28 juillet 2009
Contrefaçons
Cette semaine, B'. est revenue de Chine avec une floppée de machins (exagérément) flashy dans ses bagages (il faut savoir que les chinois sont les rois du kitsch avec les indiens). Dont un certain nombre de contrefaçons tellement grossières qu'elles en deviennent kitsch.
Il faut savoir qu'en Chine existent deux sortes de contrefaçons : les faux-faux et vrais-faux. Les faux-faux sont de simples copies. Les vrais-faux sont d'authentiques produits fabriqués sous le manteau : supposons que Nike commande 50000 chaussures à l'usine « temple de Shaolin ». Le patron (chinois) en produit 60000, livre les 50000 à Nike et les 10000 autres (des vrais-faux) sur le marché gris.
Ceci étant, se pose le problème de la contrefaçon, mais par l'autre bout de la lorgnette : comme je ne suis pas un avocat à moitié marron spécialiste en droit commercial international, toutes les diatribes sur la marque (et son pendant symbolique) me laissent assez froid. Je ne vois pas, par exemple, pourquoi le fait de coller un crocodile sur un t-shirt permet de le vendre 10 fois plus cher que sans (le crocodile). Pour Lacoste, il s'agit d'une rente de situation que rien ne justifie. Le pourcentage de R&D injecté là-dedans est nul ou presque. D'autant que le support (le t-shirt) étant acheté et/ou fabriqué en Chine, le crocodile aussi, et la fusion des deux encore aussi, tous les discours sur la meilleure qualité des t-shirt Lacoste tombent dans un gouffre abyssal (surtout si l'on songe au cas des vrais-faux).
Evidemment, il faut, comme moi, penser que seules les activités socialement utiles ou développant un minimum d'innovation devraient se voir récompensées. Mais, avec le retour d'un imaginaire antérieur à la seconde guerre mondiale, il est normal que les rentes de situation injustifiées soient considérées comme LE modèle économique inamovible.
Bref, si l'on est un putain de petit gauchiste de merde comme votre serviteur, on peut se dire que le prix de la contrefaçon est le prix réel. Je ne parle même pas de valeur d'usage ; je parle de prix raisonnable.
Sans compter que si l'on différencie pas la contrefaçon de l'original, pour un prix n fois inférieur, pourquoi diable acheter l'original ?
Et au final, si les contrefaçons inondent le marché, elles démonétisent l'original, lequel n'a plus de raison d'être copié. A quoi bon acheter des t-shirts à crocodile (vrais ou faux) si n'importe quel prolo peut s'en payer une caisse pour moins de 10 euros ? Si l'acquisition d'artefacts « prestigieux » est soumise à la loi de la rivalité mimétique, il est logique de penser que cette rivalité ne s'appliquera plus le jour où les artefacts en question auront une valeur nulle ou presque. Ce sera une bonne chose (même si ça chiera au niveau du lien social® et des repères®) ...
27 juillet 2009
Lorelei
Y. me racontait qu'au Japon, il y avait des mangas antisémites. Ce qui est très fort, puisqu'on peut considérer qu'il n'y a pas de juifs au pays du soleil levant (ou alors les quelques individus qui s'y trouvent ont du être importés par une poignée de syndicats d'initiative pour donner un cachet plus "occidental" à l'archipel).
En fait - et depuis peu - j'ai encore mieux.
Jugez plutôt : en aout 1945, les japonais reçoivent des nazis une arme hyper-secrête, à savoir une jeune juive d'ascendance japonaise dotée de pouvoir psys sur laquelle ont bossé tous les Mengele du pays. Et ils partent - les japonais - pour éviter qu'une troisième bombe atomique ne soit balancée sur Tokyo, avec Paula dans le rôle du sonar de la mort, histoire d'anéantir les diverses forces navales US qui pourraient se trouver sur leur chemin. Pour que ce soit un minimum crédible, Paula se trouve affublée d'un long nez aquilin (chez les chinois et les japonais, long-nez = occidental).
Cette merveille s'appelle Lorelei, et a parait-il été au box-office national en 2005, ce qui ne m'étonne que peu, étant donné qu'elle ruisselle de patriotisme (certes humaniste) et de bons sentiments.
