Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

20 août 2007

Un dimanche sous le signe du savoir

Dimanche 13 heures. Les boreks nous plombent tous les deux et j'insiste lourdement pour que mon oreiller à yeux bleus reste sous ma tête plutôt que d'aller faire des trucs insensés dans la cuisine (genre : ranger). Comme elle a décoré ses chiottes de cartes postales de divinités hindoues (représentées  dans le style très virulent de la couleur locale), je lui en cause histoire de meubler une conversation qui va doucement vers l'extinction, puis vers un sommeil fatal. Yo, ma fille, tu le connais Brahma ? Ah que non, mon aimé, point je ne le connais. Mais si (voyons), le zig quadrigueulé.

Bref, de fil en aiguille, elle m'apporte la Bhagavad-Gita, commentée par le guru Robert Dusapin (en moyenne, compter 50 lignes de commentaires par verset). Je lui dis (à l'oreiller à yeux bleus) : Histoire de nous distraire, récitons un brin, je fais Krishna et toi Arjuna. Trop bien. Et culturel, par la même occasion. Ca me semblait une bonne idée : Arjuna fait que causer tout seul au début, il se plaint, maugrée, râle, se lamente, est-ce bien raisonnable de se lancer dans une bataille pareille, qui va faire tant de morts, même si ce sont des coquins. Moi, je m'imaginais que le Krishna (8ème avatar de Vishnu comme vous le savez tous) allait juste y aller de son petit mot d'encouragement et laisser l'intégralité du speech au combattant. Que nenni, que nenni. Une fois qu'Arjuna nous a expliqué que la guerre gross malheur, Krishna développe la doctrine du Brahman, à la fois ni engendré, ni non-engendré, et de la voie ad hoc (je résume), et le boxing guy se contente de temps à autre d'expliquer qu'il n'entrave pas tout, pretexte à une nouvelle glose. D'abord ça commence par la permanence du Soi ; de toute façon, les méchants d'en face vont mourir et renaître, ce ne sont qu'habitacles du Soi, tu peux y aller fiston, c'est pas grave, ça reste dans l'ordre des choses. Etonnant qu'à Nuremberg, les accusés n'aient pas adopté ce système de défense. B'. approuve. Arjuna, lui, reste un peu sceptique. Je continue : Et puis, garçon, tu es kshatriya, guerrier, et il n'y a rien de plus élevé que d'accomplir son devoir. Tue les tous, Brahman reconnaitra les siens.

Là, je commence déjà à haleter à tenir sans cesse le crachoir, et B' s'ennuie un peu, le jeu des acteurs étant peu équilibré. Ca continue sur des points de doctrine légèrement gavants (mais certainement très honorables, en particulier parce que ça permet de justifier le système des castes). Après on arrête, j'en ai ma claque, et puis c'est l'heure d'aller au ciné. Au passage, B'. m'apprend que le Christ et Mahomet seraient des avatars secondaires de Vishnu. Depuis je cherche la liste des avatars scondaires. Sans succés.

Beaucoup plus tard, lors de la commande du kebab : un vieux se pointe et explique au serveur-découpeur de viande qu'il a des viagras et qu'il peut lui en fournir. Son interlocuteur renacle et lui répond qu'il a lu dans Le Parisien que pas glop le viagra. L'autre, indigné, mais non pas du tout, c'est cool, ça marche du feu de dieu. J'hallucine, ce qui permet au serveur de verser une nappe de sauce blanche sur les frites sans que j'ai le temps de réagir.

Extinction des feux.

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17 août 2007

Pseudo-intimité

Comme on l'a vu au numéro presque précédent, il est assez difficile de pratiquer une critique un tant soit peu globalisante, parce que tout film serait unique, microcosme qu'il serait vain de comparer à un autre et dans lequel il serait absurde de chercher des régularités. Jourde en faisait déjà la remarque pour la critique livresque : taisez-vous à moins d'avoir lu tous les livres d'un auteur et d'en faire des citations in extenso. Dans le cas fort improbable où ce serait le cas, on vous accusera d'être maso et/ou de cracher dans la soupe. Terrorisme intellectuel fondé sur une soi-disante singularité. Appliquée à d'autres domaines (l'Histoire, par exemple), on voit bien que ce genre d'attitude interdirait purement et simplement de faire émerger une once d'intelligibilité.

L'idée centrale dans cet article, certes foutraque (mais je progresse toujours par association d'idées), c'est que l'intimité est ce qu'il y a de moins personnel, et qu'appliquée au cinéma, cette position (la mienne) tend à démontrer que la dite intimité est une sorte de référentiel de second ordre, référentiel qui verse rapidemment dans la collection de clichés et l'académisme.

Je vais essayer d'être plus clair. L'intimité (la vraie intimité) et les affects associés sont à mon sens infilmables. Parce qu'ils ne font pas sens, parce que l'impondérable agitation des sentiments est justement impondérable, et au sens strict immontrable. Quiconque a par exemple vécu une scène de rupture amoureuse sait bien qu'il s'agit d'un chaos quasi incompréhensible. Ou pas de chaos du tout. Ou des chaos sans comparaison possible de l'un à l'autre. Séries de non-dits, de mutismes, alternant avec des explosions non-signifiantes. On est en présence de singularités  brouillonnes d'où il  est vain de tenter de faire apparaitre un ordre ou une/des régularités. Versez des liquides colorés inmiscibles dans un récipient et agitez : les formes qui apparaitront seront aléatoires et, d'une certaine manière abstraites. Seule une thérapie pourra, éventuellement, au bout d'un temps plus ou moins long, permettre de retrouver les lignes de force au sein du chaos. Mais le cinéma (ou la littérature) ne relèvent pas du même domaine que la thérapie.

Or, le chaos ne fait pas bon ménage avec la représentation. A mon sens, le seul moyen de filmer la progression des affects, serait une caméra cachée. Mais on obtiendrait quelque chose de tellement incontrôlé que c'en deviendrait incompréhensible. Et pour tout dire, ennuyeux. Il semble qu'il faille dans la représentation qu'un minimum de sens apparaisse. A moins de verser dans l'expérimental, exercice extrèmement périlleux, courageux et au final totalement casse-gueule (Les Idiots sont une des rares réussite en la matière).

