Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

14 avril 2008

Jambon-fromage

Dans le métro, des meutes de touristes squattent les places assises.
Les places pas assises aussi.
Se trainent comme des gastéropodes anémiques dans les couloirs souterrains comme s'il examinaient avec révérence les tableaux d'une galerie du Louvre.
Cherchent leur ticket juste devant les machines a broyer les contrevenants pendant que les gens qui bossent, eux, trépignent et cherchent un emplacement libre sur les côtés comme si leur vie en dépendait.
Se déplacent en troupeau de peur de se retrouver entre les mains et dans la cocotte des terribles parisiens mangeurs d'hommes.
Surtout quand ils sont jeunes.
Un défilé d'ados boutonneux. Ce doit être les vacances dans leurs pays.
Des british s'entassent à côté de moi. 16-17 ans, je dirais. Vilains comme c'est pas permis ou comme je devais l'être à leur âge. Je les imagine adultes avec des gamins, plus gros, plus chauves, plus surs de leur fait et j'ai vraiment peur. Un accent à couper au couteau, j'ai l'impression de visionner live un extrait de Trainspotting. Ecossais, donc. Mais je n'en suis pas certain. Mancunien, peut-être.  Les filles, un peu plus jolies, vaguement, mais leur prestation est gâchée par l'idée qu'elles se font tirer par un des pas beaux qui me bouffent la moitié de ma place.

A propos de fille : elle portait un pull en V, tout ce qu'il y a de plus décent, mais qui laissait apparaitre cet os si émouvant, la clavicule, je crois.
Je ne la quittais pas des yeux. La clavicule. Ca m'ennuyais beaucoup. Je n'étais pas là pour rester stupéfié devant sa clavicule. A extrapoler son ossature, son gabarit, la finesse de son squelette. A la soupeser, au sens strict. Sans que j'eus vraiment de mauvaises pensées - je n'avais de toute façon pas le droit ; non, une sorte de rêverie par à coups, une émotion légère, diluée.
J'étais heureusement très fatigué, et je me suis rentré, loin de la clavicule. Pour retrouver ces putains d'écosso-mancuniens dans le métro.

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06 avril 2008

Astro Palmistry



1


Palmistry : divination à partir des lignes de la main.

Face reading : physiognomonie

Head Squirrel-Words  : divinitation à partir des mots qui s'agitent dans la tête (littéralement : qui se comportent comme des écureuils dans la tête).

Observation (donc) des mots qui montent comme des bulles à la surface.

brusque

- Well, here, da important word is brusque. Mean ?
- Ze minïngue ove brusque ? Euh ... Harsh ? Sudden ? Bitwïn boss, peurapse ?
- Sudden ? Very good, mister. [A partir de maintenant, je fais la traduction simultanée] C'est de votre proche avenir dont il est question. Et Joseph, c'est quoi ?
- Le mari de Marie, le père du Christ, enfin pas le vrai. Vous voyez qui c'est ?
- Oui, oui, tout à fait. C'est un personnage important chez vous ?
- Pas vraiment, mais un peu quand même. Il est dans toutes les crèches (ici, une laborieuse explication en anglais pour faire comprendre ce qu'est une crèche) à Noël.
- Une sorte de dieu mineur (littéralement secondaire) ?
- Si on veut.
- Ca peut être très bon. Mais pourquoi Harsh ?
(là, je patauge pour essayer d'exprimer la nuance de violence ou de désagréable de brusque)
- Bien, faites le vide dans votre esprit, respirez lentement par le nez, fermez les yeux que d'autres mot apparaissent.


