10 janvier 2008
Trésor des iles chiennes
Comme vous le valez bien, je vais vous parler d'un merveilleux film que vous ne verrez jamais, parce que je viens de le sortir de ma collection de raretés numérisées depuis une VHS hors-d'âge.
Oui, je sais, certains vont encore dire que je me complais dans un underground facile, mais j'avais envie de le revoir, je l'ai donc revu, et c'était bien. Vous ne savez pas à côté de quoi vous passez et êtes passés, et c'est d'ailleurs pour cela que, dans le poste, je cause.
Donc, et rien que pour vous, un compte rendu par dessus la jambe du Trésor des iles chiennes (1991) de F.J Ossang.
Jamais entendu parler ? Tout va bien...
Commençons par énumérer les bonnes raisons de ne jamais voir ce film. Techniques d'abord : la VHS d'origine est pourrie, il faut donc la regarder en PAL, pour éviter les artefacts colorés et le son à fond, avec souffle inside, parce que les dialogues sont inaudibles la moitié du temps (voire absents pendant 5 minutes environ).
Ensuite, c'est très ... Comment dire ? Grandiloquent serait le mot le plus adéquat. Dialogues et voix-off déclamatoires, prose poétique à tout bout de champ, intertitres tout aussi grandiloquents, et direction d'acteurs presque inexistante, ce qui donne un festival de cabotinage en règle et l'occasion de voir Clovis Cornillac jeune en petite frappe peu convaincante. Plus un scénario opaque et confus, où des personnages apparaissent et disparaissent d'une séquence sur l'autre (sans compter que l'absence de dialogues audibles n'arrange rien).

Disons-le en un mot : c'est très très arty. Epouvantablement arty, même.
Et pourtant j'adore ce film.

On pourrait appeler ça un film noir métaphysique, désignation totalement bateau, mais je n'en ai pas d'autre sous la main. L'influence majeure est de toute évidence F. Lang, et ce n'est probablement pas pour rien que les comédiens semblent tous jouer le Docteur Mabuse dans les films éponymes. Mais des Mabuses cavalant dans une autre dimension. Ossang est (était) peut-être l'unique créateur de mythologie en France, comme ses écrits tendent à le prouver. Livres après livres, il a raconté la ou les mêmes histoires dans un décor récurent, qui sert de toile de fond au film. Cargos rouillés, archipels perdus vérolés de maladies endémiques, terres lointaines à consonances espagnoles, parèdres mortifères au teint de porcelaine. Le tout servi par un étonnant souci du détail, et un énorme talent de réalisateur, puisque comme Pasolini, Ossang possède un rare sens de l'image et du rythme. Seuls les très bons cinéastes savent et peuvent se permettre de filmer sans mollir des camions militaires sur une route de montagne comme des personnages à part entière, mafflus et acariâtres.

Il ne s'agit pas d'un film onirique, mais au contraire d'une production réaliste dans un univers légèrement décalé. Pas de morceaux de bravoure tonitruants, juste une sorte de reportage sur quelque chose qui n'est pas, mais qui ferait mieux de l'être, sublimé par un N&B somptueux (dans mon souvenir).

Ossang est un émouvant (re)constructeur d'univers, et d'une certaine manière un cinéaste d'un réel qui n'est nulle part, sinon dans sa tête, mais qui a autant de droits, si ce n'est plus, que celui qui nous les brise quotidiennement. Alors, dans ces conditions, qu'importe les défauts formels, puisqu'il se permet ce que personne ne semble avoir fait depuis (et avant aussi, tout bien réfléchi). C'est d'ailleurs pour cela que je ne parle même pas du scénario, non pas qu'il soit inexistant ou insane, mais tout simplement secondaire, un peu comme dans En quatrième vitesse, une référence qui m'est instantanément venue à l'esprit, sans vraie raison. Pas pour rien que j'ai qualifié ça de film noir métaphysique.
