollution visuelle, ce pognon autorise des entreprises secondées par des publicitaires décérébrés de coller un peu partout dans l'espace urbain d'énormes affiches laides et agressives. Les crétins (comme JF Kahn) prétendent que ça rend la ville plus gaie. Un peu comme les merdes de chiens sur les trottoirs. Ca les rend mega-funs, les trottoirs.
Et donc, en vertu du fait que celui qui paie est plus égal que les autres, les couloirs du métro sont littéralement couverts d'affiches ringardes et moches. Il ne me viendrait pas à l'esprit de mettre aux murs de chez moi les « créations » dérisoires des pauvres tâches qui oeuvrent dans la pub et s'imaginent être des sortes d'ersatz d'artistes. Mais dans l'espace public, c'est un devoir civique de se les farcir.
Fort heureusement des gens qui ont des couilles au cul ont retourné le principe et ont décidé de faire de même, et, ce, sans la moindre thune. Bravo les mecs !

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Station de métro Grands Boulevards, Samedi 21 avril vers 18 heures ...

Et comme ils sont vraiment sympas, ils donnent même le mode d'emploi ...

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25 mars 2007

Orsay, c'est d'la daube, dis-je à la populace médusée

Aujourd'hui, je suis allé au Musée d'Orsay, plein de Japonais et de mecs qui filment les statues au caméscope. Vous savez, les statues, ces machins qui ne bougeraient pas d'un pouce même si elles voyaient un billet de 500 euros à leur pied. C'est C. qui m'avait proposé d'y aller. J'aime beaucoup C. qui a un joli visage émouvant. J'aime beaucoup les filles qui ont un joli visage émouvant. Je suis un gros macho sur le fond. Oui, mais C. est aussi 'achement intelligente. J'aime beaucoup les filles intelligentes, comme quoi j'ai réussi la séance de rattrapage.

On était censé aller voir une exposition temporaire Spillaert, que j'avais raté à Bruxelles pour des raisons indépendantes de ma volonté. En fait, y'avait pas grand chose et pas ce qu'il a fait de meilleur. Pas grave.

Pour tout dire, le musée d'Orsay, je n'en comprends pas le principe. Dédier un musée à des croutes infernales, les pires peintres pompiers du XIXème siècle, ça me dépasse. Encore les scènes de genre à grand spectacle, ça me fait rire. les Romains de la décadence est d'un kitsch absolu. Priam priant Achille d'épargner son fils est pas mal non plus, sauf que Priam ressemble à un usurier juif levantin suivant l'imagerie de l'époque. Mais le meilleur, c'est L'école de Platon qui pourrait faire la couverture de Tétu. Platon ressemble à Jesus-Christ et ses disciples à la page centrale de Play-Boy sauf que c'est pour les lecteurs de Tétu. je ne sais pas si vous suivez.

Mais bon ... C'est aussi plein de croutes, ce musée. Et quand je dis des croutes, je suis poli. Pourquoi ne pas abriter aussi les clowns en larmes de la place du Tertre ? Il y a en particulier une statue intitulée le joueur de mandoline florentin (ou un truc comme ça) qui ne déparerait un magasin de décoration d'intérieur du faubourg St Antoine. L'horreur ... D'ailleurs, on tombe tous les deux sur une petite statue et on se dit in petto ah enfin quelque chose de bien. On s'est aperçu qu'elle était de Camille Claudel. Fastoche ...