Comme, pour des raisons qu'il serait interessant d'interroger, la représentation des affects et/ou de l'intimité est quasi indispensable au cinéma, on se retrouve avec l'obligation de produire quelque chose de cohérent et de compréhensible à partir de ce chaos. Ne fut-ce que pour des raisons d'identification, il est presque nécessaire que le spectateur sache plus ou moins quelles sont les motivations et/ou la psychologie des protagonistes. Généralement, on n'est pas dans du Guy Maddin où les acteurs semblent mus par quelques processus tus au second-plan. 
En pratique, il semble qu'il y ait deux solutions pour se tirer d'affaire : Soit le mélo, soit ce que j'appelerais la pseudo-intimité (entendons-nous bien : il s'agit d'un découpage opératoire ; en pratique, les choses ne sont pas toujours aussi tranchées, et on peut dans un même métrage passer d'une position à une autre, voire adopter une position intermédiaire. Ca arrive, mais c'est rare. Je fais là une tentative d'explication globalisante, générale, ce que tout le monde fait dans la vie réelle quelles que soient les circonstances ; il semble que ce soit une forme d'hérésie dans le cas du cinéma et plus généralement des représentations, disons esthétiques).

Dans le cas du mélo, donc, les affects vont faire sens par hypertrophie. On va les ranger par grandes catégories, et exacerber les dits affects. Comme dans le théatre antique, si on veut. Ce faisant, les protagonistes vont être agis par des archétypes de sentiments, quasi catricaturaux dans leur énormité. Par exemple, quand on y réfléchit cinq minutes, Mama Roma est totalement impensable, irréaliste, pour peu qu'on essaie de le transposer dans la vie réelle avec des personnes normales, qui se comportent comme les gens que nous avons quotidiennement sous les yeux. Ce qui n'a d'ailleurs aucune espèce d'importance : nous sommes dans le domaine de la représentation, donc des codes dramatiques. Et si les dits codes sont à la fois intégrés et partagés par les spectateurs, tout va bien. C'est l'essence même de la représentation. La représentation n'est PAS le réalisme, voire la vérité, mais l'adéquation des codes. Du point de vue du mélo, tout baigne de ce côté là (ce qui n'empêche  évidemment pas qu'il y ait des bons et des mauvais mélos, mais pour le moment on n'interrogera pas les raisons des réussites ou non-réussites).

Deuxième optique : la pseudo intimité (qui est majoritairement à l'oeuvre dans le CFI). Là, et quoi qu'on en prétende, il s'agit de présenter les affects comme réalistes, au contraire du mélo. Une des meilleures preuves qui en soit vient de ce que les critiques soulignent dans ce cas la justesse de l'interpretation, la véracité des situations mises en scène. Or, si comme je l'ai dit, l'intimité est infilmable, on est évidemment confronté au problème que la dite intimité mise en scène est un trompe-l'oeil, un simulacre. Ce qui fait que je l'ai désignée sous le terme de pseudo-intimité. On est toujours et nécessairement dans la mise en scène de codes dramatiques, mais cette utilisation des codes est parasitée par une prétention au vérisme. Au final, la référence n'est PAS la somme des affects réels, mais une série de codes, sans que l'ambiguité soit levée. Ce que je veux dire par là, c'est que lorsque des critiques vous tannent avec la justesse de l'interprétation de X ou Y, il ne s'agit pas de la justesse vis à vis du réel, mais de   l'adéquation vis à vis d'un catalogue d'affects reçus, comme il y a des idées reçues. L'intimité (la pseudo-intimité, en fait) devient alors un sac à clichés qui ravit le spectateur parce que ce sont justement des clichés qu'il s'attend à recevoir (j'ai traité d'ailleurs de cette problématique en long, en large et en travers lors de ma critique du film de HPG). Et je le répète, nous ne sommes pas dans le cas du mélo, car les codes ne sont pas assumés en tant que tels.
Evidemment, on peut se demander pourquoi et comment il peut y avoir un public pour ce genre de représentation. En première instance, on pourrait désigner le narcissisme et le conformisme comme coupables évidents. C'est un sujet de reflexion assez passionnant, mais qu'on va laisser de côté pour le moment. Ce qui m'importe plus, c'est que tout un pan du cinéma (le CFI pour faire court) fonctionne à la pseudo-intimité. Oeuvrant à partir d'un catalogue de clichés non interrogés, il verse inexorablement dans un académisme casse-couille et très chiant puisqu'il faut appeler les choses par leur nom. Comme tous les académismes qui se respectent, il n'est évidemment pas repéré comme tel. Le propre de l'académisme, c'est d'être stigmatisé trois décades après ou par un petit cénacle d'emmerdeurs patentés à l'époque. Ce qui n'est pas , je le concède, une raison nécessaire et suffisante pour désigner le CFI comme académique. Il s'agit juste d'un faisceau d'indices ou de présomptions.

On arrive au bout de cette tentative d'explication. J'ajouterais, disons d'un point de vue politique, que l'utilisation à outrance de ce sac à poncifs procède d'une vue-du-monde pour le moins conservatrice, qui m'est tout à fait insupportable, moralisatrice, gnangnan, et faisant l'apologie de pseudo-sentiments parmi les plus tartes et les endormis qui soient. Le CFI, de ce point de vue là, est une apologie du statu quo, à mon sens dix fois plus nocive que l'espèce de bushisme couillu qui se déploie dans les productions Brukheimer, par exemple. Bons sentiments (au sens strict du terme), affects prévisibles ne font que renforcer (au besoin en la copiant) la bénévolence prout-prout distillée par la télé.

Alors évidemment, on pourra me reprocher de parler dans le vide, dans l'absolu, sans me réferrer à des exemples précis, et untel pourra toujours me dire que Comment je me suis disputé ma carte visa (ou un autre) n'est pas du tout comme ça, et que non, d'abord, c'est vachement différent et authentique. Je dirais simplement que je ne vais pas me fader 10 ans de cinéma pete-couilles pour arriver à la conclusion que, comme prévu, j'avais raison (sauf pour les traditionnels 10% d'exceptions). Et pourquoi aurais-je donc raison ? Essentiellement parce que cet académisme de la pseudo-intimité est un phénomène structurel, historico-social, qu'il n'est pas apparu par hasard, et que sa bonne santé n'est pas dûe non plus au hasard. Pour simplifier, disons qu'il y a un public qui réclame ça, de l'argent injecté pour produire ça, des réalisateurs formatés pour ça dans les écoles ad hoc. Tenter de comprendre le faisceau de nécessités qui génère le CFI m'obligerait à me pencher sur la désirabilité de la pseudo-intimité - et donc la désirabilité du normatif qu'elle sous-tend. Ce site est parsemé de fragments de tentatives d'explications, mais il n'est pas certain qu'on puisse en tirer un schème cohérent. De plus, ce qui m'interesse, ce sont les irrégularités, les exceptions, et il serait un peu fastidieux de trouver le pourquoi et le comment de la régularité, régularité inutile, inutile d'un point de vue esthétique.

