28 avril 2008
L'immortalité
On trouve parfois de profondes maximes dans les endroits où l'on s'y attendrait le moins.
Avant-hier Robocop, 23h07 : Un méchant bad guy s'allume une clope. Un de ses copains, méchant bad guy aussi, lui dit qu'il peut en crever. Et le premier de répondre : T'as tellement envie de devenir immortel ?
C'est vrai ça. Qui a envie de devenir immortel ? Pas moi en tout cas. Même si j'étais conservé à l'infini dans l'état de mes 20 ans avec toutes mes dents, mes cheveux et mes capacités physiques au top. J'ai déjà assez donné. Pas envie de rempiler pour 10000 ans (ou plus) de rab.
Et je ne dois pas être le seul. Enfin, je le suppose.
Combien y en a-t-il qui supportent péniblement le boulet, sans mot dire et qui, de manière plus ou moins inconsciente, attendent la délivrance ou au moins l'extinction des feux au purgatoire ? Combien ont rejeté l'un peu trop énergique méthode du suicide et geignent à voix basse dans l'espoir de la fin du calvaire ou plus simplement de l'ennui étiré ? Combien ? Sachant que s'ils sont immortels, ils ne seront jamais qu'eux, avec les mêmes déformations et anomalies qui les entravent et qui, par définition, font que l'immortalité dans leur cas n'est qu'une sinistre plaisanterie. 100 millénaires sous prozac, quel pied ! Quelle perspective exaltante !
Et quand j'y réfléchis un peu, je me dis que cette acceptation (ou non) de l'immortalité pourrait être le critère pour entrer dans le Brave New World que nous concocte l'idéologie post-post-libérale. Bienvenue au paradis à tous ceux qui disent oui à la vie, qui veulent du rab et qui sont bien décidés à s'éclater. On fera le tri à l'entrée, les immortels à droite et les ronchons-pas-contents à gauche et qu'ils retournent chez eux. Moi, j'ai rien contre le fait de retourner chez moi. Eux et nous, on ne vit déjà pas dans le même monde ; ça n'en sera jamais que la concrétisation.
Et puis, ça fera plaisir aux disciples de Galton et aux eugénistes de tous poils : une humanité régénérée jouira de la vie éternelle derrière les grilles du Paradis. En ce qui nous concerne, il n'y aura qu'à attendre que les ans aient fait leur office pour que le souvenir de l'humanité ancienne disparaisse. Bien sûr, ils pourraient trouver qu'on met trop de temps à crever et vouloir activer la manoeuvre. Un peu de compassion, que diable ! Vous avez toute l'immortalité ...
24 avril 2008
Alba & Teresa
3ème jour sans regarder par dessus mon épaule.
4ème sans écouter qui que ce soit.
5ème sans manger gras.
6ème sans penser qu'il y a d'énormes trous gris dans mon ventre.
7ème sans penser à Térésa ni à Alba.
Alba
est ravissante, les traits fins, ce serait un pécher que de poser mes
doigts sales sur sa peau. Alba est une vraie jeune fille, quand on
passe l'index autour de sa vulve qui se doit d'être épilée mais pas
trop, c'est tout sec. Avec Alba, on ne pense pas à des introductions.
De morceaux de soi ou d'autres choses plus consistantes, mais un peu
trop fermes, que ce soit du métal ou toute sorte de plastique.
Quand
on dit un mot à Alba, il rebondit sur son visage, on a un peu honte,
parce que ce n'est jamais le bon mot. Elle vous regarde comme si vous
n'étiez qu'un cracheur de mots pas adéquats. Les mots ne restent pas
sur sa figure, ils ne glissent pas non plus ; ils tombent comme des
mouches, comme si sa peau était couverte de tue-mots. D'ailleurs, sa
peau, c'est une vraie perfection, si lisse qu'on se dit qu'elle doit
passer quelque chose dessus, crème de jour après crème de nuit. Des
crèmes aux pyréthrinoïdes spécialement synthétisées.
Alba, face à elle, on est
comme une masse de vide sale, sale dans le sens où le vide deviendrait
visible comme une atmosphère chargée en poussières. Qu'elle est belle,
Alba, et qu'on est ridicule à agiter ses lèvres molles pleines de
minuscules gouttelettes, alors qu'on voudrait lui prouver qu'on est
digne ou au moins acceptable pour quelques minutes de rang. Alors on se
tait.
Térésa c'est différent. Elle parle avec des yeux si
remplis d'humidité qu'on déglutit parce que sinon il faudrait empiler des
mots rusés pour lui faire comprendre que moi aussi, je voudrais voir
comment elle est faite à l'intérieur ou, même, plus simplement sans ses
vêtements. Térésa, elle donne envie de voir jusqu'où on peut enfoncer
des objets au fond de sa gorge. Pas des accessoires nécessairement
sexuels. Un simple doigt qui irait fouiller et ramener des morceaux de
salive, ou ce truc un peu différent et plus collant qui se cache à la
base de la langue. Ce qu'on ne fait pas, parce que ça l'empêcherait de
parler, et qu'on est pas du genre à interrompre Térésa - ou qui que ce
soit d'autre - pour vérifier que sa gorge est autrement plus émouvante
que celle d'Alba.
