31 octobre 2007
Si que j'avais été trop wizzz
Si j'étais une rockstar plutôt qu'un nain salarié avide d'accumuler les points retraites, j'aurais déjà refait toutes mes dents, et depuis longtemps encore.
J'aurais pas de surcharge pondérale, ni cette poignante absence de chevelure.
Je me ferais interviewer par des connards souriants dotés de troubles brushings et qui me demanderaient Alors, Twika (ce serait mon nom de scène), content de remplir le Stade de France ? Quelle chanson allez-vous interpreter à ces gros boeufs notre charmant public ce soir ? Des fois, ils me demanderaient même des trucs sur des sujets auxquels il est évident que je n'y connais rien, un peu comme lorsqu'on interroge BHL (ou Alexandre Adler) pour avoir son avis sur la situation en Amérique Latine.
Et puis au moins je saurais jouer d'un instrument convenablement ou chanter de manière pas trop dramatique (ce n'est pas vraiment obligatoire, il est vrai).
J'aurais le droit de me trimballer dans la rue en peignoir de bain rose fuschia avec des étoiles vert pomme dessus.
Ma maman ne me dirait plus que je suis un bon à rien (encore que ...).
Des blondasses refaites de partout me demanderaient de jouer à zlika-zlika rien que pour leur collection de teubs made in Gala.
Je snifferais de la coke pure choice au lieu de galérer comme un malade pour avoir la joie de m'envoyer dans les naseaux du plâtre de Paris.
Je serais un fieffé connard, ce qui a quand même de bons côtés.
J'habiterais à l'étranger et raconterais à qui veux l'entendre (c.a.d n'importe quel journaliste) que c'est incroyable ce pays où l'on ne reconnait pas le talent et où les impots sont scandaleusement élevés pour les gens qui ont plein de pognon.
J'aurais reçu la légion d'honneur de la part d'un ministre de la culture précédemment en charge des petits-vieux-qui-sentent-mauvais.
Ce serait la belle vie ...
D'un autre côté, vous avez échappé à de terribles émissions sonores très nocives pour vos oreilles.
« Parmi d'autres merveilles d'un album survitaminé, une perle qui parle à notre coeur d'enfant, reveille l'amour, et rend hommage aux plus grandes voix de la chanson française » (Telerama)
« Pour découvrir notre ami le kangourou, sympathique animal qui enchante petits et grands » (30 millions d'amis)
« Clin d'oeil aux Stooges de la grande époque, tics glitter à la Sid Vicious, énergie brute de décoffrage, guitares en rut ... » (Rock & Folk)
« Quand l'engagement d'un artiste contre la méchanceté et le froid en hiver nous prend aux tripes » (La Croix)
« Rencontre hypersonique entre Marx et Front 242 » (Technikart)
30 octobre 2007
Les conditions de St Thomas
Durant la guerre d'Espagne le clergé basque justifia sa fidélité à la république en considérant que les quatre conditions de St Thomas n'étaient pas réunies (et aussi que de récentes encycliques niaient qu'une révolte contre l'Etat pût jamais être légitime)[1].
Les conditions de St Thomas pour une rébellion contre l'Etat sont les suivantes :
- Le bien commun (religion, justice et paix) doit être gravement compromis.
- La rebellion doit être considérée comme nécessaire par les autorités sociales dans leur ensemble et les sages qui représentent le peuple dans son organisation en tant que nation.
- Il doit y avoir une forte probabilité de succès et le mal probable fait par la révolte ne doit pas être plus grand que le mal probable fait par absence de révolte.
- Il ne doit y avoir aucun autre remède pour écarter le danger qui menace le bien public.
On remarque qu'en pratique les 4 conditions ne sont jamais réunies en même temps. Aucune révolte contre l'état n'est donc légitime (selon les critères de St Thomas).
Autant les conditions 1 et 4 vont de soit et relèvent du simple bon sens, autant les 2 autres sont plus problématiques. La condition 3 semble être une formulation de ce que l'on appelle de nos jours le principe de précaution ; toutefois son deuxième moment est impossible à assurer, quand bien même on s'en tiendrait à une probabilité.
C'est évidemment le 2ème point qui nous semble le plus aberrant : toutes les révoltes ou révolutions nous paraissent avoir été modelées sur le principe classe-contre-classe, et ont généralement dégénéré en guerre civile de ce fait.
Dans l'esprit de St Thomas ces conditions ne pouvaient être validées que dans le cas d'une tyrannie arrivée au pouvoir par des moyens extra-légaux, typiquement par un coup d'état, tyrannie de surcroit ne bénéficiant d'aucun appui dans aucun groupe du corps social. Avec notre cynisme, nous envisageons cette situation comme impossible et/ou purement théorique, tandis que St Thomas se référait probablement aux quelques exemples fournis par l'antiquité greco-romaine (dont on peut d'ailleurs nier la réalité historique).

