31 mars 2008
Lapins et gnous
Le monde est fondamentalement hostile.
Et vous êtes lâché dedans, en butte à cette hostilité permanente.
Personne n'est responsable.
Enfin, de votre venue. Les gens qui vous ont mis au monde ignoraient que ce monde était fondamentalement hostile ou vous serait fondamentalement hostile. Il est possible aussi qu'il leur soit accueillant, à eux. Pour un éléphant, le monde n'est pas fondamentalement hostile ; pour un lapin, c'est un lieu de terreurs permanentes. Et vous êtes un lapin, pas un éléphant. Et eux, sont, sinon un éléphant, du moins un buffle ou quelque chose d'approchant, au cuir épais avec des cornes.
Comme personne n'est régulièrement en train de prendre votre tension, nul ne sait que vous vous faites soir et matin sucer la moelle épinière par la peur nichée à la base du cou. D'ailleurs tout le monde est buffle ou presque, ou joue au buffle, et on n'aime pas trop ceux qui prétendent être des lapins. On les soupçonne de se prétendre lapin pour bénéficier d'un improbable régime de faveur. Comme si quelque chose pouvait contrebalancer la terreur d'avoir toujours une meute de chiens sur ses talons. A moins qu'ils ne soient pas buffle, mais rien de particulier et que lapin, finalement, ce soit mieux que rien. C'est quelque chose alors que rien, c'est rien. La jalousie va se nicher dans les endroits les plus improbables.
Quoi qu'il en soit, vous ne la ramenez jamais trop. C'est logique d'ailleurs : dans un monde fondamentalement hostile, il n'est pas judicieux de se proclamer tout en bas de la chaîne alimentaire.
Alors vous jouez les gnous.
Les gens aiment les gnous qui sont sympas, pas fiers, et plutôt marrants dans l'ensemble quoique pas très finauds. Mais qui a jamais prétendu aimer les gens trop malins ? Ce qui fait que, parfois, à force d'être gnou, vous arrivez à faire rire votre interlocutrice. Le truc, c'est de laisser la peur tourner sur elle-même, faire court-circuit. Bien sûr, vous pourriez rester mutique, terrifié, après tout les chiens sont à vos trousses - et jamais très loin - mais ce n'est pas d'un très bon rapport. C'est être un peu trop en dessous. Aussi contreproductif qu'être un petit peu au dessus (même un tout petit peu). L'astuce est d'envoyer la terreur tourner autour de son piquet, la chimie peut aider, la rendre invisible toute à sa manoeuvre circulaire dans le hangar et soigneusement rester dans la moyenne, un chouia en plus, c'est vendeur et aussi flatteur, donc doublement vendeur.
Parfois, ça fonctionne au delà de vos espérances, la peur a fini par s'endormir sur son tas de paille, et l'interlocutrice s'est soit laissée abuser, soit attendrir par la figure du lapin qu'elle perçoit sous la surface, vous ne saurez jamais. Vous vous retrouvez au lit. C'est d'ailleurs un des rares moments où le monde cesse d'être fondamentalement hostile. Mais cela semble délicat de lui expliquer. Pas systématiquement. Parfois ou souvent, difficile à estimer. La tentation est forte de rester gnou, ni trop proche, ni trop lointain. Professionnel, en somme. Ou adulte, c'est pareil. Alors qu'il serait si tentant de lui parler de la meute, de la nuit arctique continuelle, du froid, des coups, des pièges, des collets et que, là, maintenant, ça s'est tassé et que vous êtes plutôt chat, tout à fait à l'aise, un peu trop même, prêt à squatter tout l'espace vital avec l'insolence désarmante de ceux qui sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Mais le festival d'odeurs où prédomine celle du sperme en train de se décomposer (encore que ce soit théorique, capote oblige) ne semble pas toujours la mener à cet état d'esprit où l'on se montre ses animaux totem pour de vrai. S'installe alors une attente pénible, celle du moment où vous ou elle va dégager, cela dépend de qui est chez qui. Et vos histoires de lapins, de chats, de gnous vous restent sur les bras, sans que vous sachiez ce qu'elle est (si elle est quelque chose) et le sentiment d'un énorme gâchis ou au moins d'un merdage un peu téléphoné.
Et à force de dresser la terreur à l'apathie, voire au sommeil, ne demeure en tête qu'un gros trou, un vide abrutissant. Un échec de qualité médiocre, qui ira se répétant, se nourrissant de lui-même. Mais c'est ça ou se faire bouffer par les chiens.
C'est du moins ce que vous vous dites.
30 mars 2008
Géographie de l'Enfer
Je me suis toujours demandé qui allait en Enfer. Dans mon esprit il y a toujours eu deux cas de figure : soit on y est expédié pour des fautes vraiment graves (relevant du pénal, en gros), soit en ayant succombé à un des pêchés capitaux (y compris en pensée). Dans le premier cas, l'Enfer ressemble à un village de vacances, façon bungallows au bord de la mer et n'abritant qu'une population dérisoire, dans le second, c'est la banlieue de Rio.