Térésa, elle le dit d'ailleurs qu'on peut la
fouiller et constater qu'elle ne ment pas. Mais pas à nous. Je
veux dire : c'est pas touche pour les petits garçons qui n'ont même pas
le droit de l'explorer. Elle le dit aussi. Elle dit : « je suis un tas
à triturer, mais seulement pour ceux qui sont accrédités ». Toi, moi,
on n'est pas accrédités. Je ne sais pas d'ailleurs qui l'est. Ou
comment il faut faire pour l'être.
Sur le fond, elle est comme Alba,
elle tamponne le front de ses interlocuteurs pour savoir la prochaine
fois si elle peut montrer un peu de son tas ou pas ou juste raconter
que c'est un tas qu'on peut toucher, sucer, pétrir, mâcher, régurgiter,
mais pas touche parce que l'étiquetage ne ment pas et qu'en plus c'est
elle qui a voté les labels.
21 avril 2008
Doomsday
Normalement, la famenceinte,faut la prendre avec des pincettes, être attentif et veiller à sa santé mentale et physique (sans renoncer à sa virilité, toutefois). Par exemple, éviter de lui monter des images trop violentes (au cinéma ou en vrai), comme une poussette lancée dans des escaliers ou un chat passé vivant dans un mixer (avec le son).
Normalement.
Sauf que la mienne à moi de famenceinte, elle voulait revoir Le monstre est vivant (It's alive), sombre histoire 70's d'une maman qui accouche d'un monstre qui bouffe tout le monde dans l'hopital. Mais je ne l'avais pas, et comme il fallait qu'on sorte un peu pour échapper aux acariens, on est allé voir Doomsday.
Commençons par la fin. Avis du couple (un chauve, une qui enfle régulièrement) : c'est rafraichissant.
Comment ça rafraichissant ? Comme African Queen ?
Non pas du tout.
Explication (tentative de) : il est des plus rafraichissants de tomber sur un film aussi racoleur, dans lequel le réalisateur a fait à peu près tout ce qui lui passait par la tête, sans souci de bienséance, de pudeur ou même de simple logique. Chapeau, M. Marshall pour avoir trouvé tout le pognon nécessaire à tourner votre truc à l'ancienne, qu'on pourrait qualifier de neo-post-nuke nanardesque, mais avec du pèze, contrairement à, par exemple, 2019 après la chute de New York.
Fallait oser, quoi.
Voilà - en un mot comme en cent- ce qui est rafraichissant : ne douter de rien et y aller franco de port, comme si le sujet n'avait pas été déjà traité 1000 fois en long en large et en travers, et ne pas hésiter à reprendre les pires mauvaises idées sans sourciller.
Le dernier post-nuke que j'ai vu au ciné, c'était Le fils de l'homme, mais il s'agit d'un exemple peu judicieux parce que ce métrage était crédible de bout en bout (ou presque).
Là, non.
Pourtant, le genre est balisé.
Mais non.
Bon, je vous fait un topo : un méchant virus décime l'écosse, les british reconstruisent (en 15 jours ?) le mur d'Hadrien (5 mètres de haut, deux parois d'acier inaltérable contigües), isolent la zone, et laissent les infectés mourir et/ou se manger entre eux. Sauf que 30 ans après le virus se déclare à Londres, et qu'il faut aller à Glasgow parce que c'est comme ça. C'est une voix off martialo-sépulcrale qui explique tout ça avec plein de détails dont on se contrefout parce a) que les images parlent d'elles-mêmes b) l'histoire, on la connait depuis qu'on est tout petit c) ça n'a pas la moindre importance, un peu comme l'intro explicative d'un jeu vidéo. Et de toute façon, ça part en vrille au bout de 20 minutes.
Rhona Mitra (seul truc crédible du film quoiqu'un peu trop épilée des sourcils) part donc avec ses potes qui se font dégommer les uns après les autres, le noir étant le dernier à passer l'arme à gauche pour changer un peu.
Première étape : les dégénérés de Glasgow. Depuis Mad Max, je me demande toujours où des gens luttant pour leur survie trouvent le temps de se faire des iroquoises top moumouttes, de dégotter des platform-boots, de commander des panoplies SM à la Redoute ou d'organiser des concerts façon Blues Brothers pour punks en délire avec barbecue géant (avec un des british dans le role de la brochette). Sans compter les hordes de grosses chaudes qui se passent la langue sur les lèvres en plan serré pour qu'on comprenne bien combien ces gens sont dégénérés. Plus LE méchant qui fait peur comme un sérial killer déguisé en drag-queen.