Quoi qu'il en soit, l'argument du clergé basque ne parut pas ébranler outre mesure le cardinal Goma, alors Primat d'Espagne et supporter acharné de la junte de Burgos ...
1 - La république espagnole était à l'époque le régime legitime et les franquistes, par conséquent, des factieux.
26 octobre 2007
Venus d'ailleurs
Comme essaient de le faire croire quelques méchants critiques à l'argumentation un peu courte, la (très relative) vogue actuelle des nanars n'est pas un simple snobisme.
Non.
C'est d'abord une réaction bien légitime à l'ennui généré par une production cinématographique académique, et donc à la fois chiante et sans surprise. Certes, il y a, je le crains, un nombre malheureusement croissant de personnes pour qui toute forme de création a pour fonction, avant toute chose, de les rassurer, de les ancrer dans un monde prétendumment mouvant, et surtout de ne pas les prendre à contrepied. C'est le syndrome téléfilm en 35 mm, le blockbuster de bourrin en étant une version plus spectaculaire (mais pas plus imaginative).
Reste toutefois un groupe hétérogène d'amateurs qui ne pensent pas que le cinéma puisse n'avoir qu'un rôle de couverture chauffante ou de charentaises. Et parmi ces derniers, les amateurs de nanars, qui, contrairement à ce qu'on imagine, ont une culture filmique bien supérieure à n'importe quel lecteur (et même critique) de Télérama. Sans parler du goût.
D'ailleurs, les soirées Bis de la cinémathèque - qui existent depuis 1993 - sont animées par des monstres d'érudition (légèrement en vrille), certes un peu pervers comme le nombre de séances consacrées aux films de prisons de femmes tend à le prouver.
Les amateurs de Bruno Mattei, in fine, appartiendraient à une élite raffinée, rare et sur laquelle la main de Dieu se pose fréquemment.
Cette énorme introduction pour en arriver au fait que Framprix vend en ce moment des DVD à 1.99. Parmi lesquels on trouve essentiellement des bouses honteuses destinées au marché du câble aux USA, marché énorme dont nous n'avons aucun équivalent en France et qui constitue le vivier des néo-nanars (par opposition aux paradigmatiques nanars 80's - généralement italiens).
Parmi eux, Venus d'ailleurs (Them), à la VF monolithique assurée par Pipo, René et ses cousins. De prime d'abord, il ne pourrait s'agir que d'une sympathique nazerie sans cachet particulier, puisqu'on est en présence d'un décalque de la série Les envahisseurs : des extra-terrestres patibulaires ont sournoisement infiltré notre planête et quelques allumés qui les ont vu essaient de convaincre un monde incrédule. Contrairement à la série, il ne s'agit plus d'une parabole sur les dangers du communisme, mais sur ceux que font courir à la planête des aliens foncièrement méchants dont on ne connaitra jamais précisemment les motivations exactes.
Réalisée par un tâcheron de la télé, cette production présente toutes les caractéristiques classiques du Z (disons du Y) : scénario à la fois navrant et confus, acteurs inexpressifs, décors minables, effets spéciaux calamiteux, personnages insupportables (le kid qui écoute du hard-rock alors que son oncle lui est fan de country - « c'est le sang de l'amérique » - ce qui donne lieu à de pénibles disputes pour savoir qui va avoir le contrôle de l'autoradio en bagnole).
Rien que du balisé, qui, a priori, n'a rien pour emporter l'adhésion, et qui risque même de faire basculer le métrage dans l'ennuyeux et le franchement mauvais.
Comme souvent dans ce genre, la petite étincelle qui lui permet de sortir du lot provient d'un élement purement contingent. En d'autre termes, c'est un peu par hasard, par accident, que Venus d'ailleurs peut prétendre au titre de nanar gouleyant. Ce qui n'a rien de honteux, puisqu'après tout Maiakovski restait tout émerveillé par ses fautes de frappe à la machine et leurs potentialités poétiques (depuis le temps que j'essaie de le placer, celui-là).
En fait, il ne s'agit pas d'un film à proprement parler, mais de deux épisodes d'un pilote TV non retenu et (mal) remontés pour en faire un métrage de 90'.
Dit comme cela, ça n'a l'air de rien, mais ce passif de série TV explique pourquoi certaines péripéties ne sont pas clairement explicitées, étant donné qu'elles auraient du l'être dans les épisodes suivants. D'où un côté surréaliste, poétique, et quelque peu onirique. Pas moins. Qui transforme une bourrinade peu inspirée a priori en une chose assez succulente pour peu qu'on en accepte la délicate incohérence. Laquelle se retrouve dans certains dialogues à contre-temps, sans qu'on sache ce qui motive cet état de fait (dans le sens où ils auraient quand même du être « normaux » au sein d'un épisode).
Le plus délectable n'apparait qu'au fur et à mesure : a priori, les aliens ne sont qu'une avant-garde destinée à préparer l'arrivée de troupes plus nombreuses. Ce qui parait assez logique et respectable. L'ennui, comme nous n'avons que les deux premiers épisodes, c'est que la masse de l'armée extra-terrestre reste très théorique, et que, par conséquent, la terre est en train d'être envahie par 5 (cinq) extra-terrestres, dont une pouffe en tenue de dominatrice. Et à mesure que le métrage avance, le côté ubuesque de la situation apparait au grand jour, et rappelle irresistiblement Plan 9 from outer space (c'est le même pitch, finalement, sauf que dans Plan 9, les 4 (quatre) aliens décident d'envahir la planête en « réveillant » 2 (deux) morts - c'est encore pire).
Au final, grâce à son statut batard de série-TV-2-en-1, Venus d'ailleurs accède au panthéon des nanars honorables, voire très réussis (ou plutôt trés ratés) au lieu de se cantonner dans son rôle premier de truc mal torché à petit budget.
Donc, la prochaine fois que vous allez chez Framprix, vous savez ce qu'il vous reste à faire ...
25 octobre 2007
Machins en tas
- (L'enquêtrice) Oh, elle est enceinte, votre chatte ?
- (B'.) C'est un chat et il est juste un peu gras.
A force de frimer de la mort et d'acheter des DVD en Asie du Sud-Est (en coréen sous-titré japonais - rassurez-vous il y a aussi des sous-titres anglais, parfois un peu surprenants), je finis quand même par tomber sur des merdes. Genre Black Republic, espèce de mélo politique, terriblement mal filmé et gonflant. Exotique, certes, mais mauvais, en tout état de cause.
Je m'aperçois aussi d'un truc : si je me chope des crises en entendant les dialogues anémiques du cinéma français, c'est justement parce que le français est ma langue maternelle. J'aurais déjà un peu de mal à évaluer la qualité des dialogues d'un film anglophone ou hispanique, alors vous pensez bien que faire la même chose avec une production coréenne, japonaise ou thai est au delà de mes capacités. Mais cette révélation ne m'empéchera de continuer à maugréer.
Aristote, parait-il, s'offusquait de ce que les guerriers gaulois couchaient ensemble. Le commentateur précise : le stagirite est outré de ce que ces relations homosexuelles ont lieu entre adultes grosso-modo du même âge et non pas entre adulte et adolescent. Nous voilà rassurés.
Je m'aperçois que la provoc n'est vraiment plus ce qu'elle était. C'est l'hiver des petits vieux, ici. Preuve le merveilleux single des Olivensteins, Fier de ne rien faire (1979). A méditer à l'heure du retour de la valeur travail et où le top de la rebellitude consiste à raconter qu'on aime enculer les petits garçons (ou tout autre singularité du touche-pipi).
Allez, un petit refrain endiablé :
24 octobre 2007
Aime-moi

