Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

05 juin 2009

Plante en pot

Vous vous êtes déjà trouvé à un moment donné dans un endroit tout aussi donné où vous n'aviez rien à faire mais que des obligations diverses vous avaient imposé. Typiquement un vernissage où tout le monde semble connaître tout le monde, sauf vous qui ne connaissez personne et où personne ne vous connait. Alors vous avez timidement croqué quelques amuse-gueules, bu un ou deux verres (mais pas suffisamment pour être torché au point d'être satisfait de tout et n'importe quoi), tenu les murs, arpenté les passages bondés en murmurant des « pardon » de plus en plus furtifs, dit 15 fois « bonjour » à LA personne qui vous avait invité (car il y a tout de même UNE personne qui vous a convaincu de venir), la dite personne étant en général occupée à serrer des mains en grappes et à leur tenir la jambe - aux possesseurs des mains. Et vous vous sentez très malheureux, très abandonné, très petit chien éloigné manu militari de sa maman.   
Il existe évidemment une solution : celle de se fondre dans le décor, de jouer à la plante en pot. Il ne s'agit pas de rester rigoureusement immobile, parce que là, vous allez être repéré dans les 3 minutes. Même le moins clairvoyant des observateurs va s'apercevoir que vous être un être humain, et non pas un rhododendron. Il faut la jouer plus subtil. C'est un exercice zen en quelque sorte. Faites le vide dans votre tête, focalisez-vous sur quelque chose d'agréable (un banana-split, par exemple) et mouvez-vous avec lenteur, comme si vous étiez un des porteurs de plateaux de petits fours, un élément étranger au raout, mais plausible dans ces lieux, à la fois hors-course mais à la présence concevable. Vous devez devenir un meuble, mais un meuble humain, donc qui bouge, et qui, éventuellement peut répondre par monosyllabe avec le regard un peu vitreux d'un flic des RG. 
Evidemment ce n'est pas comme ça que vous allez emballer qui que ce soit, mais, de toute façon, vous n'auriez jamais emballé qui que ce soit avec cette sourde angoisse née de cette conviction bien arrêtée que vous n'avez rien à foutre ici.
Répétez avec moi : « je suis une plante en pot dotée d'organes de locomotion, personne ne me voit, personne ne sait que j'existe, personne ne va tenter quelque chose contre moi ».

Une des applications possible acquise suite à cet entraînement à faire pâlir d'envie un ermite himalayen consiste à pouvoir pénétrer l'intimité de quelqu'un (d'une femme dans mon cas). La vraie intimité : quand elle est chez elle, à glander, à regarder la télé, à fixer les lézardes du mur ou je ne sais quoi. C'est ce je ne sais quoi qui constitue la véritable intimité, cette intimité tellement secrête mais tellement banale, qu'elle fait presque honte au sujet observé. Rien à voir avec une intimité sexuelle, aisemment fantasmable et reconstituable. Il s'agit de l'intimité absolue de chacune de nos vies lorsque rien ne se passe tout en se passant toutefois.
BIen entendu, on pourrait la jouer OSS 117 contre Docteur No et truffer le lieu de vie de l'observé(e) avec des caméras grosses comme des pois chiches et des micros discrêts comme des sphincters de mulot. Mais tout cela est bien compliqué, vous ne connaissez rien à rien, vous n'êtes évidemment pas passé par Fort Bragg, et pour commencer vous n'avez pas les clés. La séduction est toujours possible (mais c'est comme à la roulette surtout avec votre gueule) ; le mieux serait le « tu pourrais pas m'héberger un jour ou deux, mon mec/ma nana m'a foutu(e) dehors ? ». Une fois la place investie, jouez les meubles. Je sais, ce n'est pas facile. Mais vous avez acquis de l'entrainement au numéro précédent. Avec un peu de chance, elle oubliera que vous êtes là, comme elle a oublié la présence de la bibliothèque, qu'elle sait être là, mais à laquelle elle ne prête aucune attention - justement parce qu'elle la sait là. 
SI vous réussissez, l'intimité va se déployer devant vous, une intimité réelle, non galvaudée, non trichée. Je le répète : il ne s'agit pas de la surprendre en train de s'enfiler des godes de 70 cms qui font « pouet-pouet » quand on appuie dessus. D'ailleurs, il y a des fortes chances qu'elle se souvienne de votre présence dans ces moments là.
A quoi ressemblera cette intimité intimissime ? Je n'en sais rien. Bien évidemment. Peut-être banale à pleurer, à vous dégoûter à jamais de toute liaison sentimentale et/ou sexuelle. Peut-être émouvante dans sa banalité même.
Je le répète : je n'en sais rien. Petit Scarabée n'a déjà pas réussi la première épreuve ...

Posté par memapa à 11:20 - Ma vie qu'elle n'existe pas vraiment - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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