Il faut bien voir que, les damnés étant immortels, leur lieu de résidence ne peut que croitre indéfiniment en cercles concentriques à partir d'un noyau dur constitué vers l'an zéro de l'ère chrétienne. La punition étant aussi infinie que la faute (si l'on en croit St Augustin), l'Enfer - en tant qu'espace urbain - doit être de même infini. Avec tous les problèmes d'habitat qui en découlent.
D'après les quelques renseignements lacunaires dont nous disposons, il semble qu'il faille répartir les habitants de l'enfer (Hell dwellers) en 4 catégories :
- Ceux qui vivent dans dans le noyau central, dans des logements individuels de type résidentiel correspondant à ce qui se faisait sur terre au moment de sa création (malgré les insulae romaines). Ce sont des privilégiés, similaires aux électeurs de Neuilly-sur-Seine.
- Ceux qui possèdent un appartement dans les barres de la première couronne.
- Ceux qui partagent un appartement collectif dans la seconde et troisième couronnes, équivalents des moscovites des années 70.
- Enfin, ceux qui sont parqués dans les favelas suburbaines, en nombre croissant et de plus en plus turbulents.
Il ne faut pas perdre de vue que les damnés, du fait même de leur nature, sont d'assez mauvais coucheurs dotés d'un esprit civique particulièrement déficient. Les incivilités ne sont donc pas rares, et pour peu qu'on abandonne ce jargon de sociologue aux ordres, il faut bien admettre que les émeutes du logement sont extrêmement fréquentes. Emeutes qui ne débouchent sur rien, les protagonistes étant immortels et réussissant de ce fait à conserver leur bien (ou ne parvenant pas à le conquérir, suivant les cas). La situation reste donc stationnaire (malgré l'absence notoire de forces de maintien de l'ordre), d'autant plus stationnaire que l'impossibilité de tout décès ne peut assurer un renouvellement des locataires.
l'Enfer est donc condamné à s'étendre indéfiniment, et les services concernés à construire de plus en plus de barres de plus en plus hautes, en diminuant l'espace vital alloué à chaque damné (6,5 m2 par personne semblent aujourd'hui une limite haute).
On pourrait croire que les autorités se contentent de laisser cet état de chaos croitre et embellir. Après tout, un lieu de pénitence, de souffrance et de misère (au moins morale), peut parfaitement s'accommoder d'une situation de quasi guerre civile.
Il n'en est rien, les dernières directives provenant du Centre Administratif étant très claires à ce sujet. La situation est similaire à celle d'un camp : en cas de perte progressive de contrôle, la possibilité que les internés s'échappent ne fait qu'augmenter ce qui va à l'encontre de la finalité même du camp. Certes, on ne voit pas très bien, en l'occurence, où pourrait bien aller les damnés s'ils parvenaient à sortir de l'enceinte. De surcroît, l'Enfer pouvant être assimilé à une sphère de rayon potentiellement infini, on ne peut pas non plus imaginer où pourraient se situer les points de sortie. Reste toutefois, l'entrée, la porte A, le centre de la sphère, le lieu par où transitent les damnés après leur séjour terrestre, et qui constitue le point faible de tout le dispositif.
Le danger, d'après plusieurs analystes, demeure néanmoins assez faible : les plus virulents des émeutiers, résidant à l'extrême périphérie, devraient traverser les différentes couronnes avant de parvenir au point d'exfiltration. En particulier, il auraient à affronter les habitants du noyau central, attachés à leur privilèges et peu désireux de voir le statu quo remis en cause par une ouverture des Enfers vers l'extérieur. Des milices auraient été mises sur pied dans ces quartiers, milices qui, selon des sources officieuses, se livreraient à des expéditions punitives (et préventives) dans la zone suburbaine. Certains y voient une source d'intensification du chaos, d'autres un gage de stabilité.
Quoi qu'il en soit, à l'heure actuelle, nul n'est capable de dire où exactement déboucheraient d'eventuels évadés, et c'est probablement cette absence de certitude qui explique la coopération de toutes les parties concernées.
23 mars 2008
Post dominical
Il y a quelque chose de répugnant dans la façon dont nos plus beaux affects se transforment en marchandise. Dont on les transforme, pour être plus exact.
Nous sommes des mammifères et, en tant que tels, plus ou moins programmés pour faire preuve d'une coupable indulgence envers les petits de l'espèce et même ceux d'autres espèces (de mammifères, j'ai assez peu de sympathie pour les mygales nouveaux-nés). C'est du fait de ce para-instinct qu'un chaton tigré peut être considéré comme la bestiole la plus craquante de tout l'univers connu.
