10 mars 2008
Pensées informes
J'aimerais pouvoir raconter comment j'écris, ou plus exactement, comment, idéalement, j'aimerais écrire.
J'aimerais pouvoir développer autour du zen en écriture . A savoir : se concentrer sur un objet, sur une image ou une situation, jusqu'à ne former plus qu'un avec cet objet, cette image, cette situation. Jusqu'à ce que l'univers entourant cet item m'apparaisse dans toute sa complexité et ses possibles. Généralement, il est de bon ton de se focaliser sur un caillou. Ce caillou est sur une grève, le varech pourrissant empeste, quelques débris d'un cargo guatémaltèque l'encadrent comme pour une photo de groupe. Un enfant regarde tout cela depuis sa fenêtre, regrettant d'avoir été aux champignons le jour où le navire a coulé en face du petit port de plaisance pour des raisons que nul n'a encore élucidées. D'autant que son grand-père, ancien des brigades internationales, a murmuré au docteur Wurtz qu'il (le cargo) transportait les restes du vrai Trotsky, mort au fin fond de la jungle amazonienne, rien à voir avec le sosie qui a succombé aux coups de pic à glace à Mexico (il a surpris la conversation alors qu'il taquinait le chaton blanc, dissimulé par les lourds rideaux si chers à sa mère). Ou bien, le dit caillou trône sur une petite table basse. C'est d'ailleurs plutôt un galet qu'un caillou et il rappelle à la nonagénaire maitresse des lieux la vulve épilée d'une amante un peu vulgaire qu'elle aurait du préférer au mari falot qui lui a succédé pendant plus d'un demi-siècle.
Mais la dissolution dans l'être du caillou a quelque chose du cliché. On choisit toujours de s'identifier à un caillou, comme par une sorte de modestie renversée. Ca tient du titre honorifique. Un cheese-burger ou un nonosse en plastique font tout aussi bien l'affaire.
Le mieux est évidement de partir d'une image marquante, quelque chose qui s'impose avec force, un ou des polaroids extraits d'un rêve. Un chien dont les deux pattes avant ont été teintes en rouge. Ce peut être le point de départ d'une nouvelle d'une dizaine de pages. Facile.
L'idéal : plusieurs items, comme des trucs sortis d'un sac de plage et jetés sur le sable : il n'y a plus qu'à les relier, à compléter suivant les pointillés et le tour est joué.
J'aimerais aussi parler de l'importance des virgules. J'en met partout. Mais d'une certaine manière, par défaut. Je regrette que les signes de ponctuations soient si peu nombreux. Il devrait y avoir une double-virgule, une triple-virgule, comme il y a des croches, des doubles-croches et des triples-croches.
J'aimerais aussi vous présenter la machine à concasser les rêves :

Elle les pulvérise en une fine poudre grisâtre qu'il suffit de priser chaque matin avant d'affronter le métro.
23 janvier 2008
Vous l'avez échappé belle
Si tout avait marché comme sur des roulettes, j'aurais pu vous faire mon grand numéro de moi-j'ai-raison. Couplé avec un festival de tous-des-cons-moi-je-vais-vous-montrer.
Ca aurait commencé comme ça :
Je vous aurait parlé de Missouri breaks, un western avec Marlon Brando. J'aurais péroré sur la performance exécrable de l'acteur, tout en cabotinage et doté pour l'occasion d'un accent à la con. J'aurais fait remarquer que, de toute façon, les films dans lesquels Brando joue correctement se comptent sur les doigts d'un lépreux. Comme dans Apocalypse now, tiens. Aurais-je ajouté, ménageant mon petit effet. Parce que, c'est vrai, quoi, il incarnait Kurtz avec la finesse d'un Duris sous acide. C'est ça que j'aurais asséné. Avec une petite pause pour vous permettre de reprendre votre souffle.
C'est toujours bien de s'en prendre aux monuments du 7ème art. Un peu comme d'expliquer à un décérébré que Le grand bleu, c'est de la daube. Au moment de sa sortie. Ce qui ne nous rajeunit pas.
On aurait attendu la suite. Parce qu'il y en aurait eu une. Et quelque chose de grandiose.
