Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

30 juillet 2008

De Batman au Joker

Cher Joker,

Déjà, et pour commencer, je pense que c'est la dernière fois que je te crois quand tu me dis qu'après cette bouteille, oui celle-ci, tu rentres parce que tu es quelqu'un de sérieux, merde quoi.

Ensuite, pour Sloterdijk, tu peux laisser tomber, ça vaut pas le coup, tu te fatigues pour rien. Je viens de m'en appuyer 3 dans la foulée, parce que j'ai un cerveau grand comme un congélateur familial et que rien ne m'arrête. Ce qui fait 6 au total, oui, tu peux me regarder avec adoration, mais pas trop quand même, ça me gène un peu.
Si tu veux, Sloterdijk c'est un peu comme du Baudrillard, mais en moins apocalyptique, et de ce fait, moins drôle. C'est à dire, une série d'analogies foireuses, parfois stimulantes intellectuellement, mais foireuses quand même. Sauf que Sloterdijk, il appelle ça conceptualiser. Quand tu rentres dans le détail (ou plutôt, les détails), tu t'aperçois que c'est du grand n'importe quoi. Tout le problème des analogies et des grands récits, puisque c'est à ça qu'il veut jouer, le Sloterdijk ...

En plus, c'est gorgé de références à Nietzsche et à Heidegger pour signifier au manant que l'on est sur le terrain de la philosophie et pas des intuitions inspirées (comme dans le cas de Baudrillard). Mais sur le fond, ils ne servent à rien, tous ces détours par Heidegger, je te rassure tout de suite : il s'agit juste de balises. Manière pour Sloterdijk de se positionner dans la grande histoire de la philosophie, et tu m'accorderas que, pour se faire une place au soleil, il faut mieux avoir Heidegger comme adversaire et/ou compagnon de route que Michel Drucker.

Bref, c'est comme Critique de la raison cynique, à l'allemande, plein d'érudition à la louche qui n'apporte rien mais pose son bonhomme et l'on ne peut s'empêcher de penser que réduit des 2/3, ç'aurait été plus digeste sans perte des qualités nutritives.

Et puis, vue sa dernière livraison, on se gratte la tête et l'on se demande si le destin de tous les Nietzschéens (fussent-ils de gauche) est de virer vieux cons avec l'âge. Sérieux : comment prendre au sérieux un mec qui laisse éditer un livre d'entretiens avec Finkelkraut ? Pourquoi pas BHL pendant qu'on y est ?

Veuillez agréer, cher monsieur Joker, l'expression de mes sentiments les plus lagomorphes avec des grandes oreilles (mais c'est un pléonasme).

 

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28 juillet 2008

Histoire de causer

Il doit exister une sorte de destin qui m'a mis un jour sur le chemin de la traduction de machins culturellement déficients : romans pour ados japonais ou BD italienne underground de la fin des années 80.

 

scozzari_1

J'ai retrouvé dans mes archives La dalia azzurra (le dahlia bleu) de Filippo Scozzari d'après Chandler, dans la version originale de chez Frigidaire à 4000 lires (et je me demande bien où j'ai bien pu la trouver, étant donné que je n'ai jamais mis les pieds en Italie). Traduit par mes soins il y a 15 ans de cela, à l'aide d'un dico et d'une méthode assimil d'italien acheté aux puces. Ce qui m'a permis de constater que l'italien ressemble beaucoup à l'espagnol (par ex: équivalents du usted et estar+gérondif), heureusement d'ailleurs pour moi.

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Travail des plus inutiles, le bouquin ayant été édité en France (et traduit) dans l'intervalle.

Comme quoi, si ça intéresse quelqu'un, qu'il me fasse signe.