Arrivé à ce moment du film, on est déjà bien rafraichit.
Deuxième étape : Malcom Mc Dowell s'est élu roi des Highlands dans son chateau-fort, tout le monde porte des armures, se trimballe à cheval et crie "Montjoie St Denis" pendant que Malcom raconte des trucs un peu convenus sur la survie des plus forts et la sélection naturelle. Bien évidemment, on organise une sorte de combat de gladiateurs avec une foule qui fait "Oué, oué, tue-le" quand Rhona doit occire le champion du coin.
Du rafraichissement, on passe à l'émerveillement (mais jusqu'où va-t-il aller ?).
Troisième étape : Neil se demande ce qui manque à son film. Pute borgne ! Mais une course de bagnole, bien sûr ! Donc on en trouve une (avec l'essence) dans une sorte d'abri antiatomique, et pas n'importe quoi : une Bentley de course avec un moteur rempli jusqu'à la gueule de chevaux-vapeur et de cm3. On s'explique d'ailleurs mal comment, par la suite, nos héros ne cessent de se faire rattraper par des 205 à bout de souffle avec un engin aussi majestueux à leur disposition, mais c'est pas grave. On se refrite avec les dégénérés motorisés, ça gicle dans tous les coins, on remet le vaccin au méchant grand vizir d'Angleterre (ou plutôt une écossaise immunisée), le méchant grand vizir est destitué parce que Rhona diffuse sur Dailymotion une interview du fourbe dévoilant toute sa fourberie et ça s'arrête là, après que Rhona ait versé une larme dans la maison de son enfance à Glasgow.
Ouf !
C'est fini, le couple est très content, il a eu droit à tout ce qui est était prévu, et même à bien plus, un peu comme si quelqu'un venait gerber sur vos genoux les 14 repas de la semaine passée, sauf que ça sentirait bon. C'est presque trop.
Je ne sais pas si ce film est à conseiller, mais ce qui est sur, c'est que je ne regrette pas de l'avoir vu, morbleu. D'ailleurs quand on en discute une demi-heure après être sortis, c'est qu'on n'a pas perdu son temps. Et c'est le principal.
A noter : du gore à foison et par contre, pas du tout de fesse (on pressentait fortement la scène saphique entre Rhona et la copine du chef des dégénérés, mais non).
14 avril 2008
Jambon-fromage
Dans le métro, des meutes de touristes squattent les places assises.
Les places pas assises aussi.
Se trainent comme des gastéropodes anémiques dans les couloirs souterrains comme s'il examinaient avec révérence les tableaux d'une galerie du Louvre.
Cherchent leur ticket juste devant les machines a broyer les contrevenants pendant que les gens qui bossent, eux, trépignent et cherchent un emplacement libre sur les côtés comme si leur vie en dépendait.
Se déplacent en troupeau de peur de se retrouver entre les mains et dans la cocotte des terribles parisiens mangeurs d'hommes.
Surtout quand ils sont jeunes.
Un défilé d'ados boutonneux. Ce doit être les vacances dans leurs pays.
Des british s'entassent à côté de moi. 16-17 ans, je dirais. Vilains comme c'est pas permis ou comme je devais l'être à leur âge. Je les imagine adultes avec des gamins, plus gros, plus chauves, plus surs de leur fait et j'ai vraiment peur. Un accent à couper au couteau, j'ai l'impression de visionner live un extrait de Trainspotting. Ecossais, donc. Mais je n'en suis pas certain. Mancunien, peut-être. Les filles, un peu plus jolies, vaguement, mais leur prestation est gâchée par l'idée qu'elles se font tirer par un des pas beaux qui me bouffent la moitié de ma place.
A propos de fille : elle portait un pull en V, tout ce qu'il y a de plus décent, mais qui laissait apparaitre cet os si émouvant, la clavicule, je crois.
Je ne la quittais pas des yeux. La clavicule. Ca m'ennuyais beaucoup. Je n'étais pas là pour rester stupéfié devant sa clavicule. A extrapoler son ossature, son gabarit, la finesse de son squelette. A la soupeser, au sens strict. Sans que j'eus vraiment de mauvaises pensées - je n'avais de toute façon pas le droit ; non, une sorte de rêverie par à coups, une émotion légère, diluée.
J'étais heureusement très fatigué, et je me suis rentré, loin de la clavicule. Pour retrouver ces putains d'écosso-mancuniens dans le métro.
11 avril 2008
No sex last night
Je suis allé revoir No sex last night de Sophie Calle (et de son petit camarade).
Je n'étais pas sûr que j'allais l'aimer de nouveau. 15 ans se sont écoulés.
Je l'ai nécessairement aimé.
J'avais de telles douleurs abdominales. Pour parler crument, je pétais comme un troupeau de ruminants gonflés à l'hélium sur le chemin du ciné. Idem en sortant.
