Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

07 mars 2008

Une fille nue

[...] Tu vois, c'est vraiment du boulot. Tu peux pas demander d'emblée « bonjour, mademoiselle, je peux vous accompagner chez vous et faire des trucs avec ma bite ? ». Parce que ça ne se passe pas comme ça. T'es comme de la morve sur une toile cirée. On s'en écarte instinctivement. C'est normal. Tu fais partie du dernier choix, celui devant lequel on hésite avant de décider, que finalement, non, on va plutôt faire ceinture. C'est du moins ce qu'elles se disent, elles. Alors que t'aurais bien envie, toi, d'en faire tes éponges.
T'étais avec cette grande fille aux traits si réguliers, à l'air si évanescent, si préraphaélite. T'aurais pu tout aussi bien être sous la table en compagnie des chewing-gums écrasés. Elle assurait le minimum syndical à la voix, c'est vrai, mais comme une obligation, un truc chiant qu'on doit faire, rendre visite à la vieille tante pénible par exemple. T'étais comme un labrador puant, baveux, casse-couilles, toujours fourré au mauvais endroit, un truc plein de poils qui vous monte dessus, et qu'on repousse, mais gentiment, frapper les animaux, ça passe mal en public. Et au moins, les labradors, ils ne parlent pas. On n'est pas censé faire semblant de suivre.
Et puis, la bite ... C'est un peu pour rouler des mécaniques. Tu veux pas tout le truc. Juste un peu. Mais, c'est justement là le problème. Autant tu peux faire comprendre que tu veux coucher avec elle, c'est dans l'ordre des choses, autant tu vas passer pour un taré si tu veux juste qu'elle se déshabille. Là, tu vas lui foutre la trouille. Tandis que la capote dans une main, et le sourire aux lèvres, c'est du standard. Tu pourrais tout aussi bien lui proposer de se faire monter par un mulet.
Mais je sais que c'est vrai ! Je sais que tu voudrais simplement aller chez elle, dans son univers, et qu'elle enlève ses vêtements. Rien de plus. Qu'elle se branle devant toi ? Rien à foutre, non ? C'est pas ça, la capture de son intimité. Idéalement, tu voudrais rester chez elle à la regarder vivre. Comme si tu étais un meuble, même pas une présence. Un regard qui la suivrait. La voir s'enlever les petites peaux des orteils, balancer ses culottes sales dans le panier, de loin, comme au basket et rater une fois sur deux. Sa vie, rien que pour toi. Un simple témoin. Ca te remuerait les tripes autrement plus que de la regarder se caresser les soirs où elle le sent bien, non ? Si tu donnais dans le tout venant, t'aurais eu son corps, au mieux. Et t'aurais rien eu en fait, parce que, son corps, elle l'aurait gardé rien que pour elle, prêté à l'extrême rigueur, comme une couverture faite de sa peau pour que tu t'essuies dedans. C'est pas important tout ça.  Ce que  tu veux, toi, c'est sa vie, c'est l'intégralité de son monde.
Bien sûr qu'elle ne supportera jamais ça. Aucune d'entre elles. Tu pourras être aussi discret que possible, elle finira par trouver que tu lui bouffes l'espace, que tu lui pompes l'air, presque au sens strict. Son applique murale, elle lui pompe son air ? Et pourtant, tu serais moins importun que n'importe quelle bricole d'aménagement intérieur.Tu te feras virer en deux temps, trois mouvements. De toute façon, ça n'aurait jamais commencé. On en parlait tout à l'heure.
Oui, je sais, ça a marché. Une fois, une seule. C'est ta vision du paradis, la preuve par neuf que tu n'es pas juste au monde pour attendre que ça se tire. Tu me l'as raconté tellement de fois.
Tu étais chez elle, en ami, elle avait confiance en toi, on fait toujours confiance aux labradors un peu gras et à leur regard comme de la buée. Personne n'imagine que gros nounours, il  pourrait être capable d'aimer ou de faire des trucs sales dans l'alcôve. On parle de choses et d'autres, c'est anodin. Et puis tu lui as demandé. Surprise et réticente. Très réticente. Et tu lui as fait ton grand numéro à la limite de la pleurnicherie, les explications à n'en plus finir, en boucle, la voix de petit garçon battu, les bras grands ouverts tu ne me fais pas confiance ? Tout ce cinéma, comme une mauvaise sueur, alors que JUSTEMENT, à toi, on pouvait faire confiance. A qui donc si c'était pas à toi ? Une sincérité comme une absence de peau, les muscles à vif, plus vulnérable qu'un chaton sous un marteau. Elle a du le comprendre. De manière instinctive. Que tu  étais l'enfant battu et que rien de mal ne pouvait provenir de toi. 
Pas dans la chambre, ici, dans le salon. Aucune importance, mais tu saisissais et ça allait de soi.
Si maladroite, debout sur la moquette, passant d'une jambe sur l'autre, le regard en dessous, une main devant son sexe et l'autre sur ses seins. Tu lui as fait remarquer et elle les a écarté, comme un Jesus en croix. Difficile d'être naturelle, de dégager les bras sans qu'ils aient l'air de sémaphores.
C'a été le seul jour de ta vie, le seul dont tu te souviennes. Assis sur ta chaise face à cette fille embarrassée, un peu craintive, à te sentir comme le fils de Dieu, comme le type qui découvre la raison de l'existence du monde. Une minute tout au plus à rester suspendu. Tu n'avais rien vu de plus beau. Et ne le verras plus. Bien sûr, les seins un peu tombants et les hanches empâtées. Classique pour un corps. Mais tu n'en avais rien à foutre du corps. Le corps, c'est rien. Seul comptaient son acte et les merveilles qu'étaient ses seins tombants et ses hanches empâtées. Elle ne comprenait pas vraiment. Moi non plus d'ailleurs. Et tu me l'as tellement raconté de 500 façons différentes et toujours aussi informes que j'ai des doutes en ce qui te concerne.
Tu lui as dit qu'il était temps de se rhabiller. Bien avant qu'elle n'envisage de le faire. Elle t'a remercié avec des mots confus, et tu l'as laissé partir dans sa chambre pour remettre ses fringues. Dans l'ordre des choses.
Tu es encore resté une petite heure à reprendre le fil des choses et autres en buvant le blanc sec qu'elle avait sorti comme s'il s'agissait de marquer le coup, mais en restant attentif à bien garder tes distances et de fait à les accroitre furtivement sans qu'elle le remarque. Sur le seuil, elle a demandé si tu voulais qu'elle t'embrasse et tu as dit non avant de poser tes lèvres chastes sur son front. Et tu es rentré chez toi.
La seule histoire que tu racontes, encore et encore, que tu me racontes perdu dans ta boucle, celle qui t'innerve et te fait te lever le matin. [...]

Posté par memapa à 21:29 - Ma vie qu'elle n'existe pas vraiment - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Juste lire.

Posté par jeanne, 07 mars 2008 à 23:18

C'est justement fait pour ça :)

Posté par memapa, 07 mars 2008 à 23:40

Purement génial...

Posté par paris-émoi, 09 mars 2008 à 21:45

Merci du compliment :)

Posté par memapa, 09 mars 2008 à 23:17

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