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21 juillet 2008

Horst Wessel Lied au bout du RER

C'est en lisant City of quartz que l'idée a commencé à germer. Bouquin fascinant comportant en particulier ces descriptions de communautés nanties et refermées sur elles-mêmes, de villes privatisées autour de Los Angeles, avec murs d'enceinte et vigiles pour contrôler entrées et sorties. J'ai jeté un oeil à l'une d'elles à Phoenix. D'assez loin parce que les types en noir à tête de psychopathes qui gardaient les points d'accès m'intimidaient et que je n'avais aucune envie de m'attirer des ennuis à moins de 18 heures de mon décollage. De toute façon, l'avion, je l'ai raté, étant enfermé dans une des prisons de la ville, à 40 dans une cellule prévue pour 6. Pour une toute autre raison, mais ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui...
Mélangeant cela avec des histoires de citoyens férus d'exercices para-militaires, façon milices de l'Idaho, je m'attelais à une idée de série de faux-documentaires sur des cinglés paranoïdes à proposer à des chaines de télé.
Puis un autre livre, Le ghetto français, sur le développement des ghettos de riches en banlieue parisienne (et donc de ghettos de pauvres, par réaction - au sens physique et mécanique du terme - et par défaut pourrait-on dire), typiquement vers le sud-ouest, mais pas seulement. Création d'un entre-soi explicitement discriminatoire avec ses codes sociétaux à respecter.
Tout cela je m'en doutais.
Je n'arrivais pas à mettre la main sur l'idée générale qui sous-tendait l'ensemble, mais je savais qu'il y avait quelque chose.  Quelque chose d'occulté, de jamais ou rarement traité. Les résultats des présidentielles me l'ont confirmé : Sarko minoritaire dans les villes de grande et moyenne importance (par moyenne importance, j'entends une ville de la taille de Nantes, par exemple), et majoritaire dans les banlieues. Le candidat idéal de la trouille, de l'égoïsme borné et indexé à un consumérisme stupéfié. Au sens strict, la banlieue middle-class était le biotope idéal de notre  nihilisme début de millénaire. Le vrai nihilisme, l'adoration béate et joyeuse du néant, avec ses fidèles amateurs de golf et de thuyas soigneusement taillés.
Et puis, j'y ai foutu les pieds, dans une de ces banlieues, en tant qu'invité. Mon hôte m'expliqua le communitarisme étriqué qui régissait l'endroit. Les déviants, les pas-tout-à-fait-dans-la-norme qui retrouvaient leurs boites aux lettres remplies à ras bord de prospectus, voire d'ordures ou les merdes de chien balancées sur le gazon, à titre de représailles. Je pensais qu'il en rajoutait, cela faisait partie de son personnage - mais je savais au fond de moi qu'il avait raison. Un monde sorti d'une production Disney avec des voitures nickel en permanence, des pelouses soigneusement tondues, et une population mâle adorant sans complexe le football (comme quoi Nikita qui se plaignait de devoir sans cesse se justifier ne se rendait pas compte que cela venait de son décalage avec son microcosme à lui ; 30 kms au delà du périphérique et il se serait trouvé comme un poisson dans l'eau).
Et voilatipa que B'. me parle de Thiais-village, de son centre commercial crypto-post-moderne et du village des 7 nains adjacent. Alors que j'étais en train de lire Que notre règne arrive de Ballard. Lourdissime comme tous les Ballard, mais bourré d'observations et d'intuitions remarquablement pertinentes, comme tous les Ballard.
Malgré la non-plausibilité absolue de son intrigue, une idée fondamentale du livre entrait en résonance avec ce qui me taraudait depuis City of quartz. Celle que le fascisme à venir, le fascisme potentiel qui nous pend au nez n'aura, d'une part, pas grand chose à voir avec celui qui l'a précédé et que, d'autre part, il se développera non plus dans les grands centres urbains, dans les villes, mais dans ces banlieues middle-class, refuge des foyers à 3000 euros mensuels. La campagne n'encerclera plus les villes pour triompher, mais ce seront ces banlieues qui le feront (en cas de victoire, bien sûr). La réaction ne viendra plus de la province, mais des banlieues middle-class et non pas des banlieues pourries sur lesquelles se focalisent des media très occupées à cajoler les habitants de ces autres banlieues. Ce ne seront pas les sauvageons qui déferleront sur les métropoles, sur les lieux de pouvoir, mais les informaticiens, les experts-comptables et les gérants de fast-foods. Ce sera d'ailleurs le seul point commun avec le fascisme à l'ancienne : la crainte de perdre ses misérables statuts entrainera cette - parait-il - insaisissable classe moyenne dans un irrationalisme politique et potentiellement criminogène, irrationalisme qui, lui, a de toute façon  le vent en poupe quelles que soient  les classes, tribus, clans et communautés de notre société. Mais un fascisme sans délire racial, sans défilés martiaux, uniformes à têtes de mort et sans grands rassemblements à Nuremberg. Un fascisme nimby sur fond de crédit à la consommation, sportwears un peu minables et monospaces à défendre coute que coute. Un fascisme déjà travaillé au corps par les démagogues de tous poils et qui affuble les citadins - supposés dégénérés - de noms dépréciatifs, le dernier en date étant bobos, en particulier en ce qui concerne  Paris. Le bobo, le dégoutant cosmopolite, l'adepte des vices inavouables (car la ville est et a toujours été fantasmée comme l'antre du vice et de la corruption - heureusement d'ailleurs, c'est ce qui fait son seul intérêt, sur le fond) et d'un snobisme bien réel, l'antithèse des représentants du pays réel qui passent leurs samedis dans les centres commerciaux. Comme quoi, de ce point de vue là, rien de nouveau sous le soleil.