Si, plié en deux de douleur, j'ai pu apprécier le film, c'est qu'il est bon. Un signe patent de qualité.
Pourtant je le reconnais : il a tout a priori pour me révulser. Peinture narcissique des états d'âme d'une névrosée. Aurais-je pu pontifier ici même. Mais on est bien au delà du gratouillis d'humeurs chère au cinéma français made in FEMIS. Bien au delà. Et à vrai dire, je pense que ce film, je l'ai aimé parce :
- C'est en fait du vrai, un work-in-progress fascinant.
- Mis en images à la vidéo-caca en plan posés, façon Chris Marker dans La jetée (dédicace à la fin du générique)
- De plus, et surtout, les deux protagonistes sont plutôt antipathiques, ce qui empêche - à mon sens - toute identification facile et contribue à la prise de distance initiée par les deux points précédents.
Sinon, Sophie Calle n'est vraiment pas très jolie dans le film. Ses photos récentes doivent être bien travaillées.
Non, je ne vous le raconte pas, vous n'avez qu'à allez le voir. Ok, il y a des chances que vous trouviez ça insupportablement chiant.
10 avril 2008
Je suis niais et j'aime ça
Etre le couillon définitif, le naïf indécrottable, voilà qui n'est pas très glamour ni signe a priori d'un fort capital symbolique.
Raconter que, même en se forçant beaucoup, on ne voit pourquoi il est si difficile de tomber amoureux, ni pourquoi les couples sont tellement éphémères.
Pire, prétendre que c'est bien trop facile et que le vrai problème, c'est de ne pas être tout le temps amoureux.
Stipuler que l'autre a tellement à donner que c'en devient presque étouffant et que les rares fois où il renâcle ou n'a pas le force de, eh bien c'est moi qui comble le déficit sans me poser de question.
En tirer la conclusion que les histoires de fesses ne sont à problème que parce qu'on y insère des tapettes à souris tous les centimètres. Parce que : comment une histoire de fesses pourrait-elle être à problème ? C'est que du bonheur, le temps immobile d'un âge d'or qui ne connaissait ni l'échange marchand, ni le donnant-donnant. L'espace du don et du contre-don.
Je ne sais pas où ils/elles vont chercher tout ça.
Je veux dire : les noeuds d'angoisses, de mensonges, de calculs, de stratégies, de misères, de frustrations, de sordide, d'humiliations rentrées, et, pire que tout, d'ennui.
Y'a toute une littérature sur le sujet, à tel point que cette approche finit par devenir une représentation plausible du réel, voire la plus plausible. Et toute représentation, par rétroaction, finit par affecter le réel.
On m'a toujours dit « merci » et j'ai toujours remercié, ce qui est à la fois la moindre des choses et aussi ce qu'il y avait à faire étant donné la situation.
Finalement la bouche molle et humide du demeuré, ses yeux vagues, ronds et ternes, je vais finir par m'en faire un fanion.
Je suis un rêveur, parait-il. C'est L qui me l'a dit. Je n'y avais pas réfléchi jusqu'alors, mais elle avait raison. Du fait de ces simples mots, j'ai été expulsé du club frileux des gens responsables.
Je suis infantile.
J'en suis fort aise.
Je peux évidemment enfiler la panoplie de l'homme d'acier ; j'ai d'une certaine façon été payé pour ça à une époque de ma vie. Mais elle est en lin, la panoplie, elle gratte jusqu'au sang, un vrai cilice, un délice semble-t-il pour tous les accrédités.
Oh, je pourrais le faire aussi. Me faire chier avec ma bite et raconter à quel point c'est sordide. Je pourrais au moins l'écrire à défaut de le faire.
Je suis bourré ; elle aussi. Elle a même pas enlevé ses fringues, juste relevé la jupe et balancé sa culotte par terre. Elle s'est mouillé la chatte en se crachant dans la main puis en s'humectant avec des gestes mal assurés. Parce que comme elle dit : c'est pas que je la fasse mouiller, mais qu'on en finisse et qu'elle ait pas perdu son temps. Et magne-toi un peu quand même, on va pas y passer la journée. Je voudrais bien, mais j'ai déjà du mal à remplir la capote avec ce qu'il me reste de bite. Elle peut pas me sucer un peu, cette conne ? Tu peux te brosser chouchou, c'est pas l'armée du Salut, astique-toi un peu si tu veux avoir droit à la visite, et traine pas trop, je vais finir par avoir envie de pisser. Je préfère la retourner, paradoxalement, ça rentre plus facilement par le petit trou quand le gland arrive pas à s'élever au dessus des couilles. Attends, mais qu'est-ce que tu fous ? Tu rêves ou quoi ? Tu te crois où, surtout avec ta serpillère entre les jambes ? Oh putain, comment elle me gave. Quand on fait 1.60m et 50 kgs toute mouillée, on joue pas à la Grande Prostituée de Babylone. Alors j'y met un doigt, puis deux, puis trois, en élargissant bien, en poussant à fond, même si ça pue et que mes ongles cognent contre des trucs poisseux, visqueux à l'intérieur. Ca racle, ça titre, ça force, son anus fait la bouche en cul de poule à chaque fois que je ressors. Elle me fixe d'un air bovin, presque amusé comme pour me dire continue chouchou, c'est ta première leçon, demain tu reviens avec ton papa pour qu'il te montre comment faire. De la merde plein les phalanges, je m'en doutais. Je m'essuie sur le thorax, en passant deux-trois fois parce que sa turbine à chocolat est pleine à craquer, et je vais la cuisine me fumer une clope tout en me reniflant le bout des doigt histoire de savoir si oui ou non, je vais me les passer sous le robinet. J'entends la porte claquer avant d'avoir pu écraser la cigarette dans l'évier.
