29 février 2008
Un jour






28 février 2008
Post-nuke conceptuel
C'est la fin du monde et une bande de potes est filmée par le cousin de Mathieu avec sa DV. C'est, si j'ai bien compris, l'argument de Cloverfield (le pitch).
Le petit côté formel piqué dans Cannibal Holocaust. Rien de très nouveau. Et dans Cannibal Holocaust, la putasserie du produit fini était telle que c'en devenait sympathique. D'ailleurs Deodato est un escroc foutrement sympathique (et Atlantis Interceptors, un de mes films cultes).
Il m'est venu une idée : plutôt que de découvrir des bandes tournées sur le vif (de faire croire que, bien évidemment) et d'en faire un film (comme dans Blair Witch, aussi), on pourrait bâtir tout un scénario sur la découverte des dites bandes et leur montage au fur et à mesure pour comprendre ce qui s'est passé. Simple : après La-Grande-Catastrophe qui a réduit la côte ouest des USA en tas de cendres, des chercheurs de Boston (disons) viennent sur place et commencent à collecter tout le matériel visuel qu'ils peuvent trouver : DV familiales, caméras de video-surveillance, voire des restes provenant des télés locales. Le film mélange donc le travail de reconstitution vu de l'extérieur, et le documentaire qui doit être fourni aux différentes agences gouvernementales. Pour qu'on puisse comprendre l'apocalypse (que l'on supposera avoir été brève, violente et imprévisible). Evidemment, on joue, entre autres, sur le suspens, de façon à ce que les causes de l'Armaggedon ne soient dévoilées qu'au fil du temps. Retournement de situations et compagnie pour agrémenter le tout.
Le problème, c'est que je ne vois pas comment scénariser cela sans tomber dans l'exercice de style chiant. Pour être franc, je ne vois pas comment le scénariser du tout.
Je vais y réfléchir ...
27 février 2008
Les pénibles
Ce que j'aime chez les américains, c'est qu'ils n'ont pas une dévotion excessive pour le marxisme. J'entends par là : la vulgate marxiste comme référent obligatoire.
Vu depuis l'Europe, et tout particulièrement depuis la France, leurs analyses ont un petit côté rafraichissant.
Le pragmatisme a du bon : plutôt que de partir bille en tête avec de pesants schèmes a priori, on essaie de circonscrire un sujet, puis on l'étudie, on le palpe, on prend des mesures, comme s'il s'agissait d'une nouvelle plante pas encore répertoriée.
Un peu d'humilité ne nuit pas.
Exemple : Pourquoi les pauvres votent à droite (Thomas Frank, Agone 2008 - Achetez-le, c'est une petite maison d'édition, vous ferez une bonne action). Oh, ce n'est pas transcendant, mais l'utilisation de grilles d'analyse alternatives permet d'ouvrir des pistes de réflexion. Tenez : en France, populisme est un gros mot. Ca signifie en substance : proto-fascisme. Surtout chez nos merveilleux intellectuels médiatiques qui ignorent jusqu'à la signification du mot réflexion. D'ailleurs lire un bouquin universitaire ou para-universitaire sur le sujet revient à se voir répéter ad nauseum que le concept est nébuleux, voire inconsistant. Sur 400 pages. Avec souvent, au bout du compte, l'idée bien ancrée de la répugnante populace qu'il faut museler (comme chez Tocqueville - et oui !). Pas tout le temps c'est vrai. Mais les fleurets restent mouchetés : même si c'est parfois implicite, personne n'ose dire qu'il y a une différence entre une réaction de type populiste suite à des fantasmes (les juifs dominent le monde, typiquement) - mauvais populisme - et la même face à certaines réalités (médiocrité, morgue, voire malhonnêteté des élites - exemple purement théorique) - gentil populisme. En résumé, le populisme, ça craint, plus ou moins selon la sensibilité de l'auteur.
Chez les américains, le populisme, ce n'est pas sale. Cela peut même être associé à un radicalisme de gauche. C'est d'ailleurs une bonne partie de l'argumentation de Frank Thomas : le renversement du sens du populisme. Parti d'un certain gauchisme qui a pu entre autres irriguer le New Deal, le voilà désormais récupéré et transformé par la droite neo-conservatrice. Pourquoi, comment, voilà l'essentiel du bouquin de Thomas. Surtout lorsqu'il constate que la cible demeure la même (à savoir, pour aller vite, la low middle-class).