Dire que c'est mauvais relève de l'euphémisme mutin, malgré les paquets de yens injectés dans la production. Pour commencer, on ne comprend pas tout, à croire que le montage a été fait en dépit du bon sens : au bout de 30 minutes de métrage, on apprend qu'une troisième bombe va être lachée sur Tokyo et tout le monde s'affole et court dans tous les coins. 20 minutes plus tard, on apprend de nouveau qu'une troisième bombe va être lachée sur Tokyo et tout le monde s'affole et court dans tous les coins. Et c'est tout le temps comme ça, d'autant que le sous-titrage est des plus approximatif, ceci pouvant expliquer cela.
En vérité, c'est du portnawak généralisé du début jusqu'à la fin : déjà comment les nazis qui ont signé une capitulation sans condition début mai 45 ont-ils réussi à envoyer une arme secrête au Japon qui n'arrive que 3 mois plus tard ? Comment les japonais font-ils fonctionner à l'arrache un sous-marin où tout est écrit en allemand (c'est le sous-marin + Paula qui constituent l'arme secrête) ? Comment font-ils pour abattre le B-29 porteur de la bombe avec des canons de marine de 203 ? Pourquoi les américains sont-ils si mauvais quand il s'agit de les couler ? Pourquoi les CGI qui sont honnêtes de nuit sont-ils aussi désespérants en plein jour ? Pourquoi la bande son est-elle aussi pourrie et donne l'impression d'être passée à travers un filtre passe-bas ? Pourquoi le sous-marin allemand ressemble comme deux gouttes d'eau au « Surcouf », un sous-marin français désarmé en 1940 (j'en sais des choses, hein ?) ? Pourquoi l'acteur fétiche de K. Kurosawa tourne-t-il dans cette daube ?
Autant de questions qui restent non élucidées ...
A noter toutefois que cette idée de la troisième bombe n'est pas nouvelle : j'avais écrit un scénario sur le sujet il y a 20 ans de cela. 15 ans après, j'ai retrouvé la même chose dans une BD (de Yann, je crois), avec les mêmes péripéties, puisque récupérer la bombe ne suffit pas, il faut aussi le détonateur sans quoi elle n'est d'aucune utilité. Et voilà que je la retrouve dans ce Z à gros budget. Comme quoi il y a du vrai dans ce dicton : « si vous avez une idée, vous pouvez être sûr qu'au moins 10, si ce n'est 100 personnes ont la même quelque part dans le monde » ....
23 juillet 2009
Retour en 2666
Il y a des livres, des films, des tableaux, des trucs qui sont de vrais trucs. Dans le sens où l'on en ressort avec le sentiment d'avoir vécu quelque chose d'incroyable, et pas juste d'avoir passé le temps de manière plus ou moins agréable. Parfois, on met plusieurs semaines, voire mois avant de se rendre compte à quel point le truc était une expérience. Le reste de l'entertainment paraît fade, décoloré, inepte, insipide. C'est le cas de 2666. Après Les détectives sauvages (quel titre !) et 2666, j'ai décidé de me taper tout Bolaño. Et au fur et à mesure, 2666 m'apparaît de plus en plus comme une planète massive autour de laquelle tournent des satellites. Ou comme une faille sans fond au bord de laquelle on se penche avec crainte. A ceci près, qu'une faille est en creux, alors que 2666 est en plein, une immensité de plein au lieu d'une immensité de vide. Monstrueux pavé de 1000 pages en petits caractères, il redonne un sens à la littérature dont je me suis tant moqué. Il redonne aussi un sens au mot fiction. Vrai livre fictionnel, nourri certes d'autobiographie (mais moins que le déjà miraculeux Les détectives sauvages), Il prend des poses d'Hadès méprisant envers toute cette diarrhée exsangue, communément dennomée autofiction (alors que c'en est, en partie).