Comment quoi, je pourrais être un vrai grand garçon. Mais j'ai pas envie. J'ai jamais eu envie. Je les ai toujours embrassées après, je les ai caressées, je leur ai raconté des histoires, des trucs, je suis parti quand j'ai senti qu'il le fallait, j'ai toujours trouvé ça tellement agréable, elles aussi j'espère, plus ou moins, certes, mais toujours agréable. Et à la portée du premier imbécile venu. D'ailleurs je suis le premier imbécile venu, ainsi que je ne cesse de le répéter.
Alors quand la belle est parti en vacances, je me suis senti tout seul, sans vraie raison, parce qu'il arrive que nous ne nous voyons pas une semaine de rang. Mais c'était tout de même une séparation. Et j'ai longuement réfléchi à ce que je pouvais faire de plus niaiseux pour marquer son retour.
Des fleurs ? Les chats les mangent.
Des chocolats ? Son régime alimentaire est bien assez riche en lipides comme ça.
Un bijou ? Elle n'aime pas ça.
Des banderoles dans tout l'appartement, proclamant « Longue vie à B ! » ? Je l'ai déjà fait.
Lui graver un CD de bienvenue ? Pas le temps.
Idem pour un DVD.
Non, j'ai fait un photomontage avec les clichés des différents stades de la grossesse qu'elle m'avait demandé de prendre (mais un chouette de photomontage ! Pas un extrait du Scrapbooking pour les nuls). J'ai rajouté un petit mot tendre en corps 120 (360 dpi, quand même !). Oui, un petit mot tendre ; comme un connard à la St Valentin (sauf que c'était mes mots à moi) ! Et je lui ai envoyé par la poste pour qu'elle l'ait en primeur dès son retour à une heure indue.
Un vrai extrait de roman Harlequin. Et j'en suis fier. A tout prendre, je préfère être un gros concon, tout gentil et tout nunuche. Je le revendique, même.
Et je vous emmerde.
08 avril 2008
Meilleur souvenir du pays des cons
Et le psy me demande : quel est votre meilleur souvenir dans le monde du travail ? Le moins pire, vous voulez dire ? N'ironisez pas et n'essayez pas de me faire croire que vous avez vécu toutes ces périodes salariées comme un purgatoire sans fin. On ne vous la fait pas, hein, doc ?
Bon, alors pour vous faire plaisir et ne pas vous obliger à écrire un article sur le type-qui-vraiment-ne-supporte-pas-l'idée-même-de-travail, je vais vous raconter mon meilleur souvenir chez les assujettis.
C'est un commercial qui se pointe dans mon bureau avec d'autres tekos pour que je lui fasse un chiffrage. Je suis le dernier à m'y mettre. Je vois à sa vilaine tête de fouine constipée qu'il me demande en fait d'avaliser le budget ridiculement bas qu'il a promis à son client. Ca me laisse rêveur : est-on un enculé parce qu'on est commercial ou est-ce le contraire ? Comme j'ai un sens rare de la synergie, je lui fais le chiffrage en vrai, d'autant que, comme c'est moi qui vais bosser en vrai, je ne tiens pas à éponger la merde qu'il va semer derrière lui, si je le laisse faire. Le sous-off-de-l'entreprise reste stoïque quand je lui annonce ce qu'il en coute de travailler dans le monde réel. Puis il essaie de gratter sur ça, puis ça, ambiance t'es un bon, toi, ça peut pas être aussi long, je suis sûr que tu peux me torcher ça en la moitié du temps. Je continue à être rêveur : Les gens à qui les commerciaux ont affaire sont-ils tous des cons pour se laisser prendre à des ruses aussi grossières ou bien les commerciaux vivent-ils dans un monde protégé que défend pied à pied leur narcissisme incapable d'imaginer que quelque chose puisse exister en dehors d'eux ?