Par la bande, la femme enceinte bénéficie aussi de ce capital de sympathie. C'est d'ailleurs un thème assez récurrent de nombre de livres ou de films que la protection de la femme au 7ème mois de sa grossesse par des troupes hétéroclites de vilains barbus mal dégrossis se muant en preux chevaliers (j'ai en tête deux-trois westerns sur lesquels je n'arrive pas à mettre un nom). C'est aussi un des ressorts des Fils de l'homme que je viens de revoir en DVD.
Sauf qu'en l'occurence, il ne s'agit pas d'exploitation, puisque les Fils de l'homme est un bon film (pas transcendant, mais bon), et que l'utilisation de grosses ficelles psychologiques est une constante depuis que l'humain raconte des histoires à d'autres humains (c'est même l'essence du mélo). C'est probablement indispensable au principe d'identification.
Non, ce qui est proprement immonde, c'est la quantité de saloperies innommables que des enculés en marketing déversent sur les femmes dès qu'il ne leur est plus possible de perdre 5 kilos avant l'été en se nourrissant exclusivement de pépins de banane. Dont des magazines genre Elle ciblés baleine.
Déjà, j'aimerais qu'on m'explique pourquoi l'iconographie de la grossesse est toujours aussi foireuse. Pourquoi diable la future maman est-elle toujours photographiée une main sur son bedon, un sourire éthéré aux lèvres et l'air radieux de celle qui est en communication directe avec le Saint-Esprit ? Evidemment, les difficultés à monter les escaliers, les coups de pompes, les nausées, et les séances de vautre devant la télé sous une petite laine sont nettement moins glamour. D'un autre côté, présenter chaque femme enceinte comme un succédané de la Ste Vierge est, outre un foutage de gueule éhonté, une insulte pour la gente féminine. Sans compter que des dynasties de peintres un peu plus talentueux ont immortalisé cette condition depuis le haut moyen-âge, et que ces tirages de photographes cachetonneux sont positivement à gerber.
Mais il y a pire : de pustuleuses crapules fournissent de surcroît des CD de musique jolie pour que le bébé-dans-le-ventre-de-sa-maman puisse bénéficier des ondes supérieurement positives que lui fournissent nos grands compositeurs.
Et quels grands compositeurs ! Chopin, Schumann, Schubert ... Que la crème de la musique d'ascenseur avant même que l'ascenseur ne soit inventé. Mais ne déclenchons pas de polémiques auprès des amateurs de barbe à papa pour piano. La vraie honte provient d'une interprétation lamentable à faire passer un clavier midi pour un monstre de finesse (ce qui donne une version quasi hardcore du très traditionnel Avé Maria de Schubert). J'ai même eu droit à un extrait des Préludes de Debussy, qui faisait tâche parmi les autres nains, et qui m'a fait littéralement sauter au plafond.
Comprenez bien : la femme enceinte est certes radieuse, mais radieuse comme une génisse. La grossesse est le signe patent d'une régression vers l'animalité, en tout cas vers un état qui ne permet en aucun cas de juger de la qualité d'une interprétation. Toute à sa béatitude infra-humaine de bientôt mettre bas, la presque maman laisse ses critères esthétiques sur le paillasson et apprécie n'importe quoi, du moment de c'est gentil et que ça dispense une brume rosâtre alentour.
On ne saurait être plus insultant. Surtout quand c'est à MA femme-enceinte-à-moi qu'on envoie ces merdes.
Sinon, un petit coup de pub pour le dernier Gondry qui est vraiment, mais vraiment sympa - et dont, de toute façon, le pitch d'enfer avait titillé mes neurones. Un petit sorry à S. qui a reçu le sms trop tard (mais ça nous a pris comme une envie de pisser).
Après avoir insulté une bonne partie de la littérature « d'avant-garde », après avoir lu Kathy Acker et Peter Sotos (chez Désordres-Laurence Viallet), après une plongée (heureusement momentanée) dans les douloureux méandres de ma Géhenne personnelle, après quelques commentaires bien sentis, je suis en train de me demander si je ne vais pas mettre en place mon blog-enfer (au sens de la BN). Je vous tiendrais (peut-être) au courant.
21 mars 2008
Grandes Espérances II
Et comme je fais toujours le contraire de ce que je raconte, voilà la version sonore du texte précédent. Deux variantes :
Brut de fonderie
Sonorisé
Grandes Espérances
Je n'arrive pas à lire plus de 3 pages du livre. Je suis sans cesse obligé de m'arrêter pour souffler et le reposer. Reprendre ma respiration qui semble s'être noyée quelque part vers le diaphragme. Chasser les larmes qui se sont accumulées dans mes orbites. L'idéal serait de sortir dans la rue en courant ou au moins en marchant très vite lâchant mes pleurs comme une bruine discrète. Très joli. Mais j'en suis bien incapable : il fait trop froid dehors et j'ai déjà assez de mal à me réchauffer sous la couverture en pleine journée. En plus, dehors, c'est plein de gens qui occupent tous les interstices. Je pourrais faire peut-être 20 ou 30 mètres avant de rebrousser chemin. Et revenir dans le lit en me demandant si je me remets au livre ou pas.