Et comme la doxa américaine finit par devenir le mode de pensée dominant en France 15 ans plus tard, il est des plus salutaire de s'intéresser à ce qui se passe là-bas. Les remarques de Thomas sont donc les bienvenues. D'autant qu'elles m'ont inspiré ce qui suit (roulements de tambour).
Un des traits les plus fascinants de la droite dite décomplexée : son côté pleurnichard. Toujours à se présenter en victime, toujours à se plaindre. Alors que les électeurs de gauche sont généralement dépeints comme des parasites efféminés coupés des vraies-réalités™, bref comme des tarlouzes, leurs adversaires, les hommes et femmes avec des couilles en béton ne cessent de chouiner que les gens sont cruels, que, tenez-vous bien, des sans-coeur les critiquent, que les bolchéviques ne cessent de les brimer.
Pauvres bichounets !
C'est Caliméro version longue.
Le plus stupéfiant, c'est le déni de réalité : Ces gens là sont au pouvoir, leurs adversaires institutionnels (le PS pour ne pas le nommer) s'empressent de faire tout comme eux, la vulgate néo-libérale est répétée ad nauseum, c'est même la doxa du moment, rien n'y fait. Ce sont des VICTIMES ! Ils sont incompris, se battent pour essayer de faire entendre leur voix dans un environnement hostile, et pour tout dire, à les écouter, ils sont les proies larmoyantes de la police de la pensée. Bref, c'est Beria qui les course.
Sauf que.
Evidemment, ils ne sont victimes de rien du tout, ni de personne, aucun flic estampillé Big Brother ne se pointe chez eux pour les déporter dans des camps, ils ne subissent aucune contrainte de qui que ce soit, et d'ailleurs, pour commencer, les media leur servent la soupe avec un empressement qu'on a rarement vu du temps des vraies dictatures. Qu'à cela ne tienne : ils souffrent et veulent nous le faire savoir. Il y a quand même quelque chose d'assez obscène à voir la soit-disant France-qui-gagne™ se comporter comme un gamin capricieux et geignard.
En fait, et c'est le fond du problème, ce que ne supportent pas ces gens en position de quasi-monopole culturel et institutionnel, c'est qu'on puisse les critiquer (voyez comment leur connard en chef à l'Elysée fait caca par terre à chaque fois qu'on se s'extasie pas suffisamment sur sa gourmette en or). Ca leur fait monter les larmes aux yeux, à nos titans du post-capitalisme. Et quand je dis qu'ils ne supportent pas, cela signifie que le fait qu'existe, par exemple, ne fut-ce qu'un journal radical (au sens large) tirant à 1000 exemplaires, est un signe patent des souffrances qu'ils endurent. Et que les crypto-marxistes régentent l'univers entier.
Il y a quelque chose d'assez totalitaire dans une pareille attitude.
Cette obsession de l'unanimité est plutôt inquiétante.
A leurs yeux, les media ne sont jamais suffisamment à leur botte, la propagande jamais assez martelée. Si ce n'est pas un déni de réalité en fonte massive, je ne sais pas ce que c'est.
Les gauchistes, la pensée gauchiste continuent d'infecter l'espace public. Comment et où, on ne sait trop, car l'idée que la maison Bouygues soit un repaire de maoistes parait pour le moins délirante. Et quand je dis Bouygues, ce pourrait être toute la médiasphère. Parce que, comment dire, 99% du dit espace public est mis en coupe réglée. Et là, c'est facile à vérifier : prenez n'importe quel journal tirant à plus de 10000 exemplaires, et lisez le pour vous faire une idée. Et je ne parle même pas de la télé. Oh, bien sûr, il peut, de temps à autre, y avoir sur des radios d'Etat, entre deux et trois heures du matin, quelques anachronismes vivants qui ne marchent pas encore tout à fait au pas.
C'est bien ça qui est intolérable : l'absence d'unanimité. Et on en revient au totalitarisme.
Parce qu'il faut bien voir que cette attitude est totalement fantasmatique. On patauge en plein ressentiment. Et le ressentiment est par essence impossible à satisfaire : les media ne seront jamais assez aux ordres. Il y aura toujours à redire, crier à la subversion sera toujours d'un bon rapport. Le propre de l'attitude victimaire (qu'ils épinglent avec tant de hargne chez les autres) : une insatisfaction quasi ontologique. Se plaindre est une jouissance ; et renoncer à cette jouissance est absolument à exclure.