Bref, un sujet d'enfer pour documentaires, faux documentaires ou fictions, je ne sais pas encore, mais il faudrait que je le propose à N. et aux autres.


PS : inutile de protester en disant que moi c'est pas du tout ça et que ma banlieue, rien à voir. Je sais. Je généralise. Mais tout le monde fait ça tous les jours sans même s'en apercevoir.

 

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15 juillet 2008

Merde à la croix

Etre comme tout le monde : le secret du bonheur.
Si la bonne fée venait rétroactivement se pencher sur mon berceau, voilà ce que je lui demanderais : faites de moi quelqu'un d'absolument ordinaire.
D'infernalement ordinaire, s'il le faut.
Faites de moi un de ces types sans forme, sans visage et sans pensées, un des ces types contents de leur sort, heureux d'être banals, d'être ni beaux ni laids, ni séduisants ni répugnants.
Un de ces types qui vont au bureau sans état d'âme particulier, avec certes un léger ennui, mais pas plus que celui d'aller chier. Aller au bureau comme on chie : activité fastidieuse, quotidienne, malodorante, mais qui ne coute rien de plus que quelques rouleaux de PQ.
Un brave type qui boirait son café avec les autres types ordinaires et se sentirait bien à ingurgiter la lavasse avec ses pairs.
Un brave type qui râlerait bien un peu mais qui supporterait le joug comme on va s'assoir sur la cuvette des chiottes.
Le joug. Expression pontifiante indigne d'un brave type. Il n'y aurait pas de joug, juste le jour-après-jour jusqu'à ce que l'heure de la retraite sonne. Perdre à sa vie à la gagner, j'en brulerais des cierges.
Il n'y aurait plus cette pression continuelle. Juste d'autres braves types à qui on dirait bonjour, avec qui on discuterait gamins, télé de la veille, sujets imposés.
Bien sûr, je devrait marquer ma singularité puisque cela fait désormais partie de la panoplie de l'ordinaire. Je pourrais faire des maquettes en balsa, tiens, par exemple.
Et à ceux qui me parlerait d'être soi, je répondrais mes couilles. Etre soi - si tant est que cela ait un sens - n'est donné qu'à quelques élus sur lesquels les lèvres divines ont déposé un chaste baiser à la naissance. Dans le cas contraire, c'est une croix à trimballer. Et une putain de croix, pour tout arranger.
Evidemment, je pourrais me forger une  singularité  en solde d'écorché vif, comme  on dit dans les mauvais romans. Mais il n'y a pas d'écorché vif qui tienne. Ce n'est que l'autre alternative quand il est encore plus obscène d'avouer sa jalousie, la jalousie sans espoir, le ressentiment infamant de ne pas être comme tout le monde. Pourquoi se raconter des histoires alors que c'est juste une question d'impuissance ? Alors oui, on peut bien se moquer de tous ces cons, ces veaux, qui ne savent pas, alors que moi je sais qu'ils ne savent pas et qu'est-ce que je suis vachement mieux qu'eux, moi, celui qui sait et qui peut montrer sa croix au douanier.
Merde à la croix.
Merde au super-différent qui n'a plus que sa différence par défaut pour tenter de justifier sa présence ici-bas.
Faut bouffer.
Faut bosser.
Et pour tout cela, rien ne vaut le comme-tout-le-monde.
Evidemment, on peut aussi se faire sauter le cerveau jusqu'au plafond avec un bon vieux calibre douze et de la chevrotine double zéro. Trop couillu pour moi.
Alors quoi ?
C'est cette fêlure qu'on devine en toi qui fait tout ton charme.
clap-clap-clap.
Des fêlures, je t'en donne 10 barils contre un peu de cette normalité sur laquelle je fais mine de cracher - on prend les postures que l'on peut.
Je veux juste être un brave type. Content du monde, de lui, de la vie, de sa vie. Globalement bien sûr. Je ne demande pas la béatitude opiacée non plus.

