Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

29 septembre 2009

Suicides

Je suis comme tout le monde : quand des employés se suicident à France-Télécom, je pense que le PDG de FT est un gros enculé.
Puis, au bout d'un moment, je finis par me dire qu'il s'agit d'un gimmick médiatique. Tout le monde en parle, jusqu'à plus soif. De là à en déduire que le champ journalistique continue avec ses habitudes moutonnières, il n'y a qu'un pas. Du tout,  du tout, va-t-on me rétorquer, il s'agit d'un grave phénomène de société. Ce qui n'invalide pas ce que je disais une ligne plus haut : par définition, un sujet ne devient « de société » que lorsqu'il est médiatisé. Avant, il n'y a tout simplement pas de sujet. Evidemment, on va me reprocher de faire de l'ironie sur un thème aussi grave. Le suicide, c'est sérieux, même si le nombre de vieux qui se flinguent chaque année est bien plus élevé que dans le cadre du travail. Mais le terrorisme intellectuel par l'affect a de beaux jours devant lui.
Et puis, il y a des choses qui me troublent : déjà pourquoi FT ? Je veux dire, pourquoi une telle vague de suicides chez FT, alors qu'il y a 5-10 ans, FT (même après sa privatisation) était notoirement connu pour être une planque. Le climat aurait changé à ce point ? D'ailleurs y'a-t-il même une vague ? Quel est le nombre de suicidés dans les autres entreprises similaires, les méga-boites de 100000 personnes ? Et si l'on prend une boite de 1000 personnes, 2 morts suffiraient à créer un ratio de suicides bien plus élevé qu'à FT. Bref, l'info dont j'aurais besoin est la suivante : toutes choses égales par ailleurs, quelles sont les sociétés les plus suicidogènes ? Quel est le rang de FT dans cette sinistre comptabilité ? Et accessoirement, s'il s'avère que FT n'est pas dans le peloton de tête, pourquoi se focaliser sur FT ?
Ensuite, il y a le problème de la démagogie et de la paresse intellectuelle : tout mettre sur le dos de Didier Lombard (PDG de FT) est totalement ridicule. Non pas parce qu'il pourrait se défausser en clamant qu'il n'est qu'un prisonnier de ses actionnaires. C'est exactement l'inverse en fait. Depuis l'émergence de la souffrance au travail comme thème médiatique populaire, on n'a cessé de nous présenter les malheureux salariés comme des victimes d'un système cannibale, en oubliant que le statut de victime n'entraine pas l'absolution. Or on peut très bien avoir été un petit cadre visqueux qui a traité ses subalternes comme de la merde avant de tomber soi-même dans la machine à broyer. C'est de responsabilité individuelle dont je veux parler ici : la souffrance au travail en tant que système n'est possible que si toute une hiérarchie est mise en place avec chaque échelon qui lèche les culs du niveau d'au-dessus et  qui fout des coups de pieds à celui d'en-dessous. Hiérarchie qui prône l'irresponsabilité et le chacun pour soi jusqu'au moment où l'on en est soi-même victime. « Il n'y a pas de méchant système, il n'y a qu'une somme d'individuelles lâchetés » comme le dit si bien Vaquette. Et à chaque niveau, l'on se retranche derrière les deux excuses du SS moyen :

  • Je n'ai fait qu'obéir aux ordres
  • Si je ne l'avais pas fait, quelqu'un d'autre l'aurait fait (et moins bien, cerise sur le gâteau de la fausse conscience)

Et dans le cas des suicides à FT, les choses sont bien claires : ce que les suicidés mettent particulièrement en cause, ce sont les entretiens humiliants avec le supérieur hiérarchique, le déni de toute humanité, en d'autres termes les agissements au jour le jour du petit chef. Lequel à chaque échelon peut se retrancher derrière les deux excuses précitées, jusqu'à Didier Lombard qui peut se poser en victime des marchés internationaux, de la globalisation ou de ses actionnaires - sans compter que ni Lombard, ni le DRH groupe n'ont jamais fait passer d'entretiens humiliants à qui que ce soit - ou quasiment.

