Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

25 octobre 2008

Signe particulier

Quand j'avais 8 ou 10 ans, je me suis rendu compte que ma carte d'identité ou je ne sais plus quelle pièce administrative du même acabit comportant à la ligne signe particulier : aucun. Je fus assez vexé, car à l'époque, j'en avais un, de signe particulier : une tache de naissance brun foncé qui, avec ma croissance, s'était dilatée et avait pâli, donnant, de ce fait, toujours l'impression que j'avais le cou sale, du côté droit.
Et puis, un signe particulier, c'était toujours ce que possédaient les héros : une marque en forme d'étoile qui permettait à la reine de France de reconnaître dans ce paysan couvert de chaînes le fils illégitime qu'elle avait eu avec Richard Coeur de Lion. Ne pas posséder ce signe d'élection, c'était faire partie de la masse indifférenciée des interchangeables. Bien entendu, je n'avais pas aussi bien articulé mon argumentaire à l'époque, mais je sentais bien que me dénier ce signe particulier revenait à me dépouiller de quelque chose d'une extrême importance.
Lorsque je protestai, ma mère m'expliqua que c'était à cause de signes particuliers qu'on identifiait les résistants pendant la guerre. Raison au moins aussi romanesque et qui m'emplit d'une certaine fierté. Je lui pardonnait donc.

J'examinais tout à l'heure ma fille sous toutes les coutures. Aucun signe particulier. Et si ç'avait été le cas, l'aurais-je déclaré ? Bien sûr que non. On ne sait jamais de quoi demain sera fait.

Maman avait raison.

 

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23 octobre 2008

Qu'est-ce que je disais ...

Dans cet article, je parlais de la merveilleuse justice de notre pays (à laquelle évidemment je fais confiance parce que, moi, je ne suis pas un personnage de fiction).

Et sur quoi je tombe ? Sur une dépêche AFP comme quoi un mec a été condamné à 800 euros d'amende parce qu'en substance, il a comparé Sarkozy à une survivance du pétainisme. En langage juridique, ça s'appelle outrage à personne dépositaire d'une autorité publique. En substance, interdit d'insulter un monarque de droit presque divin et ses commensaux. Aux USA, on fait des films et/ou des documentaires sur Bush et/ou le fiasco et/ou les mensonges de la guerre en Irak. On écrit même des livres pour expliquer pourquoi il faut tuer Bush. En France, on a de bons intellectuels, de bons journalistes, de bons écrivains, de bons cinéastes qui savent de quel côté la tartine est beurrée.

Tiens un autre exemple : la très servile Arlette Chabot présente ses excuses au Luxembourg à cause d'un reportage sur les paradis fiscaux dans lequel ce pays été incriminé. Le Premier Ministre du Luxembourg a piqué une grosse colère et a accusé France 2, pourtant bien frileuse, de confondre secret bancaire et évasion fiscale. Alors que c'est un secret de polichinelle, et que le Luxembourg  et les îles anglo-normandes sont effectivement les paradis fiscaux d'une UE qui donne des leçons de morale, aux îles Caïmans, par exemple.

Et un dernier exemple : les ouvriers des lignes d'assemblage de Boeing à Seattle sont en grève. Comment nos amis les journalistes présentent la chose ? Non pas en expliquant les raisons de cette grève et - éventuellement, soyons fous - en soulignant la légitimité de la dite grève mais en titrant : La grève à Seattle a plombé le bénéfice trimestriel de Boeing. Tous les titres sur le même sujet sont du même acabit. Résumé : ces enculés de grévistes au lieu d'accepter de nouveaux contrats inacceptables, flinguent un des piliers de l'économie US. Salauds de pauvres !

A un moment où l'on parle d'une nième réforme de l'école, plutôt que de diversifier les programmes ou dieu sait quoi, il serait bon de surtout donner des cours intensifs de flagornerie, dès la 6ème, et pas seulement pour ceux qui se destinent au beau métier de journaliste. C'est en effet une qualité très recherchée, comme tous ceux qui connaissent effectivement le monde du travail (et pas ceux qui font les lois) le savent.