Merde à la croix. Merde aux fêlures.

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09 juillet 2008

La ville

(....) Les jolies filles, les très jolies filles, les reines du bal de quelque chose n'intéressaient personne, alors elles partaient dans les banlieues résidentielles où d'ailleurs elles résidaient, s'accouplaient à des natifs du coin raisonnablement nantis et (se) reproduisaient. Les plus ambitieuses ou les moins méfiantes partaient vers des endroits où leur plastique pouvait être monnayable, car il y a des contrées où le 90-60-90 est un met de choix. Mais pas chez nous.

On appelait ça Tirer la Barbie. La drague en elle-même, c'était l'avoué qui l'enseignait. Avec les bombasses, ça passait comme une lettre à la poste,  non pas qu'elles fussent aussi connes qu'on a tendance à se l'imaginer, mais elles jouaient un rôle sur mesure écrit à l'avance, rôle dont elles n'avaient pas conscience ; répondre correctement aux 10 points de la Méthode était pour ainsi dire inscrit dans leurs gènes, tout comme capturer une souris l'est pour un chat, sans même  qu'il y prête attention. Même les plus moches, les goitreux, les bossus, les bouffés d'acné pouvait partir bombasse sous le bras et lit dans la lunette d'approche. Il suffisait de suivre scrupuleusement la Méthode. Vous parlez d'un intérêt...

(...) Il y avait aussi la Technique qu'on appelait ainsi pour la différencier de la Méthode. La Technique c'était comment assurer au moins un orgasme à la dame. Avec aussi le rab qui changeait la donne. Car la Technique, sur le fond, était dégueulasse parce qu'il s'agissait de rendre la fille amoureuse, sinon dépendante, de la bite et du reste. On appelait ça : Marquer le point. Il ne faut pas oublier qu'on était vraiment une bande de pauvres types, que nos vies allaient se dissoudre dans une médiocrité de plus en plus flétrie, que nous n'étions rien et moins que rien, mais que l'avoué - un minable - maîtrisait la Méthode sur le bout des doigts et que le magasinier se chargeait de nous enseigner la Technique. Alors, les beautés pleuraient toutes les larmes de leur corps lorsque le Don Juan édenté ou bouffé par la pélagre partait voir ailleurs un tronçon du vaste monde ; une autre paire de seins parfaits promise à notre confédération de cloches.