chat


- Lechat ... The cat ?
- Oui, c'est tout à fait ça ...
- Il y a un chat dans les ... Comment dites-vous ? L'étable ?
- Les crèches ?
- Oui, tout à fait. Il y a un ou des chats avec Joseph ?
- Non. Seulement un âne et un boeuf. En plus des humains et du fils de Dieu, bien sûr.
- Un âne ? Comme c'est curieux. Un boeuf, je comprends, pour le fils d'un dieu, mais un âne ...
- Je ne suis pas théologien (j'emploie theologist au flan, mais mon interlocuteur saisit parfaitement ce que je veux dire).
- Un chat, c'est plutôt un bon présage. Il chasse les rats, protège les semences après la moisson. Souple et adroit, mais capricieux. Ce peut-être une femme aussi. Une belle femme.
- J'ai déjà une femme.
- Elle est belle ?
- Oui, mais ce que je veux dire, c'est que ça ne fait pas vraiment partie de l'avenir.
- Une autre femme ? Vous séduisez beaucoup les femmes ?
- On peut pas dire, non ...
- Souvent les gens viennent ici pour séduire une autre femme ...
- Vous vendez aussi des philtres d'amour (littéralement : love spells) ?
- Il faut aider un peu l'avenir, parfois.

[De nouveau, faire le vide dans sa tête. Cette fois, aucun mot n'apparait, seulement une image. Il me demande de la lui décrire. Je rame comme un fou ; demander le chemin de la poste la plus proche en anglais, ça ne me pose pas de problème, mais on est un peu au delà de mes capacités dans le cas présent].

bus1


- Au premier plan, il y a ma femme, ou un bout d'elle. Il manque le côté droit de la figure. Et le bas aussi. Elle est toute floue. Her face is blured.
- Blured ?
(Oh, putain ...)
- Pas très net. Comme si on la regardait à travers ... Ca ! (je désigne une vitre en verre semi-dépoli). Mais un peu plus net quand même.
- Comme une photo prise de trop près ?
- Exactement (that's it !). A gauche, on voit une rue ou un morceau de rue. Dans les bleus. Comme à travers une vitre bleue. Il y a une autre femme. Je ne peux pas voir qui c'est. Elle a un (bonnet ?) .. Une sorte de casquette rouge sur la tête.
- Elle est trop loin pour voir son visage ?
- Tout à fait.
- Si je comprends bien, vous ne pouvez pas bien voir le visage de votre femme parce qu'elle est trop près et celui de l'autre femme parce qu'elle est trop loin.
- Oui, c'est bizarre, hein ? Attendez, attendez ... L'image bouge. Maintenant, on ne voit plus que la rue, mais comme si on était dans un train qui roule très vite. Impossible de distinguer quelque chose de précis.

bus2

- La femme, l'autre femme, elle a disparu ?
- J'en sais rien, c'est trop flou.
- Vous ne savez même pas si c'est toujours la même rue ?
- En fait, non ...
- Bien. Peut-être vous verrez une femme dans la rue, très rapidement. Vous la croiserez, et le temps de vous retourner, elle ne sera plus là. Peut-être. Ou bien, vous rêverez d'elle. Ou bien vous découvrirez quelque chose de nouveau chez votre femme. La nouvelle femme n'est pas vraiment nouvelle.
- Donc je ne change pas de femme ?
- Non, pas du tout. Vous n'y penserez jamais. L'autre femme, au mieux, ce sera comme un ... un écho. Vous ne l'entendrez peut-être pas.
- Ce que vous me dites, c'est que dans mon avenir, il ne se passe rien de particulier ...
- Vous savez, généralement, il ne se passe rien dans l'avenir de mes clients. Encore plus s'il ne se passe rien dans leur présent.
- Mais il ne se passe pas rien dans mon présent !
- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. il ne se passe rien de plus. De différent. Et je vais vous avouer un truc : en fait, les gens préfèrent me payer pour que je leur dise que leur futur est pareil que leur présent.

 