On est stupéfait en se rendant compte à quel point Bolaño a placé haute la barre. Il lui fallait une foi de cordonnier pour ainsi se lancer dans cette entreprise presque aberrante, alors qu'il y a de moins en moins de lecteurs et que la majorité de ceux qui restent n'attendent que du déjà prémâché, du bon gros roman, figé dans sa forme canonique autour de 1880. D'un autre côté, on se dit que, quitte à écrire un livre, il fallait que ce soit celui-ci, ou tout du moins une entreprise aussi immodeste, sans quoi l'écriture n'est qu'une perte de temps et des dizaines de sapins Douglas abattus.
Lire 2666 est difficile. Presque pénible, surtout lors du passage dans le trou noir de la partie centrale. Comme tenter de respirer dans un air raréfié. Mais arrivé au bout, d'abord une immense tristesse vous envahit (déjà fini !), puis l'envie de le reprendre, tout de suite, alors qu'il est bien évident qu'il faut laisser le temps à une nécessaire décantation.
15 juillet 2009
La joie par le travail
On était logés dans 3 baraques à 8 lits superposés, avec un poêle dans un coin et une table au centre. Soit plus de 70 personnes. Les chefs de file avaient droit à une maison à la fois bien plus grande et où ils n'étaient pas entassés comme nous.
Contrairement à ce qu'on raconte, ça se passait plutôt bien, vues les circonstances. Peut-être que des mecs s'enculaient dans les bois, mais, moi, je n'ai jamais rien vu, ni même entendu parler à l'époque.
On se levait tôt, vers les cinq heures, et on partait sur le chantier tout de suite après avoir enfourné le porridge tiède. Ca pouvait être des digues à réparer, des routes à remettre en état, des arbres abattus à dégager, des travaux de terrassement en tout genre. On était une troupe itinérante, mais les camps se ressemblaient tous. S'il faisait -20° et en dessous, on n'était pas obligé de travailler, mais ceux qui le faisait quand même touchaient une prime. C'a été mon cas par -30° et même -40°, parce que dans les baraques, on s'emmerdaient comme des rats morts.
Le mieux, c'était quand on n'avait pas de village à traverser avant d'arriver au chantier. La direction faisait en sorte que ce ne fût pas le cas, mais n'y arrivait pas toujours. Mais on a toujours réussi à éviter les villes. C'aurait été trop dur pour certains. Pas pour moi en tout cas. Quand on était dans une rue, on s'efforçait de garder la tête baissée, comme hypnotisés par nos godasses et on essayait de ne pas écouter les vannes à deux balles.
Une fois, j'ai trébuché sur un de mes lacets et suis tombé au sol. Quand je me suis relevé, je me suis aperçu qu'il y avait deux femmes en face de moi, à environ 30 mêtres, peut-être un peu plus. J'ai tenté de renouer le lacet le plus vite possible, mais leur présence avait transformé mes doigts en guimauve et j'ai du me résoudre à faire un noeud simple, quitte à en chier plus tard pour le défaire lorsqu'il aurait été gonflé par la flotte. Puis j'ai essayé de les contourner par la gauche, mais elles se déplaçaient en même temps que moi en se demandant à haute voix pourquoi un grand dadais comme moi avait peur des femmes à son âge. C'est pas que j'avais peur. J'y avais pas droit, même pas de leur adresser la parole. Et ces connes le savaient et en profitaient pour se foutre de ma gueule. Heureusement, le gros Martin, à la bourre pour je ne sais quelle raison est arrivé et leur a expliqué que si on était là, c'est qu'on avait violé des fillettes, qu'on les avait tuées et même mangées en partie. Martin, il était comme ça : jamais la trouille, à dire ce qui lui passait par la tête à n'importe qui, il aurait pu raconter des histoires cochonnes au maire, il s'en foutait, même s'il se faisait souvent remonter les bretelles par son chef de file. Les deux grognasses ont commencé à reculer prudemment, de plus en plus vite, et on a pu rejoindre le reste de la troupe sans encombre.
Une fois, j'ai demandé au cuisinier s'il mettait du bromure ou quelque chose comme ça dans la bouffe, il a dit que non, que c'était pas nécessaire, que c'était une question d'état d'esprit de notre part. J'étais plutôt d'accord avec lui, et sur le fond, j'en avais rien à battre, il pouvait mettre ce qu'il voulait dans ses plats graisseux, c'était sinon la belle vie, du moins une existence pas pire qu'une autre et plutôt moins que bien d'autres.