Et à vrai dire, les véhicules, les décors, les engins, les paysages, les réminiscences, les légendes, les on-dits et les situations sont les seuls véritables héros, les humains se semblant avoir pour fonction que de faire défiler l'inventaire suscité. Se conformant ainsi au scénario, qui a un petit côté tour operator dans les steppes de la Grande Chienne et ses dépendances.

Bon, je vais pas vous en tartiner pendant des heures, vous ne comprendriez pas, moi non plus, je n'ai pas bien compris. C'est au sens strict ce qu'on appelle un film autre, pas cérébral, ni complètement barré, juste autre et pour lequel n'existent pas vraiment de critères ou de schèmes référentiels, sinon analogiques et de ce fait nécessairement bancals.
Et puis, de toute façon, aucune chance de pouvoir le visionner, donc inutile de se fatiguer...
07 janvier 2008
Punition générale
Devant le manque d'enthousiasme manifesté lors de la parution de cet article et du chef-d'oeuvre inclus (à deux exceptions près auxquelles je concède des bisous amplement mérités), je ressors de derrière les fagots le projet initial, la purge ultime, à savoir l'intégralité des 45 minutes de ce qui se passe dans ma rue, sans montage, sans rien, sinon une bande-son pénible.
Vous avez boudé signifiant par là votre regret de ne pas vous taper de l'expérimental ultime raisonnablement brise-gonades ?
Très bien, vous allez y avoir droit.
Vous avez toutefois échappé au pire, Dailymotion (dans sa grande sagesse) ne me permettant pas d'uploader les 45 minutes règlementaires. Dix minutes suffiront amplement à vous faire regretter votre manque de flagornerie, car comme on dit chez les Malanari : « qui aime bien chatie bien » (sujet par ailleurs merveilleusement étudié par Claude Levy-Strauss dans Tristes Tropiques)
06 janvier 2008
Daney-Debray
J'en avais déjà parlé il y a de cela fort longtemps, dans une vie antérieure. Une vie antérieure de laquelle je n'avais ramené qu'une copie de VHS, à l'ancienne, baveuse, trouble et à la bande-son douteuse.
Je l'ai dégoté en DVD : Itinéraire d'un ciné-fils, soit 3 heures d'interview de Daney par Debray.
De l'anti-télévision (et si j'étais méchant : de l'anti-blog). A savoir, une personne singulière, interrogé par une autre personne, compétente, elle, qui sait relancer, parce qu'elle a au moins une vague idée du sujet dont on parle. Et qui peut même relancer sur des sujets connexes, parce qu'elle a ce qu'on appelle de la culture, au sens neutre, c.a.d des connaissances variées plus ou moins maitrisées. Rien à voir avec un animateur de talk-show qui redouble pour la 6ème fois le cours sur les lettres-bâtons. Une personne singulière, donc, qui se tient à sa place, c.a.d à l'endroit qui est le sien du fait de son vécu, de ses réflexions et de ses doutes. Comme quoi, on peut avoir une vie suffisamment autre rien qu'en allant au cinéma, une vie tellement autre qu'elle permet d'avoir un point de vue. Un endroit depuis lequel on peut observer le monde et raconter ensuite ce qu'on a vu. Un truc intolérable dans une société individualiste formatée par les media, où le premier tocard venu plastronne parce que lui, c'est lui, d'ailleurs, c'est sûr, c'est vu à la télé.
C'est ce que dit Daney sur la fin. Et je me suis aperçu à quel point ce reportage m'avait nourri. A la troisième vision, je m'en rends compte : mon obsession de la singularité et de l'intimité absolue de l'intime que nous sommes en train de perdre à la plus grande jubilation des individualistes comme tout le monde (dixit Daney), je la dois en partie à lui. Ou disons qu'il m'a permis de la structurer.