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15 août 2007

Oralité

Je pense avoir été suffisamment pénible avec  mes constantes tergiversations autour  du thème de l'oralité en littérature. Queneau a écrit des choses fort interessantes sur le sujet (et les a d'ailleurs mises en pratique). En substance, selon lui, on ne peut pas rendre le langage parlé à l'écrit ; dans le meilleur des cas, on pratique une sorte d'adaptation, un peu de même nature que  la traduction. L'oralité, serait, en gros, un genre en soi, exercice périlleux qui demande un talent absolument pas considéré à sa juste valeur. Pratique extremement casse-gueule qui débouche à la fois sur des catastrophes littéraires, et/ou sur un mépris des gens qui parlent. D'où, par exemple, au cinéma, des dialogues faussement improvisés (comme si les gens improvisaient), sur de la mauvaise littérature, de la littérature littéraire ou sur des niaiseries codifiées, façon au théatre ce soir. En fait, il faut un peu raffiner le propos (comme on raffine le pétrole) : en fait, les gens improvisent bien. Mais à la façon d'un jazzman : à partir d'un fond de travail, de gammes indéfiniment répétées, de patterns, de standards, jusqu'à ce qu'en sorte - éventuellement - de petites merveilles de phrasé.

Il ne s'agit pas juste d'élucubrations de ma part, d'un délire théorique de crâne d'oeuf.

J'y étais.

Dans un wagon de métro, trois jeunes types qui discutaient de leurs conditions de travail. Si j'ai bien compris, ils étaient stagiaires chez Clément (une chaine de resto, une franchise) où ils devaient être commis de cuisine ou quelque chose comme ça. Niveau CAP me semble-t-il. Peut-etre BAC, je ne sais pas trop. Mais pas le genre à être invités à une émission littéraire. Or, ces représentants archétypiques de la France-d'en-bas (suivant les criteres de Libé) employaient une langue chatoyante, inventive et riche, la digne descendante de celle qui avait émerveillé Queneau à l'époque. Un festival de grands huit, de trouvailles, de raccourcis surprenants, toute l'extraordinaire fécondité de la langue populaire se déployait là, sous mes yeux (et mes oreilles) éblouis. Les vieux cons qui se lamentent et diagnostiquent un affadissement du français ne doivent jamais avoir laisser trainé leurs pavillons du côté du métropolitain, de KFC ou d'un rade de quartier. J'étais subjugué. J'avais presque envie de les embrasser, les trois gusses. Du réservoir sortaient des expressions polies jusquà la perfection par l'usage, le gout de la formule, l'envie de métamorphoser une banalité en quelque pétaradante sentence. Le génie de la langue devait être ce réservoir, cette mer sans limite où, tels des poissons soumis à des manipulations génétiques, les phrases n'attendaient plus qu'a être péchées par quelque nonchalant passant.

Ce n'était pas tant cette forme d'impureté ou d'immaturité chère à Gombrowicz qu'une réelle inventivité collective. Et, moi qui ait un sens du collectif proche du négatif, j'étais comme amoureux, avec ce vague sentiment d'exclusion - celui de l'amoureux justement. Mais je savais aussi que j'étais partie prenante de ce bouillonnement, et que rien ne s'opposait à une incursion dans ce territoire enchanté.   

Il y a peu d'exemples où j'ai pu être ainsi frappé par la beauté du social. Expression un peu prout-prout, je le concède. Mais je n'en ai pas trouvé de meilleure.

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14 août 2007

Je radote

Yo, les kids, je vous aime (mais vous vous m'aimez pas).

Je continue avec les polars français - ou semi-froggy en l'occurence, avec Sans espoir de retour (pourtant de Samuel Fuller) que nous avons regardé pendant 20 minutes avant, qu'alertée par mes hurlements, B'. ne se décide à l'arreter. On a continué avec les Contrebandiers de Moonfleet, comme quoi les valeurs sures, y'a que ça de vrai.
Si vous voulez, ce film, c'est de la mauvaise littérature. Déjà qu'un livre soit de la mauvaise littérature, c'est grave. Qu'un film en soit, c'est dramatique.
C'est une des raisons pour lesquelles - à mon sens - le cinéma français (d'auteur - le reste est à chier) est naze. Car il est naze. Ce que les suppots du Grand Capitalisme Sino-Hexagonal de Shangols refusent d'admettre. D'abord parce qu'en France, le cinéma me semble être une extension de la littérature. Et de la mauvaise littérature, qui plus est. Les criteres des so-called critiques proviennent aussi de la littérature - toujours execrable. Le public cultivé désireux de partager les codes culturels (Attention : retour de Bourdieu et du capital symbolique !) n'est à même de décrypter una pelicula qu'en fonction des dits criteres. Et n'en retient que les signes de culture (littéraires en l'occurence). Là, c'est la vengeance de la rivalité mimétique.
Ô, pourquoi, mes burnes, martelez-vous ainsi, jeunes et moins jeunes amateurs/trices de  cinéma intimiste ?  Que connaissez-vous donc à  cette intimité, sinon  des clichés sur ce que doit être la représentation de l'intimité ? Posez-vous la question : qu'est-ce que l'intimité ? Comment peut et doit être (re)présentée l'intimité ? Avez-vous seulement la moindre idée de ce qu'est l'intimité ? Ne confondez-vous pas l'intimité et sa représentation ? Ou plutôt ses représentations éculées ? Je suis toujours assez surpris d'entendre des amateurs de cinéma intelligent fustiger les blockbusters sous pretexte qu'ils sont bourrés de clichés. Mais les histoires-de-couples-a-problemes ou d'ados-qui-ont-bien-du-mal-à-vivre en sont tout autant gavés, et jusqu'à la gueule encore. Dans le premier cas, il s'agit de clichés bourrin/gros con/redneck, dans le second, de clichés de bon gout, de clichés pour cultureux à la petite semaine. Ce qu'on ne semble pas voir, c'est que paradoxalement, le cinéma d'auteur certifié NF est un cinéma de genre, au même titre que le cinéma de zombies, de prisons de femmes ou de nonnes en chaleur. Et un genre sclérosé, de surcroit. La différence vient de ce que le premier est non seulement culturellement (et socialement) acceptable, mais aussi désirable (comme un coupé BMW, pour enfoncer le clou), alors que le second à fort à faire avec un opprobe qui tâche de partout. Quand Resnais fait des films à la fois d'une vulgarité inouie et d'une stupidité qui ne l'est pas moins, personne ne moufte. Parce que : pour que personne ne se perde dans la grande foret sombre, il a  laché un peu partout des petits cailloux, des signes (putain, que je suis lourdement explicite) qui indiquent combien sa production est digne de l'Education Nationale, donc du bien. Ce n'est pas lui qui mettrait en scène des religieuses à gros seins en porte-jarettelles. De la même façon, on ne pete pas à table. Enfin, moi.
Je ne sais jamais si je me fais bien comprendre. A tel point que je me demande si le fait que le cinéma soit une représentation - donc un ensemble de codes - est évident pour tout le monde. Ou si c'est moi qui suis paranoiaque. Ou qui force trop sur le speed. Par expérience, je sais bien que toute discussion sur ces putains de films de sa mère bascule irrémédiablement dans l'affectif, le (supposé) subjectif. Tu comprends, ça me touche au plus profond de moi-même. Mais non, gnome purulent, ca ne te touche pas, c'est purement pavlovien : tu as capté un signe d'affectivité (appris), donc tu réagis en étant touché (et comme tu as appris à l'être). Et en plus ce n'est même pas au plus profond de toi-même. Y-a-t'il au moins quelque chose en sous-sol ? Et si oui, le connais-tu ? Et de toute façon, je le répète, ce n'est pas au plus profond de toi-même, c'est partagé par 10 millions de personnes au même moment. C'est du marketing, bonhomme, du dressage, du socio-historique ; ça n'a rien  à voir avec toi.