D'ailleurs, nos amis les chouineurs de droite seraient bien incapables de donner une définition positive d'un bon medium. C'est probablement impossible étant donné cette mentalité d'assiégé.
Voilà pour cette incapacité à appréhender virilement le monde (comme dirait Soral).
Mais le geignard de droite, peu gaté par la nature, possède de surcroit une psychologie digne d'éloges.
Il faut bien admettre qu'une bonne partie de ces pleureuses est composée d'individus aigris, incompétents, trouillards, des rats, suivant la terminologie de Badiou. Terrifiés par l'évolution sociale, évolution essentiellement due au marché, comme ces crétins semblent ne pas l'avoir compris, craignant de perdre un statut minable (devenir semi-prolo après avoir été semi-cadre, quel enfer !), ils ne paraissent capables que de déverser leur fiel sur tout et le reste, de préférence sur le mode du n'importe quoi généralisé. La haine recuite, dissimulée et honteuse est leur moteur intime. Parce qu'au risque de me répéter, si la prépondérance des différentes variantes du marxisme pouvait éventuellement être diagnostiquée dans les années 60 et au début des années 70 (à la rigueur), le moins que l'on puisse dire, c'est que nous en sommes très loin (depuis une bonne vingtaine d'années, au bas mot).
Ces minus habens sont partout : dans les média, dans l'entreprise, sur le net. Quoi qu'on fasse, on met toujours le pied dedans, et pas toujours le gauche. J'ai même eu droit aux interventions d'un de ces diminués du cortex il y a quelques semaines. Ils sont faciles à repérer : prenez n'importe quel article sur n'importe quel blog : quelque soit le sujet, pour peu qu'il soit légèrement en dehors des clous, il y aura toujours un des ces rongeurs maladifs pour partir dans ses délires sans, d'ailleurs, beaucoup de rapport avec ce dont il est initialement question. Et c'est bien cela qui les caractérise : une logorrhée à la masse, complètement à côté de la plaque, l'occasion de coucher ses fantasmes par écrit, de se plaindre, de dégueuler sa haine, son mépris, mépris auto-alimenté - à mon humble avis - par un dégout envers soi-même (la lucidité tourne malgré tout en tâche de fond - pas de bol).
Et c'est bien pour cela qu'il est impossible à cette catégorie de pénibles de donner une version positive de ce que devrait être l'air ambiant culturel (outre le fait qu'ils sont cons comme des balais et incultes). En pratique, si d'aventure l'un de ces souffreteux minables se laissait aller à pondre un programme, il ferait passer Mein Kampf pour un cri d'amour.
Je sais, c'est un point Godwin, mais je m'en tape : j'arrive à la fin de cet article. Et de surcroit, j'ai une assez bonne maitrise de ce qu'a pu être le régime nazi pour ne pas faire cette comparaison à la légère (contrairement aux professionnels de l'anti-totalitarisme) . Et c'est bien ce qui m'inquiète : le retour de la barbarie d'en bas, la régression haineuse (et à mon avis, Badiou est à côté de la plaque lorsqu'il parle de barbarie dans son interview). Et quand j'écris d'en bas, cela ne signifie pas la répugnante populace (on y revient) : cela désigne simplement la barbarie latente d'une partie non négligeable de l'électorat de droite.
26 février 2008
La cause des femmes
Je me suis souvent moqué du féminisme mainstream, un peu comme des théories libertaires-like qui se résolvent généralement en défonce du consommateur.
Autre exemple : quand la LCR fonde son programme sur le salaire minimum et autres revendications dignes du FO de la grande époque, j'ai un peu de mal à ne pas oublier que ce parti est censé être trotskyste, donc plus ou moins en rapport avec l'idée d'une révolution permanente et/ou mondiale. Et j'ai vraiment, mais VRAIMENT du mal à prendre tout ça au sérieux.
Le féminisme grand public (pour adultes avec réserves) me laisse dubitatif.
Soit parce que ça vire à l'idolatrie de l'altérité féminine, sans que la dite altérité soit interrogée et encore moins identifiée avec les pires clichés que de bénévolents vieux cons nous refilent depuis environ 1850.
Soit parce que ça sent trop l'aigreur pour être réellement pris en compte.