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20 octobre 2008

Roustons pilés

On nous les brise avec les élections américaines et on ne compte plus les blogs, sites et autres lieux d'information opportunistes consacrés à l'évènement.
Par exemple, ILovePolitics, plus soucieux d'étaler ses référencements et à pisser dans le sens du vent, qu'à s'interroger sur, justement, l'intêret que peuvent présenter ces élections pour les non-américains du nord et même pour eux. Il faut dire aussi qu'avec les pointures qui  y sévissent (une journaliste de BFM et un ex de HEC), on ne pouvait pas s'attendre à grand chose de consistant.
Ils posent pourtant une question qui peut paraître pertinente de prime abord : pourquoi les élections américaines passionnent-elles les Français ? On ne connait pas la réponse sur le site mais je peux vous la donner tout de suite : parce que les media nous gavent avec l'importance des élections américaines. Je doute que les Français (et c'est quoi les Français ? 100% des Français ? 50 % ? 10 % ? Uniquement les salles de rédactions ?) auraient écrit des lettres de protestations indignées si leurs journaux de référence n'avaient pas traité du sujet...
On a là un exemple caricatural du champ journalistique à la Bourdieu : les journalistes ne s'intéressent qu'à ce qui intéresse leurs collègues et transforme un conformisme corporatiste en une question de société. En d'autres termes : incapables d'avoir une idée de sujet, ils se pompent les uns les autres, matraquent le public et ensuite posent la question de savoir pourquoi ce public s'y intéresse.
Génial.
Soyons sympa 5 minutes et admettons que les Français se passionnent pour ces élections de leur propre chef. Reste à savoir pourquoi. Réponse probable : parce que ce qui se passe aux USA se propage dans le reste du monde comme un tremblement de terre localisé entraine un tsunami qui ravage ce qui se trouve à la périphérie.
L'idée que les élections US puissent changer quoi que ce soit dans le reste du monde ne va pas de soi. Je dis bien les élections, en d'autres termes, l'alternance démocrates/républicains. Tout le monde connait la vieille plaisanterie comme quoi la différence entre républicains et démocrates est la même qu'entre Pepsi-Cola et Coca-Cola (encore que je fasse bien la différence : Pepsi, c'est dégueulasse).
Autrement dit, quel que soit le vainqueur, la politique extérieure et intérieure des USA ne changera pas beaucoup. Et dans ces conditions, on voit mal pourquoi ça passionnerait qui que ce soit. Un auteur (US) comme Susan George ne pense pas non plus qu'une alternance change quoi que ce soit (d'une part, parce qu'il n'y a aucun projet alternatif réel chez les démocrates et d'autre part du fait du travail d'endoctrinement de la droite américaine depuis 30 ans).
Les Européens sont d'indéfectibles jobards, et je me souviens encore de l'enthousiasme (à gauche) qui avait suivi l'élection de Clinton, alors que ce dernier n'a fait qu'enfoncer les clous de Reagan durant son mandat, comme c'était prévisible (et prévu) à l'époque.
Cette jobardise doit tenir, au moins en France, au fait que l'on tient pour équivalentes les différences droite/gauche à l'européenne et républicains/démocrates, alors qu'il n'en est rien comme on peut vite s'en apercevoir dès qu'on s'intéresse un tant soit peu à l'histoire et à l'actualité de ce pays.
L'importance des USA dans le fonctionnement du  reste du monde vient de facteurs essentiellement économiques (comme on a pu le voir lors du dernier Krach boursier) : à savoir, le déficit extérieur du pays et la dette publique, tous les deux faramineux et financés par le reste du monde. 
Et il est bien certain que les démocrates n'ont aucune marge de manoeuvre, ni solution pour remédier à cet état de fait, même s'ils en avaient la volonté, ce qui est très loin d'être certain.
Et ne parlons même pas de la prééminence du dollar en tant que devise de référence.
La situation en Irak ? Les démocrates sont divisés, tout comme les républicains, entre partisans du continuons-le-combat et ceux du retrait (à plus ou moins brève échéance). La dernière option ressemblerait à un scénario à la Vietnamienne, la première ne fait que repousser une éventuelle échéance.
Obama est noir ? Ce serait une première (un président noir) qui bouleverserait les données du problème ? Si l'on veut faire un parallèle, je ne vois pas en quoi les élections successives de M. Tatcher a fait progresser en quoi que ce soit la cause des femmes. En plus, il serait temps de comprendre que ce qui est important, aux USA comme ailleurs, ce n'est pas la couleur de peau, mais la fortune (même si cette dernière est plus difficile à obtenir quand on n'est pas WASP). Le fric, toujours le fric ; le reste n'est que billevésées, comme on l'a vu lors de l'affaire OJ Simpson. Si on connaissait un tant soit peu ce pays, on saurait qu'il existe une bourgeoisie noire qui ne se sent pas la moindre affinité avec les habitants des ghettos. Après tout, Colin Powell est d'origine Jamaïcaine ; Jesse Jackson et Oprah sont noirs.
L'influence pernicieuse des think tanks ? D'abord elles tirent leur idéologie de penseurs européens (von Hayek par exemple), ensuite parce qu'elles ne disparaitront pas du jour au lendemain, ne fut-ce que parce qu'elles émargent aussi grandement chez les démocrates, qui de toute façon, comme on l'a dit ne présentent pas de différence notables avec les républicains.