Première nouvelle : j'ai des dettes. Envers lui au moins. Tout son discours sur l'horreur qu'est devenu la singularité s'était logé dans un coin de mon cerveau et avait tranquillement produit en douce, sans que j'en sois vraiment conscient. Tout cela explique certaines de mes sorties, par exemple, contre la littérature et plus exactement la posture littéraire, qui est tout sauf singulière et qui fait qu'au final la sociologie de la littérature est actuellement bien plus intéressante et plus pertinente que la littérature elle-même. En cela qu'elle dispense de lire ses rejetons, puisqu'elle permet à l'avance de savoir ce qu'il y a dedans, car on devine qui a écrit, ce que s'imagine être celui qui a écrit, ses fantasmes implicites à deux balles, ceux du public, et au final le plan marketing qu'il y a derrière. Et quand il y a parfaite adéquation entre le marketing et l'objet à promouvoir, pas la peine de se pencher sur l'objet : autant lire le plan marketing, c'est bien plus passionnant (même si ça ne pisse pas très loin - mais en tout cas plus que ...).
Bref, ça fait tout drôle de se découvrir un père spirituel, surtout sur un sujet aussi central en ce qui me concerne, et pour quelqu'un qui a un rapport quasi-haineux avec le concept même de filiation. Daney devient par ce biais un de ces miracles auquel on ne croit plus : le père qu'on se choisit.
Le plus drôle, dans cette histoire, c'est que je ne partage pas du tout les goûts de Daney en matière de cinéma, et encore moins ses a priori esthético-moraux. Ni même certains des sujets connexes qu'il développe. Je reste simplement ébloui par l'intelligence protéiforme du personnage, son mélange d'arrogance et d'humilité, sa capacité à dire au fond, je ne sais pas au terme d'un raisonnement particulièrement brillant.
3 heures à fixer le tube cathodique et à laisser s'échapper de temps à autre de légers filets de larmes. Non pas parce que ce que raconte Daney est désespérant (ça l'est), mais parce que le spectacle de Daney prenant son spectateur pour autre chose qu'un golito est sur le fond particulièrement tragique. Il est un des derniers. Un survivant. D'une époque où l'intelligence était considérée comme une qualité, et non pas un bidule superflu et gênant à évacuer au plus vite. Deuxième moment de mes obsessions : l'emprise de la bêtise triomphante et ricanante, bêtise uber alles, condition sine qua non de survie qui prend à la gorge, et qui peut donc vous arracher des larmes. Surtout lorsqu'on la détecte chez quelqu'un de son bord, expérience cruelle et douloureuse.
D'associations d'idées en associations d'idées, on se retrouve en toute logique à sangloter doucement tandis que la nuit humide régente la rue où passent encore quelques camions...
05 janvier 2008
Migraine
Migraine comme un clou bien enfoncé au dessus de l'oeil droit.
Alternatives :
- Geindre dans le lit en attendant que l'ibuprofène daigne agir
- Faire n'importe quoi d'autre.
Sale temps boueux avec les gens-lémures qui passent dehors en contraste complet avec les deux pétasse kookaisées que j'ai vu tout à l'heure sur une affiche.
Chose à faire en attendant que la tête dégonfle : immortaliser le spectacle.
Planter la caméra en retrait pour qu'elle ne soit pas visible de la rue.

45 minutes en roue libre et cassette toute neuve pour l'occasion.

45 minutes de gens-lémures qui passent dehors.

Jeter un coup d'oeil depuis le lit de temps à autre pour vérifier que le témoin rouge clignote.
Montage final très chiant. Mais final quand même. Une minute trente, c'est bien suffisant ...
04 janvier 2008
Mots-clefs
Plutôt que de vous livrer mon hall of fame des mots-clefs, comme j'en avais l'intention (et c'est bien dommage, parce que certains, je ne les comprends même pas), je vais plutôt en fournir quelques-uns de façon à faciliter la tâche de mes chers lecteurs amateurs de Video prepuce coulissant, de Recette degoutante qui n existe pas ou de Enfin, toute la vérité sur la prétendue grosse bite des noirs.
Alors, petit ami, choisit un des mots-clefs ci-dessous, sélectionne-le et fait un copier-coller dans ton moteur de recherche préféré. Si tout se passe bien, tu dois retomber sur cette page. Sinon, écrit une lettre de protestation à M. Google.