Soit - et surtout - parce que, sur le fond, je n'y comprends rien, dans le sens où les raisonnements - quand il y en a - ont autant de consistance qu'un flan pas cuit. Désolé, les fantasmes, les slogans, le déni de réalité, ça me passe au dessus de la tête.
Je sais bien que l'anti-féminisme se porte bien, il a fait 53% aux dernières élections, mais, Morbleu, ce n'est pas parce que des imbéciles plein de fiel s'attaquent à quelque chose que ce quelque chose n'a pas à être amendé.
D'autant que l'ultra-libéralisme se conjugue assez bien avec l'absence de toute discrimination : sur le fond, c'est une doctrine de gens solvables pour gens solvables, et que les dits gens soient homos, noirs, femmes, les trois en même temps, elle s'en fout, du moment qu'ils sont solvables. Ca n'a pas vraiment de rapport avec mon propos, mais, parfois, comme l'enfant qui vient de naître, gonflé par la naiveté et le sentiment has-been que le vrai est bon parce que vrai, je me dis qu'il serait judicieux que les forces de progrès cessent de se tromper de cible avec autant d'acharnement et même plus simplement sachent enfin reconnaitre l'ennemi. Lire, par exemple, Le nouvel esprit du capitalisme n'est pas une entreprise qui liquéfie les neurones alors qu'elle a le bon goût de remettre les idées en place.
Fin de la parenthèse inconsistante.
Or donc, en cette fin d'après-midi, ma tendre et douce me fit remarquer qu'il vaudrait peut-être mieux que le futur enfant ne soit pas une fille. Car, objecta-t-elle, quelle tronche tirerai-je le jour où elle rentrera à la maison au bras d'un commercial ?
Le commercial, c'est la version bobo-rebelz du noir. Et, ma foi, l'idée de voir la chair de ma chair au bras d'un connard en Armani ne me réjouit pas outre mesure. D'ailleurs la voir au bras de n'importe qui me donne des sueurs froides. Surtout quand le n'importe a les traits de mes pires cauchemars. Juste pour me faire chier, qu'elle fera ça, je suis sur.
Et c'est bien vrai, que si c'est mon fils qui se pointe avec une copine fringuée comme un paillasson et une tête de junkie, ça ne me posera pas de problème. « Vas-y fiston, t'es le plus fort » décrirait mon état d'esprit assez fidèlement. Et même si c'est au bras d'un autre garçon qu'il franchit le seuil nacré de l'antre familial. A vrai dire, si c'est avec une personne de son sexe qu'elle se bécote dans l'entrée, ma fille, je préférerais.
Comme quoi, les prothèses mentales culturelles ont la vie dure. Sans qu'il soit obligatoire de se référer à un quelconque patriarcat. Un petit jet au complexe d'Oedipe me parait plus judicieux. Mais pas que ça.
D'autant que la future maman m'a confié qu'elle serait grosso-modo dans les mêmes dispositions d'esprit.
Vieille angoisse des maternités non-désirées. Peut-être.
Ou l'idée que débuter sa vie sexuelle par une tête de noeud n'est pas franchement l'idéal, et qu'elle risque d'être gachée pour un certain temps, voire à jamais (puisque j'ai une certaine tendance à l'hyperbole apocalyptique). Et le fantasme récurrent, informulé, honteux qu'il serait plus logique que ce soit moi qui l'initie aux choses de la chair, pour prendre un bon départ. Mélange d'aberrations, de craintes infondées, et d'un esprit pour le coup, sinon patriarcal, du moins masculino-centré.
Ce qui me trouble vraiment, c'est que le conjoint soit sensible à des peurs similaires.
Vaut mieux que ce soit un garçon, tiens ...
25 février 2008
401
Normalement, j'aurais du cesser toute activité. L'article précédent était le numéro 400. Un joli chiffre rond, l'élégance des deux couilles accolées au 4, tout cela me prédisposait à un petit show prima donnesque.
J'en ai déjà parlé à plusieurs reprises, notamment lors de la parution de l'élément 300, et j'ai déjà dit tout ce que j'avais à en dire, à quoi il faut ajouter certains commentaires de lambda_tango.
Ceux ayant trait à la baisse de fréquentation.
Qui est quelque chose d'assez usant.