Un truc qui est réconfortant, c'est qu'on a droit aux dithyrambes des critiques de l'époque qui portaient aux nues des tâcherons infernaux plus académiques que des représentants du réalisme soviétique de la grande époque (avec moins de talent). Et l'on se dit que nos critiques actuels, les illettrés incultes qui oeuvrent dans Les Inrocks ou Chronicart sont du même tonneau et que ce qu'ils nous présentent comme le méga-chef d'oeuvre du mois sont de bonnes grosses bouses tout aussi académiques, ringardes et éculées. On a d'ailleurs eu droit à un machin conceptuel à base de vidéo, et même que le texte de présentation nous parlait d'identité, du pouvoir des images,de distance et de la main de ma soeur. Non, la main de ma soeur c'est pas vrai. Dommage d'ailleurs. Bref, du balisé depuis la mort de Ramsès II, du tout venant, du poncif pour talk-show. De l'académique certifié début XXIème en somme. Il faut dire aussi que les critiques d'art (et pas mal de conservateurs de musée) décrochent leur poste du fait de leur entregent et pas à cause de leur capacité à repérer le talent. Faut pas déconner non plus. En y réfléchissant d'ailleurs, les rares critiques qui sont passés à la postérité exerçaient souvent une autre activité, comme Mirbeau. Et, eux, ne se trompaient pas, en général.

Bref heureusement que C. était là, sans quoi je me serais enfuit en hurlant, en n'omettant pas de massacrer quelques golios camescopés à coup de Zeus se grattant les couilles sur le mont Olympe ....

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23 mars 2007

En passant

D'ordinaire quand il y a attroupement devant les marchands de télés, c'est foot. Mais moi, j'habite dans un monde merveilleux où les autochtones sont basanés et ont des moeurs étranges. Pour tout dire, je ne suis pas vraiment un autochtone moi-même.
Et quand il y a foule sur les trottoirs de Little India, c'est cricket. Et ce soir, c'était Inde-Sri Lanka. Du sérieux, donc. Je crois que les voisins du nord gagnaient, parce que ce n'était pas un fol enthousiasme qui transparaissait sur les visages burinés des natifs de Cipango. Enfin, je crois. Parce que le criquet, hein, tout le monde le sait, y'a que les rosbifs et leurs ex-sujets qui en comprennent les règles. Un peu comme le base-ball. Encore que S. m'a soutenu les comprendre. Mais je pense que c'était pour me bluffer.
Bref, j'ai rien pané, d'ailleurs il faisait froid et je ne me suis pas éternisé. Et puis, L. et sa remplaçante, L. aussi, m'avaient massacré jusqu'à ce que j'entre en symbiose avec le tatami. Tout ce que j'ai pu remarquer, c'est qu'au cricket, le mec qui tient la batte et le gus derrière lui portent des casques comme au football américain. Cause des balles, bien sûr, et pour le bloqueur, à cause des mouvements éventuellement incontrolés de l'objet contondant que manie le bonhomme de devant.

C'est tout pour aujourd'hui ...

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02 mars 2007

Le pays et le vieil homme

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Ca fait partie des questionnaires qui tournent in da blogosphère. Ca dit : Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 18 et écrivez la 4ème ligne. Ah ouais, d'accord. Ben moi, c'est « Oh, Malko, mais vous êtes monté comme un âne » susssura la pulpeuse Samantha.

Cette pétillante introduction pour vous informer que, moi, je lis de bons livres. Pas Da Vinci Code meets Angot at Ok Corral. Naan. De vrais livres écrits par de vrais gens et pas par des logiciels d'intelligence artificielle paramétrés par des marketeux et des directeurs des ventes.

Tenez, par exemple, le dernier Cormac Mc Carthy. Je croyais qu'il était mort. En fait, non. Certes ça ne vaut pas le monstrueux Méridien de Sang. Dont on pourrait faire un film tout aussi monstrueux. Qui, il est vrai, rappellerait peut-être, de manière un peu génante, La horde sauvage.

C'est étonnant. CMC n'a plus rien à démontrer, plus rien à prouver. Pourtant, il s'est mis à l'ouvrage et a pondu ... Un polar. Ni plus, ni moins. On ne verrait pas ça en France : un écrivain connu, couronné par des prix prestigieux, censé oeuvrer dans la vraie littérature, qui se met à écrire un polar. Et pas sous forme d'un pastiche, d'un sac à références ou d'un pretexte. Non, un vrai polar, avec l'application et le sérieux de l'artisan. CMC en fait d'ailleurs presque un peu trop, nous détaillant à loisir les caractéristiques des lunettes de visée.