- vieux sale encule garçon qui pue dans caca
- filles à poil avec des seins
- Mon dieu, pourquoi m'as tu abandonné avec une verge
- Je viens de monter l'escalier
- Tu vas parler, ordure ?
- Sortir par la cheminée de l'hopital
- griffonner la mère du siphon
- bite poilue fesse +chocolat +pistache
- Tarass Boulba existentialisme
- Y'a-t-il quelqu'un pour faire mon devoir de maths à ma place
03 janvier 2008
B', again
Dans notre série, ma copine est un chef-d'oeuvre, épisode 3456.
Elle est ce qu'on appelait dans le temps une femme de tête.
Quelqu'un qui sait ce qu'elle veut et surtout ne veut pas. Qui peut vous virer du jour au lendemain si elle estime que vous l'avez déçue ou trahie. Et il ne s'en faut parfois pas de beaucoup.
Ne tournons pas autour du pot : c'est très gratifiant, une femme de tête. Vous savez, sans faute, que vous êtes une merveille. Sans quoi, vous ne seriez tout simplement pas là. Une forme de stricte parité (dans le sens de entre pairs) qui oblige d'une certaine manière à se maintenir au delà de soi. A se casser le cul. Mais quelles récompenses en compensation de ces modestes efforts (ne croyons pas que l'amour, c'est du gagné après l'emménagement dans le même appart' - y'a du taf derrière, et un taf permanent de surcroit) ! Etre admiré par des abruti(e)s, je laisse ça à un BHL. Etre admiré par une femme de tête, c'est le petit Jésus en culotte de velours. Sans compter que, structurellement, cette admiration est nécessairement réciproque.
La femme de tête est le contraire d'une chieuse. Pas que la délicieuse ne soit jamais une chieuse. N'en demandons pas trop non plus au Grand Démiurge Cosmique. Sans compter que je peux être un sacré connard dans mes mauvais jours. Mais disons qu'elle n'est très généralement pas une chieuse. Non pas parce qu'elle serait exempte de ce travers par quelque miracle inexpliqué, mais parce qu'il ne s'agit pas des mêmes structures comportementales.
Quand la femme de tête râle, elle sait pourquoi, et l'exprime avec clarté. Elle n'ignore que peu de ses désirs et de ses attentes, et est parfaitement à même de déterminer quand quelque chose part en vrille. Elle exprime son mécontentement avec précision et souvent avec une vigueur qui force l'attention. Sans compter que, les choses étant claires, le partenaire, s'il se fait gueuler dessus, eh bien ... C'est qu'il a merdé, il était au courant, c'est de sa faute.
La chieuse, elle, soumise à une insatisfaction quasi ontologique, ne peut que rarement être très pertinente dans ses récriminations. Souvent travaillée au corps par la pression sociale, ses désirs lui sont étrangers, quand il ne sont pas dérisoires. Et ce dérisoire dont elle a évidemment confusément conscience lui impose de déguiser ses frustrations derrière des oripeaux de plausibilité. En bref, d'engueuler l'autre pour de fausses raisons. Comme de surcroit le fait d'être une chieuse fait plus ou moins partie du bundle du mystère féminin, elle se doit de se conformer à son rôle. Où la pression sociale repointe le bout de son nez. Pression qui l'oblige évidemment à assumer tous les rôles de la feminitude en kit. On n'en sort pas.
En résumé, la femme de tête est un être humain de sexe féminin. La chieuse, elle est un cliché de l'éternel féminin.
02 janvier 2008
De l'amour II
Vient un temps où l'on se dit que l'amour s'est dissout dans le conjugal.
Ou que la folie des premiers jours s'est éteinte, exténuée.
Fini de forniquer dans le jardin des Tuileries au milieu de la neige en espérant qu'aucun représentant de la force publique ne se pointera.
Fini de traverser Paris à pied la nuit de part en part pour le/la retrouver Elle, ou Lui.
Vient le temps de la sagesse. Celle des nations, et celle des néo-connaisseurs-de-l'existence ou des néo-mémères.