Tous ces gens qui me collent des pains, des gens que parfois que je ne connais même pas. Des pains mentaux bien sûr. Je ne me suis pas pris de coups depuis 20 ans. Le ressac dégoutant des scènes où je me mets minable tout seul. Première vague de rasoirs, deuxième vague de rasoirs, et ainsi de suite. La houle qui fait alternativement flic-floc et schlack-schlack. Comme un fruit qu'on pèle sans vraiment se demander s'il est vivant, si c'est animal ou légume. Ils font pareil avec moi. Je ne suis pas vivant. Ou alors, à la rigueur, comme un crustacé. C'est robuste les crustacés, on les balance en vie dans l'eau bouillante avant de les manger. Pas de pensées émues pour l'arthropode, puisqu'un crustacé, ce n'est jamais qu'un insecte à exosquelette avec nettement plus de bonnes choses à l'intérieur. Heureusement, sinon personne n'en commanderait dans les restaurants, et les chinois ne mettrait pas d'énormes blattes et leur carapace dans des aquariums à l'entrée. L'important, c'est de traiter la plus ou moins vermine non pas avec mépris mais avec indifférence. Ne pas s'attarder aux pensées intimes du hanneton ou à leur possible existence.
Le livre a mauvais esprit. Ou mauvaise influence. Il m'oblige à le lâcher et à faire des aller-retours contrariés dans les 40 m2 encombrés d'un tas de saloperies que je devrais ranger. Mais ce n'est évidemment pas le moment. Pas alors que je pense à 1) qui m'envoie chier alors que je n'ai rien fait 2) qui m'a probablement envoyé chier mais je ne me souviens plus 3) qui m'enverras chier la prochaine fois que je le/la verrais. Pas alors que j'ai les mâchoires si serrées que je vais encore faire sauter des dents à terme. D'ici quoi ? Un mois, deux mois, six, je sentirai comme une palpitation molle dans la bouche, vaguement douloureuse : je mettrai mes doigts pour voir ce que c'est, mais j'aurai déjà deviné, alors j'irai à la pêche et, après un petit coup sec légèrement rotatif, je ramènerai une molaire pas en très bon état, le dessus tout crevassé, et les racines un peu sanguinolentes.
Le livre est très classe, il décrit tellement bien les sensations, les jugements réflexifs, une précision de qui est qui et comment, tout ceci s'articule merveilleusement, on dirait un psychiatre à l'armée qui met soigneusement en ordre ses fiches de P4 et de ceux qui se foutent ouvertement de sa gueule pour essayer de tirer au cul. Quand je pense à moi, c'est toujours très opaque, je ne ressens rien de manière claire, qui puisse être expliqué à un tiers. Je me regarde et c'est comme une silhouette, un double noir, au travers duquel on ne voit rien, et à l'intérieur duquel toute exploration est impossible. C'est une masse pas très agréable, comme un oedème, sauf qu'un oedème enkyste un corps et qu'il n'y a pas de corps. Enfin, si, il y a un corps, enveloppé de peau, traversé de fourmillements et de raideurs qui se déplacent lentement, mais essentiellement dans les mâchoires, le haut du dos et les lombaires. Ce n'est pas de ce corps là dont je voudrais parler. Tout le monde le voit, et personne n'en doute. L'autre me pose problème, le bloc sombre qui ne dit rien, ne transmet rien et qui, du fait de sa couleur passe-muraille, est invisible.
Tous les jours des gens disparaissent. C'est ce que prétendent les rapports de police. Si on creuse un peu le sujet, on s'aperçoit que :
1) Une partie de ces gens s'enfuient pour une raison ou pour une autre, changent de vie, d'identité, de pays, que sais-je ?
2) Une autre, on la fait disparaitre. Tueurs psychopathes, traite des blanches, meurtres crapuleux et bien dissimulés. Cette partie là, donc, on la fait disparaitre.
3) Cas particulier du précédent : des gens meurent de mort naturelle dans des endroits isolés et on ne retrouve pas leur corps.
Ce qui veut dire qu'au final, personne ne disparait. Même les morts ne sont pas des disparus. Ils sont bel et bien là, dans le cercueil ou sous la terre, mais il va falloir un certain temps avant qu'il n'en reste rien. Nos chers disparus n'ont pas disparu. Il y a un temps de latence, mais personne n'en tient compte. Disparaitre, ce n'est pas ça. Il faudrait s'amenuiser au fur et à mesure jusqu'à ce que les traces de soi deviennent si infimes qu'on puisse conclure à une disparition. Mais c'est impossible pour des raisons triviales. Parce que l'amenuisement va de pair avec la perte du contexte social, en d'autres termes, à force de dériver d'hôtels obscurs en hôtels encore plus obscurs, on finit par ne plus être capable de gagner de l'argent, et c'est aussi un des buts de l'opération. Sauf que le corps se rebiffe, parce qu'il a faim, froid, mal et qu'il faut de l'argent pour enrayer cette hémorragie, et que cet argent, il faut aller le chercher en s'extrayant de la province amoindrie que l'on a mis tant de temps à construire.