Il faut dire que le polar français, c'est redoutablement mauvais en général. Littéraire. Dans le pire sens du terme. Je me souviens d'une phrase : la nuit tombait. Drue. A ce moment, j'ai stoppé net la lecture, déjà pénible, et ai balancé le bouquin par terre. Une écriture de pion.

Donc CMC s'applique. Une écriture sêche, bien éloignée de celle, fort lyrique, de Méridien. Une histoire policière, presque basique : les tueurs, les traqués, les flics. Le tout rappelant les premiers Crumley. Même si en définitive, CMC triche un petit peu avec les lois du genre puisque l'énigme se resoud au 3/4 du livre. Une incartade vénielle.

Oui, je sais, je l'ai dit 100 fois. Mais je le redis : la meilleure littérature vient des USA. Parce que contrairement à la France, le simple fait d'écrire ne vous désigne pas comme élu de Dieu. Au contraire. La critique n'encense pas systématiquement n'importe quel torchon imprimé. Ecrire n'assure pas un statut prestigieux du simple fait d'aligner des mots.
Ce sont des conditions paradoxalement favorables à l'émergence d'une littérature de qualité.


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27 février 2007

En prenant le train

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Un des désavantages de la décentralisation, c'est de disperser sur tout le territoire de redoutables incompétents. Du temps du jacobinisme, on les enfermait au même endroit, et quand ils faisaient vraiment trop n'importe quoi, on y mettait le feu. Ce qui permettait de remplir les hautes administrations de nouveaux patibulaires à tête de marchands de bagnoles d'occasion vereux.

Maintenant, c'est plus possib'. Ils grouillent dans tout le tissu du pays, se prenant pour de petits dieux vivants, incontrôlables, sûrs de leur génie ou de leur bon droit, insaisissables, comme une horde de supporters bourrés lachés dans la ville. En particulier, cela permet de multiplier les directeurs de com', vagues cousins ou neveux des édiles, ayant somnolé quelques années du côté du radiateur à Science Po ou ayant appris le marketing dans Ca m'interesse. Ce qui leur permet (par exemple) de pondre ceci :

sport

Bon, la photo, n'est pas très nette, je l'ai prise à la volée, juste avant de me précipiter dans le train. Mais faites moi confiance, le personnage à double rangée de dents qu'on distingue est une femme. Couverte de boue.

Le Conseil général promeut le sport. C'est normal. Les vieux débris qui président aux destinées du département adorent les sportifs. Tout le monde, d'ailleurs, adore les sportifs. Les sportifs, c'est sain, ça ne se drogue pas, ça baise uniquement pour améliorer ses performances en 110 mètres haies, ça ne se bastonne pas avec les flics, et ceux qui connaissent des sportifs d'extrème-gauche me préviennent que j'aille enquêter (des sportifs d'extrème-droite, voire des ministres des sports anciens de Vichy, y'en a eu un paquet. Cette crapule revancharde de Coubertin est aussi un bon exemple).

Alors on encourage la belle jeunesse à aller cracher ses bronches sur le stade plutôt que de foutre le feu à des 306. C'est de la gestion du social basique. Le problème, c'est qu'avec cette affiche, on s'imagine que la belle jeune fille s'adonne au catch dans la boue. A poil dans une fosse entourée d'ivrognes turgescents gueulant des insanités pendant qu'au micro le patron du clandé narre les exploits de Stella la chienne de Sibérie contre Lulu la cochonne de Béthune. Ca la fout un peu mal. Si j'avais une fille, je ne l'enverrais certainement pas faire du sport. Non, je préférerais encore qu'elle se fasse tringler par un publicitaire, tiens ...

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25 février 2007

Nostalgie audiocide

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Dans le temps, j'écoutais la radio. En vérité, je n'écoutais que Radio-Libertaire. Depuis, fini la radio. Leur emmetteur est vraiment trop peu puissant, et j'ai du mal à les capter, alors que j'en suis assez proche.
La seule station à proposer une alternative musicale, les babas enformolés, les métalleux très graisseux ou l'expérimental qui tâche. En gros, tout ce qui ne passe pas ailleurs, l'ailleurs étant trop occupé à injecter dans les oreilles la purée mousline et sans même pouvoir mettre le jus dedans.