Un jour, il faudra bien avouer qu'on aime aimer et être aimé(e).
Oh, il ne s'agit pas de l'excuse ultime du gros enculé pour essayer de se racheter une virginité. Encore que le gros enculé, sous certaines conditions, peut être digne d'amour et capable de le faire.
Non, je parle là des gens normaux. Ceux qui en général sont avec l'aimé(e), mais préféreraient traverser l'antarctique en slip plutôt que de d'avouer cette necessité à un tiers. Ou à l'aimé(e) dans certains cas.
Il faudra bien avouer qu'au delà du conformisme social, le souci d'amour nous tenaille surtout lorsque la qualité du dit amour nous impose de ne pas se jeter sur le tout venant et d'endurer par conséquent de longues periodes sans amour.
Il faudra bien (s')avouer que certains soirs, on pleure en cachette parce que nul n'est là pour recueillir le trop-plein qui s'accumule ou pour combler la faille qui se cesse de s'agrandir.
Il faudra bien avouer la totale vacuité des activités les plus nobles lorsqu'elles masquent la recherche ou l'absence de l'aimé(e).
Bien entendu, bien entendu, on comprend la répugnance des garçons à admettre et à verbaliser ce manque ; quand on a été le chasseur de buffle à mains nues qui nourrit sa progéniture, jouer les para-mystiques transis est ressenti comme une intime déchéance.
Banalités rassurantes en leur banalité et qui autorisent la position surplombante ou désengagée.
Mais la répugnance croissante des femmes à le confesser les yeux dans les yeux, surtout lorsque l'interlocuteur est de sexe opposé ?
Nous sommes dur(e)s, autonomes et revenu(e)s de tout. Triomphe de la sagesse moisie de l'épicier.
Et pourtant ...
Maintenant que les amants de Dieu ont (presque) déserté la surface de la planête, il faut bien admettre que l'objet d'adoration est à notre image, partageant notre parfois déprimante condition, lesté des pesantes et quelquefois ridicules contingences de l'humain ...
23 octobre 2007
Présences II
Les autres forment-ils une race différente ou « descendent »-ils d'humains, comme les fantômes ?
Personnellement, je préferais la première hypothèse. Ne fut-ce que pour lever la malédiction de la race sapiens unique. En admettant que les autres soient sapiens, bien entendu, ce qui reste à démontrer.