(...) Bien entendu, c'était impossible. Ca ne pouvait pas exister. Il y avait quelque chose de dégradant à être téléguidée ainsi par une succession d'instincts mis en branle et orientés par des trucs qui auraient à peine tenu sur une feuille A4. Recto. Non seulement, c'était un scandale, mais ça ne pouvait pas exister. C'est du moins ce qu'on ne cessait de nous répéter, la vie, l'intime et l'intime de l'intime, ça ne se résumait pas à quelques tours de passe-passe et de manipulation presque à la portée du premier venu. On  laissait dire. La terre  ne tournait pas autour du soleil, on était bien d'accord, avec tout le monde s'il le fallait, même avec les tenants d'une terre plate, mais on continuait d'appliquer la Technique, parce que, quoi qu'on en dise, c'est Kepler qui avait raison.

(...) Il y avait évidemment plusieurs niveaux dans la Technique, certains réclamant une solide foi, des heures d'études et de cas pratiques, ainsi qu'une patience d'ange et une capacité sans faille à mentir comme un arracheur de dents. Quand une des plus récalcitrantes, des plus méfiantes et/ou des plus cyniques succombait et voyait un blanc destrier surgir à l'horizon, on appelait ça Faire capot. C'était réservé aux meilleurs d'entre nous, ceux qui avaient suivi les cours avancés, donnés par le magasinier secondé par le premier magistrat. On était des minus, des sous-merdes, à peine reconnus par nos familles, mais Faire capot, ça nous rendait plus que fiers, car vous pensez bien que ce n'était pas donné à n'importe qui de transformer de fières amazones en lectrices de Nous deux. C'était même la classe et les champions de ce genre d'exercices étaient jalousés en même temps qu'admirés. Dans notre petit cercle évidemment, parce qu'au delà, nous étions plutôt vus comme une belle bande de salauds.

(...) Appliquer la Technique dans le cas des bombasses, c'était beaucoup de travail pour pas grand chose. La Méthode suffisait bien, et comme c'était lassant à la longue, trop facile et peu gratifiant, on avait fini par se rabattre sur les
pas-vraiment-jolies-mais-pas-mal-quand-même, assez du moins pour être sur leur garde et ne pas tomber dans les bras du premier type à leur accorder un peu d'attention. Celles qui avaient de petits problèmes dermatologiques, des séquelles de brulures ou d'opération, des cicatrices, des yeux vairons, une asymétrie franche dans le visage, les cheveux prématurément blanchis ou rares devenaient des proies de choix qu'on admirait, qu'on désirait, qu'on se repassait à intervalles réguliers et, parfois, dont on rêvait la nuit. Certains devenaient même réellement amoureux. Beaucoup pour être franc. Ils disparaissaient un beau jour avec leur dulcinée, quittaient la ville, diminuant un cheptel qui finit par devenir dérisoire en moins d'une décennie. Mais à ce moment là, nous étions tous devenus trop vieux, trop connus, trop visibles et définitivement figés dans la graisse de notre non-existence.

 

Posté par memapa à 20:31 - Ma vie qu'elle n'existe pas vraiment - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 juillet 2008