A l'époque, B'. avait une mini-chaine faisant radio-réveil, laquelle nous extirpait du pays du sommeil gras avec des trucs comme ça :

Avouez que ça a quand même plus de gueule que France-Info et les trépanés du service public (un super nom de groupe, par ailleurs).
Mais ce qu'il y a de plus redoutable, c'est Epsilonia, compilation de machins parmi les plus inaudibles et qui me rappellent ma folle jeunesse. Toujours le dernier au courant, j'ai fini par découvrir le site web de l'émission. Et me suis rendu compte que,  d'une part, l'underground musical a une vigueur assez stupéfiante puisqu'il survit depuis au moins 30 ans, et que, d'autre part, il ne se renouvelle pas des masses, puisque j'ai cru reconnaitre des trucs entendus vers 1980 alors qu'ils n'avaient à tout casser que 2-3 ans au compteur. Pour tout dire, un Fred Frith continue vaillamment dans le genre, alors que je l'ai découvert comme guest-star sur le 2ème album des Damned, si je ne m'abuse (En vérité je m'abuse : il s'agit en fait de Lol Coxhill).

Travaillé au corps par la nostalgie, je suis allé voir du coté des vinyls au fond du placard ; avais-je encore de l'inaudible ou simplement du qui-fait-mal-aux-oreilles ? Ma foi, oui.

Alors une petite collection de pochettes s'impose. Rassurez-vous, je vous épargnerai des extraits musicaux, parce que j'ai bien compris que vous étiez des gens normaux, vous ...

Par ordre d'inaudibilité croissante :


lydia_lunch
Lydia Lunch - Hystérie (en fait une compil)



psychic_tv
Psychic TV - Those who do not (acheté en Islande)



swans
Swans - Public castration is a good idea (live dont il existe un DVD)



spk
SPK - Leichenschrei



throbbing_gristle
Throbbing Gristle - Thee Psychick Sacrifice (live à la prise de son atroce)



physical_evidence
Physical Evidence - Non



flux_pink_indians
Flux of pink indians (là, c'est ultime)

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12 février 2007

Phrases qui tachent

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Vous ne savez pas toujours quoi répondre au facheux qui vient de vous piquer votre place de stationnement ? A la tête de noeud qui vous a fauché le strapontin dans le métro ? Vous voulez user de représailles à son encontre ? Vous avez une envie de verbaliser votre courroux avant de lui exploser la tête ? Et ce de façon bien testostéronnée ?

Memapa vous aide avec ses merveilleux How to. Ecoutez la phrase ci-après et entrainez vous à la répétez pour pouvoir faire face à n'importe quelle situation pour les hommes, les vrais.

Vous voulez frimer devant votre Mamie qui vient de s'acheter un PC chez Auchan en démontrant votre maitrise absolue des NTIC ? L'ennui, c'est que vous ne faites pas encore bien la différence entre la souris et l'écran ... Pas de problème : Prononcez d'une voix sepulcrale la phrase qui suit et vous êtes sur de passer pour un de ces gourous que la télé invite régulièrement causer sur des sujets dont ils ignorent jusqu'aux prémisses.

(Les informaticiens - et tout particulièrement les ingénieurs systèmes - apprécieront. Quant à la glycérine, elle est solide à température ambiante. Glacée, elle doit être dure comme du bois)

