Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

21 septembre 2007

Muzik uber alles

Des gens s'imaginent que je n'aime pas la musique à cause de ce que j'ai écrit sur la fête de. Evidemment, à chaque fois, je les détrompe en leur expliquant, que, comme tout un chacun, j'aime la musique. Je peux difficilement faire autrement ; j'en ai fait, et il m'arrive encore d'en faire. Ce que j'execre, c'est la musique obligatoire. Comme durant la fête de.

C'est vrai que j'ai dit ici même que la musique était un nouveau mythème. Et j'ai d'ailleurs ajouté que le terme était mal choisi. Quand on en vient à se citer, c'est que ça va vraiment mal. Enfin, passons. Mais il est vrai qu'aimer la musique devient une sorte d'obligation. Ce qui est très énervant. Même les gens qui écoutent Celine Dion sont fiers de le faire et réclament d'une certaine manière votre approbation, comme s'ils avaient sacrifié à une sorte de rite. Des pharisiens acoustiques ? Ah, jolie formule, mais tout de même un peu à côté de la plaque.

Alors pour se définir, les gens mettent en avant la musique qu'ils écoutent. Comme leur sexe. Qui devrait les définir. Des fois, ils se sentent obligés de décrire les sensations qu'ils éprouvent en écoutant la dite musique. Outre que c'est un peu ridicule cette sorte de paraphrase, c'est de la couille en barre, comme disait en substance Schoenberg. On n'éprouve pas de sentiments en écoutant de la musique. C'est n'importe quoi, du romantisme mal digéré. Du Nietzche en kougloff aussi. Et puis, ça me permet de name-dropper comme un fou : ouais j'écoute du Schoenberg. Du Scelsi, même. Pour vous dire, comment, moi, la musique je la connais.

J'aime être un peu odieux de temps en temps.   

Même que des fois, j'en discute avec des gens, de la musique. Avec PJ, par exemple. Ca fait d'ailleurs un peu réunion de vieux cons (tu m'excuses, hein, PJ ?). Du genre : depuis Metal Urbain, on a jamais rien fait de bon en France. Ou alors les exégètes en folie : C'est lequel l'album de Godspeed que tu préfères ? Ou alors avec L. de Madrid. Mais c'est bien simple, pour lui, que de la merde depuis 1963.

J'avais l'intention d'en tartiner un maximum sur ma culture very pointue et ma street credibility qui déchire des épaulards au cutter. Je viens de télécharger un paquet d'underground des années 80-90 (toute ma jeunesse). J'avais de la matière en pagaille. Mais sur le fond, ça me fait puissamment chier de parler de ce que j'écoute (ou de ce que je n'écoute pas). Je trouve ça un peu obscène ; comme de raconter par le menu comment je fais l'amour. Tenez, y'a pas longtemps, j'ai accompagné C. au musée Rodin. J'avais un baladeur autour du cou, aussi elle m'a demandé si j'écoutais de la musique. Ben oui, c'était pas une perfusion que j'avais au niveau de la gorge. Evidemment, de sa part, c'était une perche pour que je lui dise ce que j'écoutais comme musique. Mais je trouvais cela tellement vain ... Et puis, il y a aussi le fossé des générations ; un peu comme si j'expliquais James Blood Ulmer à mon papa. Mais surtout c'est terriblement réducteur et obscène...

Je suis contre.

Posté par memapa à 00:32 - Confidences - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Pas de soucis : j'assume mon vieuhkonisme. Ceci dit, pas assez pour dire que Metal Urbain était de la balle : je ne suis pas assez vieux pour les avoir connus, gnark gnark. Et je trouve tellement de choses récentes à écouter en France, qui de plus me filent de jolies claques, que je ne peux pas décemment assumer un côté aigri. Et heureusement... Par contre, mon côté jeune con qui veut absolument faire découvrir aumondautour la dernière production de machin, qu'est encore plus underground que truc, qui lui-même était blabla... Oui c'est légèrement oublié : je n'ai plus besoin de me définir, moi non plus. À part pour me la péter, de temps à autre (sur certains forums, en particulier) d'où le vieuhkonisme ! :-))

Posté par PJ, 21 septembre 2007 à 01:09

C'est vrai que c'est bizarre

J'ai le même symptome que toi, j'ai horreur qu'on me pose la question "Qu'es que t'écoute?", mais je n'ai aucune idée de pourquoi. J'ai le vague sentiment que ca doit venir du fait que c'est dure de trouver quelqu'un qui a les mêmes gouts musicaux, que cette question demande de prendre parti sur des trucs personnelles, ou qu'on sait que la reponse va decevoir son interlocuteur.

