Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

03 août 2007

Lieutenant, t'es pas très sympa ...

De temps en temps, il est bon de se présenter comme un individu pourvu d'une singularité en molybdène suractivé. Parce que si on dit Harry Potter, c'est trop d'la balle, les gens sont méchants et pensent qu'on est une grosse brelle aliénée et vendue au Grand Capital Culturel. C'est comme ça, faut savoir montrer patte blanche en compissant le ce-qui-est-reconnu.

Y. par exemple déteste Les Damnés. Et probablement tout Visconti, mais je n'ai pas poussé mon enquête aussi loin qu'une déontologie sans faille l'aurait exigé. Moi, c'est le cinéma français dans son ensemble, mais ce n'est pas d'une folle originalité, et souvent, je me demande qui aime le cinéma français (en dehors de plusieurs millions de spectateurs, mais ça ne compte pas).

Alors (on y vient), j'ai sorti Bad Lieutenant de Ferrara de ma collec de films que je n'ai pas le courage de regarder. Généralement, les DVD restent dans ce purgatoire parce que je ne les sens pas trop. Pour une raison ou une autre. Jusqu'au jour où je me dis Bon, Coco, t'es un cinéphile, alors tu as des devoirs à remplir !
Comme je suis un pur salaud, j'ai proposé à B'. de le voir, pour ne pas être tout seul face à l'indicible, alors que je savais pertinemment que ça allait la gaver. Bien sûr, j'ai présenté ça à la Je t'oblige pas, hein, si tu veux, à la place, j'ai la 7ème compagnie fait du camping. J'ai été sournois, disons le.

B'. est une jeune fille saine ; les films qui mettent avec complaisance en scène des dégénérés, ça la révulse. Elle se tape une crise à chaque fois. Elle m'avait pris la tête grave quand on avait été voir Gummo (Mais il est pas mal ce film, esthétiquement je ... Groar groar groar ... Ouais bon d'accord, tu veux une gaufre, un truc comme ça, un ballotin de chocolat ?). Là, ça été pareil. Ce que je conçoit fort bien.

Disons que le scénario de Bad Lieutenant tient en une phrase : Un flic ripou et junkie rencontre Dieu (au sens strict) et se rédime. Ce qui permet au gentil employé du tertiaire de se procurer des frissons à peu de frais (un peu comme dans Requiem for a dream). Keitel prend de la coke, Keitel prend de l'héro (en chassant le dragon), Keitel se branle contre une portière de bagnole, Keitel prend du crack, Keitel se fait un fix, Keitel sodomise un petit garçon dans la boue en se shootant du speed sous la langue (scène coupée au montage). Bref Keitel est un putain de salaud de sa mère, mais il faut lui pardonner, parce qu'il ne sait pas ce qu'il fait. Puis il est confronté à des apparitions de Jesus, un vrai Jesus souffrant dans des plans iconographiquement lourdissimes. Et Jesus en chie parce que le monde est méchant, déjà à cause de Keitel et aussi parce qu'une bonne soeur se fait violer. Ca ressemble à du Ken Russel dans ses bons jours. Donc c'est laid, enflé et ridicule. Keitel a une révélation face à la souffrance et à l'amour desespéré du Nazaréen, et devient bon. Mais il meurt à la fin, parce que quand même, Il est de judicieux de se conformer à la mythologie du modèle (on se sait rien de la résurrection de Keitel, et c'est bien dommage).

Les Européens (y compris les protestants) ont bien intégré la duplicité et le message christique de la religion catholique, sa fascination pour la souffrance, et son sens de l'arrangement. C'est une sorte d'acquis culturel si on veut. Les américains, moins. Ferrara particulièrement, qui nous livre un film pesantissime avec la ferveur du néophyte. Dont un vrai catholique se contrefout, parce que, tout ça, c'est du connu, de l'usé et qu'on s'en tape, en définitive. On a notre fond d'histoires édifiantes (la  pecheresse qui rencontre Jesus et fonde un ordre de bonnes soeurs, typiquement), et comme on a réussi à y échapper depuis la première communion, en voir une réactualisation hystérique nous laisse un petit peu froids, voire de mauvaise humeur.
Bref, c'est attérant de naïveté en gros sabots, la peinture de la déchéance dans les métropoles est devenue un cliché (sans compter que Burroughs et Trocchi en ont donné des versions plutôt définitives), cliché racoleur de surcroit, et la psychologie en AMX 30, ça ne m'inspire pas plus que ça. Et c'est un peu dommage, parce que la caméra de Ferrara est plutôt rugueuse, documentaire, et aurait mérité un sujet à la hauteur. Mais non, pas de chance ...

Posté par memapa à 00:27 - Les mauvais mauvais films - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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