Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

09 juillet 2007

Do you do you prédateur ?

Une partie non négligeable de la population, si elle trouve licite de tuer des bestioles pour se nourrir, est beaucoup plus réticente lorsqu'il s'agit de  laisser tirer à vue sur tout ce qui bouge pour le plaisir. Alors les amateurs de barbaque explosée à la grosse chevrotine s'inventent un surmoi de prédateur, eux dont la machoire ressemble désesperemment à celle du porc ; entre omnivores, on se comprend.
En fait de prédateurs, on se coltine généralement de petites notabilités du coin, légèrement naphtalinisées, les dames qui comptent, et aussi le médecin cynique, revenu de tout sans même être passé par la Coloniale, qui en connait un rayon sur les femmes et a lu Spengler.
Ce sont eux qui ont les fusils.
Les gueux servent à rabattre le gibier. Ami d'un membre d'une branche peu considérée de la famille des possesseurs de l'enclos, je me fais petit dans la horde des manants qui n'ont que leur chien en plus des instensiles  à faire du  bruit. Des clebs, on en a 3, ce qui fait 3 de trop. Un labrador qui folâtre, absolument pas attentif aux opérations cynégétiques, un matiné de fox qui crève de trouille et s'enfuit au moindre bruit suspect et un mixé groendal, en plus massif, qui s'attaque avec férocité à tous les animaux qui font ouaf-ouaf et remuent la queue quand ils sont contents. Dès le départ, il manque saigner le chouchou tout chouquet de La Dame de la Chasse, ce qui n'améliore pas nos chances de voir un jour l'héritière dans le plus simple appareil.
Soyons honnête : il s'agit de pros. Pas de parigos, saisis d'une vague érection printanière à l'idée de ramener un auroch tué à l'épieu à Bobonne. Pas des mongolos qui ne tirent  sur les faisans que lorsque ces derniers ont été préalablement  enfermés dans une pochette surprise peinte en orange-fluo - carton tout temps assuré - et même de nuit sous la pluie. Alors, ils (les pros) se tiennent dos à l'enceinte et flinguent ce qui en sort et passe à portée. A l'intérieur, nouzôtres à pousser des cris, à essayer de rattraper les chiens, à créer le raffut en somme, de façon à repousser le gibier au delà de l'enceinte. Logique.
Déjà, je me sens très con là-dedans, au milieu de cette humanité en pleine regression, et qui accepte cet état de fait parce que c'est momentanément la règle du jeu. Comme les scouts avancent sur les routes en chantant Un kilomètre à pied. Observation du fait social in vivo. Traduisez : on est cons, mais on est (les plus) nombreux, on vous emmerde, et vous avez interet à filer droit. Bref, j'ai vaguement honte de moi et devient de plus en plus silencieux, donc inutile. J'en ai pourtant pour plusieurs heures encore à crapahuter dans ces sous-bois bourrés jusqu'à la gueule de ronces avides et de sangliers sournois. Sans même une fonction clairement définie désormais.

Midi : on mange. Je débarque dans la clairière où m'attend un chevreuil éventré, en croix, comme un christ à cornes. Idem avec une laie un peu plus loin. Les chiens sont comme fous et essaient de s'approcher des tripes fumantes étalées sur le sol. Ce n'est pas là le problème : toute cette barbaque finira dans des estomacs. Par contre les prédateurs qui se torchent joyeusement à la prune, ça m'inquiète un peu plus, un tir de calibre 12 malencontreux et adieu la tête.
Ca continue à se murger comme ça pendant une heure, une heure et midi, l'ambiance ressemble de plus en plus à celle d'un vestiaire de foot, les odeurs de pets en moins (on est au grand air), mais le programme, c'est le programme, les Dianes et Nemrods doivent donc repartir vers les confins glacés où il pourront enfin trouver les farouches proteines qui nourriront leur progéniture malingre, proteines pleines de dents et peu coopératives.
La même zone que le matin. Je m'occupe désormais exclusivement des chiens et c'est un boulot à plein temps. Au détour d'un sentier, je tombe nez à nez avec un jeune cervidé. Je devrais l'effrayer, l'obliger à faire demi-tour, à se diriger vers l'enceinte qui est à moins de 200 m à vol d'oiseau afin qu'il s'y fasse trucider. C'est mon boulot nominal, après tout. En fait, je m'écarte, suffisamment pour qu'il continue son chemin et parte dans le mauvais sens - enfin, le bon pour lui. Je suis une grosse brelle.

Fin de journée. Les prédateurs partent de leur côté, nous de l'autre, avec les manants. Le trajet de retour est homérique, à 2 dans une Clio et trois gros chiens à l'arrière qui puent comme si leur vie en dépendait.

Posté par memapa à 00:18 - La vie des bêtes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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