Troisième point, j'ai été frappé de constater que les suicidés étaient des gens relativement âgés et qui, selon leurs propres dires ou ceux de leurs collègues de travail, s'investissaient beaucoup dans leur entreprise. Trop, pourrait-on penser. Cela fait 10 bonnes années que le statut d'employé-kleenex s'est imposé ; était-il bien raisonnable de continuer à s'investir ? Corrolairement, quid des générations plus jeunes, soit-disant cyniques, feignantes et ne croyant plus en rien ? Quel est le taux de suicides parmi ces mauvais sujets ? Le refus de la valeur travail ne serait-il pas le meilleur rempart contre le suicide ?

Dernière élément, le plus scabreux, mais comme pour le reste, je n'ai pas le moindre commencement d'information dessus. Il m'a semblé (je dis bien : il m'a semblé) que les dits suicidés appartenaient plutôt à l'encadrement (au sens large) qu'aux toutes petites mains. Et m'est venu un horrible soupçon : se pourrait-il que le suicide au travail soit devenu un phénomène de société parce qu'il commence à toucher les agents de maîtrise, voire les cadres ? Le scandale viendrait-il de ce que les plus bas salaires ne seraient plus en première ligne ? Il en irait de même que pour le chômage : phénomène normal lorsqu'il touche les prolos, il deviendrait dramatique et digne d'être médiatisé (en particulier par les news-magazines) lorsqu'il touche les cadres ?

J'ai l'air d'être cynique, de ne pas verser ma larme pour les morts, mais je constate simplement que comme d'habitude, on n'a aucune info pertinente sur rien, qu'aucun travail d'investigation ou d'analyse n'a été entamé et que par conséquent, aucun débat de fond ne sera posé, d'autant que la seule valeur sur laquelle nos décideurs de tous poils tombent d'accord, c'est : touche pas au grisbi. Alors quand les media auront fini de se polariser sur les suicidés de FT, sur le mode de la putasserie larmoyante (façon Lady Di), quand on répondra au pigiste Non Coco, faut qu'on arrête avec ça, ça intéresse plus personne, le public faut le faire rêver, être PO-SI-TIF, les structures de la souffrance resteront inchangées, le n+1 continuera d'humilier le n, n'appliquant que les directives de son propre n+1, à moins que les jeunes générations de branleurs qui ne croient en rien refusent purement et simplement de s'investir dans des entreprises qui les considèrent avec moins de respect que les photocopieuses ...