Sujet récurrent s'il est, comme le prouve chaque mois l'article Comment faire durer le désir dans n'importe quel mag féminin. A base de recettes ridicules et fondées dans le meilleur des cas sur une idéologie douteuse et dans le pire sur une démarche quasi-sectaire. Qui peut croire à ces dérisoires catéchismes en trois points n'a jamais connu la passion et n'est pas concerné par le sujet sur le fond.
Car, c'est vrai, on la perd, cette folie, sexuelle, certes, mais pas que.
Et on se retrouve dans la position paresseuse de celui-qui-sait, bien au chaud en compagnie des certitudes des vaincus de la vie.
C'est B'. qui m'a sorti du cloaque des idées molles. On en discutait, de cette facilité et du c'est-comme-ça. Elle en pleurait, et sa voix mouillée ne cessait de marteler : Je ne veux pas que ce soit comme ça, je n'en veux pas du on-baisse-les-bras, je veux qu'on soit toujours flamboyants tous les deux et le déclin, je l'emmerde.
Elle avait raison.
J'étais minable et elle m'a remise sur les rails. Nous avons bien assez gâché nos vies à accepter des injonctions pathétiques. Je décide maintenant. Nous décidons qu'il n'y a pas mieux que nous deux.
Ah, c'est sûr que c'est autrement plus fatiguant que de choir dans l'ornière du blasé. Et puis, au moins, on risque pas de passer pour des cons, des ados de quarante ans, voyez-vous ça !
Certes, c'est vrai : elle n'est plus là, la passion primordiale, celle qui nous aurait imposé de foutre le feu à l'immeuble. Au sens strict.
Il n'y a pas 36 solutions : soit ne vouloir que la passion, intacte, l'ébriété continuelle, même s'il faut pour cela sans cesse changer de partenaire de façon à éviter que les cendres ne s'accumulent. Et je dis : Bravo ! Respect. Respect absolu, même. Certains l'ont fait, et le font encore, malgré la mainmise des vieux cons sur nos existences et nos imaginaires. Ces franc-tireurs méritent mieux la commisération des encroutés. Bien mieux. Ils maintiennent vivantes ces merveilleuses idoles que sont la liberté et son corollaire, le désir. Aussi absolus, l'un que l'autre.
Mais soyons clairs ; je n'ai ni l'énergie, ni ce qu'on appelait jadis la force d'âme.
Et je le regrette.
Etre en deça de l'infinité des possibles, ce n'est jamais très agréable à admettre.
Il y a aussi la solution la plus courante : lâcher prise, se mentir à soi-même et à l'autre. Des hordes de thérapeutes de tout poil s'en repaissent.
Dernière possibilité : choisir la voie étroite et prendre l'amour pour ce qu'il est. Une enluminure à reprendre indéfiniment, à travailler, à lécher. A peaufiner. Jusqu'à ce que la mort nous emporte.
Entendons-nous bien : il ne s'agit en rien d'une reddition. On ne joue pas le jeu de ceux-qui-savent et qui ont fait de leur vie une poubelle pleine et jamais descendue. Il ne s'agit pas non plus de ces plates excuses qui peuplent les journaux pour femmes au foyer déçues. On ne dit pas Oh, mais la tendresse, c'est très bien finalement, on s'en contente. D'abord, parce qu'on ne se contente que du meilleur. Et ensuite parce que dans la bouche de ces gens là, tendresse devient un mot obscène. Un lot de consolation.
Et il s'agit encore moins de se forcer, de faire comme si.
Non, il s'agit de faire de l'amour le jardin de nos vies. De cesser de croire à ce qu'il n'est pas ou qu'il ne peut plus être. Cesser de croire tout ce qu'on a pu nous raconter à son sujet. Les fariboles le tuent autant que les dénis. Et quand je disais que la passion s'est éteinte, il y avait là un rien d'hyperbole. D'autres façons de lui bouffer la chatte, d'autres méthodes, d'autres rêveries informulées pour ses yeux s'agrandissent encore sous mon poids.