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31 mars 2008

Lapins et gnous

Le monde est fondamentalement hostile.
Et vous êtes lâché dedans, en butte à cette hostilité permanente.
Personne n'est responsable.
Enfin, de votre venue. Les gens qui vous ont mis au monde ignoraient que ce monde était fondamentalement hostile ou vous serait fondamentalement hostile. Il est possible aussi qu'il leur soit accueillant, à eux. Pour un éléphant, le monde n'est pas fondamentalement hostile ; pour un lapin, c'est un lieu de terreurs permanentes. Et vous êtes un lapin, pas un éléphant. Et eux, sont, sinon un éléphant, du moins un buffle ou quelque chose d'approchant, au cuir épais avec des cornes.
Comme personne n'est régulièrement en train de prendre votre tension, nul ne sait que vous vous faites soir et matin sucer la moelle épinière par la peur nichée à la base du cou. D'ailleurs tout le monde est buffle ou presque, ou joue au buffle, et on n'aime pas trop ceux qui prétendent être des lapins. On les soupçonne de se prétendre lapin pour bénéficier d'un improbable régime de faveur. Comme si quelque chose pouvait contrebalancer la terreur d'avoir toujours une meute de chiens sur ses talons. A moins qu'ils ne soient pas buffle, mais rien de particulier et que lapin, finalement, ce soit mieux que rien. C'est quelque chose alors que rien, c'est rien. La jalousie va se nicher dans les endroits les plus improbables.
Quoi qu'il en soit, vous ne la ramenez jamais trop. C'est logique d'ailleurs : dans un monde fondamentalement hostile, il n'est pas judicieux de se proclamer tout en bas de la chaîne alimentaire.
Alors vous jouez les gnous.
Les gens aiment les gnous qui sont sympas, pas fiers, et plutôt marrants dans l'ensemble quoique pas très finauds. Mais qui a jamais prétendu aimer les gens trop malins ? Ce qui fait que, parfois, à force d'être gnou, vous arrivez à faire rire votre interlocutrice. Le truc, c'est de laisser la peur tourner sur elle-même, faire court-circuit. Bien sûr, vous pourriez rester mutique, terrifié, après tout les chiens sont à vos trousses - et jamais très loin - mais ce n'est pas d'un très bon rapport.  C'est être un peu trop en dessous. Aussi contreproductif qu'être un petit peu au dessus (même un tout petit peu). L'astuce est d'envoyer la terreur tourner autour de son piquet, la chimie peut aider, la rendre invisible toute à sa manoeuvre circulaire dans le hangar et soigneusement rester dans la moyenne, un chouia en plus, c'est vendeur et aussi flatteur, donc doublement vendeur.
Parfois, ça fonctionne au delà de vos espérances, la peur a fini par s'endormir sur son tas de paille, et l'interlocutrice s'est soit laissée abuser, soit attendrir par la figure du lapin qu'elle perçoit sous la surface, vous ne saurez jamais. Vous vous retrouvez au lit. C'est d'ailleurs un des rares moments où le monde cesse d'être fondamentalement hostile. Mais cela semble délicat de lui expliquer. Pas systématiquement. Parfois ou souvent, difficile à estimer. La tentation est forte de rester gnou, ni trop proche, ni trop lointain. Professionnel, en somme. Ou adulte, c'est pareil. Alors qu'il serait si tentant de lui parler de la meute, de la nuit arctique continuelle, du froid, des coups, des pièges, des collets et que, là, maintenant, ça s'est tassé et que vous êtes plutôt chat, tout à fait à l'aise, un peu trop même, prêt à squatter tout l'espace vital avec l'insolence désarmante de ceux qui sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Mais le festival d'odeurs où prédomine celle du sperme en train de se décomposer (encore que ce soit théorique, capote oblige) ne semble pas toujours la mener à cet état d'esprit où l'on se montre ses animaux totem pour de vrai. S'installe alors une attente pénible, celle du moment où vous ou elle va dégager, cela dépend de qui est chez qui. Et vos histoires de lapins, de chats, de gnous vous restent sur les bras, sans que vous sachiez ce qu'elle est (si elle est quelque chose) et le sentiment d'un énorme gâchis ou au moins d'un merdage un peu téléphoné.
Et à force de dresser la terreur à l'apathie, voire au sommeil, ne demeure en tête qu'un gros trou, un vide abrutissant. Un échec de qualité médiocre, qui ira se répétant, se nourrissant de lui-même. Mais c'est ça ou se faire bouffer par les chiens.
C'est du moins ce que vous vous dites.

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16 mars 2008

Non, je ne suis pas un

Encore un test sur internet, vachement pertinent, les tests sur internet, c'est comme les news-magazines en été : toujours Etes-vous un bon coup ? Je me demande d'ailleurs qui se débrouille pour ne PAS avoir le hi-score à ce genre de truc, la conclusion Oui, vous êtes un coup d'enfer à bruler Rome en compagnie de Neron mais EN PLUS vous êtes modeste. Ou plutôt qui est assez gland pour ne pas donner les bonnes réponses ?