Que je vous explique.
J'aurais tartiné ma triscotte de considérations pertinentes sur la différence entre profondeur et n'importe quoi amphigourique. Parce qu'en l'occurrence, c'est du n'importe quoi qui en met plein la vue. Mais sans plus. Un peu comme une explication d'économiste aux ordres.
Et je vous aurais raconté une séance au Brady de la grande époque. Avec deux films au programme. Permanent, le programme. Et d'incroyables navets sur l'écran. Et j'aurais extrait de ma mémoire cette bouse d'horreur ritale dans laquelle le réalisateur avait cru bon d'insérer un Kurtz en décalque, histoire de surfer sur la vague. Un Kurtz inexpressif, mais roulant des yeux, prodigieusement mal doublé, et racontant d'hallucinantes inepties au sein de la jungle philippine. C'aurait été Anthropophagous (l'homme qui se mange lui-même), ce film.
Et j'aurais récupéré le monologue en mp3 et l'aurais mis à votre disposition. Pour que vous puissiez savourer l'ampleur des dégâts. Et que vous vous rendiez compte par vous même que, sur le fond, il n'y a pas beaucoup de différence avec le gloubi-boulga de Brando et Coppola.
J'aurais instillé le doute en vous. Vous n'auriez plus regardé Francis-Ford de la même façon.
Mais je ne me serais pas arrêté là. J'aurais ajouté, pernicieux : mais n'était-ce pas déjà le cas avec l'original de Conrad ? Avec Heart of darkness ? Ce gros machin pesant dans lequel un Kurtz censément halluciné perd les pédales. Et déblatère à propos de L'horreur. L'horreur ! Au beau milieu de l'Afrique, contaminé par la sauvagerie des noirs. Forcément. La sauvagerie. Les noirs. Normal. Prescience de Conrad anticipant les horreurs du 20ème siècle ? Mes couilles. Aucun rapport entre les camps et la sauvagerie au sens où il l'entendait. Des générations de cuistres ont ânonné cette banalité avec de la crème de gruyère dans la tête, sans le moindre esprit critique, sans même, probablement, avoir lu le livre. Comme d'hab'.
Voilà ce que j'aurais dit.
Jusque là, rien que de très classique. J'aurais été dans mon rôle, sans vraiment de surprise. Mais je ne m'en serais pas tenu là. Non. J'aurais ajouté : oui, mais vous vous en souvenez de ce bouquin ? Vous avez supporté ce style lourdissime ? Et j'aurais inséré un extrait de la traduction française. Et je me serais gaussé.
Et j'aurais enfoncé le clou avec le même passage en VO. Que j'aurais trouvé sur internet.
Et je lui aurais donné des conseils, au Conrad, pour qu'il nous ponde quelque chose de moins grumeleux. En direct live. Et au final vous auriez eu droit à mon rewriting de Conrad. Et vous auriez été obligé de me donner raison. D'avouer que ma version, ma foi, est bien meilleure.
C'aurait été prodigieux.
L'ennui, c'est qu'il n'y a pas de sous-Kurtz dans Anthropophagous. Ne fut-ce que parce que ça se passe en Grèce. Je me suis mélangé les pinceaux.
Ma démonstration tombe donc à plat.
C'est plutôt une bonne chose. La flemme m'a saisi de ses bras réfrigérants lorsque j'ai pris conscience de l'ampleur de la tâche que je m'étais assignée. Je préfère donc vous narrer à la place comment j'aurais été fantastique si des circonstances indépendantes de ma volonté etc ...
31 décembre 2007
Bonanez et tout ça




31 octobre 2007
Si que j'avais été trop wizzz
Si j'étais une rockstar plutôt qu'un nain salarié avide d'accumuler les points retraites, j'aurais déjà refait toutes mes dents, et depuis longtemps encore.
J'aurais pas de surcharge pondérale, ni cette poignante absence de chevelure.