Bref le ton monte, et je lui fais remarquer, que s'il sait peut-être branler le client dans le sens de la verge, il est bien incapable d'estimer le temps que peut prendre telle ou telle tâche. Malgré son sourire professionnel cloué aux coins de la bouche, lui aussi commence à ne plus être le pote hyper-cool avec lequel j'ai gardé les cochons. Il finit par me tenir un petit discours comme quoi il est en première ligne sur le front de la concurrence et que tout le monde doit faire un effort pour remporter la bataille de la productivité (traduction : tu vas bosser 13 heures par jour, 7 jours sur 7, parce que j'ai annoncé au client la moitié du prix réel - idem pour le délai). Comme je sais qu'il est Grands Comptes et que son Stalingrad quotidien consiste à se les rouler en roulant des yeux pour impressionner les stagiaires, je lui confirme que 133 jours, c'est 133 jours.
Et pour finir, je lui balance explicitement que s'il croit que je vais me scier le caisson pour qu'il puisse toucher sa com, il peut se brosser. Ca lui la coupe 5 minutes - on ne parle pas comme ça à une tête de noeud à gourmette, ça ne se fait pas - puis raconte que je suis vachement agressif, méchant, tout ça, et qu'il va en référer à qui de droit. J'ai super peur, que je lui réponds, et j'ajoute que je pense que ça va effectivement être intéressant de laisser ze big boss nous départager. Il la ramène tout de suite moins, puis se casse en grommelant qu'il n'a jamais vu ça.
Ca c'est le meilleur souvenir.
Le pire suit immédiatement : les autres tekos viennent me féliciter, enfin quelqu'un pour le renvoyer dans ses 22 mètres ce connard, certains me serrent même la main. Je suis tétanisé par tant de veulerie : pas un ne l'a ouvert pendant l'engueulade, et je devine que ces merveilleux représentants de la France qui gagne s'écrasent comme des merdes depuis 10, 15 ou 20 ans et s'étonnent ensuite d'être traités comme des larbins.
Il suffirait pourtant de si peu pour que cela cesse et que les demeurés de l'étage du dessus cessent de se prendre pour des deus à qui tout est du. Je viens d'en faire la preuve à l'instant.
Ca me rappelle ce que m'avait dit B'. : tu peux demander n'importe quoi en tant que syndicaliste, des augmentations de salaires délirantes, l'attribution par le CE d'un cochon de lait à Noël, des putes roumaines durant les astreintes. Tout. Ce sera refusé, certes, mais ce sera considéré comme acceptable, normal, concevable. Ce que tu ne peux jamais faire, c'est remettre en cause la hiérarchie, par exemple en demandant le lourdage ou la mutation d'un petit chef particulièrement incompétent et/ou pervers.
Crime de lèse-majesté ...
06 avril 2008
Astro Palmistry

Palmistry : divination à partir des lignes de la main.
Face reading : physiognomonie
Head Squirrel-Words : divinitation à partir des mots qui s'agitent dans la tête (littéralement : qui se comportent comme des écureuils dans la tête).
Observation (donc) des mots qui montent comme des bulles à la surface.

- Well, here, da important word is brusque. Mean ?
- Ze minïngue ove brusque ? Euh ... Harsh ? Sudden ? Bitwïn boss, peurapse ?
- Sudden ? Very good, mister. [A partir de maintenant, je fais la traduction simultanée] C'est de votre proche avenir dont il est question. Et Joseph, c'est quoi ?
- Le mari de Marie, le père du Christ, enfin pas le vrai. Vous voyez qui c'est ?
- Oui, oui, tout à fait. C'est un personnage important chez vous ?
- Pas vraiment, mais un peu quand même. Il est dans toutes les crèches (ici, une laborieuse explication en anglais pour faire comprendre ce qu'est une crèche) à Noël.
- Une sorte de dieu mineur (littéralement secondaire) ?
- Si on veut.
- Ca peut être très bon. Mais pourquoi Harsh ?
(là, je patauge pour essayer d'exprimer la nuance de violence ou de désagréable de brusque)
- Bien, faites le vide dans votre esprit, respirez lentement par le nez, fermez les yeux que d'autres mot apparaissent.

- Lechat ... The cat ?
- Oui, c'est tout à fait ça ...
- Il y a un chat dans les ... Comment dites-vous ? L'étable ?
- Les crèches ?
- Oui, tout à fait. Il y a un ou des chats avec Joseph ?
- Non. Seulement un âne et un boeuf. En plus des humains et du fils de Dieu, bien sûr.
- Un âne ? Comme c'est curieux. Un boeuf, je comprends, pour le fils d'un dieu, mais un âne ...
- Je ne suis pas théologien (j'emploie theologist au flan, mais mon interlocuteur saisit parfaitement ce que je veux dire).
- Un chat, c'est plutôt un bon présage. Il chasse les rats, protège les semences après la moisson. Souple et adroit, mais capricieux. Ce peut-être une femme aussi. Une belle femme.
- J'ai déjà une femme.