Parce que les questions, elles sont aussi subtiles que celles d'un questionnaire d'embauche. Et nécessitent un QI négatif pour ne pas taper droit dans la cible. Soyons indulgents : après tout, les questionnaires sont fabriqués par des psychologues d'entreprise qui se sentent obligés d'indiquer en corps 64 au début de l'épreuve qu'il n'y a pas de mauvaises ou de bonnes réponses, le tout est d'être sincère. Pour que, VRAIMENT, vous vous sentiez pris pour un con. Alors que le con, vous savez bien qui c'est , hein ?

La question-type d'un questionnaire d'embauche, c'est quelque chose comme ça :



Vous devez participer au développement d'un projet en équipe :

Vous vous accaparez le truc, vous faites de la rétention d'informations, vous lâchez les dobermans sur toute personne qui s'approche de la chasse gardée.
Vous êtes méga-synergique, êtes potes avec tout le monde, discutez le coup de manière plus collégiale tu meurs, prenez compte de tous les avis, êtes convivial mais bosseur, et maintenez une super ambiance pour que personne ne se sente lésé.
Vous vous débrouillez pour refiler le taf à quelques crétins qui y croient de façon à vous approprier tout le mérite en cas de réussite et à avoir des boucs émissaires frétillants en cas d'échec.
Vous vous faites faire un arrêt maladie bidon de 6 mois.


A votre avis, c'est quoi la bonne réponse ?

Tout ça pour vous dire qu'au test seskuel, si y'avait eu comme conclusion possible Non, je suis un coup lamentable, mais je m'en branle, parce que de toute façon, je ne baise que des albanaises de 12 ans qui arrivent déjà ficelées sur mon lit, je l'aurais peut-être fait, en proie au traditionnel désoeuvrement dominical. Mais comme ce n'était pas le cas ...

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13 mars 2008

Au salon du papier

Ouverture du salon du Livre. Avec un grand 'L'. On écrit Foire aux jambons, mais Salon du Livre. Pourtant l'ambiance est la même, vacarme, flopées de nains en goguette dont on se demande ce qu'ils foutent là, fatigue, débauche de pulpe de bois imprimée. Et sans la cochonnaille, qui plus est.
Nombre assez impressionnant de minettes à gros seins qui bat en brèche l'image stéréotypée de la cultureuse anorexique. Toujours ça de pris.

Economie somptuaire, potlatch, dont on se doute, en comparant le nombre de gens qui lisent réellement des livres et la monstrueuse foule divagante, certes composée majoritairement de coursiers, de secrétaires, d'emballeurs de colis et de gratteurs de couilles en CDD, mais tout de même. Car à l'ouverture, point de grand public, non, je n'y serais pas allé, je fais partie des happy fews, j'avais reçu le petit carton où l'on m'expliquait que si je ne venais pas, tout le staff ad hoc du ministère se faisait seppuku au décapsuleur.

J'ai trouvé rapidement les coins où l'on fume en douce derrière le stand FR3, et les chiottes qui n'ont rien à envier à celles de Pekin, avec l'agressive odeur de pisse 5 ans d'âge et les cuvettes bouchées jusqu'à la grotte de Lascaux.

M. qui m'avait convaincu de venir - M. est adorable, japonaise et on ne peut rien lui refuser - était accompagné de D., qui, tel  un rat mort unijambiste, se faisait chier au moins autant que moi, et peut-être même plus, ce qui n'est pas un mince exploit. Et qui m'a demandé pourquoi tous ces gens venaient donc là. Parce que boire un ou deux verres (en plastique) de mauvais champagne trop astringent n'est pas, à mon sens, une motivation suffisante. Je lui ai parlé de gratification symbolique, un peu comme les prix (justement sous forme de livres) qu'on recevait à la fin de l'année en primaire. Pas convaincu, mais on avait plus important à faire que de la sociologie pour émission de télé : le métro était introuvable (dehors) et ça nous a demandé toute notre énergie.