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28 septembre 2009

Escape from Picard-Land

(Un peu de vécu pour changer)
Ayant laissé le monstre aux grand-parents d'Amiens, nous sommes partis en amoureux dans une énorme bagnole de papys pour tenter de nous replonger dans cette délicieuse sensation - presque oubliée - de couple insouciant et libre de toutes attaches. Cap pour l'aventure, le dépaysement et les bouts du monde bordés de mers infinies, en l'occurence la baie de Somme, on fait ce que l'on peut, dans une Laguna instable, aussi facile à manoeuvrer qu'un char d'assaut dans un Mac Donald, et qui répetait d'une voix synthétique et agaçante : « vous n'avez pas bouclé votre ceinture, vous n'avez pas bouclé votre ceinture, vous n'avez pas bouclé votre ceinture .... ».
Disons-le tout de suite, la baie de Somme, quand on n'a rien à foutre des zoziaux, c'est chiant comme la pluie, d'autant que c'est envahi de hordes de vieux, débarqués d'autocars ou de véhicules personnels, près à s'extasier devant n'importe quoi et équipés d'accoutrement grotesques de marcheurs chevronnés, avec cannes façon bâtons de ski et sacs à dos peu convaincants. Merde, c'est avec notre pognon d'actifs soumis aux dérégulations que ces vieillards se trainent, encombrent et nous empêchent d'avancer à une allure raisonnable ! Ce fut d'ailleurs la première diatribe de B'., reprenant du poil de la bête. Malgré le but strictement ludique de ce micro-voyage, la syndicaliste qui sommeille toujours en elle, telle une belette hyperactive et affamée, ne put s'empêcher de se choper une grosse colère, sur laquelle je renchérissai en faisant remarquer  qu'on nous avait vendu l'allongement de la durée du travail sous prétexte de malfoutisation de la pyramide des âges sans envisager une seconde de diminuer les cotisations retraites, gérontocratie et sens des opportunités électorales obligent. Mais je suis pas ici pour parler de cela ...
Or donc, la baie de Somme, c'est chiant, et rapidement nous fûmes confrontés à un cruel dilemme : soit piquer plein nord, aller à Berck visiter les ex-sanas et tenter d'y découvrir les caves désormais scellées où sont entassés les squelettes des pensionnaires un peu trop rétifs à la discipline, soit nous échapper vers le sud, vers le 7-6, car j'ai omis de le dire, le picard est fier et ombrageux, en d'autres mots aimable comme une porte de prison, tentant de battre le catalan sur son propre terrain. Ce fut donc Le Tréport, au hasard, simplement parce que la distance à parcourir était grotesquement dérisoire. Magie des 25 kms parcourus : un peuple d'aimables proto-normands, à l'accent certes nasillard, derniers remparts face au déferlement picard, déjà mis en place par les ducs de Normandie. Hôtel charmant, truffé de sorties de secours donnant dans des jardins potagers où paissaient (c'est le mot) d'énormes lapins nains, gros comme des porcelets, et qui tondaient la pelouse avec la minutieuse et légendaire concentration de ces animaux à grandes oreilles. Siestes, siestes, nuits outrageusement prolongées, sexe enfin satisfaisant, loin de la pression toute brigbrotherienne que fait peser sur nous la présence du monstre et ses possibles réveils intempestifs. En dehors de cela, glandouille assumée sur les falaises, gaufres nutella-chantilly, grosse bouse au cinéma local, machines à sous en compagnie des mémés, et dents du fond qui baignent au restaurant. Car, des confins de la Normandie jusqu'à la frontière Belge - et au delà, règne en maîtresse une redoutable spécialité gastronomique : la FRITE. Qui plombe le foie au bout d'un certain temps, et vous fait le visage constellé de petits boutons inesthétiques. A tel point que le dernier soir, j'ai commis un écart et me suis envoyé une fondue normande, c.a.d une pomme découpée en tranches fines et recouverte d'un demi camembert fondu (avec un soupçon de calva). Très bon, et étonnamment fin, dans cette station balnéaire soumise au goût détestable des touristes en vagues inlassables ...
La prochaine fois, ce sera le tour des autres grands-parents, malgré leur âge avancé, le rapt de leur plus petite voiture, et grosso modo, Etretat comme destination lointaine ...

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20 septembre 2009

Lada

Lire des romans russes sur l'époque brejnevienne et post-brejnevienne est toujours éducatif, quoiqu'un peu lassant au bout d'un moment. Je parle non pas des romans écrits ces dernières années qui ont un fort relent d'opportunisme, mais de ceux conçus durant cette période et gardés au fond d'un tiroir en attendant des jours meilleurs. Toujours la même histoire : peuple de quémandeurs, décrépitude morale, feignantise généralisée, alcoolisme, népotisme, corruption à tous les étages ... Au final, tout se résoud dans l'étouffemement des moindres vélléités d'initiative individuelle et de la perte du sens de la propriété privée ... Gna gna gna ... Mais, à vrai dire, le plus frappant réside dans - justement - l'absence de différences avec la situation à l'ouest (à l'époque et de nos jours) ou plutôt dans le fait qu'il s'agit d'une différence de degré plutôt que de nature, comme si les régimes post-staliniens n'avaient été que des caricatures de nos propres régimes, dont les traits auraient été simplement plus marqués - comme dans toute caricature. Au moins en ce qui concerne le népotisme, la corruption, l'irresponsabilité tous azimuts et la promotion des plus veules.
Il y a 20 ans de cela, du temps où je voulais déjà marquer ma différence - et que je n'avais que fort peu de liquidités, j'avais acheté une Lada d'occasion. Vous connaissez la plaisanterie : Quelle est la différence entre le sida et une Lada. Réponse : essaie un peu de refiler une Lada ! Bref, c'était une merde montée sur 4 roues comme je ne pensais pas qu'il pouvait en sortir d'une chaîne d'assemblage. J'avais comme collègue un juif russe passé par Israël avant d'échouer je ne sais pourquoi en France et qui m'avait sincèrement plaint en m'expliquant les choses suivantes : Il ne faut pas acheter une Lada construite soit en début de mois, soit en fin de mois. En début de mois, parce que les ouvriers s'étant soulé la gueule avec leur paie ne travaillent que peu et mal. En fin de mois, parce qu'ils attendent la paie, en ont plein le cul et se les roulent en espérant que les machines bosseront toutes seules. Le même schéma pouvait s'appliquer aux week-ends et aux jours fériés. En résumé : mieux valait n'acheter que des Lada construites un des deux mercredi du milieu du mois.
De surcroît, les ouvriers en question avait eu au moins quelqu'un de leur famille qui était allé au camp pour « sabotage » quand ils n'y étaient pas allés eux-même. Dans ces conditions, les contremaîtres et autres petits chefs pouvaient toujours essayer de les menacer, ils s'en battaient fermement les couilles - que risquaient-ils donc de pire dans les années 70 et postérieures ? A l'ouest, en moyenne, on a continué à respecter la hiérarchie - sans même parler du peloton croissant de veaux du tertiaire pour qui l'idée même de protestation n'a tout simplement pas de sens.
D'accord, au final, c'est l'Ouest qui a gagné. Mais ce n'est que la première mi-temps ...