ANPE = SS

Vous savez qu'être sans emploi, c'est mal. Vous volez l'argent de la collectivité. Vous êtes une petite saloperie de parasite et si vous nationalisez les pertes, vous ne privatisez pas les bénéfices. En fait si, mais ce n'est pas comme ça qu'il faut le faire. Alors, à L'ANPE, on a décidé de vous fliquer pour être sûr que vous êtes en train de chercher du taf comme un malade au lieu de dessiner Le naufrage de la Meduse sur l'extrémité de votre gland, opération complexe qui nécessite beaucoup de patience - et donc de temps libre. Sur le fond, je comprends bien que - vu le contexte actuel - on apprécie la traçabilité de l'argent public. Encore que je ne suis pas certain que le scandale soit vraiment là (filer des sommes assez dérisoires à des gens qui se sont cassés le cul pendant plus de vingt ans), et que les pépettes, elles disparaissent bien plus dans les paradis fiscaux, les niches à défiscalisation, les opérations nébuleuses que ne réprouvent pas la bonne vieille justice à deux vitesses de notre beau pays que dans les poches des pauvres connards d'électeurs. Et puis, moi, je n'ai jamais été mis en examen, contrairement à certains élus de la proche banlieue parisienne. En d'autres termes, la morale serait plutôt de mon côté. Pour ce que ça compte...
Mais bon, je suis allé voir ma sangsue ce matin, la dame-maton qui est payée pour vérifier que je ne suis pas un enculé de grugeur. Un bien beau métier, producteur de richesses en pagaille. J'étais pas trop fier parce que des recherches, je n'en avais faites aucune, attendant septembre que le marché de l'emploi reparte. Mais allez expliquer ça à un fonctionnaire qui ne sait pas ce que c'est que le marché de l'emploi en dehors de ce qu'il a lu dans ses fiches récapitulatives.
D'emblée, elle me casse, me faisant comprendre qu'avec un CV comme le mien, plein de trous, ça va pas être de la tarte, et que des comme moi, elle en plein sa poubelle à assujettis. Et que mes prétentions salariales, elles frisent le délire. A se demander comment j'ai réussi à trouver du boulot sans ses précieux conseils et au tarif que j'avais demandé. Le message était : mon petit bonhomme, va falloir courber l'échine, te contenter de ce qu'on daigne t'offrir et si on te paie en monnaie de singe, tu lanceras des confettis en l'air pour manifester ta joie et tu cireras les pompes de ton employeur pour le remercier avec des larmes dans la voix. Elle m'explique à moi ce que c'est que le marché du travail, combien on peut gagner dans telle ou telle entreprise, comme si je débarquais de la planète krypton et ne savais pas ce que c'est de sourire aux cons toute la sainte journée en leur assurant qu'un taf comme celui que j'exerce chez eux, il me file une trique comme jamais j'en ai connu.
Madame-maton parle à sa sous-merde des dures réalités de l'existence. Merci, sans vous, je ne saurais même pas avec quelle main me torcher.
Et puis, faut un CV en une seule page qu'elle me lâche avec l'air supérieur de celui qui a un beau bureau et la capacité de vous radier si on moufte un tant soit peu. Alors que n'importe qui d'autre, je l'aurais envoyé chier avec perte et fracas. Elle sait seulement ce que c'est que de travailler dans le monde réel, la connasse à sourcils froncés ? Mais tout de même ... Un CV d'une seule page ... Je lui demande d'une petite voix qui dissimule mal une envie de lui bouffer la gueule comment on fait pour faire tenir un minimum d'informations (20 ans d'expérience) sur une seule page. En gros : écrivez tout en corps 6. De façon à ce que ce soit illisible. J'oubliais qu'elle connait, elle, qu'elle en a déjà dépouillé des CV par centaines, comme je l'ai fait à de nombreuses reprises, et que par conséquent, elle n'ignore pas que les CV nécessitant une loupe sont éliminés d'office. Je préfère ne pas la ramener et ne pas lui expliquer que son organisme de minus habens qui se donnent de la joie à prendre de haut des gens qui leur sont 100 fois supérieurs, je lui chie dessus et sur elle, par la même occasion.
Je garde mon calme - sans sourire, faut pas déconner non plus, et me casse après un au revoir d'usage gorgé de balles dum-dum.

Je le répète : je comprends bien qu'on veuille éviter de dilapider l'argent public. Mais est-ce bien nécessaire de faire de chaque demandeur d'emploi un petit salaud, un truand sournois, un sous-homme qu'il s'agit de remettre à sa place à grand coup de mépris asséné à la masse ?

Dire que j'ai la haine est un aimable euphémisme...

Posté par memapa à 13:02 - Ma vie où que je me fais chier - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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