L'avantage quand on est (provisoirement) célibataire, c'est qu'on peut faire des choses qu'on ne peut pas faire aisément lorsque l'on subit la loi d'airain du matriarcat. Non : pas aller aux putes. Voir des films chiants par exemple. Parce que de temps à autre, une certaine mauvaise conscience me taraude : les pingouins mutants venus de la 5ème dimensions, les gunfights dans une salle de bain à 30 personnes, et les jeunes crétins qui se font décapiter par le psychopathe du coin, tout cela, c'est bien beau, mais la quête de sens dans tout ça ? Mmmh ?
Alors je fais la queue. Je dois être la seule personne de moins de 60 ans et quand une jeunesse se pointe pour me demander si c'est bien le film, je lui réponds que oui, qu'en plus, c'est cool, elle fera baisser la moyenne d'âge, ce qui ne la fait pas rire, à moins qu'elle n'ait pas compris.
Le film c'est (comme le titre l'indique) « Parque Via ». Pourquoi, je suis allé voir ça ? En général, quand je ne connais pas le réalisateur, je me fie au script. Lequel promet de grandes choses. En plus, il est mexicain, et j'adore les films en espagnol sous-titré.
C'est l'histoire d'un mec qui depuis 30 ans est gardien d'une maison en vente, laquelle maison ne va pas tarder à être vendue (évidemment). Il a fini par vivre en reclus et à s'y trouver bien.
C'aurait pu donner un film poignant, poétique, envoûtant, que sais-je ?
Ben non pas du tout : c'est juste très chiant. Caméra à l'épaule, quelques plans fixes qu'on voit venir de loin, éclairage immonde, nombreuses répétitions pour qu'on comprenne bien combien sa vie est régulière, etc, etc ... Ni fait, ni à faire, en somme ... Ca pourrait être un film de fin d'étude à la FEMIS. Le cinéma contemplatif n'est pas à la portée du premier venu.
La bonne nouvelle, c'est que les 20 dernières minutes sont nettement meilleures, et qu'on ressort du cinéma avec plutôt un bon souvenir (ce qui est d'une rare fourberie). Pourquoi cette grâce sur la fin ? Parce qu'il se passe quelque chose (la maison est vendue) et que ça accélère un peu ? Non, ce n'est pas ça. A partir de ce moment-là, quelques inventions formelles font leur apparition : un panoramique pas très réussi techniquement, mais habile, des ralentis, des décadrages, la bande-son qui décroche, etc ... 
Pourquoi donc ? Je n'arrivai pas à mettre le doigt dessus et puis je me suis souvenu d'un entretien de J. Rancière où ce dernier expliquait qu'il était hérétique de faire de « l'esthétique » avec le quotidien (et a fortiori avec la misère). Et l'on comprend mieux : la (longue) première partie relève du quotidien, donc du moche ; on filme objectivement (naturalisme/Nouvelle Vague, en gros). La seconde laisse place à l'imaginaire et à la fantaisie (la fin est assez habile quoique peu convaincante quand on y réfléchit bien).
A cela se rajoute un peu de social (qui a beaucoup plu à Télérama) muy stabilobossé (ah ! les plans juxtaposés du gamin de riches frottant sa voiture électrique sur le sol et la bonne qui récure la vaisselle). Merci, j'étais au courant, j'ai constaté de visu et c'est pareil en France, quoi qu'à un degré moindre.
Bref, le film est plombé dès le départ avec ces partis-pris esthétiques et narratifs.
Reste les 20 dernières minutes ...