En résumé : personne ne disparait et ne peut même le faire. J'ai beau le savoir, je me rêve encore en bourgeois de Calais, la corde au cou et en chemise de nuit à l'ancienne, marchant vers les soldats anglais avec leur casque rond à la con sur la tête, sauf que je les dépasse et poursuis mon chemin sans que personne ne s'en aperçoive et je continue sur la route, jusqu'à ce que je me dilue enfin sur la ligne d'horizon, à moins que je ne sorte du décor dans un virage ou après le sommet d'une côte.
Alors je reprends le livre, pour 3 ou 4 pages, parce que je n'ai rien de mieux à faire, et que le mal qu'il me fait, je lui extorque et j'en redemande.
20 mars 2008
Le MagicoTronçonne ®
Le MagicoTronçonne ® est destiné aux professionnels de la magie, qu'ils se produisent devant un public choisi ou non.
Il permet de transformer le tour de l'assistante découpée dans son coffre, largement usé, en un spectacle inouï susceptible de stupéfier les foules les plus blasées.
Le MagicoTronçonne ® comporte :
- Le MagicoCaisson ®
- La MagicoScie ®
Procédure à suivre
L'assistante entre dans le MagicoCaisson ® par la trappe latérale (A). Le démonstrateur referme la trappe, puis s'empare de la MagicoScie ® qu'il passe dans les deux encoches prévues à cet effet (B et C). Une fois ceci fait, il retire la partie centrale qui a été séparée du reste du MagicoCaisson ® grâce aux coups de MagicoScie ®. Le public peut ainsi voir d'une part, la tête de l'assistante (qui continue à s'adresser à lui) et d'autre part, ses pieds qu'il serait judicieux d'agiter pour renforcer l'incroyable du numéro.
Le démonstrateur passe ensuite entre les deux tronçons du MagicoCaisson ® pour bien montrer qu'il ne s'agit pas d'un simple jeu de miroir.
Il peut tourner chacun des tronçons en direction du public, parties amputées vers l'assistance pour que celle-ci constate l'absence de tout trucage. Les plus sceptiques ne distingueront rien, sinon une surface noire et opaque en lieu et place du corps de l'assistante.
Le démonstrateur peut finir le spectacle en emportant chaque tronçon d'un côté de la scène tandis que l'assistante poursuit son discours et que ses pieds s'agitent.
Remarque importante
Le MagicoTronçonne ® n'est pas destiné à un usage domestique.
19 mars 2008
A l'oral
On trouve parfois quelque part dans les interstices du réseau des posts plein d'intelligence. Comme celui-ci (certes un peu longuet, car pro domo), qui, de fait, est la suite de cet autre, encore plus fin, si cela est possible. Il faut dire que ce dernier discute entre autres, des vertus comparées de la virgule et du point-virgule, ce qui réveille en moi un lyrisme en général soigneusement dissimulé.
Pour être honnête, je suis surtout impressionné par, disons, le courage, de la narratrice qui est allée réciter ses textes en public. Je suis toujours impressionné par les gens qui font ce que je suis absolument incapable de faire. Particulièrement lorsque le quelque chose en question prend la forme d'un cauchemar. Pas de pire horreur que de m'imaginer récitant un texte (quelle qu'en soit la qualité) devant un public, choisi ou non. Me mettre à bramer à haute et intelligible voix le discours sur la servitude volontaire dans une rame de métro fait aussi partie de cette catégorie d'évènements qui me plongent à l'avance dans une terreur abjecte. Et abjecte, ici, n'est pas juste pour faire joli.
Déjà, pour commencer, je suis légèrement bègue, ce qui suffit d'emblée à me disqualifier pour ce type de performance. En plus, comme si ce n'était pas suffisant, j'ai une voix remarquablement plate, monocorde, nasillarde et désagréable au final. Je déteste ma voix, que, par bonheur, je n'entends que fort rarement.
J'en ai fait encore l'expérience, puisque qu'évidemment, fasciné par ces deux textes, j'ai presque immédiatement décidé de passer l'épreuve du sonore. Chez moi, s'entend, avec un magnétophone.
J'ai repris un de mes textes.
C'était dimanche.
Catastrophé, j'ai tout laissé en plan.
Depuis dimanche, les waves trainent sur mon disque dur. Je les ai écouté deux ou trois fois, et j'ai bien regretté que mon PC ne possède pas une sorte de gouffre sans fond en plus de la corbeille.