- Elle est belle ?
- Oui, mais ce que je veux dire, c'est que ça ne fait pas vraiment partie de l'avenir.
- Une autre femme ? Vous séduisez beaucoup les femmes ?
- On peut pas dire, non ...
- Souvent les gens viennent ici pour séduire une autre femme ...
- Vous vendez aussi des philtres d'amour (littéralement : love spells) ?
- Il faut aider un peu l'avenir, parfois.
[De nouveau, faire le vide dans sa tête. Cette fois, aucun mot n'apparait, seulement une image. Il me demande de la lui décrire. Je rame comme un fou ; demander le chemin de la poste la plus proche en anglais, ça ne me pose pas de problème, mais on est un peu au delà de mes capacités dans le cas présent].

- Au premier plan, il y a ma femme, ou un bout d'elle. Il manque le côté droit de la figure. Et le bas aussi. Elle est toute floue. Her face is blured.
- Blured ?
(Oh, putain ...)
- Pas très net. Comme si on la regardait à travers ... Ca ! (je désigne une vitre en verre semi-dépoli). Mais un peu plus net quand même.
- Comme une photo prise de trop près ?
- Exactement (that's it !). A gauche, on voit une rue ou un morceau de rue. Dans les bleus. Comme à travers une vitre bleue. Il y a une autre femme. Je ne peux pas voir qui c'est. Elle a un (bonnet ?) .. Une sorte de casquette rouge sur la tête.
- Elle est trop loin pour voir son visage ?
- Tout à fait.
- Si je comprends bien, vous ne pouvez pas bien voir le visage de votre femme parce qu'elle est trop près et celui de l'autre femme parce qu'elle est trop loin.
- Oui, c'est bizarre, hein ? Attendez, attendez ... L'image bouge. Maintenant, on ne voit plus que la rue, mais comme si on était dans un train qui roule très vite. Impossible de distinguer quelque chose de précis.
- La femme, l'autre femme, elle a disparu ?
- J'en sais rien, c'est trop flou.
- Vous ne savez même pas si c'est toujours la même rue ?
- En fait, non ...
- Bien. Peut-être vous verrez une femme dans la rue, très rapidement. Vous la croiserez, et le temps de vous retourner, elle ne sera plus là. Peut-être. Ou bien, vous rêverez d'elle. Ou bien vous découvrirez quelque chose de nouveau chez votre femme. La nouvelle femme n'est pas vraiment nouvelle.
- Donc je ne change pas de femme ?
- Non, pas du tout. Vous n'y penserez jamais. L'autre femme, au mieux, ce sera comme un ... un écho. Vous ne l'entendrez peut-être pas.
- Ce que vous me dites, c'est que dans mon avenir, il ne se passe rien de particulier ...
- Vous savez, généralement, il ne se passe rien dans l'avenir de mes clients. Encore plus s'il ne se passe rien dans leur présent.
- Mais il ne se passe pas rien dans mon présent !
- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. il ne se passe rien de plus. De différent. Et je vais vous avouer un truc : en fait, les gens préfèrent me payer pour que je leur dise que leur futur est pareil que leur présent.
05 avril 2008
Le style
Pour réussir dans le dessin, il faut dessiner des personnages avec toujours les mêmes pieds et les mêmes nez. Les gens croiront que c'est un « style », votre « style ». Vous-même finirez par le croire aussi. Ne changez jamais de « style ». Le public le ressentira comme une trahison et ne vous pardonnera pas. Quand les éditeurs ne savent pas dans quelle catégorie vous classer, il se peut que vos travaux finissent dans la corbeille. Si, par chance, vous faites une découverte, si petite qu'elle soit, exploitez la à fond pour le reste de votre vie. La répétition est rassurante. Le public vous paie pour être rassuré, pas pour que (excusez l'expression) vous vous fichez de sa figure. L'idée doit être évidente à première vue. Evitez des subtilités dont on ne s'aperçoit qu'après avoir regardé votre dessin pour la onzième fois. [1]
Ca se passe de commentaire. A part, évidemment, qu'à la place de dessin, on peut mettre n'importe quelle activité dans n'importe quel domaine, du social le plus panurgique jusqu'à l'intimité la plus protégée.
1 Willem. Préface à Show de Cathy Millet. J'ai corrigé certaines fautes de français et rajouté les miennes.
04 avril 2008
Tripalium
Les jours où je vais bien, je vais bien. Les jours où je vais mal, je vais mal, mais je ne sais pas pourquoi. Je suis comme un lapin qui vient de se faire massacrer l'arrière-train par une décharge de chevrotines, et qui, paniqué, essaie de se mettre à l'abri, les pattes arrières inutiles et pendantes, sans comprendre ce qui lui est arrivé.