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04 février 2007

Cargo cult

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- Ben, en ce moment, je lis un bouquin sur les Cargo cults
- Les Cargo cults, kézaco ? Pourquoi tu regardes pas la télé comme tout le monde ?
- Parce que j'ai perdu le fil d'antenne, je pense
- Et si tu m'expliquais un peu ?
- D'abord le culte du Cargo ne signifie pas le culte du navire (le cargo), mais plutôt le culte de la cargaison (cargo en anglais).
- Ah, j'avoue que je comprends nettement mieux maintenant ...
- Attends, attends, j'explique à la foule ignare ... Ce sont des cultes religieux assez récents (début du XXème siècle), de type millénariste nés essentiellement du côté de la Nouvelle Guinée et les îles alentour (Mélanésie). En très gros, voilà ce qui s'est passé : les indigènes mis au travail plus ou moins forcé dans les plantations de coprah se sont aperçus que les blancs (propriétaires des dites plantations) d'une part disposaient d'une foule d'objets extrèmement désirables du point de vue des natifs, des objets de blancs (fusils, radios, phonographes, nourriture en pagaille, etc ...), et que d'autre part ils ne foutaient pas grand chose. Il est vrai que faire de la paperasse et pratiquer la coercition ne constituaient un travail pour les autochtones, qui, eux, se cassaient le cul dans les plantations environ 10 heures par jour. Niveau pénibilité, on ne peut que leur donner raison. Ne foutant rien, on ne comprennait pas comment les blancs pouvaient produire tous ces objets succulents. La conclusion qui s'imposait était que ces objets, dont la somme formait le cargo, n'étaient pas produits par les blancs eux-mêmes, mais par les ancêtres morts des indigènes dans quelque paradis ou enfer lointain, et amenés par bateau (ou avion) chez les blancs suite à ce qu'on ne pouvait que qualifier de vol. Les divers cultes du cargo affirmaient que désormais le cargo allait être livré chez les autochtones par un navire piloté par les ancêtres morts, qu'il était inutile de continuer de bosser pour les planteurs, de bosser tout court, qu'on pouvait dilapider les ressources, abattre et manger les porcs, puisque tout ce qui était désirable allait être apporté par mer sous forme de cargo. Au final, les blancs seraient foutus à la mer, et on vivrait un nouvel âge d'or. Au passage, c'est un exemple exaltant de ce que les valeurs et/ou les croyances ne sont pas immuables et fondées de et pour toute éternité, mais soumises aux aléas et aux contingences socio-historiques, mais c'est un autre problème.
- Où veux-tu en venir ?
- A ceci : les revendications sociales en Occident peuvent être rapprochées du culte du cargo ; face à une minorité ne foutant rien (ou pas grand chose), puisque chez nous aussi, le salaire est inversement proportionnel à la pénibilité et que la fortune est de plus en plus dûe à la spéculation financière ou simplement à l'argent faisant des petits, une majorité
d'exploités ne demande qu'à bénéficier des divers artefacts  des nantis, ici et maintenant sans avoir à attendre.
- Attends, attends, c'est vachement réactionnaire ce que tu dis là. T'es en train de me raconter que les gens qui réclament sont des sortes de sauvages envieux qui ne comprennent rien aux structures economico-industrielles, et qui agissent comme des enfants pas contents. En pratique, tu fournis de l'eau aux moulins de « l'élite » qui sur le fond aimerait bien réduire le rôle du peuple, toujours un peu génant dans les démocraties formelles, qui ne sont en fait que des oligarchies méprisantes ...

Il y a des jours comme ça, où on a envie de se taper un grand bol de boisson alcoolisée pour se remettre et continuer, tant on est incompris.

[Intermezzo] Ca me rappelle quand j'ai revu B'. pour la grande réconciliation finale. On avait décidé de se retrouver dans un délicieux restaurant de nouvelle cuisine cubaine. Comme j'étais un peu nerveux, j'avais commandé un mojito, bien qu'en fait ce n'était pas nécessaire tant nous étions absorbés, béats, dans la contemplation l'un de l'autre. B'. qui ne boit pas d'alcool, qui déteste le goût de l'alcool, le coeur tout remué par les circonstances me demanda si elle pouvait gouter. Mmmhh ... Mais c'est bon, ça ! Avec la menthe, on ne sent pas cet arrière-gout qu'elle ne supporte pas. J'ai du y mettre le hola, d'abord parce qu'elle était en train de me siffler mon apéro, et aussi parce que je ne tenais pas à la la ramener complètement pétée chez elle, vu son peu de résistance à l'alcool du à un manque de pratique. [Fin de l'intermezzo]