Je ne vous raconterais pas comment, tout crado, comme d'habitude, des effluves de sperme encore collées à mon sexe [1], j'ai prétendu à une jolie trop maquillée, genre attachée de presse, que j'étais Bukoswki (pas mort et tout), et que, ma foi, oui, je parlais vachement bien le français, sans accent pour ne pas me vanter. N'insistez pas.

1 Je ne me lave jamais après l'amour, je trouve ça dégoutant.

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22 février 2008

Mes pharmacies

Oisiveté est mère de tous les vices. Vous le savez. Moi aussi. Mais je ne peux m'empêcher de céder à la tentation. Ainsi pour mon premier jour à (re)bosser à la maison, je n'ai rien branlé. Il faut dire aussi que je suis dans une phase de spécifications, donc faut que je laisse un peu mon cerveau à la dérive pour tout réassembler ensuite. Ca peut sembler une piètre excuse, mais c'est la vérité.

Quoi qu'il en soit, j'ai passé toute la soirée sur des pharmacies-on-line. Non pas pour me goinfrer de Viagra (qui a comme seul effet de me coller des migraines carabinées), mais dans le but moins avouable de dénicher des substances que la morale réprouve et dont la vente en France est sévèrement règlementée. Pas pour les acheter mais d'une certaine manière pour m'immerger de nouveau dans le temps béni de ma jeunesse, celui où j'étais beau et con à la fois.

Sachez que ce n'est pas de la tarte. Mais au bout de deux bonnes heures, j'ai fini par dégotter un site US de militants pour la libération des antalgiques et plus précisément des opiodes. Lequel  renvoyait vers des sites  comparatifs des différentes pharmacies-on-line. Inutile de vous apesantir sur les officines étazuniennes, y'a que du sain, du propre et du sur ordonnance. Et dans le cas contraire, je n'ai pas envie d'avoir la DEA sur le dos.
Reste en substance les sites Indiens (d'Inde) et Sud-Américains. En Inde, il est aisé de se procurer des barbituriques (Phénobarbital en l'occurence), ainsi que de nombreux opioides (Hydrocodone et compagnie, malheureusement en association). De toute façon, les opioides, je dois m'en tenir à l'écart et c'est bien dommage. Quelque part dans un petit pays au sud du Rio Grande, on peut non seulement commander la substance précitée, mais aussi des amphétamines (ou para-amphétamines, ce n'est pas très clair) et des opiacés plus musclés, voire du Subutex.
Dans les deux cas - voyez comme ça n'a pas l'air louche - le paiement se fait par transfert (typiquement Western Union). Chez les latinos, ça atteint des sommets, puisque le destinataire du transfert n'est jamais le même ; il faut d'abord envoyer un mail pour le connaitre. Et ils poussent même le service client jusqu'à des raffinements inégalés puisqu'en cas de confiscation du paquet par les douanes, ils remboursent, à condition qu'on leur faxe une photocopie des papiers fournis par les agences gouvernementales suite à la saisie (si j'ai bien compris).

Bon, j'ai bien fantasmé 5 minutes en m'imaginant écrire une version grunge de Guerre et Paix sous amphés/barbis, mais j'ai décidé d'être sage. Je suis trop vieux et trop proche de la sainteté pour me lancer dans ce genre de conneries ...