Le narcissisme flagellatoire étant ce qu'il est, vous avez droit, évidemment, à un petit extrait du désastre. Essayant de lisser ce dire ânonné, j'ai bien tenté de le noyer dans une ambiance sonore vaguement noisy-underground, ce qui est une solution lâche et peu satisfaisante.
Je suppose qu'elle y a pensé toute seule, mais il me semble qu'un texte écrit n'a pas à être récité. Il n'est pas conçu dans ce but, mais pour l'auditorium désert de sa propre conscience (ou de celle de quelqu'un d'autre). A contrario, le texte récité doit avoir été écrit spécifiquement dans cette optique. Je sais bien que Flaubert pratiquait l'épreuve de l'oral, mais rien ne prouve qu'il ait eu raison : son talent d'écrivain est peut-être indépendant du passage au gueuloir ...
18 mars 2008
La mort me trousse
Grâce à ce merveilleux titre digne d'un pigiste de Libé, j'entre de plein pied dans le sujet : j'ai persuadé B'. de regarder la Mort aux trousses. Parce que tu vois ma chérie, c'est un classique, et que les classiques, faut les avoir vus. Et qu'il est bon de réévaluer ses critères. Hitchcock ne m'a jamais vraiment convaincu. Ca faisait même 15 ans que je n'en avais pas vu un. Quelqu'un avait dit naguère quelque chose comme Hitchcock est un bon faiseur, mais définitivement pas un bon réalisateur. Et j'étais tout à fait d'accord. Mais je tenais à voir si mes gouts n'avaient pas évolué. Ou si je ne m'étais pas trompé. Et, avouons-le, je suis comme tout le monde : j'ai un peu honte - et peur - de médire sur ce que les encyclopédies du cinéma désignent comme des chefs-d'oeuvres.
Eliminons d'emblée l'argument du snobisme. Car, voyez-vous, dire du mal d'un monument comme Hitchcock, c'est du snobisme. C'est jouer au bobo qui fait son malin. Argument surpuissant s'il en est. On pourrait le retourner, et insinuer que s'extasier devant des machins qui ont fait leur temps, c'est aussi du snobisme. Un partout, la balle au centre, et penchons-nous plutôt avec une objectivité sans faille sur le sujet du jour.
Alors, c'est comment La mort aux trousses ?
Chiant. C'est le terme le plus approprié. C'est d'ailleurs celui qu'a employé B'., témoin test qui ne peut pas être qualifié d'intello délirant loin des vraies choses de la vraie vie des vrais gens.
Donc, c'est chiant.
Déjà pour commencer, l'histoire est inepte, sorte de bidule à la James Bond, vague histoire d'espions qui se manipulent les uns les autres de la plus improbable manière. Si encore, c'était très formel, mathématique, gorgé d'enchâssements de péripéties inouies, je ne dirais pas. Mais ce n'est pas le cas. C'est juste grotesque, pas crédible deux minutes, à faire passer Agatha Christie pour une cathédrale de finesse. Les coups de théâtre sont téléphonés de bout en bout, et si ça a pu impressionner en 1959, aujourd'hui, c'est un peu pathétique.
Ensuite, comme presque toujours avec Hitchcock, la direction d'acteurs est des plus floues. Cary Grant est particulièrement approximatif, James Mason serait impérial s'il n'était pas livré à lui même et Martin Landau - mon préféré - joue le rôle d'un médecin SS très méchant avec un rare brio, sauf qu'il n'y a pas de médecin SS très méchant dans le film. Quant à la blonde racée chère au maitre, je préfère ne pas en parler.
Hitchcock n'est donc qu'un bon faiseur. J'enfoncerai le clou en ajoutant que c'est juste un honnête faiseur. En dehors de quelques morceaux de bravoure, ça se traine, c'est couru d'avance et on s'emmerde (d'autant que le caméo d'Alfred est au tout début du film et qu'on n'a même plus ça à se mettre sous la dent pendant les deux heures qui suivent).
Et même ... Même les morceaux de bravoure ... Finalement la scène avec l'avion était autrement plus grandiose dans mon souvenir. En réalité, elle est poussive, mal filmée (ou plutôt mal exploitée) et reglée avec deux de tension au compteur. Un petit peu avant, Cary descend de son autobus au beau milieu des grandes plaines. On devine que quelqu'un de vraiment doué aurait pu tirer des plans magnifiques de cette immensité plate comme la main et plutôt pelée. Mais pas Hitchcock. Tout ce qu'il trouve à faire quand le faux rendez-vous arrive de l'autre côté de la route (et pas qu'un peu qu'on avait deviné que c'était pas le vrai rendez-vous, ça crève les yeux, que voulez-vous), tout ce qu'il trouve à faire, c'est de placer les deux personnages à chaque extrémité du scope. Pfff ... C'est pas un boulot de grand réalisateur, ça. C'est juste un gimmick ! Et le problème avec les gimmicks, c'est qu'ils vieillissent très mal. Rien à voir, par exemple, avec les scènes d'attaque de diligence archétypiques de La chevauchée fantastique (Stagecoach) qui n'ont pas pris une ride (alors que le film a 20 ans de moins !). Cela tient évidemment à ce que Ford, lui, est un vrai réalisateur.
