21 avril 2008
Doomsday
Normalement, la famenceinte,faut la prendre avec des pincettes, être attentif et veiller à sa santé mentale et physique (sans renoncer à sa virilité, toutefois). Par exemple, éviter de lui monter des images trop violentes (au cinéma ou en vrai), comme une poussette lancée dans des escaliers ou un chat passé vivant dans un mixer (avec le son).
Normalement.
Sauf que la mienne à moi de famenceinte, elle voulait revoir Le monstre est vivant (It's alive), sombre histoire 70's d'une maman qui accouche d'un monstre qui bouffe tout le monde dans l'hopital. Mais je ne l'avais pas, et comme il fallait qu'on sorte un peu pour échapper aux acariens, on est allé voir Doomsday.
Commençons par la fin. Avis du couple (un chauve, une qui enfle régulièrement) : c'est rafraichissant.
Comment ça rafraichissant ? Comme African Queen ?
Non pas du tout.
Explication (tentative de) : il est des plus rafraichissants de tomber sur un film aussi racoleur, dans lequel le réalisateur a fait à peu près tout ce qui lui passait par la tête, sans souci de bienséance, de pudeur ou même de simple logique. Chapeau, M. Marshall pour avoir trouvé tout le pognon nécessaire à tourner votre truc à l'ancienne, qu'on pourrait qualifier de neo-post-nuke nanardesque, mais avec du pèze, contrairement à, par exemple, 2019 après la chute de New York.
Fallait oser, quoi.
Voilà - en un mot comme en cent- ce qui est rafraichissant : ne douter de rien et y aller franco de port, comme si le sujet n'avait pas été déjà traité 1000 fois en long en large et en travers, et ne pas hésiter à reprendre les pires mauvaises idées sans sourciller.
Le dernier post-nuke que j'ai vu au ciné, c'était Le fils de l'homme, mais il s'agit d'un exemple peu judicieux parce que ce métrage était crédible de bout en bout (ou presque).
Là, non.
Pourtant, le genre est balisé.
Mais non.
Bon, je vous fait un topo : un méchant virus décime l'écosse, les british reconstruisent (en 15 jours ?) le mur d'Hadrien (5 mètres de haut, deux parois d'acier inaltérable contigües), isolent la zone, et laissent les infectés mourir et/ou se manger entre eux. Sauf que 30 ans après le virus se déclare à Londres, et qu'il faut aller à Glasgow parce que c'est comme ça. C'est une voix off martialo-sépulcrale qui explique tout ça avec plein de détails dont on se contrefout parce a) que les images parlent d'elles-mêmes b) l'histoire, on la connait depuis qu'on est tout petit c) ça n'a pas la moindre importance, un peu comme l'intro explicative d'un jeu vidéo. Et de toute façon, ça part en vrille au bout de 20 minutes.
Rhona Mitra (seul truc crédible du film quoiqu'un peu trop épilée des sourcils) part donc avec ses potes qui se font dégommer les uns après les autres, le noir étant le dernier à passer l'arme à gauche pour changer un peu.
Première étape : les dégénérés de Glasgow. Depuis Mad Max, je me demande toujours où des gens luttant pour leur survie trouvent le temps de se faire des iroquoises top moumouttes, de dégotter des platform-boots, de commander des panoplies SM à la Redoute ou d'organiser des concerts façon Blues Brothers pour punks en délire avec barbecue géant (avec un des british dans le role de la brochette). Sans compter les hordes de grosses chaudes qui se passent la langue sur les lèvres en plan serré pour qu'on comprenne bien combien ces gens sont dégénérés. Plus LE méchant qui fait peur comme un sérial killer déguisé en drag-queen.
Arrivé à ce moment du film, on est déjà bien rafraichit.
Deuxième étape : Malcom Mc Dowell s'est élu roi des Highlands dans son chateau-fort, tout le monde porte des armures, se trimballe à cheval et crie "Montjoie St Denis" pendant que Malcom raconte des trucs un peu convenus sur la survie des plus forts et la sélection naturelle. Bien évidemment, on organise une sorte de combat de gladiateurs avec une foule qui fait "Oué, oué, tue-le" quand Rhona doit occire le champion du coin.
Du rafraichissement, on passe à l'émerveillement (mais jusqu'où va-t-il aller ?).
Troisième étape : Neil se demande ce qui manque à son film. Pute borgne ! Mais une course de bagnole, bien sûr ! Donc on en trouve une (avec l'essence) dans une sorte d'abri antiatomique, et pas n'importe quoi : une Bentley de course avec un moteur rempli jusqu'à la gueule de chevaux-vapeur et de cm3. On s'explique d'ailleurs mal comment, par la suite, nos héros ne cessent de se faire rattraper par des 205 à bout de souffle avec un engin aussi majestueux à leur disposition, mais c'est pas grave. On se refrite avec les dégénérés motorisés, ça gicle dans tous les coins, on remet le vaccin au méchant grand vizir d'Angleterre (ou plutôt une écossaise immunisée), le méchant grand vizir est destitué parce que Rhona diffuse sur Dailymotion une interview du fourbe dévoilant toute sa fourberie et ça s'arrête là, après que Rhona ait versé une larme dans la maison de son enfance à Glasgow.
Ouf !
C'est fini, le couple est très content, il a eu droit à tout ce qui est était prévu, et même à bien plus, un peu comme si quelqu'un venait gerber sur vos genoux les 14 repas de la semaine passée, sauf que ça sentirait bon. C'est presque trop.
Je ne sais pas si ce film est à conseiller, mais ce qui est sur, c'est que je ne regrette pas de l'avoir vu, morbleu. D'ailleurs quand on en discute une demi-heure après être sortis, c'est qu'on n'a pas perdu son temps. Et c'est le principal.
A noter : du gore à foison et par contre, pas du tout de fesse (on pressentait fortement la scène saphique entre Rhona et la copine du chef des dégénérés, mais non).
Commentaires
Et dis, Memapap', c'est quoi un post-nuke?
Un post-nuke, c'est un film d'aventures se situant après une catastrophe nucléaire (post-nuke). C'est en général pretexte à des bastons entre des survivants cools et des mutants pas cools et/ou des survivants pas cools (genre neo-SS). C'est surtout pretexte à du grand n'importe quoi, et c'est pour ça que c'est bien.
Et par extension, c'est aussi un film se situant après toute catastrophe de grande ampleur permettant au réalisateur de fantasmer comme un fou.
Ahah ! ça me rappelle le jour où j'ai découvert que le rayon SF était subdivisé, notamment avec un sous-rayon mystérieux : la SF apo et post-apo, la même chose en bouquin.
Bien bien, marrant ce champ de potentialité ultra-visité et ultra-codé (et merci pour l'explanation)
Oui, le post-apo est une des mamelles de la SF. Et aussi du cinéma bien naze. Ca permet de mettre en scène les arrières-pensées politico-sociales profondes des réalisateurs et ça fait très très mal en général. Mais ça fait rire, parce que justement, c'est du cinéma.
Un autre film sympa pour famenceinte : Who can kill a child ?
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