Il semble, malheureusement, qu'il faille recourir à la seconde explication. Certains lieux sont propices aux apparitions des autres. Lieux déserts et soumis à une intense luminosité. C'est cette dernière qui parait altérer les tissus et leur donner cette translucidité caractéristique des autres.

La lumière artificielle convient aussi à la transmutation. Ce cliché tend de surcroit à prouver que certains humains se soumettent de leur plein gré à l'action dissolvante des photons. Et donc qu'il existe des volontaires qui désirent passer à l'état d'autre.

Au début, l'autre peut être discernable alors que son « porteur » ou son « modèle » est encore présent (ie : parfaitement décelable) dans le monde des humains. J'ignore encore dans quelles conditions la séparation s'effectue (mort du sujet initial, départ pour quelque destination assez lointaine pour assurer l'autonomie de l'autre, ...).

On a vu que les escaliers d'immeubles conviennent à la fois à la présence et à la « naissance » des autres. Les salles des musées peu fréquentés aussi. Ou les recoins excentrés de lieux pourtant balisés et courus (ici, la Bibliothéque Nationale).
22 octobre 2007
Présences
Dans les immeubles, en journée, vivent les autres.
Pas des fantômes au sens strict.
Des habitants parallèles.

C'est que personne n'emprunte les escaliers, pendant les heures ouvrées. Les humains stricts sont au travail ou devant la télé. Mais pas dans les escaliers. A la rigueur, dans les ascenseurs.