Tu vas me dire : par définition, l'intimité est codée, et surcodée, sans quoi, on ne pourrait pas en parler ou même simplement désigner un champ de ce nom. L'intime est socialisée. L'intime est appris. Tu as raison, en partie, Bobby-Joe, je vois que tu suis, toi. L'intime est presque ce qu'il y a de moins personnel en nous, d'une certaine manière. Et peut-etre qu'il n'y a pas de différence entre l'intimité et sa représentation. L'intime par définition serait sa représentation. Le plus personnel (par opposition à intime) serait ce qu'il y a de plus amorphe, de plus evanescent, de plus inexprimable.

Où est le problème, alors ? C'est un problème esthétique. Celui de l'utilisation à outrance des clichés. Il n'y a pas qu'une représentation et une seule quel que soit ce qui est représenté. Le niveau zéro de le représentation de l'intimité, c'est Psychologie Magazine ; c'est de l'explication pour gols, du dressage par rétroaction, une apologie du statu quo, j'en passe et des meilleures. Ce niveau zéro est celui du bon sens, et en tant que tel, il a sa fonction, même s'il me fait gerber pour différentes raisons. C'est le niveau de la vie, et ajouterais-je, de notre vie dans ce qu'elle a de plus passable. Passable n'est pas ici le contraire d'heroïque ou de rebelz ou de je ne sais quelle connerie pour nietzchéen analphabète. Passable signifie : quand nous ne sommes QUE des pions interchangeables, QUE des items (sur-)socialisés, les jours de déprime, de fatigue, de faiblesse, et que nous agissons effectivement comme dans Psychologie Magazine. Ce niveau zéro ne devrait pas être le niveau de la création. Sinon à quoi bon ? La création devrait commencer au niveau 2 (le niveau 1 étant celui de la vie de qualité). Or, et pour en revenir au sujet initial, le problème du cinéma français d'auteur, c'est qu'il est sempiternellement scotché à ce niveau zéro, quoi qu'en prétendent certains critiques (dont on peut se demander s'ils ont connaissance des niveaux 1 et au dessus).

Et puis, bon, laissons de côté la théorie. Ca vous interesse, vous, les histoires de couples ? Ca vous interesserait sans votre narcissisme projeté ? Pas moi. B' ne cesse de le répéter : Rien à foutre de tout ça, ma vie est bien mieux. Et pas plus tard qu'hier, au video-club, la grande scène du II entre un homme/une femme lors du choix du DVD. Les Atrides n'étaient pas très loin. Alors, pourquoi aller au cinéma (frilosité ? Peur ? Désir de retrouver sa médiocrité (temporaire) validée ?) ?

Je vous le demande.

En mon âme et conscience.

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10 août 2007

Un continent

Je sais, les recensements de mots-clefs, c'est un peu facile. Mais je viens de dégotter un fabuleux spécimen qui m'émerveille.

Voilà, c'est : Comment devenir incontinent ?

Etrange formulation non ? Notre ami le googleman aurait bien plutôt du écrire Comment devient-on incontinent. Parce que Comment devenir incontinent sous-entend une volonté, l'envie de le devenir. Comme devenir pompier, maréchal des logis, ou vachement musclé.

Et je m'imagine - sourire aux lèvres - un type (ou une femme) qui toute sa vie a révé de devenir incontinent. Une sorte de quete mystique. Un graal. Ou parce qu'il a lu quelque part que c'était un truc d'enfer pour tomber les filles. Ou parce qu'il bénéficie d'une perversion rare, à savoir porter des couches-culottes. Et qu'il aimerait maintenant passer à la vitesse supérieure. Ou bien c'est un nonagénaire angoissé de ne pas être comme ses pairs. Que sais-je encore ...

On peut évidemment conclure à une mauvaise maitrise du français ou au contraire à une bonne connaissance des mots-clefs dans les moteurs de recherche. Mais imaginons 5 minutes que ce soit vraiment un désir chez lui. Un univers de possibilités infinies s'étend alors sous nos yeux. Peut-être même un monde meilleur. Sans déconner.