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19 février 2008

Dernières nouvelles de la non-Alsace

Comme vous le savez, la charmante est enceinte. La différence, c'est que maintenant, c'est officiel.
Le vrai problème va être d'annoncer la merveille aux familles respectives et surtout de leur expliquer pourquoi depuis 8 ans, elles ne sont pas au courant de l'existence du conjoint. Que voulez-vous, on est aussi peu famille l'un que l'autre. Et l'espèce de solidarité obligatoire et poisseuse, ça nous gave.
Mais maintenant, elle va devenir franchement scabreuse, l'impasse sur nos vies personnelles et inviolables. Surtout pour elle quand elle deviendra baleinomorphe de manière trop flagrante. Et l'immaculée conception, ça marche une fois, mais pas deux. Et sur le fond, ça nous amènerait plus de problème qu'autre chose.
Donc, l'annonce faite à Marie, c'est pour dimanche. La bouche en coeur et la gueule enfarinée, bonjour Papa/Maman, j'ai l'insigne honneur de vous apprendre - il vaudrait mieux que vous vous asseyiez d'abord - que la descendance est assurée grâce à quelqu'un dont vous ignorez tout.
Du bonheur en perspective.
Et là, miam-miam les Noels obligatoires, les réunions dominicales, les dis bonjour à ton papé et ma mémé, à ton oncle, ton grand-oncle, ta tante et tes cousins. Dommage que l'arrière grand-père soit mort, y'a vraiment qu'à lui que j'aurais aimé le dire.
Bienvenue dans la cour des grands.
La charmante a d'ailleurs eu une idée délicieuse, celle de se faire tirer le portrait - habillée et dans le plus simple appareil - aux différentes étapes de sa prise de ventre.
Ca, c'était pour avant-hier.
Malheureusement, un bolchévique notoire est venu manger les authentiques pâtes carbonara (merci à C., c'était délicieux). On avait des choses à se raconter et lui une rage de dents, donc antalgique fortement codéiné, et par conséquent élocution difficile qui nous a amené jusqu'à 17 heures. Et comme c'est l'hiver, à ce moment là, de la lumière, il n'y en avait plus suffisamment. Ce sera pour la prochaine fois. Pour me rattraper, une photo de l'époque où la charmante était encore telle la nymphe au sortir de l'eau.

beax

Et comme je ne rechigne jamais devant un peu de délayage, en prime, pour tous ceux qui fantasment sur le monde merveilleux du cinéma, un cliché d'un véritable réalisateur de long-métrage en train de de contrôler l'image sur un retour vidéo artisanal.

real

Bisous à tous et à toutes.

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22 janvier 2008

Les gens normaux

Les gens normaux vont au cinéma. Je ne sais plus qui disait ça.

Hypocrite que je suis. Je le sais très bien. C'était Houellebecq dans son essai sur Lovecraft. Je lui avait d'ailleurs écrit pour lui dire qu'il moulinait dans la semoule, mais ce nain ne m'a jamais répondu. L'idée, si je me rappelle bien, c'est que les gens normaux vont au cinéma, tandis que les autres lisent ou écrivent des livres. Comme quoi, il débitait déjà des conneries au kilomètre avant de se retrouver à la télé. Mais ce n'est pas le sujet.

Les gens qui lisent Dan Brown sont on ne peut plus normaux. Dan Brown, très certainement aussi. Les gens qui vont voir des blockbusters sont normaux. Ceux qui vont aux séances de films bizarres le sont moins. En résumé : les gens qui vont voir des films pas normaux ne sont pas normaux. Puissante percée théorique de ma part...

Alors songez un peu à ceux qui vont voir des films pas normaux datant de plus de 10 ans.

Tout cela pour en arriver au fait qu'il y a un bon paquet de freaks à la cinémathèque pour les séances cinéma bis. Peut-être qu'il en est de même pour le cinéma d'avant-garde (le vendredi aussi), mais j'ai moins pratiqué et je ne peux pas me prononcer.

En général quand ça se passe dans la grande salle, on ne les remarque pas trop. Mais, ce vendredi, c'était chez Franju, qui est tout petit. Alors, on ne voyait qu'eux. Je faisais la réflexion à B'. que la moitié du public semblait être sous haldol. Ou qu'ils distribuaient des pass à la sortie de Maison-Blanche. Faut dire aussi que les échappés de HP, je les reconnais assez facilement. Question de vécu.

Entre le mec fringué comme un clodo et qui puait avec force effluves juste à côté de la douce, le type qui soliloquait juste derrière nous, les ceusses qui s'agitaient en tous sens, les  professionnels  des bruits inidentifiables et à contretemps, ou la femme qui est venue me souffler à l'oreille de ne pas manger dans la salle parce qu'il y avait des mouchards dans la cabine de projection, on avait droit à un petit festival.

Rien de grave, mais se posait évidemment la question de savoir ce qu'il en était du reste de la salle (ceux qui avaient l'air normaux) et au final de nous-mêmes...