Enfin bref, pour ce coup ton billet ne m'éblouit pas. La these de la "definition par ce que t'écoute" ne me suffit pas. Je vois pas où est la différence entre parler de musique et parler de cinéma ou de bouquin. Bien qu'on pourrait ce moquait de ce sentiment du "je suis ce que j'écoute" ou du "je suis ce que je lit", il ne suffit pas à expliquer l'"obscène" du parler musique. Je te reformule ça: Pourquoi peut tu nous parler de bouquins et de films, mais pas de musiques?

Posté par Olivier, 21 septembre 2007 à 11:05

Rassure-moi, ça te procure du plaisir quand même, d'écouter de la musique ?
Parce que là, présenté comme ça, ça a l'air d'une affaire hyper-compliquée.

Posté par Ptipois, 21 septembre 2007 à 13:21

PJ > Bienvenue au club ! On pourra discuter encore entre érudits, et si on chope un jeune con en lui expliquant que ce qu'il écoute c'est de la merde et qu'en 83, déjà, etc ... :)

Olivier> C'est compliqué ce que tu me demandes. je n'ai pas non plus de réponses. Je remarque juste que si tu lis pas ou regarde pas de films, on t'en voudra pas. Mais si tu dis que t'ecoutes pas de musique, on va te regarder comme un monstre. Quand à savoir pourquoi je n'en parle pas de musique dans le blog, c'est que la paraphrase de la musique est soit techniquement impossible, soit ridicule (et ridicule souvent parce qu'impossible).

Ptipois> Bien sur que j'en écoute comme dit dans l'introduction. Ce qui me gave, c'est l'"obligation" d'en écouter et correlativement qu'elle est censée te "définir".

Posté par memapa, 21 septembre 2007 à 13:32

Je n'ai pas demandé si tu en écoutais, ça c'était évident.

Je voulais dire que tu en parlais comme d'une chose très solennelle, compliquée, prise de tête et très éloignée de toute notion de plaisir. Alors que ça me paraît très simple et pas vraiment sujet à intellectualiser.

J'ai du mal à comprendre aussi ce que t'ont fait les gens qui parlent de la musique qu'ils aiment. Tu les présentes comme des oppresseurs. Il y a quelque chose qui m'échappe.

Et selon toi on n'éprouve pas de sentiments en écoutant de la musique ? Ah bon ?

L'obligation d'en écouter ? Mais qui oblige ? Jamais rien vu de pareil. Et l'obligation de se "définir" par la musique, jamais entendu parler de ça. Tu devrais pas plutôt changer d'interlocuteurs ?

Posté par Ptipois, 22 septembre 2007 à 22:26

Aujourd'hui j'ai enfin réussi à trouver un bon googlewhacking. C'est :

ethylomogies globale

D'ailleurs éthylomogies seul suffit, j'ai trouvé mieux qu'un googlewhacking : un hapax !

Bien sûr, sous peu Google aura transformé cet hapax en non-hapax, mais pour le googlewhacking on peut encore le sauver en remplaçant globale par un autre mot.

Et sinon, à part ça, tout le monde s'en fout et de plus, ça n'a rien, mais vraiment rien, à faire sur cette page...

Posté par Escape, 23 septembre 2007 à 21:43

...

Sinon j'ai l'impression qu'une partie de la question soulevée par notre ami memapa peut se résumer ainsi :

- un poisson n'a pas conscience de vie dans l'eau.

Posté par Escape, 23 septembre 2007 à 21:47

ptipois> D'abord, ce qui parait le plus évident et le moins sujet à intellectualiser est justement (presque par définition) ce qui demande à être analysé, pourrait-on dire, en priorité. Ensuite, au sens strict, personne, effectivement ne m'oppresse. Mais c'est comme le rugby : personne ne m'oblige à savoir que, mais le fait est que malgré tout mes couilles sont explosées à cause de ça. Et, par exemple, la fete de la musique est un bon exemple de musique(s) imposée(s). Ou le fait que certaines station de RER diffusent une insupportable muzak. Et si la musique est une sorte de mythe fondateur contemporain (ce qui est discutable, certes), il est bien évident que tout un chacun est agi par les dits mythes. Ce qui est très agaçant quand le mythe en question est naze.

Escape> J'ai rien compris :)

Posté par memapa, 23 septembre 2007 à 23:43

"L'obligation d'en écouter ? Mais qui oblige ? Jamais rien vu de pareil."