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09 août 2007

La course

Well, my friends. Etant donné que tout le monde est en vacances et que personne ne m'aime (sauf Ptipois, que le Seigneur lui offre des tartes au coing), je peux me permettre de raconter des trucs ne présentant même pas l'ébauche d'un début d'intêret.

Ainsi je pourrais me mettre au scrapbooking ou aux colliers de perles, et vous faire admirer mes réalisations. Ce qui repousserait les limites de l'horreur au delà de la ligne Oder-Neisse. Mais c'est le propre du scrapbooking que d'alimenter la gerbe de ceux qui croyait qu'après le fil-à-clous le monde reviendrait à un peu plus de beauté ou simplement de bon goût.

Mais mon truc à moi, ce sont les DVD, et en particulier ceux que la ville de Paris met à ma disposition. Alors je parle des DVD que j'ai vus. Logique. La course du lièvre à travers les champs, par exemple.  Chouette titre, non ?  Encore que j'aurais  préféré  La course du lièvre à travers les champs de rutabagas en fleur du côté de chez Swann. Mais ne soyons pas trop exigeants non plus.

Ce n'est pas seulement un film chiant. C'est un film à chier. Et quand je dis à chier, c'est faute d'une catégorie  qui incluerait les films  sur lesquels on a en vie de balancer des objets contondants au risque de faire imploser la télé. Tellement à chier que j'en ai parlé pendant tout le repas à B', qui bonne fille m'a écouté sans réchigner. Du côté de Corvisart. C'est à chier aussi, dans ce coin, soit dit en passant, tellement mort qu'on se croirait à Minsk en hiver. Après, elle m'a jeté des coups d'oeil, comment dire, mutins, et même plus que, un peu comme ceux que Samantha reserve au livreur de pizza, vous savez, celui qui passe ses journées à lever de la fonte et à increaser son pénis. Comme quoi, pour rendre les filles moites, rien ne vaut la narration d'une grosse bouse. C'est un scoop.

Essayons de circonscrire. La course ... est un polar français. Qui d'après le producteur devait faire la nique aux productions US. Un polar de dimension internationale. Les producteurs de polars ricains doivent encore en rire à l'heure qu'il est.

C'est une merde. 

Scénarisée et dialoguée par Japrisot. Auteur que je croyais juste sans intêret. Et dont je viens de mesurer la nullité abyssale. Les dialogues sont atroces. Je n'ai jamais entendu pareille vacuité prétentieuse. Même les doublages de kung-fu des années 70 sont infiniment supérieurs. Parce qu'ils se contentaient de faire du texte français à moindre frais. Tandis que Japrisot, lui, semble persuadé de faire du polar littéraire. Littéraire, comme était littéraires les remarques de votre prof (de français) en première. Le genre à penser que Paul Guth, c'est de la littérature. Ou que Modiano est le plus grand écrivain des deux millénaires écoulés. On retombe donc dans un travers classique du dialoguiste médiocre : l'oralité littéraire avec inclusion de réparties minables censées être profondes et/ou décalées. C'est terrible. Terrible. Pour commencer, on a droit à une citation en début de film. De Lewis Carrol, qui pourtant n'a jamais fait de mal à Japrisot , autant que je sache. Régle numéro 1 : quand un film s'ouvre par une citation, arrêtez tout de suite ou sortez de la salle. Ca va être la cata garantie. En plus de verser dans le lourdissime name-dropping (genre : ma petite soeur m'a raconté qu'elle a vu un Arte-documentaire sur Caroll, d'où l'étendue de ma culture qu'il faut que j'étale). Japrisot, j'ai honte pour toi !

Que je vous raconte un peu l'histoire : Tony (J.L. Trintignant) photographie un jour la procession des gitans aux Ste Marie de la mer depuis un petit avion de tourisme. A 30 mêtres d'altitude. Ben voyons. En plus, en même temps qu'il pilote son zinc en rase-mottes, tout seul, il se penche par dessus le cockpit pour prendre des photos. Oui, oui, en pilotant. Mais oui, mais oui. Evidemment il se gaufre et écrase des petits gnenfants. Gitans. Mais il est acquité. Ben tiens ! De mon point de vue, c'est un homicide involontaire du à un comportement dangereux sans compter les infractions au code de la circulation aérienne. Mais c'est pas grave : quand Japrisot adapte Goodis, on ne s'arrête pas à ce genre de détails vulgaires. Donc plutôt que de faire 5-10 ans en taule, Tony s'enfuit poursuivi par les gitans qui veulent venger leurs morts. Il se carapate à New-York. Les gitans le suivent et le plantent. Les gitans sont partout et leur caisse noire est bien remplie. Sans compter leurs pouvoirs psys qui leur permettent de rechoper le dit Tony - toujours en cavale - à la descente d'un train en plein milieu de nulle part.

Un peu plus tard, Trintignant, toujours courant, tombent sur des malfrats qui l'embarquent parce qu'il est témoin d'un assassinat et s'enferment avec lui dans une cabane au Canada (authentique). Ils vont faire le casse du siècle, et Tony va avoir une bonne heure, si ce n'est plus, pour les convaincre de le prendre avec eux. Pendant ce temps, les gitans veillent. Qu'on remarque bien : le film dure un peu plus de deux heures, Tony arrive chez les truands environ 15 minutes après le générique, et le casse, tout compris, en dure 20. Donc plus d'une heure en huis-clos durant laquelle, il ne se passe RIEN, sinon une pénible succession de dialogues qui font honte. C'est la french touch.

Le casse du siècle consiste à récupérer la femme d'un mafioso chez les keufs de Montreal et à l'échanger contre un million de dollars. Et tout le monde meurt à la fin.

Bien. Voilà pour le scénario.

C'est un film avec des gitans, donc. Pour commencer. Rempli jusqu'à la gueule des clichés gitanophiles pour mémères que Reiser avait joyeusement massacrés dans une BD d'anthologie. Vous savez ce que font les gitans en planque ? Non, vous savez pas, et vous ne pouvez deviner. Et bien ils jouent de la flûte façon Georgiu Ramonescu et sa flute de pan magique (musique de Francis Lai, miam !).