Alors quoi ?
Rien.
Alors pourquoi les Français sont-ils passionnés ? J'ai déjà donné la réponse. Et de toute façon, les Français ne sont pas passionnés. Pas plus que les yankees, il suffit de jeter un coup d'oeil aux pourcentages de participation lors des  dernières présidentielles. Sans compter, j'oubliais, que le président des Etats-Unis n'est pas tout puissant comme en France, et que la Chambre des représentants et le Sénat ne sont pas nécessairement à sa botte.

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15 octobre 2008

Orwell

Orwell était un type bien. Par exemple, même s'il ne partageait pas du tout les opinions politiques d'un écrivain, il faisait des critiques louangeuses de ses livres si c'était un bon écrivain (Chesterton dans son cas). Il était prêt à défendre la liberté d'opinion même pour ses adversaires, fussent-ils des pro-nazis ou apparentés ou à relever les inepties des gens a priori de son bord. Vertus aujourd'hui disparues, serait-on tenté de dire, mais on va justement y revenir. 

Il a tenu une rubrique plus ou moins hebdomadaire dans un journal, Tribune,  entre 1943 et 1947, une sorte de billet d'humeur, bien que le terme humeur soit mal choisi. Il y traitait d'à peu près n'importe quel sujet, des plus graves (l'antisémitisme) aux plus (apparemment) frivoles (la longévité des rosiers). Ces chroniques sont rassemblés dans un ouvrage [1], et on ne peut qu'être frappé - du fait de la diversité des thèmes - de sa parenté avec certains blogs (dont le mien - soyons immodeste, il y a bien pire comparaison) ; je ne parle évidemment pas ici des blogs monomaniaques, diaries et autres.

Ce qui est frappant, c'est que des modes de pensée que l'on qualifierait de déplorablement contemporains ne le sont pas du tout et qu'ils existaient déjà dans les années 40, et d'après Orwell, dans certains cas, dès avant 1914. Comme nous sommes dans une époque où tout est censé être inouï de nouveauté et jamais envisagé, le fait de s'apercevoir qu'il n'en est rien met un bémol sévère à notre prétention à l'incroyable et au non comparable de notre présent. Pour ne prendre qu'un seul exemple, les révolutions mentales rendues nécessaires par des chamboulements économiques jamais vus ne se fondent en fait que sur des fantasmes étayés par des théories économiques datant d'à peu près 1830 et régulièrement invalidées depuis sans que cela n'affecte les vrais croyants. L'autre leçon à en tirer c'est qu'avant ce n'était pas mieux, et il est même possible que ce fût pire. L'intelligence n'était pas au pouvoir (ou ne l'était pas davantage), les imbéciles tenaient déjà le haut du pavé et les intellectuels de jadis n'avaient rien à envier à nos contemporains en terme de nullité flagorneuse, ce qui a un côté un peu désespérant, car où se tourner si le passé est calamiteux et le futur douteux pour ne pas dire inquiétant ?