La nuit, paradoxalement, on ne les voit pas. Ils se dissolvent dans la lumière électrique trop crue. Il n'y a qu'en journée, avec l'éclairage bancal filtré par les fenêtres à la transparence douteuse, qu'on peut les distinguer, faire le point.

Les autres se font le plus discrets possible. Pas le genre à secouer des chaines, à faire chuter les objets, à affoler les populations. Ils ne peuvent être à l'origine des histoires de fantômes ou d'esprits frappeurs.

Les autres partagent notre habitat depuis l'aube de l'humanité. Il étaient déjà dans les coins sombres de nos cavernes, dans les bois à moitié défrichés qui entouraient nos villages. S'il y a symbiose, j'ignore quelle est sa nature exacte.

21 octobre 2007
Marivaudage morose
C'est un peu pour ça que les films d'amour au cinéma sont souvent tellement tartes. Ou pas convaincants.
Parce que c'est à la fois trop simple (donc bateau) et trop compliqué (parce que pas montrable).
Soit A, B et C, trois individus de sexe masculin ou féminin, au choix.
A aime B qui ne l'aime pas.
B aime C qui ne l'aime pas.
A ignore tout de C (mais ça n'a pas d'importance).
Situation simple, d'autant que tous les protagonistes sont au courant de la situation. On n'est pas dans un vaudeville.
A et B ne pleurent pas. Pas qu'ils ne le pourraient pas, mais ils ont trop de kilomètres au compteur ou ils ont décidé d'être raisonnables ou parce que B et C ont expliqué clairement et respectivement les choses à A et B, et qu'en conséquence les larmes ne semblent guère de mise.
A la place, A et B ne cessent de faire semblant de penser à autre
chose, ce qui revient à penser à ce pourquoi il faut penser à autre
chose. Ils essaient de se convaincre. D'être adultes, par exemple.
Ils passent une partie de la soirée à regarder la nuit par la fenêtre.
Ou à fixer le plafond en écoutant leur cervelle lentement s'écouler sur le tissu du canapé.
Ils
montent et descendent des escaliers en espérant ne jamais atteindre
l'étage, rester pour un bout de temps dans l'espace et le temps vide du
mouvement de leurs jambes.
Ils ne peuvent pas non plus en parler autour d'eux, à des amis, des
intimes, parce qu'ils anticipent les réponses. Comme un psy qui leur
donnerait du principe de réalité à bouffer par bottes de 12.
Pendant ce temps C fait l'amour à D qui n'apparait dans le récit que
d'un point de vue strictement fonctionnel, pour montrer que, dans toute cette
histoire, C est bien le seul à savourer la vie plutôt que de se faire
des noeuds poussiéreux dans la tête.
C en fait s'en fout. Passé un moment de gène au début, il continue à voguer paisiblement sur une mer étale.
A et B au final attendent que ça passe, que le temps dissolve ces morsures agaçantes.
Ils attendent. Sans pleurer, sans gémir, sans broncher.
Sans vraiment compter les jours, avec l'espoir qu'un matin, la mémoire aura été décapée au tampon Jex.
Ca traine en longueur.
Parce qu'il n'y aura pas d'effacement définitif. Juste un effilochement
entrecoupé de rechutes, de marches arrières inutiles, de stations
interminables devant la fenêtre ou sur le canapé.
Qui paierait pour voir ça sur un écran ? Et d'ailleurs comment le
filmer sans tomber dans la succession de pénibles plans fixes ?
On préfère allonger la monnaie pour voir des vampires en culottes
courtes surgir dans des immeubles en flammes au son de la chevauchée
des Walkyries. C'est d'ailleurs ce que font A et B. Pour accélérer le
processus.
C, tranquille, continue à faire l'amour à D.
20 octobre 2007
Pitch CM
Quelqu'un hors champ fixe des poids de plongée aux pattes d'un chat à l'aide de chatterton. Quatre plombs donc. Puis la bestiole est posée dans un bac de douche et le quelqu'un ouvre le robinet d'eau froide.