Ensuite, comme c'est une sorte de film d'auteur, plutôt que de donner dans le polar réaliste, efficace et bien foutu, on préfère avoir recours à des trouvailles. Probablement littéraires, les trouvailles. Genre : les filles s'appellent Sugar ou Pepper. Si, si. Ou bien la femme du mafiosi a 13 ans d'âge mental et s'appelle Toboggan. Si, si. Encore. Comme elle est un peu limitée, elle se trimballe avec une poupée qui dit des trucs comme Oh, comme ce monde est cruel quand on tire sur la ficelle. C'est une trouvaille. Ce film regorge de trouvailles du même tonneau. Evidemment, on se demande : qu'est-ce que cela apporte  que la femme du mafioso soit gole et que la poupée débite du sous-Marc-Aurèle ? Réponse : rien. Dans l'esprit de Japrisot, ça doit être top classe, mais dans celui du spectateur, il ne s'agit pas de trouvailles, mais juste d'idées totalement nazes. Une dernière (trouvaille) pour bien mesurer l'étendue des dégats : les gitans se trimballent dans une Rolls, admettons, mais pas n'importe quelle Rolls : une Rolls sur laquelle ont été collées des fleurs hyper flashy. Je veux bien que le film date de 1972, mais tout de même ...

Ajoutons à cela :

  • Une direction d'acteurs inexistante. Mention spéciale à Trintignant qui s'en branle avec une persévérance qui force le respect.
  • Des scènes symboliques épouvantablement filmées (Ah, les billes de Trintignant gosse qui dévalent les escaliers !).
  • Un rythme myopathe
  • Des seconds couteaux inexpressifs. D'ailleurs, certains semblent anglo-saxons et de toute évidence débitent un texte qu'ils ne comprennent qu'à moitié.

Pour finir, ce que j'appelerais une idéologie gerbeuse, il est vrai omniprésente dans la majorité des polars français (sauf chez Boisset, mais à tout prendre, je préfèrerais). En gros, les truands sont des mecs durs mais justes, pour qui la fidélité et l'amitié ne sont pas des vains mots. Que les droits communs aient toujours été la plaie des camps et, en tout temps, de pures ordures ne doit surtout pas entrer en ligne de compte. Les flics, par contre,  sont vraiment des salopards, et les femmes des bonniches. Que Tony se tape Sugar et Pepper (dont il a tué le frêre) est dans l'ordre des choses. Pas de doute, c'est une idéologie. Nauséabonde. Mais qu'apprécie Japrisot de toute évidence.

Je crois que j'ai terminé, là. Je pourrais évidemment continuer à énumérer les perles que ce film recèle, mais je crains de fatiguer le lecteur et moi aussi. Un grand film, donc, à regarder pour choper la haine, mais en avance-rapide par moment pour ne pas s'endormir.

DE LA MERDE !

DE LA MERDE !

DE LA MERDE !

 

Posté par memapa à 17:13 - Les mauvais mauvais films - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 août 2007

Men at work

En réponse à O. qui a entamé la discussion.

- (O. causing) A-t-on le droit de dire à une femme qu'on a envie de lui bouffer la chatte parce qu'on est subjugué par son intelligence, sa culture, sa présence, en un mot, par sa personne ?
- (Moi baragouining) Comme ça, tout de go ?
- Ben, ouais, sinon je poserais pas la question.
- Elle est mignonne, en plus ?
- Oui, mais c'est pas là le problème. Elle me laisse pantelant comme un con, rien que d'entendre sa voix, je ne peux penser qu'à fourrer ma tête entre ses cuisses.
- Mais ta bite, non ?
- Naaan, pas tout de suite, ce serait un manque de respect.
- Je vois ... (muchas refleccionnes at full speed) ... je dirais que, dans l'absolu, oui, tu en as parfaitement le droit. Mais ...
- Mais, ça ne se fait pas, c'est ça ?
- Pour être franc, j'en sais rien si ça se fait ou pas. A en croire certains courriers des lectrices, tu peux y aller franco. Personnellement, j'ai quelques doutes. Mais le problème n'est pas là. On est des inhibés ...
- Toi aussi ?
- Comme 80% des mecs. Sauf que je ne me la raconte pas, et encore moins aux autres en me tapant une mousse et en mattant en choeur une mignonne, cuisses à l'air.
- On a bien appris la leçon à l'école, et les tartes dans la gueule à la maison, c'est ça ?
- C'est un bon résumé ...
- Donc faut y mettre les formes, faire le beau, jouer les marrants, mais respectueux quand même. Travaux d'approche obligatoires avec quelques pointes, discretes, mais pas trop. Garder la veste probable à l'esprit, mais encercler le donjon à soi tout seul, l'air de ne pas y toucher, mais pas non plus comme le touriste moyen ...
- Je vois que tu as tout compris. Pourquoi poser la question, alors ?
- Tu pourrais être un tombeur à éventrer les koalas et être de bon conseil ...
- Ben voyons, j'ai qu'à me baisser, je claque des doigts pour me retrouver avec 20 candidates au pompage de zguègue illico ... T'as vu jouer ça où, toi ?
- (...)
- Et puis, c'est la femme de ta vie, au moins potentiellement ou c'est juste pour voir venir jusqu'au lendemain ?
- Putain, j'en sais rien, moi, comme si c'était possible d'avoir une idée claire de ce genre de truc. J'ai juste envie de lui mâcher les poils ...
- C'est une obsession, my dear friend ! je ne suis même pas sûr que ce soit une bonne idée et que ce soit bien perçu.
- Le broute-minou ?
- Tutafè, Herr doktor ! C'est un truc qui provoque parfois des remous ...
- Tu déconnes !?
- Naan ... Elles roulent des mécaniques et vont se raconter ou entre elles que ça les fait kiffer trop grave, mais c'est des tchalefs. Comme les mecs quoi, belle victoire du féminisme, soit dit en passant ...
- Tu m'encourages pas, là ...
- Je vais t'avouer un truc : en matière de drague, de bite et foune, et de filles en général, je suis comme tout le monde, je ne sais rien sur rien. On risque toujours de se retrouver comme un connard, comme un convive à poil lors du bal de l'ambassadeur ... Le reste, c'est de la littérature, des fantasmes pour journaleux en mal de copie, du bovarysme bisexué, des conneries qu'on entend, des conneries qu'on se répète tout seul, mais pour ce qui est de mettre tout ça en pratique ...
- Merci, monsieur plus. Grace à votre thérapie-minute, je me sens un autre homme et mes rapports avec le sexe opposé sont devenus frais et limpides comme l'eau qui descend en cascadant des sources volcaniques.
- Le gourou te donne la solution : démerde-toi ...
- Trop cool ...