Posté par memapa à 13:25 - Tout venant - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 septembre 2009

Fragments de la mauvaise humeur

Le procédé est simple : il suffit d'entourer la grenade d'un ruban de chatterton au niveau de la cuillère, d'enlever la goupille puis de la plonger dans un flacon de térébenthine, par exemple. On place ensuite ce dernier près d'un endroit stratégique (tableau électrique, fûts de matières inflammables, salle machine, etc). Au bout de quelques heures, le solvant a complètement dissout l'adhésif et la cuillère peut se libérer, armant la fusée de retard.

Des flics se sont faits mitraillés à l'AK47 (ou à l'AK74, peu importe), je ne sais plus où en banlieue. Se procurer un SVD ne doit donc plus être si impossible que cela. Même s'il reste bien plus cher à l'achat que n'importe quel AK, d'autant qu'il s'agit de marché noir. Voir sa sale gueule dans le PSO-1, en plein milieu du réticule. Juste avant de presser la détente, couché sur le sol, l'arme bien calée sur son bipode. Voir LEURS sales gueules à tous, leurs centaines de sales gueules satisfaites, 2 secondes avant que la 7.62x54 ne perce un gros trou dans le sac à merde qui leur sert de corps. Si Oswald a pu flinguer un Kennedy avec un malheureux Carcano déclassé, je ne vois pas pourquoi je n'y arriverais pas, moi, avec ce matos de pro. Sans compter qu'à près d'un kilomètre de distance de la cible, même si la munition est supersonique, les flics, les gardes du corps mettront des plombes avant de comprendre et de réagir. Et je serais loin, prêt à recommencer.

Le petit cadre, le petit chef, le petit rien, je l'ai retrouvé dans le parking, alors qu'il s'apprêtait à monter dans son Audi. Sale petit pervers dont le potentiel de nuisance est corrélé au nombre de petites saloperies qu'il est désireux de se procurer. Comme une grosse berline allemande et des cours de cheval pour la petite. La règle numéro un du combat de rue, c'est de mettre l'adversaire hors de combat le plus vite possible. Rien à voir avec la branlette des soi-disants spécialistes en arts martiaux. Non : péter une rotule, casser un péroné ou un cubitus, déboiter une épaule, n'importe quoi qui en enverra au sol le connard chouiner comme un goret châtré. Ensuite je le finis à la barre de fer. Et quand je dis « finir », ce n'est pas un effet de style : le minus habens m'a reconnu et je n'ai pas envie de passer les 30 prochaines années de ma vie en prison à cause de cette raclure. Mais il n'y a que lui qui aurait pu m'identifier : les caméras de vidéo-surveillance, je connais leurs emplacements et leurs angles morts. Bisou bisou mon chéri !

Posté par memapa à 11:02 - En vrac - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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