Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

21 octobre 2007

Marivaudage morose

C'est un peu pour ça que les films d'amour au cinéma sont souvent tellement tartes. Ou pas convaincants.
Parce que c'est à la fois trop simple (donc bateau) et trop compliqué (parce que pas montrable).

Soit A, B et C, trois individus de sexe masculin ou féminin, au choix.

A aime B qui ne l'aime pas.
B aime C qui ne l'aime pas.
A ignore tout de C (mais ça n'a pas d'importance).

Situation simple, d'autant que tous les protagonistes sont au courant de la situation. On n'est pas dans un vaudeville.

A et B ne pleurent pas. Pas qu'ils ne le pourraient pas, mais ils ont trop de kilomètres au compteur ou ils ont décidé d'être raisonnables ou parce que B et C ont expliqué clairement et respectivement les choses à A et B, et qu'en conséquence les larmes ne semblent guère de mise.

A la place, A et B ne cessent de faire semblant de penser à autre chose, ce qui revient à penser à ce pourquoi il faut penser à autre chose. Ils essaient de se convaincre. D'être adultes, par exemple.
Ils passent une partie de la soirée à regarder la nuit par la fenêtre.
Ou à fixer le plafond en écoutant leur cervelle lentement s'écouler sur le tissu du canapé.
Ils montent et descendent des escaliers en espérant ne jamais atteindre l'étage, rester pour un bout de temps dans l'espace et le temps vide du mouvement de leurs jambes.
Ils ne peuvent pas non plus en parler autour d'eux, à des amis, des intimes, parce qu'ils anticipent les réponses. Comme un psy qui leur donnerait du principe de réalité à bouffer par bottes de 12.

Pendant ce temps C fait l'amour à D qui n'apparait dans le récit que d'un point de vue strictement fonctionnel, pour montrer que, dans toute cette histoire, C est bien le seul à savourer la vie plutôt que de se faire des noeuds poussiéreux dans la tête.
C en fait s'en fout. Passé un moment de gène au début, il continue à voguer paisiblement sur une mer étale.

A et B au final attendent que ça passe, que le temps dissolve ces morsures agaçantes.
Ils attendent. Sans pleurer, sans gémir, sans broncher.
Sans vraiment compter les jours, avec l'espoir qu'un matin, la mémoire aura été décapée au tampon Jex.
Ca traine en longueur.
Parce qu'il n'y aura pas d'effacement définitif. Juste un effilochement entrecoupé de rechutes, de marches arrières inutiles, de stations interminables devant la fenêtre ou sur le canapé.

Qui paierait pour voir ça sur un écran ? Et d'ailleurs comment le filmer sans tomber dans la succession de pénibles plans fixes ?
On préfère allonger la monnaie pour voir des vampires en culottes courtes surgir dans des immeubles en flammes au son de la chevauchée des Walkyries. C'est d'ailleurs ce que font A et B. Pour accélérer le processus.

C, tranquille, continue à faire l'amour à D.

 

Posté par memapa à 00:27 - En vrac - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Jamais ému par un film romantique ? Je ne sais pas mais tu peux peut etre essayer "woman on the beach" de hong sangsoo. c'est un très beau film...

Posté par L., 21 octobre 2007 à 21:47

C fait semblant de s'en foutre, nuance !

Posté par yacinthe, 22 octobre 2007 à 09:23

L> ça depend en fait de ce qu'on entend par "film romantique"

Yacinthe> Difficile à dire. Seul B le sait à la rigueur, et encore. A n'en a pas la moindre idée ...

Posté par memapa, 22 octobre 2007 à 15:05

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