Un peu plus tard, j'en discutais avec B'. Enfin, pas vraiment du problème de broute-minou ou même de passage à l'acte, mais de thématiques connexes. Résumé de la jeune demoiselle : Il est toujours préférable pour une fille de se faire passer pour plus conne qu'elle n'est. Ca rassure en face. Avec l'inconvénient majeur de risquer de se cogner des tocards finis ad nauseum. De toute façon, d'après elle, il y a statistiquement autant de connes que de cons, la bétise n'etant pas sexuée. Et alors, que je fais remarquer ? Réponse : tout le monde trouve chaussure à son pied. D'après ce que tu as dit avant, c'est pas tout à fait vrai, si les geuzesses doivent se retrancher 10 points de QI pour ne pas affoler les populations. Pour un coup, c'est vrai, mais pour le père des enfants, pour le sérieux, pour le long terme, on arrive à l'équilibre. Ouais, mais dans ce cas, pourquoi y'a-t-il tellement de couples merdiques ? Parce que les gens sont cons en moyenne, et que passés 3 ans, ça finit par remonter à la surface et les mauvaises raisons se bouffent la gueule.

Merci ma chérie.

Bisous-bisous.

[cut !]

 

Posté par memapa à 00:28 - La vie des bêtes - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 août 2007

Hot Fuzz : ça bon !

Je vais me répéter : ma gonzesse à moi tout seul, je vous l'ai déjà dit, elle est canon, elle trouve à redire sur certaines expositions à la Halle St Pierre, elle lit Vygotsky (mais elle est obligée, faut dire), elle est incapable de cuisiner des pâtes à l'eau sans en faire des parpaings, et pour le même prix, elle a bon goût en matière d'humour. Les comédies franchouillardes la navrent, et je la soupçonne de ne rire de mes vannes foireuses que du fait de cette tendresse qu'on éprouve envers un enfant un peu diminué ou un chien avec une patte en moins.

Elle cartonne.

Habile introduction pour vous signaler que Hot Fuzz, nous sommes allé voir (pour causer comme Yoda), et que si vous avez 8 euros à foutre en l'air, gardez-les précieusement pour ce film. Evidemment, il faut aimer l'humour (vraiment) drôle, c.a.d l'humour britannico-scandinave (films vraiment drôles de l'année passée : Hot Fuzz, donc, Le Direktor, et à un degré moindre Severance)

[Attention ce post dépasse les normes européennes en matière d'élitiste, d'arrogance, de mépris et au final de manque d'amour pour nos frères humains.]

Inspiration Monty Pythonesque (le running gag du cygne), et parodie jouissive des bourinades de M. Bay, le film à tout pour plaire, y compris des références (an particulier au niveau du montage épileptique) au cultissime Bad Boys II, un des actioners les plus décérébrés qui soient. A savourer aussi pour la séquence d'intro, gouleyante et qui permet de démarrer à fond de train, le tout avec ce ton pince sans rire que Dieu a (scandaleusement) accordé aux britishs.

Bon, je ne vais pas vous faire l'article pendant 107 ans. Allez voir, Hot Fuzz, c'est bien, c'est drôle et y'a pas Emanuelle Béart.

Dans la foulée, on a continué (en DVD) avec Kriminal, qui semble un rip-off de Danger, Diabolik, mais qui lui est antérieur, donc mauvaise pioche. Sombre histoire incohérente (en italien sous-titrée anglais) d'un génie du crime à tête d'endive et à costume grotesque, ca se laisse regarder quand on est très fatigué tant il semble évident que Lenzi a traité son sujet par dessus la jambe, alternant par exemple les nuit/jour/nuit dans la même séquence.

kriminal1
Là, c'est Kriminal en action avec son costume top gnoufgnouf, qui n'a même pas pour lui d'être discret de nuit étant donné qu'il a tendance à devenir fluorescent en cette circonstance.

kriminal2
Le même sans le costume, et on le regrette bien. Acteur surmotivé, charisme et présence redoutables, le digne prédecesseur de Daniel Auteuil et de 90% des testostéronés du cinéma national.

Sinon, j'ai fait un nasi goreng, pas trop réussi, mais qui a ému B'. par ma capacité 1) à faire à manger 2) à transformer la cuisine en Stalingrad au moment de la redition de von Paulus.

Dernier acte d'un dimanche aussi velu qu'actif : un brain-storming Memapa-B'. pour un épisode télé de Derrick dans le monde merveilleux de l'entreprise ou comment c'est vraiment dur de jouer le métrage comme à la télé. Ben, je peux vous le dire : c'est pas facile d'être nul.

Posté par memapa à 00:18 - Les films bons, oh que oui ! - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 août 2007

Lieutenant, t'es pas très sympa ...

De temps en temps, il est bon de se présenter comme un individu pourvu d'une singularité en molybdène suractivé. Parce que si on dit Harry Potter, c'est trop d'la balle, les gens sont méchants et pensent qu'on est une grosse brelle aliénée et vendue au Grand Capital Culturel. C'est comme ça, faut savoir montrer patte blanche en compissant le ce-qui-est-reconnu.

Y. par exemple déteste Les Damnés. Et probablement tout Visconti, mais je n'ai pas poussé mon enquête aussi loin qu'une déontologie sans faille l'aurait exigé. Moi, c'est le cinéma français dans son ensemble, mais ce n'est pas d'une folle originalité, et souvent, je me demande qui aime le cinéma français (en dehors de plusieurs millions de spectateurs, mais ça ne compte pas).

Alors (on y vient), j'ai sorti Bad Lieutenant de Ferrara de ma collec de films que je n'ai pas le courage de regarder. Généralement, les DVD restent dans ce purgatoire parce que je ne les sens pas trop. Pour une raison ou une autre. Jusqu'au jour où je me dis Bon, Coco, t'es un cinéphile, alors tu as des devoirs à remplir !
Comme je suis un pur salaud, j'ai proposé à B'. de le voir, pour ne pas être tout seul face à l'indicible, alors que je savais pertinemment que ça allait la gaver. Bien sûr, j'ai présenté ça à la Je t'oblige pas, hein, si tu veux, à la place, j'ai la 7ème compagnie fait du camping. J'ai été sournois, disons le.