Alors parfois je lis des gens (sur des blogs ou dans des livres) qui sculptent leurs angoisses avec une précision qui me laisse pantois, qui expliquent par le menu le pourquoi du comment, qui retapissent leur psyché avec des motifs d'une absolue netteté. Et je reste un peu dubitatif. Mon idée de la douleur morale, c'est un peu celle de la douleur physique : le grand brulé fou de souffrance qui réclame sa morphine en boucle et s'avère bien incapable de disséquer son état ou même de s'en rappeler les prémices.
Quand je vais bien, c'est d'ailleurs un peu pareil : je ne sais pas pourquoi, je ne vais pas chercher des raisons plausibles ou jolies à mettre en scène, et paraphraser cette joie me semble à la fois impossible et irréalisable. Tout à l'heure, je suis entré chez l'indien : un tamoul demandait des trucs incompréhensibles en montrant au caissier un sac de farine, et j'ai trouvé ça merveilleux. Un peu plus tard, je me suis rendu compte que la façade de mon immeuble est la plus pourrie de la rue Stephenson, et j'ai trouvé ça tout aussi merveilleux. Les affiches de fêtes sénégalaises, les petites asiatiques, les tripes suspendues chez les bouchers arabes, les gens mollement étalés en terrasse dès qu'il y a un rayon de soleil, tout cela est merveilleux. Et me procure un très rare sentiment d'appartenance à un monde charmant et bon enfant semblable à l'amoncèlement de cadeaux qui m'attendait à côté du sapin pour Noël.
Et quand je vais mal, je suis plongé dans un purgatoire tantôt assommant, tantôt riche en engins de torture de toute sorte. Je peux presque sentir dans mes veines le déficit en dopamine, le passage des hormones mauvaises, ça crisse, ça m'oppresse, et ce sont comme des marées nauséeuses qui partent de la base de mon cervelet vers le reste du corps en vagues irrégulières mais têtues.
Alors, lorsque j'ai cru replonger il y a quelques semaines, j'ai décidé d'annoncer à mes employeurs que j'allais jeter l'éponge. Oh, je le savais que ce boulot me faisait chier. Mais il me faisait juste chier. Curieux d'ailleurs comme le fait de maitriser quelque chose est source chez moi du plus profond ennui. Normal, d'ailleurs : quand on gère parfaitement le truc à 95%, à quoi bon se fader les 5% restants ? Le fait est que cela faisait déjà plusieurs mois que je me faisais chier. Huit semaines après mon embauche, je trouvais ça déjà très gonflant. Mais je me disais que la vie n'est pas un long fleuve tranquille, que tant de gens sont autrement moins bien lotis que moi, et que ça ne tombe pas tout rôti dans la bouche. Le genre de mauvaises excuses pour ne pas s'avouer qu'on n'ose pas franchir le pas et se casser dans le bush de l'inconnu. Ou qu'on apprécie le pognon facilement gagné. Mais qui le sera de moins en moins, parce que le signal d'alarme vient de se déclencher. Et puis, soyons clair, mon seuil de tolérance à l'angoisse a trop baissé pour que je puisse continuer. Sans compter que je n'ai plus envie de me retrouver à fumer clope sur clope à l'HP (c'est encore l'activité la plus exaltante qui puisse être là-bas).
Et la future maman, loin de me remettre dans le droit chemin et de me rappeler mes devoirs à venir de mâle nourricier, m'a soutenu de bout en bout. Elle non plus ne tient pas à me rendre visite à Maison-Blanche, surtout avec un nourrisson sous le bras. Oui, je sais j'en rajoute dans le pathos.
Bref, je leur ai annoncé qu'à la fin de la période d'essai renouvelée, ils allaient devoir me virer. Et ça m'ennuie : ce sont vraiment des gens bien, rien à voir avec les tocards incompétents et imbus de leur propre médiocrité qui hantent les SSII de taille raisonnable. Je n'avais pourtant qu'une envie, me tirer, au plus vite, et me cacher au chaud quelque part, loin de ma Némésis. Mais je leur ai proposé d'enchainer sur un ou des CDD après mon départ, pour ne pas les foutre dans la merde. Parce que ce sont des gens bien, je le répète. J'espère que je ne le regretterai pas et que je ne grillerai pas un fusible sur mon lieu de travail. Ils ne comprendraient pas. Et n'auraient pas d'ailleurs compris les vraies raisons de ma démission. j'ai préféré noyer le poisson et rester dans le vague. Je leur ai bien dit que le job commençait à me faire chier au delà du possible, mais pas que je mettait en péril mon équilibre mental si j'essayais de continuer. Ils ne pourraient pas comprendre. Parce que, comme je le disais, les gens ont l'habitude des souffrances du jeune Werther, des mots et des phrases bien polis, poncés par l'usage et le temps, et qui sont comme un fond patrimonial de la douleur littéraire. L'équivalent du nez crochu et du rictus du méchant dans les films de cape et d'épée. Je ne sais pas si vous comprenez ; moi-même j'ai un peu de mal.