Je me ferais interviewer par des connards souriants dotés de troubles brushings et qui me demanderaient Alors, Twika (ce serait mon nom de scène), content de remplir le Stade de France ? Quelle chanson allez-vous interpreter à ces gros boeufs notre charmant public ce soir ? Des fois, ils me demanderaient même des trucs sur des sujets auxquels il est évident que je n'y connais rien, un peu comme lorsqu'on interroge BHL (ou Alexandre Adler) pour avoir son avis sur la situation en Amérique Latine.
Et puis au moins je saurais jouer d'un instrument convenablement ou chanter de manière pas trop dramatique (ce n'est pas vraiment obligatoire, il est vrai).
J'aurais le droit de me trimballer dans la rue en peignoir de bain rose fuschia avec des étoiles vert pomme dessus.
Ma maman ne me dirait plus que je suis un bon à rien (encore que ...).
Des blondasses refaites de partout me demanderaient de jouer à zlika-zlika rien que pour leur collection de teubs made in Gala.
Je snifferais de la coke pure choice au lieu de galérer comme un malade pour avoir la joie de m'envoyer dans les naseaux du plâtre de Paris.
Je serais un fieffé connard, ce qui a quand même de bons côtés.
J'habiterais à l'étranger et raconterais à qui veux l'entendre (c.a.d n'importe quel journaliste) que c'est incroyable ce pays où l'on ne reconnait pas le talent et où les impots sont scandaleusement élevés pour les gens qui ont plein de pognon.
J'aurais reçu la légion d'honneur de la part d'un ministre de la culture précédemment en charge des petits-vieux-qui-sentent-mauvais.
Ce serait la belle vie ...
D'un autre côté, vous avez échappé à de terribles émissions sonores très nocives pour vos oreilles.
« Parmi d'autres merveilles d'un album survitaminé, une perle qui parle à notre coeur d'enfant, reveille l'amour, et rend hommage aux plus grandes voix de la chanson française » (Telerama)
« Pour découvrir notre ami le kangourou, sympathique animal qui enchante petits et grands » (30 millions d'amis)
« Clin d'oeil aux Stooges de la grande époque, tics glitter à la Sid Vicious, énergie brute de décoffrage, guitares en rut ... » (Rock & Folk)
« Quand l'engagement d'un artiste contre la méchanceté et le froid en hiver nous prend aux tripes » (La Croix)
« Rencontre hypersonique entre Marx et Front 242 » (Technikart)
19 octobre 2007
Un homme qui dort
Je crois que, finalement, je préfère Un homme qui dort-le film à Un homme qui dort-le livre. Plus ramassé, plus poignant, et avec un côté obsessionnel plus étouffant.
Mais le bouquin de Perec reste exceptionnel.
Magnifique.
Il met en scène mon fantasme le plus absolu. On ne saurait me parler plus personnellement.
Je regrette ... je regrette juste la fin. La leçon de morale comme chute. Désagréable discours quasi militant.
D'autant que le retour aux contingences du réel est très abrupt, sans aucune transition. Dans le livre comme dans le film. J'espérais que la forme imprimée m'éclairerait un peu plus.
J'ai été déçu.
Il y a comme une rage chez Perec à ramener son protagoniste à une plus saine vision des choses, une joie perverse à signifier que toute résistance est inutile.
D'un autre côté, quelle autre issue pourrait être plausible ? La stase ? Le maintien ad vitam aeternam dans une stricte indifférence au monde ?
Difficile à concevoir.
Un des rares bouquin que j'ai eu - l'espace d'un instant - envie de refaire. Sur le mode Haldol et anorexie. Auto-enterrement.
Retour à l'état de termite, d'acarien.
Et puis, comment surpasser cette élégance du Tu qu'avait adoptée Perec ? Recit à la première personne sans jamais employer le Je ?
Il faudrait que j'y réfléchisse ...
16 octobre 2007
Petit paquet bien reçu
Bon, j'ai reçu les 5 exemplaires auteur du bouquin japonais pour les kids. Couverture hideuse, mais d'origine. L'auteure a un air de famille avec la traductrice. Et pas seulement parce qu'elle est japonaise.
Je frémis parfois en relisant ce que j'ai écrit. Mais il était difficile de faire mieux. Honnêtement.
Mais bon.