B'. est une jeune fille saine ; les films qui mettent avec complaisance en scène des dégénérés, ça la révulse. Elle se tape une crise à chaque fois. Elle m'avait pris la tête grave quand on avait été voir Gummo (Mais il est pas mal ce film, esthétiquement je ... Groar groar groar ... Ouais bon d'accord, tu veux une gaufre, un truc comme ça, un ballotin de chocolat ?). Là, ça été pareil. Ce que je conçoit fort bien.

Disons que le scénario de Bad Lieutenant tient en une phrase : Un flic ripou et junkie rencontre Dieu (au sens strict) et se rédime. Ce qui permet au gentil employé du tertiaire de se procurer des frissons à peu de frais (un peu comme dans Requiem for a dream). Keitel prend de la coke, Keitel prend de l'héro (en chassant le dragon), Keitel se branle contre une portière de bagnole, Keitel prend du crack, Keitel se fait un fix, Keitel sodomise un petit garçon dans la boue en se shootant du speed sous la langue (scène coupée au montage). Bref Keitel est un putain de salaud de sa mère, mais il faut lui pardonner, parce qu'il ne sait pas ce qu'il fait. Puis il est confronté à des apparitions de Jesus, un vrai Jesus souffrant dans des plans iconographiquement lourdissimes. Et Jesus en chie parce que le monde est méchant, déjà à cause de Keitel et aussi parce qu'une bonne soeur se fait violer. Ca ressemble à du Ken Russel dans ses bons jours. Donc c'est laid, enflé et ridicule. Keitel a une révélation face à la souffrance et à l'amour desespéré du Nazaréen, et devient bon. Mais il meurt à la fin, parce que quand même, Il est de judicieux de se conformer à la mythologie du modèle (on se sait rien de la résurrection de Keitel, et c'est bien dommage).

Les Européens (y compris les protestants) ont bien intégré la duplicité et le message christique de la religion catholique, sa fascination pour la souffrance, et son sens de l'arrangement. C'est une sorte d'acquis culturel si on veut. Les américains, moins. Ferrara particulièrement, qui nous livre un film pesantissime avec la ferveur du néophyte. Dont un vrai catholique se contrefout, parce que, tout ça, c'est du connu, de l'usé et qu'on s'en tape, en définitive. On a notre fond d'histoires édifiantes (la  pecheresse qui rencontre Jesus et fonde un ordre de bonnes soeurs, typiquement), et comme on a réussi à y échapper depuis la première communion, en voir une réactualisation hystérique nous laisse un petit peu froids, voire de mauvaise humeur.
Bref, c'est attérant de naïveté en gros sabots, la peinture de la déchéance dans les métropoles est devenue un cliché (sans compter que Burroughs et Trocchi en ont donné des versions plutôt définitives), cliché racoleur de surcroit, et la psychologie en AMX 30, ça ne m'inspire pas plus que ça. Et c'est un peu dommage, parce que la caméra de Ferrara est plutôt rugueuse, documentaire, et aurait mérité un sujet à la hauteur. Mais non, pas de chance ...

Posté par memapa à 00:27 - Les mauvais mauvais films - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 août 2007

Le son de Dieu

C'est l'été pourri. Celui de tout de suite, là maintenant. Il pleut donc. Et je suis en terrasse. Couverte, la terrasse, protégée par un toit de tissu rayé, sinon, con, je ne serais pas en terrasse, mais à l'intérieur. Et si je suis là, c'est bien à cause de l'averse, parce que moi, les cafés, même en terrasse, ça m'emmerde. Les sièges sont durs, et je n'ai même pas de bouquin, et puisque les sièges talent mes fesses, je ne le lirai de toute façon pas. En résumé, je suis en terrasse et c'est par accident ; j'attends que les élements me deviennent plus cléments.

Ca se termine doucement ; ne reste bientôt au dessus de moi que l'auvent gorgé d'eau qui s'égoutte lentement. Et comme la circulation est faible, j'entends ce bruit de sucion. Plutôt l'inverse de la sucion, une régurgitation, disons, mais le mot évoque plus une gerbe douloureuse que ce calme dégonflement d'éponge. Comme la mer qui se retire de la grève, mais dans sa version limace ; imaginez qu'on ait artificiellement ralenti la BO. Je reste les yeux dans le vague, tout ouie. Je vogue, tranquille, sur d'évanescentes images informulées ; pensées amorphes puisées quelque part dans l'infra-conscient. Agréable, langoureux, anti-productif.

« C'est le son de Dieu  ! »

Un allumé vient de m'adresser la parole et je sursaute,  comme à chaque fois qu'on m'arrache à mes rêveries.  Un authentique allumé. Pas vraiment le physique de Jesus-je-vous-aime-tous, plutôt propre sur lui, mais avec ce regard de celui qui sait, qui a vu le messie, qui connait l'ur-langue, qui a trouvé le mouvement perpetuel ou qui décrypte le monde à l'aide de la Tradition oubliée de l'Hyperborée. Le genre à fonder des sectes ou des confréries de quidams à la masse.

« Le son de Dieu ; il nous parle, maintenant, comme après chaque averse »

Gotverdom ! Mais pourquoi c'est toujours sur moi que ça tombe ? Et puis, que voulez-vous donc répondre à ce genre d'assertion ? Un Mais non, pas du tout, tocard, le son de Dieu, c'est quand les pissenlits sont soufflés par un petit vent et que la peluche se disperse ? Un Dégage, j'ai déjà donné, et ma nana s'est tiré avec le gourou en vidant le compte en banque ? Non. De toute façon, il ne faut pas me prendre au dépourvu, ça me traumatise, je deviens aussi brillant qu'un hamster à un cours du collège de France. Pas vraiment le sens de la répartie, ce garçon.

« Ah euh, ouais, d'accord ... C'est cool ... »

Nul.

Voyant que je ne suis pas vraiment le disciple attendu, le mec se tire après un sourire trop radieux pour être honnête, et commence à baratiner une charmante, elle aussi en terrasse, et que j'avais repéré. Parce qu'elle est charmante, justement. J'observe. Et je suis vert. Elle est tout sourire, l'écoute, l'invite à s'assoir à sa table, et ça vire fissa à la drague légère et de bon goût sous mes yeux médusés. Les croyants emballent-ils tous avec cette facilité déconcertante ?

Je suis (donc) vert. Et de plus en plus ...

Posté par memapa à 15:18 - Choses vues - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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