Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

31 août 2007

De l'amour au pays du soleil levant

Je n'arrête pas de raconter mes déboires avec ce rewriting de romans pour ados japonais. Dire que c'est gavant n'est qu'un aimable euphémisme. Mais c'est mieux qu'être expert-comptable, d'un autre côté.
M. m'a expliqué, mais je ne suis pas sûr d'avoir bien compris. Mystère de l'âme niponne. Insondable altérité. Un peu comme le wasabi.
En substance, ce genre littéraire est destiné aux jeunes garçons. 13-16 ans, c'est la tranche d'âge. Donc, des aventures viriles, des bastons, des cavalcades et des coups dans les roustons. Mais il est difficile de ne pas remarquer l'homophilie latente (et plus que latente) qui imprègne l'ensemble. Tripoti-tripota et déclarations semi-enflammées, du genre « Oh, machin, comme tes gestes sont gracieux. Je suis vraiment sous le charme ». Ca fait bizarre. Evidemment, je n'ai pas demandé de but en blanc à M. si les japs c'étaient tous des tantes. Je lui ai juste fait remarquer que cela risquait de troubler un lectorat français jeune ou moins jeune (et ravir de vieux dégoutants à la prostate en berne). Elle m'a expliqué qu'un tiers des lecteurs étaient en fait des lectrices. Et qu'elles appréciaient la dite homophilie. C'est pas moi qui le dit, hein ! C'est M.

Donc il y a des lectrices. D'ailleurs l'auteur est une auteure. On s'en rend bien compte devant son manque de maîtrise des cadences de tir des fusils d'assaut soviétiques d'après 1970.
Comme en plus des deux héros, il y a une jeune fille (à la peau de soie et aux grands yeux comme des papillons de nuit), cela lui donne l'occasion de mettre en scène des sentiments authentiquement hétérosexuels pour notre plus grande joie. Car la donzelle est - evidemment - amoureuse du plus effeminé des aventuriers (autre constante dans le genre - et dans les mangas d'ailleurs).
Il va sans dire qu'elle décide illico de voler à la rescousse de son bien aimé poursuivi par toutes les forces de police possibles et imaginables. On se dit : la figure classique du sacrifice féminin, qu'on retrouve chez von Trier par exemple. C'est didactique : apprenons aux jeunes filles à se sacrifier pour le bonheur de leur homme, rien que de très banal. Bien sûr, elles n'auront pas en pratique à affronter les tirs nourris du GIGN, mais sauront plus modestement se plier en quatre pour que la carrière de leur bonhomme se subisse aucune anicroche.

Les choses ne sont pas si simples : l'adolescente rencontre une femme plus agée, larguée par son mari à la naissance du gamin, lequel se trouve être l'amoureux en question. Comme quoi, la vie est bien faite. Et la mère lui tient un discours, ou plutôt se tient un discours en son for intérieur, comme quoi, et contrairement à ce que l'on s'imagine à cet âge, il ne faut pas mettre sa vie en jeu, même pour son amoureux, et qu'il faut apprendre à vivre pour soi-même.

Arrivé à ce stade, on peut faire deux analyses de ce discours :

1) Il s'agit d'une position plus ou moins féministe, au moins par la bande : pas de sacrifice de soi pour l'autre, il faut d'abord vivre sa vie pour soi-même.

2) C'est plutôt une position de mémère, une morale d'épicier : ma chérie, ce que tu ressens là, ça va passer, c'est des conneries, attends un peu et tu dégotteras un bon mari, sérieux et qui ne boira pas l'argent du ménage. Ce serait folie que de courir après ce bon à rien dont tu te lasseras en 2 ans.

J'avoue qu'en l'état, je ne saurais me prononcer (d'autant que 1 et non-2 peuvent coexister). M. m'éclairera peut-être après sa relecture ; il est possible que je sois passé à côté de quelque chose d'essentiel, voire de spécifiquement japonais, et qu'il n'y ait pas lieu de se poser de pareilles questions.

Je vous tiendrai au courant.

Posté par memapa à 00:25 - En vrac - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Moi, je pense que les moeurs japonaises nous dépassent (à tout point de vue). Mais avouons qu'ils sont sacrément dérangés. Une folie douce. Je trouve cela charmant.Je pense également que tout cela dépasse notre morale accidentale. Un point c'est tout (ok, c'est un peu facile).
Figurez-vous qu'un bon ami à moi à traduit un manga dans lequel un jeune homme se réveille un matin avec en guise de main... une jeune fille. Oui ! Aurions-nous pu imaginer tel scénario ? Je ne pense pas, non.
Moi, j'aime bien.

Posté par pixiecc, 31 août 2007 à 12:54

C'est parfois ce que je me dit aussi (que ça nous dépasse). D'un autre côté, les japonais exilés en occident répètent souvent que c'est l'enfer là-bas. Et que ce qui nous parait charmant dans les moeurs pourrait bien être des perversions ...

Posté par memapa, 31 août 2007 à 13:43

ouah, tu as l'air très spécial... !
Ca serait interessant d'avoir une discussion avec toi pour vori dans quel genre de trip tu partirais.


Bonne continuation pour ton blog!!

Posté par rachel, 02 septembre 2007 à 23:26

Ah mais pas du tout. Je suis presque normal sur ce post là :)

Posté par memapa, 03 septembre 2007 à 10:50

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