Autre exemple (cette fois, ce n'est pas un morceau de bravoure, mais plutôt du tout venant) : Cary Grant est dans un train sans billet et on a droit à un plan fixe montrant les contrôleurs dans le fond, et à droite, au premier plan, les chiottes. Bon, on se dit : c'est pour faire comprendre que Grant est caché là-dedans. Pas essentiel, et on attend que ça coupe pour passer à autre chose. Mais ça ne coupe pas : les contrôleurs continuent à avancer, et le plan reste fixe. Ca doit être l'art du suspense selon Hitchcock : les contrôleurs vont-ils ou non ouvrir la porte des toilettes ? J'en avais des palpitations ! Et ça lambine, ça lambine (toujours en plan fixe). A tel point qu'on se demande si Grant est vraiment dans les WC. Ce serait une sorte de faux semblant : en fait il n'y est pas, les gusses de la SNCF vont ouvrir la porte et ne rien trouver. Plan certes amusant, mais laborieux, raté de toute façon. En fait, les contrôleurs passent, sortent du champ et Cary s'extrait de sa cachette. Les bras nous en sont tombés ... Cadre immobile pendant plus d'une minute pour rien, à tous points de vue !
On continue à s'emmerder, on envisage de passer par moment en avance rapide pour accélérer le mouvement, le final est insipide, je ne m'en souviens même plus vraiment, tant j'avais décroché, préférant embêter le chat qui ne m'avait rien fait. Bon, soyons honnête : ce n'était si mauvais que ça, c'est juste très très moyen, mais regarder une oeuvre tellement surévaluée ne peut déclencher qu'une salutaire colère.
Seul petit plus : le technicolor flamboyant qui donne un air orangé au visage buriné de Cary Grant et un aspect laqué rosâtre à celui d'Eva Marie Saint ...
17 mars 2008
Chef, j'ai une idée !
- Chef, chef, j'ai une idée !
- Doucement ... Tu respires lentement par le nez, deux ou trois fois, et ensuite, tu m'expliques calmement.
- J'ai un pitch d'enfer, chef, conceptuel et tout, mais assez racoleur quand même, ça peut être vendeur !
- Mon dieu ... La dernière fois, c'était les nouveaux-nés mutants qui massacrent toute une maternité et j'ai du te rappeler que Larry Cohen l'avait déjà fait ...
- Ok, ok. Mais cette fois, c'est du béton. On va faire un truc façon fiction-reportage, un peu comme Cloverfield, sauf que là, ce sera pour de vrai, pas de plans hyper-bien cadrés de la part d'un mec en train de courir comme un dératé. On fait un reportage sur un type pas bien dans sa tête, un faux reportage, bien sûr, avec des extraits de ses exactions dehors.
- Tu sais, C'est arrivé près de chez vous, c'est sorti depuis un bon moment déjà ...
- Soyez pas si taquin, chef. Effectivement, au niveau de la forme, c'est un peu l'esprit. Ca va rien nous couter : quand on l'interviewe chez lui, y'a quoi ? Un mec à la caméra, un ou deux spots et un ingé-son qui fait perchman par la même occasion. Pour les séquences en pleine action, là, c'est du brutal, son direct de la DV et le cadreur qui court dans tous les coins pour rattraper le gusse. Sans steady, ni même de stabilisateur d'image. Brut. A la rigueur, on peut le faire nous-mêmes, tous les deux, plus c'est crade mieux c'est, le budget va tenir sur un timbre poste.
- Continue, tu m'intéresses ...
- Bon, voilà le pitch : on fait un reportage sur un mec qui s'est aperçu qu'il pouvait frapper les femmes.
- Pardon ?
- Attendez que je vous explique. En résumé, dans sa tête, le type s'est dit que puisque parité et tout ça, typiquement lorsque tu t'engueules avec un automobiliste et SI c'est une femme, y'a pas de raison de la traiter différemment d'un gros con lambda qui te grille la priorité, donc grand coup de manivelle en travers de la gueule. Bon, il s'est aperçu de ça un peu par hasard, il a le sang chaud et un jour, il a mis un pain à une meuf, on verra plus tard pour quelle raison précise. Bref, ça a été une révélation, et depuis, il provoque les engueulades sciemment de façon à les latter.
- Bon, et après ?