- Non, tu ne comprends pas. Ce que je dis, c'est que les autochtones avaient raison ; leur exigences étaient logiques, parce qu'EFFECTIVEMENT, les blancs ne foutaient rien, s'en mettaient plein les poches, et qu'en dernière instance il n'y avait pas de raison qu'un groupe restreint accapare toutes les bonnes choses. On ne pouvait expliquer cette injustice par une différence de mérite et/ou de capacités (argument, il est vrai, auxquel les natifs auraient été culturellement assez peu sensibles). Mais par une mainmise illégitime des blancs sur les ressources. C'est ça qui est passionnant : la mise en perspective. Ce que nous percevons comme naturel (la récompense de nébuleux talents prétendumment supérieurs par une répartition inégale des richesses) ne l'est pas. Ce n'est qu'une construction idéologique, une rationnalisation / justification a posteriori, à laquelle seule notre mentalité de soumis permet de perdurer. N'ayant pas cette mentalité implantée depuis des siècles, les mélanésiens nous donnent une leçon que nous ferions bien de méditer.
- Mais t'es un putain d'anarchiste, toi ...
- Peut-être bien ... Il reste de la bière ?

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02 février 2007

Traité et Critique

Il y a toujours quelque chose de troublant à tomber sur les productions des avant-gardes du passé. Déjà le terme même d'avant-gardes du passé à un peu quelque chose d'un oxymoron. On se sent presque honteux devant la prétention et au final le ridicule achevé des déclarations d'intention des auteurs. A les entendre, grâce à eux, le monde de l'art allait changer du tout au tout, et le monde tout court par la même occasion. 57 ans après, il ne reste rien de ces mâles ambitions, à part peut-être une note de bas de page dans la thèse d'un futur docteur en histoire de l'art.
Ainsi le Traité de bave et d'éternité (1950) d'Isidore Isou génère tout d'abord une hilarité incrédule, et par la suite un incoercible ennui ne fut-ce que parce qu'Isou s'imagine faire une innovation absolue en matière de cinéma, alors que ce n'est malheureusement pas le cas et que sa production apparait au final comme d'une stupéfiante ringardise.

I. Isou, pour nos jeunes amis, a été le fondateur de l'internationale lettriste après la guerre, a eu Debord jeune comme disciple avant de se brouiller à mort avec lui. Pour en savoir plus, vous utilisez Google.

Outre la ridicule prétention dans laquelle s'embourbe tout le film, ce qui le plombe de manière définitive, c'est la voix du narrateur, une voix qui nous ramène au temps de Carné, la voix nasillarde du speaker années 50 des informations cinématographiques. Et comme rien ne vaut un bon exemple, vous pouvez juger sur pièce grâce à la maîtrise technologique qui me caractérise.

Par contraste, la Critique de la séparation (1961) de Debord, apparait comme un petit chef-d'oeuvre discret et modeste, bien qu'il oeuvre dans le même registre, à savoir le montage volontairement n'importe comment de stocks-shots sur lesquels une ou des voix racontent une histoire et/ou énoncent un programme politico-esthétique. Là où le Traité est pompeux et pompier, la Critique distille une insondable mélancolie, comme si le narrateur, au demeurant plus mesuré, ne croyait qu'à demi à son propre discours. On est assez loin de la compilation d'exclusions et d'anathèmes, d'esprit tchekiste passablement paranoiaque que constituent les cahiers de l'IS (abondamment cités, mais rarement lus, tout comme, il est vrai, La Société du spectacle).
On peut aussi savourer le style merveilleusement élégant et précis de Debord, style qu'on qualifie souvent de français, et qui se déploie ici dans toute sa splendeur.
Plus anecdotique, mais sympathique, on peut y voir G. Debord et M. Berstein (sa compagne à l'époque), ainsi que
d'autres membres de l'IS, comme Alexander Trocchi, auteur du fabuleux Livre de Caïn. Ainsi qu'une femme merveilleusement belle, au détour du film.

belle

Tout ces remarques, je l'ai dit, sont anecdotiques, et tout particulièrement la dernière. Mais peut-être n'y at-il que l'anecdote  qui puisse franchir les années sans prendre de rides ...

 

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