Bramer dans le désert peut satisfaire certains caractères bien trempés ou complètement déconnectés, mais ce n'est pas mon cas. Je n'ai jamais pensé ce blog comme une corrida pour mes névroses, une forme d'ergothérapie ou une auto-analyse en direct live à destination de je ne sais qui. L'écriture et l'analyse, ça fait deux, n'importe quel écrivain ou analyste pourra vous le confirmer.
Alors, si j'arrête, ce sera pour le numéro 424 ou 496 ou 417. 400, c'est un peu facile, même si j'attendais avec impatience que le compteur daigne enfin afficher le multiple de cent pour pouvoir balancer cet amas de débris à la Seine.
Mais j'ai changé d'avis.
Difficile d'abandonner en cours de route cet objet mal foutu, mal pensé, voire mal écrit. On ne jette pas ses sécrétions à la rue sans un petit pincement au coeur. Comme ses jouets d'enfant, les lettres de celles qui sont parties, les amis qui ont mal tourné.
Je dois être devenu vieux ; le gout de la table-rase ne convient plus à mon palais.
23 février 2008
L'empathie
Il est là à l’écouter parler. Elle se raconte. C’est du moins ce qu’il s’imagine : bénéficier d’une forme de confiance qui lui permet de se poser en confident officieux. Peut-être que ça n’a rien à voir avec tout cela. Un récit tout ce qu’il y a de plus banal pour elle, des choses qu’elle raconte sinon à n’importe qui, du moins à tous ses proches ou relativement proches. Mais, lui, pense la décrypter, interprète, embellit, conclut, généralise, extrapole. Derrière la façade volontaire, une souffrance diffuse, l’envie banale d’un amoureux, un vrai, pas de la baise sans fond et sans forme. Merveilleux schéma qui se met en place dont on pourrait tirer la conclusion qu’elles sont toutes les mêmes et que sur le fond rien n’a changé depuis un siècle. Lui ne va pas jusque là. Il est happé par l’empathie et ça lui fait mal, cette litanie de mots blessés. Paradoxalement, pas d’archétype ou de clichés ; mais une individualité qui lèche ses plaies.
Il se recule un peu sur sa chaise pour essayer d’échapper à l'emprise de la douleur, comme si cette distance pouvait donner moins de force à ce qu’elle laisse échapper.
L’empathie. C’est bien. Il se voterait même des félicitations. C’est vrai qu’il trouve son attitude belle et noble. Mais il sait aussi que le désir est en train de croitre. Frère siamois de l’empathie. Et il ne peut s’empêcher de se trouver un peu faux-cul. Comme un curé qui prêche la bonne parole et la moralité des mœurs alors qu’il saute sa femme de ménage. Ca le fait reculer encore un peu. Mais rien n’y fait : sans même s’en apercevoir, il zoome sur ses lèvres, cette zone si fine juste à la base du cou, ses yeux, ses dents. Le voilà contraint de regarder ailleurs de temps à autre tout en assurant la conversation. Il se sent minable. Et même assez dégueulasse. Le mieux serait de prétexter l’heure tardive pour rentrer et la quitter. Avant que ça ne devienne vraiment pénible. Mais il ne peut pas. C’est le désir qui gagne à la fin.
A un moment, il doit se rapprocher parce que sa voix s’est faite plus faible. A moins que la salle ne soit devenue plus bruyante. C’est à cet instant que la pièce bascule : effet de montage et les voilà tous les deux sur son lit, à elle ou à lui, alors que la salive les recouvre, que ses mains cherche ses seins glissants de sueur et que, dans la lumière anémique, son sexe, son sexe à elle, ressemble à un fabuleux vison blessé.
Ca a duré quoi ? Une seconde ? Moins ? Elle ne s’est aperçue de rien. Du moins, il l’espère. Il sait qu’il devrait partir, mais il en est bien incapable. L’empathie ; de la merde oui ! C’est le désir qui mène la danse. Mais il ne peut s’empêcher de continuer à l’écouter et de s’extasier, de compatir, et, même, de souffrir en écho. Il se sent à la fois dégueulasse et ridicule. Mais surtout dégueulasse. Et il a compris qu’il ne peut que rester.
La soirée va être longue …
22 février 2008
Mes pharmacies
Oisiveté est mère de tous les vices. Vous le savez. Moi aussi. Mais je ne peux m'empêcher de céder à la tentation. Ainsi pour mon premier jour à (re)bosser à la maison, je n'ai rien branlé. Il faut dire aussi que je suis dans une phase de spécifications, donc faut que je laisse un peu mon cerveau à la dérive pour tout réassembler ensuite. Ca peut sembler une piètre excuse, mais c'est la vérité.