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16 janvier 2008

Bobo et la voiture jaune

S'il y a bien un sujet qui génère threads à la tonne in da blogosphère, c'est sans conteste celui des bobos.

C'est comme bourgeois dans les années 70 (quand j'étais jeune, plein de cheveux mais pas plus beau qu'aujourd'hui). Personne ne veut en être.

Moi je m'en tamponne royalement. Ca m'exténue juste un peu, ce genre de discussion. Comme la quinqua qui pérorait dans le reure que si elle était au gouvernement, elle. Dans ma prime jeunesse, on appelait ça la gauche caviar, le Nouvel Obs était fourni en sus, on y apprenait que la sodomie, finalement, c'est très bien ainsi que les pas du menuet. Et puis, faut aussi bien permettre aux clébards de droite de déverser leur fiel sur ceux du clan qui s'écartent de la meute pour pisser un coup.

Bref dans la kangoo du dirlo, j'écoutais Radio-Nova, et m'extasiais devant  les belles pubs de branleurs pour bobos (justement), autrement beaucoup plus mieux que celles qu'on fourgue sur les stations pour France-d'en-bas. Jusqu'au moment où un mec est venu causer dans le poste.

C'était, si j'ai bien compris, une émission littéraire : la demoiselle qui l'animait avait invité un écrivain à raconter sa vie ou ce qui lui passait par la tête. Mais sans l'interrompre. Et l'édité expliquait que son métier, c'était nègre, c.a.d quelqu'un qui écrit des bouquins que les autres ne sont pas capables d'écrire, qu'ils soient politiques, sportifs, animateurs de talk-show ou académiciens. Et que nègre, comme taf, c'est assez peu gratifiant, puisque par définition, votre nom n'apparait jamais nulle part. Alors, il en avait pondu un de livre, 250 pages bien tassées où il narrait les aventures de nègres qui s'écoutent l'un l'autre se raconter que leur vie, gross malheur. Et il s'excitait tout seul, le gusse, à bien spécifier que lui, c'était pas un bobo, lui, non, c'était pas, il gagnait une misère, c'était poignant, on avait envie de le prendre par l'épaule pour lui dire, non, bob, t'es pas tout seul, viens je te paie une mousse. NON C'ETAIT PAS UN BOBO, LUI ! C'était le message et, s'échauffant, il se déclarait prêt à mettre un pain à celui ou celle qui aurait l'outrecuidance de le prétendre. Il venait de récupérer sa virilité au fond du tiroir, et avait une pressante envie de la mettre en action, par exemple, comme je viens de l'expliquer, en tabassant le quidam moqueur. Parti en vrille et en pleine soralerie, qu'il était le bonhomme.
J'étais fasciné, et j'attendais la suite, comme quoi il avait été obligé de se nourrir de racines durant l'hiver 2004-2005 et qu'il allait déverser coups de boule sur coups de boules sur le sceptique sans coeur qui  se cache derrière chaque auditeur.
Mais j'étais arrivé chez moi, et je dus descendre du véhicule très laid sans avoir pu entendre son témoignage bouleversant sur l'urine qu'il était obligé de boire, les points d'eau étant à des kilomètres dans ce 11ème arrondissement oublié de Dieu. Bien sûr, moi qui ai lu Gil Jourdan, je savais qu'on pouvait aussi se débrouiller avec l'eau du radiateur. Mais il est vrai que trimballer une bagnole jusqu'au 6ème sans ascenseur, c'est pas de la tarte ...

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06 janvier 2008

Daney-Debray

J'en avais déjà parlé il y a de cela fort longtemps, dans une vie antérieure. Une vie antérieure de laquelle je n'avais ramené qu'une copie de VHS, à l'ancienne, baveuse, trouble et à la bande-son douteuse.
Je l'ai dégoté en DVD : Itinéraire d'un ciné-fils, soit 3 heures d'interview de Daney par Debray.