Petit florilège :

  • Incompétence des experts, experts évidemment indéboulonnables.
  • Vénalité des critiques littéraires.
  • Veulerie et nullité des journalistes ; autocensure de la presse.
  • Le fait que dès 1914, la technique abolissait les distances et de fait tendait à l'amitié entre les peuples
  • Faire le jeu de (ou être l'allié objectif de) : de nos jours employé en général avec l'extrême droite comme repoussoir, à l'époque avec les nazis et/ou les communistes.
  • Nunucherie de la presse féminine.
  • Avant c'était mieux
  • Ennui généré par la poésie et posture ridicule des poètes
  • Terrorisme intellectuel

J'en oublie évidemment, mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a quelque chose de fascinant dans le fait de s'apercevoir qu'en plus de 50 ans, peu de choses ont changé, du moins au niveau des mentalités. D'une part cela tendrait à prouver qu'il existe une sorte de nature humaine immuable, et cela donnerait raison aux conservateurs de tout poil. D'autre part, ces derniers ne cessent de jouer la petite sonate de la décadence, ce en quoi ils ont évidemment tort (d'après ce qu'on en déduit d'Orwell).
Cette continuité de fond (apparemment invalidée par un constant relooking de pure forme) pourrait s'expliquer par le fait qu'Orwell ne fait pas remonter ses exemples au delà de 1850 en général [2] ; il est possible que depuis l'entrée de l'Europe (et du reste du monde via le colonialisme) dans la société de masse, rien ne change effectivement sur le fond, pour des raisons qu'il serait interessant d'essayer de découvrir.

En résumé, deux choses à retenir :

  • Avant c'était pas mieux
  • Les vieux cons sont des vieux cons

Bises à tous et toutes.



1 - A ma guise, chez Agone, petite maison d'édition dont on ne dira jamais assez de bien.
2 - Je tiens à préciser que le propos d'Orwell n'est pas de montrer que rien ne change ; c'est moi qui m'en étonne en lisant ce qui travaillait les humains des années 40.

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13 octobre 2008

Pierre et Robert

Pierre Drieu la Rochelle est un écrivain français né en 1893 et qui, durant l'occupation, finit par devenir directeur de la NRF. Peu après, devant la supériorité quantitative et parfois qualitative du matériel anglo-saxon, ses soutiens se réfugient derrière la ligne Siegfried et Pierre, soumis à la pression de revanchards sans coeur, est contraint de se suicider, plutôt que risquer de passer en jugement pour haute trahison et intelligence avec l'ennemi.

Robert Desnos est un écrivain français né en 1900 et qui, durant l'occupation, travaille pour des raisons alimentaires au journal collaborationniste Aujourd'hui [1], et dans le même temps devient résistant actif du réseau AGIR. Arrêté par la Gestapo le 22 février 1944, il est déporté et meurt d'épuisement, de dénutrition et du typhus au camp de Terezin, peu après sa libération en 1945.

Bien que d'un point de vue littéraire Desnos enfonce allègrement Drieu, que d'un point de vue éthique, il n'y ait même pas de comparaison possible, il existe aujourd'hui un club de vieilles filles et de vieux garçons, de mal baisé(e)s, de nostalgiques des chantiers de jeunesse du maréchal, de ratés se prenant pour des non-conformistes et de jeunes cons posant au rebelle, qui peaufinent à Drieu une martyrologie aux petits oignons dans laquelle l'ex directeur de la NRF joue le rôle du Christ sacrifié aux marchands du temple, martyrologie à côté de laquelle les plus délirantes hagiographies catholiques passent pour des monuments d'objectivité et de rigueur historique.

Dans 20 ans, des historiens des mentalités chercheront à expliquer ce phénomène aberrant. Pour le moment, il est juste question de remettre les choses à leur place - et de saluer bien bas Robert Desnos, poète génial qui ne jouait pas au poète [2] et homme digne, courageux, comme on n'en voit plus beaucoup [3].



1 - Dans un de ses articles, il s'en prend à Louis-Ferdinand Celine, autre martyr des non-conformistes à 2O cents, mais d'une toute autre envergure littéraire. Ce dernier, ulcéré, l'accusera publiquement - et élégamment - d'être juif, ce qui dans le contexte de l'époque aurait pu lui valoir la déportation.

2 - Le poème, Les sans cou (de mémoire) semble n'avoir été écrit que pour amener le dernier vers, calembour volontairement lamentable, qui se termine par [...] les 4 sans cou. On est très loin des poètes lambda , poseurs moroses et naphtalinisés.