Quoi qu'il en soit, j'ai passé toute la soirée sur des pharmacies-on-line. Non pas pour me goinfrer de Viagra (qui a comme seul effet de me coller des migraines carabinées), mais dans le but moins avouable de dénicher des substances que la morale réprouve et dont la vente en France est sévèrement règlementée. Pas pour les acheter mais d'une certaine manière pour m'immerger de nouveau dans le temps béni de ma jeunesse, celui où j'étais beau et con à la fois.
Sachez que ce n'est pas de la tarte. Mais au bout de deux bonnes heures, j'ai fini par dégotter un site US de militants pour la libération des antalgiques et plus précisément des opiodes. Lequel renvoyait vers des sites comparatifs des différentes pharmacies-on-line. Inutile de vous apesantir sur les officines étazuniennes, y'a que du sain, du propre et du sur ordonnance. Et dans le cas contraire, je n'ai pas envie d'avoir la DEA sur le dos.
Reste en substance les sites Indiens (d'Inde) et Sud-Américains. En Inde, il est aisé de se procurer des barbituriques (Phénobarbital en l'occurence), ainsi que de nombreux opioides (Hydrocodone et compagnie, malheureusement en association). De toute façon, les opioides, je dois m'en tenir à l'écart et c'est bien dommage. Quelque part dans un petit pays au sud du Rio Grande, on peut non seulement commander la substance précitée, mais aussi des amphétamines (ou para-amphétamines, ce n'est pas très clair) et des opiacés plus musclés, voire du Subutex.
Dans les deux cas - voyez comme ça n'a pas l'air louche - le paiement se fait par transfert (typiquement Western Union). Chez les latinos, ça atteint des sommets, puisque le destinataire du transfert n'est jamais le même ; il faut d'abord envoyer un mail pour le connaitre. Et ils poussent même le service client jusqu'à des raffinements inégalés puisqu'en cas de confiscation du paquet par les douanes, ils remboursent, à condition qu'on leur faxe une photocopie des papiers fournis par les agences gouvernementales suite à la saisie (si j'ai bien compris).
Bon, j'ai bien fantasmé 5 minutes en m'imaginant écrire une version grunge de Guerre et Paix sous amphés/barbis, mais j'ai décidé d'être sage. Je suis trop vieux et trop proche de la sainteté pour me lancer dans ce genre de conneries ...
20 février 2008
Fermeture avant inventaire
Je vais vous avouer un truc : non content d'écouter de la musique à vriller les oreilles jusqu'au duodenum, je suis aussi un grand fan de Volare (ho ho), Cantare (ho ho ho ho).
La chanson qui rend con, mais merveilleusement con, un peu comme de faire de la luge avec la fille du père Noel sur une piste de glace à la pistache.
Ca fait deux heures que j'essaie de trouver sur le net une partition avec accords (de guitare) histoire de soigner mon départ vers des cieux plus cléments.
Je ne sais pas pourquoi, mais soit j'ai un truc infernal pour piano en 7/4 (en 7/4, je vous demande un peu) avec une progression d'accords (genre LAm augmenté du 1/4 de la moitié de la tierce) que j'estime difficilement compatibles avec le neuneu de la chanson, soit une transposition pour trois voix a capella en 4/4 et 3/4 alternativement. Evidemment pas dans les mêmes tonalités ni d'ailleurs avec exactement les mêmes notes dedans.
Aussi, si quelqu'un a de côté la version pour boeuf à trois accords (majeurs, hein les acccords), il sera le bienvenu. Hé, PJ, je sais que tu les connais, mais que t'as honte de l'avouer. Allez, sois cool ...
Sinon, j'ai encore lu quelque part que les femmes étaient victimes d'un patriarcat oppressant et à mauvaise haleine. Elles ne sont pas simplement traitées comme des citoyen(ne)s de seconde zone. Non, la main griffue de la bête leur a arraché leur altérité ou quelque chose comme ça, j'ai pas tout bien compris, ça oscille sans cesse entre l'Heroic-Fantasy et Lovecraft. C'est plein d'adjectifs qui font froid dans le dos mais sur lesquels on a du mal à mettre une quelconque réalité un peu palpable.