De l'anti-télévision (et si j'étais méchant : de l'anti-blog). A savoir, une personne singulière, interrogé par une autre personne, compétente, elle, qui sait relancer, parce qu'elle a au moins une vague idée du sujet dont on parle. Et qui peut même relancer sur des sujets connexes, parce qu'elle a ce qu'on appelle de la culture, au sens neutre, c.a.d des connaissances variées plus ou moins maitrisées. Rien à voir avec un animateur de talk-show qui redouble pour la 6ème fois le cours sur les lettres-bâtons. Une personne singulière, donc, qui se tient à sa place, c.a.d à l'endroit qui est le sien du fait de son vécu, de ses réflexions et de ses doutes. Comme quoi, on peut avoir une vie suffisamment autre rien qu'en allant au cinéma, une vie tellement autre qu'elle permet d'avoir un point de vue. Un endroit depuis lequel on peut observer le monde et raconter ensuite ce qu'on a vu. Un truc intolérable dans une société individualiste formatée par les media, où le premier tocard venu plastronne parce que lui, c'est lui, d'ailleurs, c'est sûr, c'est vu à la télé.
C'est ce que dit Daney sur la fin. Et je me suis aperçu à quel point ce reportage m'avait nourri. A la troisième vision, je m'en rends compte : mon obsession de la singularité et de l'intimité absolue de l'intime que nous sommes en train de perdre à la plus grande jubilation des individualistes comme tout le monde (dixit Daney), je la dois en partie à lui. Ou disons qu'il m'a permis de la structurer.
Première nouvelle : j'ai des dettes. Envers lui au moins. Tout son discours sur l'horreur qu'est devenu la singularité s'était logé dans un coin de mon cerveau et avait tranquillement produit en douce, sans que j'en sois vraiment conscient. Tout cela explique certaines de mes sorties, par exemple, contre la littérature et plus exactement la posture littéraire, qui est tout sauf singulière et qui fait qu'au final la sociologie de la littérature est actuellement bien plus intéressante et plus pertinente que la littérature elle-même. En cela qu'elle dispense de lire ses rejetons, puisqu'elle permet à l'avance de savoir ce qu'il y a dedans, car on devine qui a écrit, ce que s'imagine être celui qui a écrit, ses fantasmes implicites à deux balles, ceux du public, et au final le plan marketing qu'il y a derrière. Et quand il y a parfaite adéquation entre le marketing et l'objet à promouvoir, pas la peine de se pencher sur l'objet : autant lire le plan marketing, c'est bien plus passionnant (même si ça ne pisse pas très loin - mais en tout cas plus que ...).
Bref, ça fait tout drôle de se découvrir un père spirituel, surtout sur un sujet aussi central en ce qui me concerne, et pour quelqu'un qui a un rapport quasi-haineux avec le concept même de filiation. Daney devient par ce biais un de ces miracles auquel on ne croit plus : le père qu'on se choisit.

Le plus drôle, dans cette histoire, c'est que je ne partage pas du tout les goûts de Daney en matière de cinéma, et encore moins ses a priori esthético-moraux. Ni même certains des sujets connexes qu'il développe. Je reste simplement ébloui par l'intelligence protéiforme du personnage, son mélange d'arrogance et d'humilité, sa capacité à dire au fond, je ne sais pas au terme d'un raisonnement particulièrement brillant.

3 heures à fixer le tube cathodique et à laisser s'échapper de temps à autre de légers filets de larmes. Non pas parce que ce que raconte Daney est désespérant (ça l'est), mais parce que le spectacle de Daney prenant son spectateur pour autre chose qu'un golito est sur le fond particulièrement tragique. Il est un des derniers. Un survivant. D'une époque où l'intelligence était considérée comme une qualité, et non pas un bidule superflu et gênant à évacuer au plus vite. Deuxième moment de mes obsessions : l'emprise de la bêtise triomphante et ricanante, bêtise uber alles, condition sine qua non de survie qui prend à la gorge, et qui peut donc vous arracher des larmes. Surtout lorsqu'on la détecte chez quelqu'un de son bord, expérience cruelle et douloureuse.

D'associations d'idées en associations d'idées, on se retrouve en toute logique à sangloter doucement tandis que la nuit humide régente la rue où passent encore quelques camions...

Posté par memapa à 22:01 - Choses vues - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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