Je suis un auteur. Dans le sens où lorsqu'on tape mon (vrai) nom dans Amazon, il y a une liste de bouquins (et BD) qui apparait. Quand je pense qu'il y a des gens que cela fait fantasmer (d'etre un auteur). Ca me rappelle l'interview de Kiyoshi Kurosawa en bonus sur le DVD de Cure. On aurait dit un contremaitre dans une usine de pneus en train d'expliquer le processus de fabrication.
Je me demande d'ailleurs à qui je vais pouvoir fourguer les 4 exemplaires surnuméraires. Bon, B'. ne va pas pouvoir refuser. Reste 3. Mes nièces et neveux sont beaucoup trop jeunes et en sont encore aux bouquins-tableaux d'éveil qui racontent l'histoire de Mimi la souris grise dont on peut caresser la fourrure. Il y a un plan marketing d'enfer la-derrière, je pense : une série limitée de X (Angot, Laurens, Delaume, ...) avec dedans une touffe de cheveux, un bout de torchon, des fibres de brosse à dent, et en bas de chaque page un pouet-pouet sur lequel appuyer et qui dirait : Quand tu entendras la cloche, petit ami, tourne la page ! Evidemment, plus dans une optique FIAC que dans celle pour chiards avides de tripoter et de mettre n'importe quoi à la bouche. Amis go-between recalés à la nuit blanche malgré un siège éhonté des décideurs, veuillez songer à ma proposition et n'oubliez pas de me reverser ma petite commission.
04 septembre 2007
THE 300
Comme je vous l'avais dit : voici le numéro 300.
Je battrai ma coulpe un peu plus tard. En même temps que les réflexions profondes sur ma nature de bloggeur avec de gros bouts de pourquoi du comment.
En attendant, vous avez le droit de me faire PLEIN DE BISOUS.
Moi, je me casse en vacances. Pas méritées pour un sou d'ailleurs.
21 août 2007
Répétition générale
Un jour, très bientôt, j'arriverai au 300ème article de ce blog. Je m'en rapproche d'autant en tirant honteusement à la ligne comme je le fais maintenant.
Et je l'annoncerai. Que c'est le 300ème. J'ai laissé passé le 200ème, alors son grand-frère, c'est à toute la famille que je le présenterai. D'abord je roulerai des mécaniques, parce que 300, hein, les cocos, c'est pas rien, et que du bon, allez, presque rien à jeter, bon sang, ce que je suis fort, personne ou presque il est capable de tirer du jus de cervelle avec autant de constance et de bonheur. Les titans de la littérature ne seront pas mes cousins ce jour là.
Et puis évidemment, je ferais un BILAN. Sérieux et reflexif , le gusse. Oui, me demanderai-je, quelles conclusions puis-je tirer au terme de cette épopée, conclusions qui se doivent d'être offertes en pature aux lecteurs éventuels, lesquels économiserons ainsi pas mal de séances et donc de poagnon chez l'analyste (surtout s'il est lacanien) ?
Ce sera aussi le moment de pleurnicher un peu sur mon sort, sur le fait que personne ne m'aime et/ou me comprend, et de pouvoir jouer les Grandes Ames en Peine qui vaticinent sur la lande dans une bruine presque opaque. Normalement, c'est peu probable en aout, mais les élements sont avec moi cette année. En bon catholique sevré aux clous du Christ, je montrerai les blessures déchirées de mes poignets, et mon début de gangrène. Le blog, Gross Malheur, Helmut. Et puis, une louchée du gnartiste essouflé, celui dont l'inspiration montée sur un alezan shooté au PCP est partie vers des horizons inconnus. Je ne saurai plus quoi dire, quoi raconter, quoi mettre en scène. Mon dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?
Le créateur implorant le ciel en public pour que ce dernier (le ciel, pas le public) lui accorde un peu de ce pouvoir divin de raconter la recette de la pizza aux tetards. Ou de comment sa copine lui fait la gueule parce qu'il a sodomisé le yorkshire dans le lit. Ou un résumé drolatique de la tectonique des plaques. Figure imposée, que voulez-vous que j'y fasse.
