Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

28 juillet 2007

La fille qui pleure

Je ne pleure jamais. Ou presque. Ce n'est pas une histoire de machisme ou autres niaiseries laborieuses pour psychologues du dimanche. C'est comme ça. Une idiosyncrasie. B'. pleure avec une facilité déconcertante. Même quand il n'y a rien de vraiment triste. Ca évacue le stress, prétend-elle. Elle doit avoir raison ; je devrais suivre ses conseils et en faire autant. Mais n'y arrive pas. C'est comme ça.
Je ne pleure pas quand je suis concerné. Même quand je m'effondre au plus profond de mon cul de basse-fosse. Alors qu'il faudrait que je le fasse. Les rares fois où cela m'arrive, c'est sur les malheurs des autres. Pas que j'ai l'âme d'un St François d'Assise. Il s'agit plutôt d'une projection, de sécrétions lacrymales à double détente. Les ouvrages sur la Grande Guerre me font pleurer. Primo Levi aussi. Je place la barre un peu haut, c'est vrai. Ce qui fait qu'on peut me trouver froid ou insensible.
Normalement, B'. pleure en silence. De grosses larmes coulent sur ses joues, ses yeux rougissent. Sans un mot. C'est ce que je croyais. Jusqu'à ce qu'on entende ce couple dans la rue. Ce devait être une rupture ; la femme poussait de pathétiques gémissements, très bruyants, avec une voix hésitante et un peu grasseyante qui semblait indiquer qu'elle était ivre. L'homme répondait de temps en temps, doucement. Je fis remarquer à B'. qu'elle avait le chagrin plus discret, mais elle me détrompa. Pas en ma présence, c'était tout. Elle pouvait très bien faire comme la femme de la rue, mais quand elle était seule. J'avais l'air d'un gros con, à m'imaginer tout connaître d'elle. Et puis je me rappelais cette fois où j'avais été un peu sec au téléphone parce qu'elle m'avait posé un lapin. Un concours de circonstances malheureux. Il faut dire qu'on ne supporte ni l'un ni l'autre les hurlements et d'une manière générale les gens qui s'engueulent en vociférant. Non pas que je l'avais fait, ce jour là ; j'avais juste un peu haussé le ton.
Depuis l'intérieur de mon appart', quelques heures plus tard, j'avais entendu de véritables meuglements dehors, comme un veau désemparé par la mort de sa mère. J'avais reconnu la voix, et étais sorti sur le balcon pour découvrir ce que j'avais inconsciemment deviné : B'. dans la rue en larmes, faisant se retourner tous les passants. J'avais été la récupérer sur le trottoir à toute allure, mourant de honte, monstre de toute évidence pour avoir mis cette jolie fille dans un état pareil. Et il m'avait fallu un bon quart d'heure pour la calmer. Ou du moins à la rendre moins démonstrative.
Elle a souri quand je lui ai rappelé cet épisode ...

Posté par memapa à 00:10 - Confidences - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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