Et pourtant... À Paname : tous les jours, dans tous les bars, les restaurants, les stations de métro, les magasins, les cars, les bus, les taxis, les rues, et j'en passe... Et quand ce n'est pas de la muzak diffusée par nos chers "designers sonores" - ou simplement par le patron du gastos du coin qui trouve super intéressant de s'infuser Rires & Chansons, ou de passer des compiles deep-house pour se la jouer lounge - ce sont nos amis les djeunz qui font profiter leurs voisins de leur super appareillage hi-fi mono sur cellulaire, ou qui poussent le volume de leurs écouteurs histoire de se rendre sourd et nous aussi par la même occasion... J'exagère un peu, mais à peine. Personnellement, je n'ai peut-être pas d'obligation d'en écouter, mais d'en entendre et donc d'en subir, c'est tous les jours.

Posté par PJ, 24 septembre 2007 à 12:43

"On n'éprouve pas de 'sentiments' en écoutant de la musique."
Boh! M'enfin! Bien sûr que si. T'éprouves ceux que les musiciens veulent te faire passer, déformé par ton propre pavillon bien entendu. Ce qui est débile et impossible par contre, c'est de penser qu'on va arriver à l'expliquer ce sentiment. Si c'était fait pour les auteurs auraient pas joué leur musique, ils l'auraient écrite ou parlée. Une citation bien sentie que je me souviens avoir lue en son temps chez un blogger brillant: Satie disait que vouloir parler de musique c'est comme danser de l'architecture.

Posté par C., 26 septembre 2007 à 21:56

Bien sur que parler de la musique, c'est une paraphrase inutile et grotesque.
Pour les "sentiments", je pourrais etre d'accord avec toi, et dire que les sentiments proposés par la musique existent bien, mais restent informes et difficiles à expliciter.
Mais ...
Je n'y crois pas (ou pas tout a fait).
Actuellement, lorsqu'on écoute de la musique, on est censés éprouver des sentiments ( de type tristesse, joie, etc ...). La question est de savoir quelle était la gammme d'affects générée au XVIIIème siècle disons, ou meme s'il y en avait une.
Un mec a surement du ecrire un bouquin sur le sujet (ou au pire une memoire de these). Bref, on a deja eu des surprises quant au relatif et à l'appris de ce qui est vu, il se pourrait qu'il en soit de meme pour l'entendu.

Posté par memapa, 27 septembre 2007 à 11:24

"Actuellement, lorsqu'on écoute de la musique, on est censés éprouver des sentiments ( de type tristesse, joie, etc ...). La question est de savoir quelle était la gammme d'affects générée au XVIIIème siècle disons, ou meme s'il y en avait une."

> Je ne crois pas que ce soit complètement le problème. La musique (à mon sens il s'agit de tous les sons, mais nous nous intéressons ici à ceux générés par l'être humain, soyons donc un peu réducteurs) se manifeste d'abord comme une sensation pure, et ensuite peut faire appel à des représentations mentales qui se sont greffées sur ces sensations : de là découlent éventuellement des émotions. D'ailleurs, à quelqu'un qui aime le Boléro de Ravel, le lui faire écouter au casque à 125 décibels risque de fortement perturber ses représentations mentales... Mais oui, la gamme d'émotions associée à un type de musique particulier varie selon les époques, y'a qu'à voir l'appréciation plus ou moins grande de la dissonance dans le monde occidental, ou récemment l'apparition de l'amplification puis de la distorsion et autres effets... Puis ça varie aussi selon les individus, c'est pour ça que je me sens agressé par la varièt' que je subis tous les jours à Paris, alors que d'autres s'y sentent comme des poissons dans l'eau. :-))

Posté par PJ, 27 septembre 2007 à 17:50

Voilà, je cherchais le mot : sensation. On éprouve des sensations, pas des sentiments. Merci PJ. Sinon, je pensais à la généalogie de l'image : Actuellement devant les paysages naturels (mer, montagne, etc ..), on est censé éprouver des sentiments (de grandeur, par exemple). Avant le XVIIIeme siècle on n'éprouverait rien du tout (un peu ce qu'on peut éprouver en allant acheter une baguette) ou a la rigueur une peur diffuse. Les 'sentiments' liés à l'image sont donc culturellement acquis (et donc appris). Je me demandais s'il n'en était pas de meme pour la musique.

Posté par memapa, 27 septembre 2007 à 18:49

bon tout ça ne dit pas ce que tu écoutais en 83 ?

Posté par sopsch, 29 septembre 2007 à 01:12

En 83 ? The Swans, je pense. Et Deep Filth and the Seven Tongues, aussi.

Posté par memapa, 29 septembre 2007 à 14:23

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