Ca finira par la cérémonie des Cesars, où je remercierais ma maman (sans qui rien n'aurait été possible), mon éditeur, Axa-Assurance et la mairie de Paris. J'enverrai des corbeilles de lys vers les fidèles (qui se reconnaitront selon la formule consacrée). Des bisous, des smacks, des roulages de pelle en technicolor, tout ça pour vous, ô amis infatigables et last-but not least, l'annonce prima donnesque de mon retrait qui se muera après force minauderies en « peut-etre ».
Ce sera vraiment très beau, et j'ai hâte d'y être.
01 février 2007
Vous savez que je vous aime ?
Oui, je vous aime. Vous formez tous et toutes autant que vous êtes un public merveilleux. Si, si. Je ne le dirais jamais assez. Mais il me faut avouer que, ici, c'est moi qui me tape tout le boulot. Alors vous allez me rendre service. Soyez cools, hein ...
Je vous explique : si vous aimez l'humour crétin et de mauvais goût, vous pouvez allez voir de merveilleuses productions multimédia de votre serviteur. Et vous aurez même le droit de voter pour chacune de ces productions. Parce que j'aime les avis de mon merveilleux public composé d'amis fantastiques.
Mais attention : seulement si vous aimez l'humour crétin et de mauvais goût. Ne venez pas vous plaindre après et dire que vous n'avez pas été prévenus.
Je ne vous explique pas le topo, c'est simple : en haut, on voit les merveilles multimedia et en bas on vote.
Donc voilà, la possibilité d'expression citoyenne, c'est ICI
(Faites gaffe, c'est long à charger)
29 janvier 2007
Schizo-interview
Du temps où je faisais n'importe quoi quand l'envie m'en prenait (maintenant, c'est fini, je suis papa dans un futur plus ou moins proche, donc sérieux), j'avais décidé de filmer des interviews de gens que je connaissais. C'était très conceptuel : toujours les mêmes questions, pas de coupes au montage, même si l'interviewé mettait deux heures à répondre, et peu ou pas d'interventions de ma part. Pour tout dire, c'est assez chiant à regarder, j'en ai fait l'expérience il y a peu ; en tout cas, plus d'un à la fois. Comme souvent avec les machins conceptuels.
Cette totale liberté de dire ce que qu'ils avaient envie de dire les intimidait au début, puis ils finissaient par se lâcher, d'autant que, sans m'en rendre compte, je leur posais des questions très intimes, bien plus que si je les avais interrogé sur leurs pratiques sexuelles. Ca n'a l'air de rien, mais demander est-ce que tu considères que la vie est plutôt belle ou plutôt moche ? c'est très intime ; ça oblige à parler de soi, au plus profond. Comme quoi, lorsqu'on interroge les gens sur des sujets qui sortent des sentiers battus, loin des thèmes imposés et obligatoires qu'ils ont toute latitude pour réviser, on les voit apparaître dans toute leur singularité [1] et leur fragilité. Il est vrai que, d'une part, il ne s'agissait pas de n'importe qui, mais de gens que je connaissais, donc que j'avais d'une certaine manière choisis, et que, d'autre part, les questions étaient clairement orientées. Mais cela ne change rien à l'affaire. Enfin, le second point.
Dans ces interviews, un des « cobayes » etait un schizophrène (et doit toujours l'être ; il n'y a pas de rémission, que je sache). Certes sous neuroleptiques sévères, mais schizophrène quand même. A l'écran, il a l'air tout à fait « normal », cet homme là. D'un calme et d'une maitrise de soi absolue [2]. Rien de délirant. N'importe lequel des bouffons qui causent dans le poste pourraient prendre des leçons de logique, de culture et de capacité d'analyse chez lui. Mais de toute façon, s'il est fou, on ne va l'écouter, hein ? Schizophrène. Comme John Forbes Nash, prix Nobel d'économie 1994 [3] ...
1 Oui, je sais, c'est une obsession ...
2 Au passage, on peut mesurer le portnawak généralisé du duo comique Deleuze & Guattari et sa schizo-analyse. Mais j'aurais l'occasion de revenir sur le sujet.
3 Comme je suis faux cul : le prix Nobel d'économie n'existe pas ; il s'agit du prix de la banque de Suède, mais j'aurais aussi l'occasion d'y revenir.