Je ne suis pas arrivé. Nous avons du pain sur la planche. Mais nous avons tout notre temps. Et le sentiment insolent que nous sommes sur le bon chemin.
01 janvier 2008
J'ai trouvé une traitresse à la cause !
Mes biens chers frères.
Vous êtes brimés. Ou vous vous sentez l'être.
Malgré tous les efforts que vous faites pour vous présenter comme des hommes différents, il y a toujours des donzelles pour vous signifier votre état de queutard impénitent et, partant, votre infériorité ontologique.
Oh, vous en avez fait des tonnes, quitte à en rajouter, à être plus royaliste que le roi. Et pas que pour les tirer, hein. De bonne foi, parce que marre à fin, de se fader les récriminations des anges de perfection (ontologique, elle aussi) qui feraient bien de balayer devant leur porte.
Fa-ti-gués, un peu comme, dans le temps, le prof de fac obligé de porter un bleu de chauffe ou de délirer sur les vertus surhumaines du camarade Staline.
De toute façon, le truc est verrouillé, vous pouvez pas gagner. Parce que vous êtes des mecs, et que donc, pâtissant d'insuffisances notoires, vous ne pouvez que mettre à côté de la cible. Comme de surcroit la majorité des gens écrivant sur le sujet (anthropologues, sociologues, philosophes, essayistes, ...) sont des hommes, inutile de vous fatiguer à essayer d'étayer votre discours. Des agents du grand complot impérialiste, pardon : des vecteurs de la pensée patriarcale.
Il y a tout de même une solution : trouver une femme qui écrit contre ses consoeurs, ne fut-ce que parce que justement elle se considère comme un être humain de sexe féminin et pas comme une militante obligée du fait des hasards de sa naissance.
Alors, si vous voulez rabattre leur caquet à celles encore toutes éblouies d'avoir réussi à tout comprendre à ce gros navet qu'est le Deuxième sexe, pas de problème, j'ai mes sources.
Je viens de dégotter Vagit-prop d'Annie le Brun. Que du bonheur.
Ca commence comme ça : Oscar Wilde m'intéresse plus que n'importe quelle bourgeoise qui a accepté de se marier et de faire des enfants et qui, un beau jour, se sent brimée dans sa très hypothétique créativité.
Ca déchire son marsouin à la scie circulaire, non ? Le genre de trucs qu'on ose plus dire, par manque de couilles au cul, faut être honnête. Moi le premier. Annie les a bien accrochées, elle, et ne craint de passer pour une sociale-traitresse, voire une gender-traitresse.
De toute façon, c'est une anar et les anars ont toujours raison.
Bon, soyons clair : comme souvent dans ses essais, Le Brun est assez confuse, et n'a pas la rigueur d'un professionnel du concept. Elle a aussi ses marottes (la défense d'André Breton ou un dégout exacerbé envers les néo-staliniennes, par exemple) qui ne clarifient pas des masses son bouquin, c'est le moins qu'on puisse dire. Le vrai problème vient en fait de ce qu'elle n'a pas le sens du pamphlet, et que ses attaques justifiées et peut-être parfois injustifiées tombent souvent à plat.
Mais ça reste une petite mine à citations de bon gout.
Et comme je suis le bon gars, je vous en file deux gratos :
(...) les dames patronnesses avaient leurs pauvres, les féministes de pointe ont leurs putes, leurs folles ou leurs excisées.
Ce mensonge fondamental [le mystère féminin] que jusqu'alors les femmes pouvaient parfois au prix de la plus sombre révolte individuelle, rejeter comme extérieur à elles, voilà que les néo-féministes se font gloire de le reprendre à leur compte, de le revendiquer même comme constitutif de l'identité féminine, avec la frénésie de ceux, qui pour se différencier, s'empressent de se travestir.
Bon, voilà, je vous ai mâché le travail, démerdez-vous maintenant. J'espère juste que je ne vais pas me farcir trop de comms de gros connards nostalgiques du bon vieux temps, façon Houellebecq. Et j'espère aussi qu'Annie Le Brun me pardonnera ces citations un peu longuettes.