Spectacle pitoyable de l'animal, incapable de se déplacer, trempé comme une soupe, misérable et miaulant à s'en faire pêter la gorge.
[Fondu]
L'amoureux est au pied d'un immeuble sous la pluie, mélange poisseux de cheveux rares et d'imperméable de moins en moins étanche (un amoureux vraiment transi en somme). Il s'adresse - ou plutôt hurle - vers une fenêtre au 4ème ou 5ème étage, eclairée. Le reste du bâtiment est plongé dans l'obscurité.
Il gueule à une femme invisible qu'elle n'a pas le droit de le laisser tomber, de le laisser là comme une merde aqueuse, qu'elle doit revenir, lui revenir, qu'il a traversé la moitié de Paris à pied sous l'averse, pour elle, rien que pour elle, qu'elle n'a pas le droit, qu'il va se foutre à la Seine si elle ne vient pas le chercher, c'est pas possible, il souffre tellement, ça fait comme des trous dans la plève, HELENE ! me laisse pas HELENE, sale pute ! T'as pas le droit !
D'autres fenêtres s'allument durant sa tirade et des têtes apparaissent aux différents étages, mais bien sûr pas au bon.
HELENE, si tu sors pas de ton trou, je me tire une balle dans le bras pour commencer. Et ensuite je me fous la tête sous un autobus de nuit. Je déconne pas HELENE ! Et le voilà qui sort un automatique de sa poche droite et colle le canon sur l'avant-bras en vis-à-vis. HELENE, je vais le faire, HELEEEEENE !
A ce stade là, tout le contenu humain de la batisse est au balcon. Sauf évidemment l'appartement visé par la menace.
Il tire. Putain ça fait mal ! PUUUUTAIN ! Il se met à tourner en rond en serrant le bras blessé. La vache, putain de sa mère, si on m'avait dit ... Mon braaaas ! HELENE ! Pourquoi tu m'as fait ça ? Il se cogne plusieurs fois contre le mur, en virant sur lui-même, affolé par la douleur. Il n'a pas laché son arme et se la colle contre la tête. Tremblant de douleur, comme halluciné, il gueule plus fort que jamais. HELENE ! Et dans la tête, ça va te faire descendre ? Hein, faut que je m'explose le crâne pour que tu l'ouvres, cette putain de fenêtre ?
Puis, un spasme agite son bras gauche, il se plie en deux, et commence à s'éloigner en geignant. Au loin une sirène de flics.
On le retrouve devant un autre immeuble. Tout est éteint, sauf une fenêtre. Il est de toute évidence en pleine forme. Le numéro va pouvoir (re)commencer.
[Oui, je sais, c'est un peu facile, mais il est tard]
19 octobre 2007
Un homme qui dort
Je crois que, finalement, je préfère Un homme qui dort-le film à Un homme qui dort-le livre. Plus ramassé, plus poignant, et avec un côté obsessionnel plus étouffant.
Mais le bouquin de Perec reste exceptionnel.
Magnifique.
Il met en scène mon fantasme le plus absolu. On ne saurait me parler plus personnellement.
Je regrette ... je regrette juste la fin. La leçon de morale comme chute. Désagréable discours quasi militant.
D'autant que le retour aux contingences du réel est très abrupt, sans aucune transition. Dans le livre comme dans le film. J'espérais que la forme imprimée m'éclairerait un peu plus.
J'ai été déçu.
Il y a comme une rage chez Perec à ramener son protagoniste à une plus saine vision des choses, une joie perverse à signifier que toute résistance est inutile.
D'un autre côté, quelle autre issue pourrait être plausible ? La stase ? Le maintien ad vitam aeternam dans une stricte indifférence au monde ?
Difficile à concevoir.
Un des rares bouquin que j'ai eu - l'espace d'un instant - envie de refaire. Sur le mode Haldol et anorexie. Auto-enterrement.
Retour à l'état de termite, d'acarien.
Et puis, comment surpasser cette élégance du Tu qu'avait adoptée Perec ? Recit à la première personne sans jamais employer le Je ?
Il faudrait que j'y réfléchisse ...