Exemple : La
liberté des femmes a rendu inévitable l'agonie du patriarcat qui, obscurci,
montre son visage le plus féroce en
s'opposant aux femmes par l'intimidation.
En résumé : du fait de la montée en puissance (relative) des femmes dans la sphère socio-économique (et non pas la liberté des femmes), les représentants masculins du/des pouvoir(s) [1] (et non pas le patriarcat) montrent les dents pour tenter de préserver ce qui leur semblent un acquis de toute éternité (et non pas montre son visage le plus féroce - passons sur obscurci qui doit provenir d'un problème de traduction).
Ce genre d'amphigouri me fait toujours penser à Nanni Moretti dans Palombella Rosa (« Mais vous avez vu comment vous parlez !? Mais les mots sont importants ! Les mots sont importants ! » - de mémoire).
Quoi qu'il en soit, je remarque que les prenoms aident à parfaitement distinguer/séparer les petites filles et les petits garçons, bien mieux que Barbie ou GI Joe. Quand on s'appelle Sylvie, on ne s'appelle pas Henri et réciproquement. Si vous cherchez des signes discriminatoires, inutile d'aller plus loin. Bien sûr, il y a des exceptions, j'avais dans cet ordre d'idée un collègue ex-polonais qui se prénommait Maryan. Bien sûr, vous pouvez appeler votre garnement à (encore) petite bite Jean-Marie, mais c'est un peu connoté.
Tenez, au moyen-âge, on ne s'emmerdait pas autant, alors que la situation de la femme n'y était pas des plus reluisantes malgré ce qu'ont pu prétendre des historien(ne)s avides de se faire interviewer par une pigiste de Elle (surtout quand on confond la condition de Marguerite de Navarre et celle de la paysanne du coin) . Ainsi, alors que monsieur se nommait Thomas, madame, elle, était affublé du bien étrange (à nos yeux) Thomasse (comme une des tantes de Du Guesclin).
Oui, bon, je sais, tout ça, c'était juste pour arriver à placer que je connaissais le prénom de la tante du Connétable de France.
Mais j'y suis arrivé et c'est le principal...
[1] un grand merci au petit Michel Foucault de Paris pour son intervention si pertinente
19 février 2008
Dernières nouvelles de la non-Alsace
Comme vous le savez, la charmante est enceinte. La différence, c'est que maintenant, c'est officiel.
Le vrai problème va être d'annoncer la merveille aux familles respectives et surtout de leur expliquer pourquoi depuis 8 ans, elles ne sont pas au courant de l'existence du conjoint. Que voulez-vous, on est aussi peu famille l'un que l'autre. Et l'espèce de solidarité obligatoire et poisseuse, ça nous gave.
Mais maintenant, elle va devenir franchement scabreuse, l'impasse sur nos vies personnelles et inviolables. Surtout pour elle quand elle deviendra baleinomorphe de manière trop flagrante. Et l'immaculée conception, ça marche une fois, mais pas deux. Et sur le fond, ça nous amènerait plus de problème qu'autre chose.
Donc, l'annonce faite à Marie, c'est pour dimanche. La bouche en coeur et la gueule enfarinée, bonjour Papa/Maman, j'ai l'insigne honneur de vous apprendre - il vaudrait mieux que vous vous asseyiez d'abord - que la descendance est assurée grâce à quelqu'un dont vous ignorez tout.
Du bonheur en perspective.
Et là, miam-miam les Noels obligatoires, les réunions dominicales, les dis bonjour à ton papé et ma mémé, à ton oncle, ton grand-oncle, ta tante et tes cousins. Dommage que l'arrière grand-père soit mort, y'a vraiment qu'à lui que j'aurais aimé le dire.
Bienvenue dans la cour des grands.
La charmante a d'ailleurs eu une idée délicieuse, celle de se faire tirer le portrait - habillée et dans le plus simple appareil - aux différentes étapes de sa prise de ventre.
Ca, c'était pour avant-hier.
Malheureusement, un bolchévique notoire est venu manger les authentiques pâtes carbonara (merci à C., c'était délicieux). On avait des choses à se raconter et lui une rage de dents, donc antalgique fortement codéiné, et par conséquent élocution difficile qui nous a amené jusqu'à 17 heures. Et comme c'est l'hiver, à ce moment là, de la lumière, il n'y en avait plus suffisamment. Ce sera pour la prochaine fois. Pour me rattraper, une photo de l'époque où la charmante était encore telle la nymphe au sortir de l'eau.

