Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

15 septembre 2007

La vie sexuelle de Jan Bucquoy

Je vais vous faire un aveu : j'aime, voire j'adore, les films de Jan Bucquoy. Alors qu'ils ont tout pour m'exaspérer. A priori. J'ai d'ailleurs toute la collec (sauf un).

Qui est Jan Bucquoy ? J'en sais trop rien. Reportez-vous à Google, petits lapins qui froncez si mutinement le museau. Tout ce que je sais, c'est qu'il a commis jadis quelques BD épouvantables (chez Glenat, indeed), en particulier des rip-offs pornos de Tintin et de Natacha (de mémoire, tout ça).

C'est un copain de Noel Godin, aka L'Entartreur, une sorte d'anarchiste en vrille, citant Raoul Vaneigem à tour de bras, bouffon du roi dixit sa fille qui, par exemple, a organisé à lui tout seul un coup d'état en Belgique après l'avoir annoncé. Les bonus des DVD sont fournis (et souvent assez chiants), et vous apprendrez plein de trucs.

Il a tourné 4 films, avec un manque de budget croissant (et poignant) au cours des années. Ce qui fait que sur les 7 ou 8 volets de sa grande série sur La vie sexuelle des belges, seuls les 4 premiers ont été produits (le 3ème sur Vilvorde est assez insupportable, je le passerai donc sous silence).

Le premier, La vie sexuelle des Belges, est une sorte de biographie plutôt sympathique et surtout raisonnablement réalisée. De toute évidence, il a eu un peu de pognon, et suit encore les règles du cinématographe. Le scénario est linéaire, la prise de vue est assurée par quelqu'un qui connait son métier (ou à qui Bucquoy ne prend pas - encore - trop la tête), on a fait un effort pour l'éclairage, Jan ne se prend pas encore pour une sorte de Jodorowski des Flandres, et on obtient au final un objet filmique normal. Pas transcendant non plus, mais déjà profondemment touchant. Noel Godin
apparait sous les traits de Pierre Mertens, archétype hilarant de l'écrivain littéraire avec son sac de tabous hors d'usage qu'il s'imagine pulvériser.

Le second, Camping Cosmos, commence à virer au machin. Pas que je me plaigne, j'aime bien les machins. En gros, c'est l'histoire d'un mec délégué par le Ministère de la culture belge pour offrir le grand art (dont des représentations de Brecht) à des vacanciers issus d'un milieu disons populaire dans un camping au bord de la mer du nord. Une fois le pitch posé (avec l'inévitable Pierre Mertens), Bucquoy laisse ses personnages errer sur le sable, généralement à la recherche d'improbables histoires de fesse. Jan, il faut bien le dire - et on s'en doutait depuis le premier opus - apparait comme un insupportable égotique, angoissé-à-la-mec, c'est à dire obsédé et terrorisé par LA femme, portant en croix l'orgasme de sa partenaire et ne rêvant que de voir des petites culottes (en espérant qu'elle n'en porte pas). Un mec imbuvable au quotidien, en somme, mais qu'on a envie de prendre dans ses bras. Dans nos rêves, bien sûr ; c'est ça, la magie du cinéma. En guest star, Lolo Ferrari et ses seins-zeppelin, comme quoi, le 180 bonnet E, ce doit être un attribut de LA femme dans la tête de Bucquoy.

Le quatrième (et c'est mon préféré), La jouissance des hystériques, vire au n'importe quoi avec brio. Caméra DV sans même de stabilisateur d'image, autofocus en folie, cadrages aléatoires. Quant au scénario, c'est son absence qui rend le film passionnant (enfin pour moi). En fait, c'est une sorte de film sur un film : Bucquoy insère les castings, les balades qu'il fait avec les comédiennes qu'il essaie de draguer, puis le tournage en lui-même. Oui, je sais : on appelle ça un making-off. Mais, avec ma naiveté et mon côté gogo, je trouve ça génial, cette idée de film de film. Sans compter, évidemment, que je me demande si ce making-off, en particulier durant le tournage du tournage, est scénarisé, dirigé, bref, s'il s'agit d'un faux making-off ou si c'est vraiment le tournage d'un film qui n'a jamais vu le jour étant donné le climat excécrable qui règne sur le plateau. Toujours mon gout immodéré pour les hoaxs ...

En fait, ce que j'aime dans La jouissance, ce sont les actrices (et je ne peux que féliciter Bucquoy). Touchantes et exceptionnellement réelles, semblables à ces
inconnues, voisines de café que l'on entend discourir. Malgré ses obsessions qui devraient fausser l'ensemble dès le début, Bucquoy réalise là un film très précieux sur les femmes (et non pas sur LA femme), incroyablement juste et pertinent (comme quoi je mets toujours en pratique l'inverse exact de ce que je professe). De surcroit, il les choisit avec un rare bonheur : sans être vraiment jolies, elles sont bouleversantes et évoquent  en images fugitives les celles-qu'on-aurait-voulu-aimer, les toutes celles-qu'on-aurait-voulu-aimer, qu'on n'a jamais rencontré ou pas osé aborder. Et qui se sont accumulées dans notre mémoire occultée, celle qui ne s'ouvre d'ordinaire que durant le temps des rêves, et que la vision du film de Bucquoy éventre, laissant échapper une nuée de ces ravissantes. Je n'imaginais pas qu'il put y en avoir autant.

En fait, et je m'en aperçois maintenant, le sujet de l'article, ce devrait être plutôt les pas-vraiment-jolies-mais-bouleversantes. Ce serait pour une autre fois, d'autant que j'en ai croisé une, il n'y a pas longtemps, dans un aéroport. Un des prochains articles donc ...


gail
Gail sur le tombeau de Guillaume Appolinaire




Posté par memapa à 00:31 - Les films concept - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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