14 juillet 2009
Parque Via
L'avantage quand on est (provisoirement) célibataire, c'est qu'on peut faire des choses qu'on ne peut pas faire aisément lorsque l'on subit la loi d'airain du matriarcat. Non : pas aller aux putes. Voir des films chiants par exemple. Parce que de temps à autre, une certaine mauvaise conscience me taraude : les pingouins mutants venus de la 5ème dimensions, les gunfights dans une salle de bain à 30 personnes, et les jeunes crétins qui se font décapiter par le psychopathe du coin, tout cela, c'est bien beau, mais la quête de sens dans tout ça ? Mmmh ?
Alors je fais la queue. Je dois être la seule personne de moins de 60 ans et quand une jeunesse se pointe pour me demander si c'est bien le film, je lui réponds que oui, qu'en plus, c'est cool, elle fera baisser la moyenne d'âge, ce qui ne la fait pas rire, à moins qu'elle n'ait pas compris.
Le film c'est (comme le titre l'indique) « Parque Via ». Pourquoi, je suis allé voir ça ? En général, quand je ne connais pas le réalisateur, je me fie au script. Lequel promet de grandes choses. En plus, il est mexicain, et j'adore les films en espagnol sous-titré.
C'est l'histoire d'un mec qui depuis 30 ans est gardien d'une maison en vente, laquelle maison ne va pas tarder à être vendue (évidemment). Il a fini par vivre en reclus et à s'y trouver bien.
C'aurait pu donner un film poignant, poétique, envoûtant, que sais-je ?
Ben non pas du tout : c'est juste très chiant. Caméra à l'épaule, quelques plans fixes qu'on voit venir de loin, éclairage immonde, nombreuses répétitions pour qu'on comprenne bien combien sa vie est régulière, etc, etc ... Ni fait, ni à faire, en somme ... Ca pourrait être un film de fin d'étude à la FEMIS. Le cinéma contemplatif n'est pas à la portée du premier venu.
La bonne nouvelle, c'est que les 20 dernières minutes sont nettement meilleures, et qu'on ressort du cinéma avec plutôt un bon souvenir (ce qui est d'une rare fourberie). Pourquoi cette grâce sur la fin ? Parce qu'il se passe quelque chose (la maison est vendue) et que ça accélère un peu ? Non, ce n'est pas ça. A partir de ce moment-là, quelques inventions formelles font leur apparition : un panoramique pas très réussi techniquement, mais habile, des ralentis, des décadrages, la bande-son qui décroche, etc ...
Pourquoi donc ? Je n'arrivai pas à mettre le doigt dessus et puis je me suis souvenu d'un entretien de J. Rancière où ce dernier expliquait qu'il était hérétique de faire de « l'esthétique » avec le quotidien (et a fortiori avec la misère). Et l'on comprend mieux : la (longue) première partie relève du quotidien, donc du moche ; on filme objectivement (naturalisme/Nouvelle Vague, en gros). La seconde laisse place à l'imaginaire et à la fantaisie (la fin est assez habile quoique peu convaincante quand on y réfléchit bien).
A cela se rajoute un peu de social (qui a beaucoup plu à Télérama) muy stabilobossé (ah ! les plans juxtaposés du gamin de riches frottant sa voiture électrique sur le sol et la bonne qui récure la vaisselle). Merci, j'étais au courant, j'ai constaté de visu et c'est pareil en France, quoi qu'à un degré moindre.
Bref, le film est plombé dès le départ avec ces partis-pris esthétiques et narratifs.
Reste les 20 dernières minutes ...
13 juillet 2009
Fort comme Johnny !
Je suis aussi fort que Johnny Halliday dans « Vengeance » !
(J'ai triché - comme dans le film d'ailleurs : en vrai, à la fin, il faut (re)mettre une sorte de goupille, et, ça, les yeux bandés, c'est même pas la peine d'y songer).