Et comme je ne rechigne jamais devant un peu de délayage, en prime, pour tous ceux qui fantasment sur le monde merveilleux du cinéma, un cliché d'un véritable réalisateur de long-métrage en train de de contrôler l'image sur un retour vidéo artisanal.

Bisous à tous et à toutes.
18 février 2008
L'ours et le frigo
J'ai longuement hésité à vous parler de cul. C'est un bon sujet qui,
normalement, émoustille suffisamment l'internaute de passage ou même
l'habitué pour qu'il se sente obligé de laisser ses impressions. Une
petite touche de phallocratie ne nuit d'ailleurs pas,
les-qui-se-sentent-concernées n'hésitant à venir avec véhémence
s'exprimer et les-qui-rigolent-doucement en rajoutant des louchées.
C'est le B-A-BA de l'agit-prop.
Sans compter que ça aurait pu me donner
à peu de frais une aura de connaisseur-collectionneur de la psyché et
autres profondeurs féminines. Et puis ça crée du lien social (entre
hommes). Pas plus tard qu'hier, je fus un peu scié à un raout
d'entendre un jeune homme que j'avais connu gamin me souffler que « la
meuf au fond à droite, elle est vraiment bonne ». Ce qui fout un sacré
coup de vieux (même si, effectivement, elle était bonne - giga-bonne,
pour tout dire).
Mais non.
Comme je ne veux pas non plus trop fayoter nouvel homme, et que par ailleurs certains de mes meilleurs amis sont des femmes (et même des femmes féministes), je ne me sens pas à étaler mon savoir, d'autant que, comme chacun sait, sur le fond, les plus fières de ces amazones sont de pauvres petites choses ne rêvant que d'un body-builder en armure sur un blanc destrier (10 points provoc à découper). Ou pire : d'un bon mari.
La vérité, c'est que je me suis aperçu que je peux raconter n'importe quoi, ça ne m'attire pas plus de public avide de participation et de mes réponses frappées au coin d'une culture millénaire. De toute façon, j'approche rapidement des 400 articles et je pense que je vais prendre un repos bien mérité en maugréant contre ce monde pourri incapable de reconnaitre le talent.
Et donc, ça va plutôt donner dans la tranche de vie.
Alors voilà : je viens de m'apercevoir qu'un ours hiberne dans mon frigo.
Evidemment, je ne l'ai pas ouvert pour vérifier. Pas fou. Mais tout de
même, les indices sont accablants : d'abord toutes les ... comment ça
s'appelle, déjà ? Disons, toutes les étagères, les trucs qui
compartimentent l'intérieur du machin à faire du froid étaient par
terre, ainsi que toute la bouffe qu'elles soutenaient jusqu'alors.
Vous allez me dire : oui, mais pourquoi un ours ? Pourquoi pas un
castor, un diable de Tasmanie, une loutre, un anachorète ou n'importe
quoi d'autre ? Je sais bien que le diable de Tasmanie n'hiberne pas,
mais c'est tout de même un argument de poids. En fait ce qui m'a mis la puce à
l'oreille, ce sont les empreintes caractéristiques sur le sol assez
crado de la cuisine. Ci-joint une photo comme preuve de mes assertions.

Vous êtes bien d'accord qu'il ne peut s'agir d'un cochon d'inde. Et tout connaisseur des plantigrades aura reconnu un membre de la famille Ursus.
Quoi faire ? Appeler les flics ? Paraphraser Lénine ? Manger des kebabs jusqu'à la fin de mes jours ?
J'ai pris ma décision. J'avais déjà envie de me débarrasser de l'objet à faire des glaçons, suite à de malencontreux dégivrages spontanés. L'occasion est trop belle : je soude la porte pour éviter une sortie intempestive suite à un réveil tout aussi intempestif, je commande un nouveau frigo chez Darty, ils embarquent l'ancien (c'est ça le contrat de confiance), et ils se démerderont quand la bestiole voudra fêter le printemps en allant vagabonder dans les stocks.
La prochaine fois, peut-être, je vous expliquerais comment je ne me suis pas disputé ma vie sexuelle, du fait d'une absence de vie sexuelle.
Bisous à tous et toutes.