3 - Pour d'autres figures d'hommes et de femmes admirables, voir le film Le chagrin et la Pitié, et sa galerie de résistants aussi modestes que forçant le respect.

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11 octobre 2008

Tuons les grands hommes

Ellroy est un gros branleur. Ellroy est aussi L'écrivain de polar de référence en France, surtout chez les gens qui ne lisent pas de polars. Une sorte de Fred Vargas US. Naaan, je suis méchant. Mais il y a un peu de ça quand même.
Ellroy est une tête de noeud qui en rajoute dans le genre néo-conservateur crypto-pervers qui joue et surjoue son rôle. Ca impressionne beaucoup les gens qui aiment bien vivre par procuration et qui , ayant fumé un joint, n'en peuvent plus de lire un type qui reniflait les petites culottes dans les baraques qu'il cambriolait.
Ellroy n'est pas un très bon écrivain. Ses histoires dérivent d'articles de tabloïds comme il le reconnait lui-même et ont souvent l'air d'être photocopiées d'un ouvrage à l'autre. Quant à son style... Parlons-en : pas plus de 15 mots par phrase et le tour est joué. Pareil : il en joue et en surjoue. Ca donne un rythme haletant et authentique, ça impressionne les ploucs. Authentique... Ellroy, aime bien ce mot ; ce n'est pas un luthérien pour rien. Comme si l'authenticité avait quelque chose à voir avec l'écrit.

Ellroy est surestimé. Comme beaucoup de restos. Là ou j'habite, c'est plein de restos extrèmement médiocres devant lesquels les gens font la queue parce que ce sont des restos devant lesquels il faut faire la queue - ce sont des références. Alors, qu'objectivement, ils sont médiocres ; je le sais, j'y ai bouffé. Ellroy, c'est pareil. C'est une référence pour gens sans beaucoup de goût. C'est d'autant plus étonnant que dans le polar US de qualité, ce n'est pas le choix qui manque. Comme pour les restos d'ailleurs.

Pour tout arranger, Rivages exhume des fonds de tiroirs terriblement authentiques comme Destination Morgue, où Ellroy raconte avec une rare complaisance son passé de camé-alcoolo-paumé-pervers. Il le raconte avec une telle complaisance qu'il répète rigoureusement la même chose d'un chapitre sur l'autre. Je ne plaisante pas : vous pouvez vérifier. Mais il faut être honnête : c'est vraiment du fond de tiroir et l'ouvrage est en fait une compilation d'articles parus dans GQ (Gentleman Quarterly, une sorte de Maximal dont l'édition française vient de sortir). Imaginez un peu le public auquel était initialement destiné ces articles. Hordes de néo-beaufs qui mouillent leur slip quand Ellroy fait son grand numéro de reaganien rangé des bagnoles.

[INTERMEZZO]
A vrai dire, je ne connais personne qui lise ce genre de magazines pour hommes (Maximal et compagnie). Je n'en ai jamais rencontré, et ai un peu du mal à visualiser à quoi ça peut ressembler. D'un autre côté je ne connais pas non plus de femmes qui lisent Elle, quoi qu'il soit possible que - sans le savoir - j'ai d'aventure couché avec des lectrices de Elle. Mais ce qui est sûr, c'est qu'à côté de ces magazines pour hommes, Elle est un étincellant festival d'intelligence, de finesse et de culture.
[/INTERMEZZO] 

Bref, Rivages se fout du monde. Ellroy aussi, mais comme il pige pour GQ, on ne peut pas - dans ce cas d'espèce - vraiment lui en vouloir ; ce devait être pour payer des arriérés d'impots. Rivages n'est certes pas le meilleur éditeur de polars français, il est irrégulier (il publie aussi bien le nullissime M. Behm que le savoureux D. Westlake), mais là, c'est vraiment du foutage de gueule.