- Attendez ... Déjà pour commencer, il ne va pas nous expliquer ça de manière aussi directe, il va atermoyer, noyer le poisson, nous servir des considérations à la fois plus générales, plus grandioses et plus confuses, même si on aura peut-être droit à la scène primitive presque in extenso, à voir. Ce n'est qu'au fur et à mesure qu'on comprend à peu près la psychologie du bonhomme et ses motivations réelles. Ca c'est la partie interview. Dehors, on le filme en train de regarder des bagnoles arrêtées à un feu, repérer que c'est une femme en début de file, puis se jeter en travers de la chaussée au moment où ça passe au vert : engueulade, le ton monte et les pains dans la gueule arrivent. C''est juste un exemple, hein.
- Si je te suis bien, on alterne les plans montrant le mec dérouiller des nanas et ceux où il se prend pour le messie en train de nous expliquer le vrai sens de la vie.
- En gros, oui. Mais ça peut être monstrueux. Déjà, les plans en extérieurs, faut les faire vraiment reportage. Sinon, ça fera chiqué : certains peuvent être pris de loin au zoom tremblé quand le cadreur est caché, les suivants de plus près, serrés, mais bougeant dans tous les coins quand il décide de s'approcher - en courant c'est mieux, avec le côté bien craspec du voyeur qui capte le sang avant de s'enfuir vite fait. Sans compter que par dessus le son direct (immonde, bien sûr), y'aura la voix du mec en train de commenter, de digresser, etc ...
- Ca me semble un peu léger, quand même ...
- D'abord, c'est qu'un court, chef, pas un long. Ensuite, y'a pas que ça. On va finir par se rendre compte que c'est que la partie émergée de l'iceberg. Qu'en fait, il se fait du blé en acceptant des témoins payants.
- Des témoins ?
- Ouais, ouais ... On finira par voir dans le champ, assez loin, des mecs, toujours les mêmes, voire toujours LE même. Et en mettant ça en corrélation avec ses délires sur nous-les-hommes-brimés et tout le tremblement, on finira par comprendre qu'il leur procure des snuffs softs mais en live. A tel point, que, pendant un tabassage, quelqu'un de notre équipe filmera le témoin avec une DV familiale toute pourrie. Imaginez le tableau : on voit 1) le mec en train de latter une femme, 2) notre cadreur en train de filmer ça avec fébrilité et 3) le témoin hésitant, se rapprochant, n'osant pas trop, reculant, etc ... On monte ça avec nos images - je veux dire, celles du cadreur - et ça donne dans le super grandiose !
- Ah ouais, le fondu peut aussi avoir monté une sorte de club de mecs qui lattent les meufs, tu vois, un peu comme dans Fight club ...
- Non, là, ça risque de virer à la Zèderie Rape and Revenge. Mais dans l'esprit, c'est ça : un film d'exploitation au deuxième degré avec un petit côté transgressif comme alibi.
- Euh, mais juridiquement, ça craint pas un peu de laisser des femmes se faire tabasser ? Non assistance à personne en danger et tout ça ?
- Chef ... Ce seront des actrices. Le mec aussi, ce sera un acteur. Mais l'idée, c'est de filmer ça en pleine rue sans prévenir personne pour recueillir les réactions des badauds. Ca peut être un peu chaud, mais je pense que ça vaut le coup. Le tout, c'est de décaniller avant que les flics ne se pointent.
- Bon, tu me gardes ça sous le coude, faut que j'en discute avec mes investisseurs biélorusses. Tu crois pas qu'on pourrait inclure des scènes de torture, aussi ?
- Chef ...
16 mars 2008
Non, je ne suis pas un
Encore un test sur internet, vachement pertinent, les tests sur internet, c'est comme les news-magazines en été : toujours Etes-vous un bon coup ? Je me demande d'ailleurs qui se débrouille pour ne PAS avoir le hi-score à ce genre de truc, la conclusion Oui, vous êtes un coup d'enfer à bruler Rome en compagnie de Neron mais EN PLUS vous êtes modeste. Ou plutôt qui est assez gland pour ne pas donner les bonnes réponses ?
Parce que les questions, elles sont aussi subtiles que celles d'un questionnaire d'embauche. Et nécessitent un QI négatif pour ne pas taper droit dans la cible. Soyons indulgents : après tout, les questionnaires sont fabriqués par des psychologues d'entreprise qui se sentent obligés d'indiquer en corps 64 au début de l'épreuve qu'il n'y a pas de mauvaises ou de bonnes réponses, le tout est d'être sincère. Pour que, VRAIMENT, vous vous sentiez pris pour un con. Alors que le con, vous savez bien qui c'est , hein ?
La question-type d'un questionnaire d'embauche, c'est quelque chose comme ça :
A votre avis, c'est quoi la bonne réponse ?
Tout ça pour vous dire qu'au test seskuel, si y'avait eu comme conclusion possible Non, je suis un coup lamentable, mais je m'en branle, parce que de toute façon, je ne baise que des albanaises de 12 ans qui arrivent déjà ficelées sur mon lit, je l'aurais peut-être fait, en proie au traditionnel désoeuvrement dominical. Mais comme ce n'était pas le cas ...