Ceci étant, ça ne retire rien à ce que je disais initialement : Ellroy est totalement surestimé, Ellroy est l'idole de gens qui ne connaissent généralement rien au polar, Ellroy arrive dans le peloton de queue des grands auteurs de polars US, Ellroy vit sur sa notoriété, Ellroy a un incontestable côté produit marketing imposé. Mais Ellroy s'y croit gravement - évidemment à force qu'on lui répéte que c'est L'auteur de roman noir -, Ellroy est gavant, Ellroy fait chier son monde, Ellroy est prévisible (autant du point de vue de l'intrigue que du style), Ellroy est tout simplement un auteur moyen. Moyen-plus, disons. Vraiment pas de quoi le mettre sur un piédestal.

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07 octobre 2008

La pétasse Gucci

Pour calmer la louloutte, car la louloutte est une hurleuse, un truc qui marche de temps en temps : lui chanter des chansons tout en la berçant. Comme j'ai passé ma prime enfance enfermé dans une cave à disputer ma maigre pitance à des rats agressifs et colossaux, je n'ai évidemment aucun souvenir de beurceuse à lui chantonner, à la pitchoune. Alors j'improvise des trucs d'un goût douteux, tout en sachant qu'elle n'y comprend pour le moment que pouic aux paroles.

Voici donc (sur un vague air de blues) :

La pétasse Gucci

Un jour, ma jolie, tu seras une pétasse Gucci
Avec des fringues et des lunettes Gucci
Des godasses et des robes Gucci
Et tu monteras dans la Ferrari
du vieux monsieur au dentier parfait
tout lifté, tout refait et tout bronzé (Oh Yeah !)

On peut évidemment remplacer Gucci par n'importe quelle marque de fringues pour pouffe.

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05 octobre 2008

Les amoureux

Le problème quand on est parents, c'est que l'on est plus des amoureux.
Et que B'. et moi, notre fonction dans l'existence, celle qu'on a choisie, c'est d'être des amoureux.
Pas qu'en soit le fait d'être mère/père empêche de l'être.
Mais en pratique, quand on se transforme en zombies tout dévoués à l'élevage de l'homonculesse, on ne peut plus l'être. Plus le temps, plus l'énergie, plus la motivation.
C'est B'. que ça a rendu folle au début. Son amoureux s'éloignait, sans qu'elle pût rien y faire, au fur et à mesure qu'elle se transformait en vache laitière et lui, en une sorte d'aide soignant pas très qualifié. Deux colocataires dans les bras desquels un sort cruel avait collé un nourrisson hurlant.
Elle était ma planète et j'étais son satellite. J'étais sa planète et elle était mon satellite.
Pas de psycho à deux balles sur les mères-qui-peuvent-être-aussi-des-amantes ou sur la-jalousie-envers-le-nouveau-né. C'est bon pour les amoureux qui choisissent leur amour sur catalogue.
L'amour s'est délité, il n'a pas disparu, il est passé de l'état solide à l'état gazeux et il est bien difficile d'en respirer suffisamment pour retrouver la sensation antérieure.
Constatation : l'abrutissement et la fatigue sont les premiers tue-l'amour bien avant les chaussettes sales qui traînent sur le parquet.
L'abrutissement et la fatigue génèrent une morne indifférence envers tout ce qui n'est pas le nourrisson et ce qui lui est associé. Envers l'amoureux/se, en particulier.
Puis, c'est moi qui ai ressenti l'aspiration de l'élevage. L'aspiration vers cette morne indifférence.
J'ai essayé de lutter.
Pour commencer, j'ai offert un bouquet de fleurs au débotté, pour rappeler ce que nous sommes, don inutile et volontairement sans rapport avec la lactation. Pour des raisons techniques, elles ont fini dans un vase sur le balcon à se flétrir. Des raisons certes techniques, mais cela fait partie de ces petits détails qui font mal au coeur.
J'ai récidivé avec un pendentif de métal martelé.
Jamais ou peu utilisé.
Mais comme elle le dit elle-même : « comment pourrais-je mettre des bijoux alors que j'ai à peine le temps de m'habiller le matin et que j'ai l'air d'être fringuée avec des sacs à patates ? »

Mais lui revient le mot de la fin :  « Quand on en aura fini avec ça (comprendre : quand la gamine aura 3, 6, 9, ou 12 mois), il faudra réapprendre à se draguer ».

Il reste de l'espoir puisque nous sommes en phase. Les vrais amoureux ne meurent jamais ...

   

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