22 juin 2007
En terrasse
J'ai essayé d'être créatif. En terrasse. Avé une mousse. Et des clopes. Et un gros cahier à spirales. Tout le matos, quoi... Parce que mon problème, ce n'est pas de ne pas avoir d'idées, mais plutôt d'en avoir trop. Alors, il faut que je me pousse au cul, histoire de finaliser un peu. Et ce n'est pas en restant chez moi, foutoir dépressiogène et malodorant, que je risque de concrétiser quoi que ce soit. Donc, à l'ancienne, au vu et au sus de tout le monde. Avec, vaguement derrière la tête, l'idée qu'une mignonne, subjugée par tant de créativité foutrement romantique, va me brancher et que je pourrais l'inciter à monter chez moi voir ma collection de raretés autographes d'Isidore Ducasse.
En fait, j'en chie comme un russe, car il y a des années que je n'ai pas tenu un stylo, et ma laborieuse écriture ressemble à des graffiti de parkinsonien cocaïné. Sans compter un début de crampe au poignet. Ouais, chochotte, on peut le dire.
Et plutôt qu'une ravissante, voilà qu'un quidam se pointe, en train de parler marketing stratégique dans le portable. Juste à coté de moi, il se pose, l'ignoble. Sauf qu'il n'a pas la dégaine à parler de marketing stratégique dans le poste. A la rigueur, dans le quartier, il peut faire illusion. Mais on ne trompe pas un vieux de la vieille comme moi. Sans compter qu'il a une voix trainante et mal assurée ; neuroleptiques ou héro, je ne sais pas. Ou les deux. Pas que la voix d'ailleurs. Il se lève avec difficulté pour aller prendre sa commande et me demande de veiller sur son cartable. Bon parano comme je suis, je me dis putain un terroriste qui laisse le colis piégé, que va dire ma maman quand on lui rapportera mon corps sous forme de lamelles qui remplissent à peine une soucoupe ? Puis, tout de même ... Al Qaïda ne va pas recruter des largués pareils. Ou alors, ils sont très très forts.
Le mec se pointe avec un pastis et une carafe. Moi, j'écris, fou de joie intérieurement de ne pas être promis à la dispersion en milliers de fragments.
J'écris.
Encore et encore.
Le mec balance le contenu de son verre sur le trottoir.
Rien de grave ; je continue à écrire.
Un bruit immonde. Le mec a rempli le verre avec de l'eau et a glaviotté dedans : il jette le tout sur le macadam.
Faisons comme si de rien n'était.
Il recommence, une fois, deux fois, trois fois.
Puis s'en va.
Je respire un peu, quand même...
Ce que j'ai écrit ? Top secret. Tout ce que je peux dire, c'est que c'est le FBI qui a fait le coup.
Commentaires
Hier matin j’étais dans le RER B pour aller à Port Royal… on dépasse St Michel… quand dans le tunnel …bloum !... le train s’arrête brusquement… fin du ronron des machines… merdeu un attentat… comment allons nous échapper au colis piégé… allons nous faire marche arrière à toute berzingue … apparemment non…ou s’ke je suis placée au niveau du train ?… j’suis pas en tête… j’ai toutes mes chances pour pas terminer en miette…s’ke je vais être traumatisée par le déflagration ? Annonce radio du conducteur… faut descendre sur la voie… bien rester le long du mur… tiens un RER qui passe sur l’autre voie…en fait nous allions nous percuter …C ça ouais… et ils ont voulu nous le cacher….bon toujours rien…5 minutes plus tard…retour du ronron des machines…on repart. Maintenant j’suis super en retard.
Nous l’avons échappé belle.
le stylo : un symbole phallique ?
"[...] Avec, vaguement derrière la tête, l'idée qu'une mignonne, subjugée par tant de créativité foutrement romantique, va me brancher et que je pourrais l'inciter à monter chez moi voir ma collection de raretés autographes d'Isidore Ducasse."
Hmmmouais... Dans ton quartier, c'est quand même mal barré : tu fais ni du rap ni du slam (puisqu'on en est aux clichés, "romantique" ou non). Par contre, le coup de l'écrivain vaguement décalé et dans l'attente d'une rencontre romanesque, ça devrait mieux marcher près d'une fac de lettres... Non ? :-))
Fell> T'as une matière d'enfer à raconter. C'est toi qui devrait écrire un blog. Vous vous êtes fait attaquer par des rats au moins ? Dommage :)
PJ (but not Harvey)> Detrompe toi, ça commence à boboïser sévère par ici. Sans compter les ateliers de nartisses. Y'a meme une agence de voyages pour destinations culturelles (Grece et compagnie). Tu le crois ça ?
Ben je sais pas si ça peut se ranger dans la catégorie "Créations" (parce que en fait c'est assez ancien, je l'ai juste relooké) mais j'ai inséré des petits hiéroglyphes au milieu de la Ballade d'Orangina, histoire que ce soit plus agréable à lire depuis le Web.
Donc, c'est sur le lien. Voilà.
À mon avis, tu renverses le problème. On ne se plante pas sur un rade dans l'attente d'être créateur, on est déjà créateur avant d'aller au rade. (Bien sûr, si ton objectif est de draguer des minettes, c'est différent...)
Ensuite, il est vrai que l'humeur dépressive ne conduit en général à rien de bon (on tourne en rond ou donne dans l'auto-narration), mais ce n'est pas systématique, témoin Lewis Carroll par exemple. Tout dépend donc de quelle sorte de "machine de Turing perfectionnée" on est !
As-tu une idée précise de ce sur quoi tu travailles, ou bien est-ce encore méga-flou ?
Escape> Faut lire attentivement le post :) Je suis allé au rade pour "finaliser" un truc qui me trottait plus ou moins en tête. Je l'ai d'ailleurs fini. Il s'agissait d'un scénario de court-métrage low-budget mais "malin".
C'est marrant : je suis sûre que ce fantasme de se faire brancher traverse l'esprit de toutes les personnes qui écrivent dans des rades. Moi aussi ça m'arrive.
Oui, mais pour les filles (et je suppose que vous en êtes une - je suis très rusé), c'est un évènement non seulement plausible, mais probable, voire quelque chose on aimerait bien échapper.
Tandis que pour un mec, se faire brancher alors qu'on écrit nerveusement la clope au bec et la 1664 à portée de la main, c'est une possibilité proche de l'inoui. Surtout par une Lauren Bacall parigote et sa voix rauque, la lèvre et les yeux humides (mais je délire un peu, là).
Moi une fois, j'ai déclamé une tirade de Hamlet dans un MacDo et une fille a cru que j'étais comédien. J'aurais dû en profiter, mais il aurait fallu lui donner rendez-vous près du Cours Florent, enfin, ç'aurait été une aventure, mais bon.
branchage & dérivation
"Tandis que pour un mec, se faire brancher alors qu'on écrit nerveusement la clope au bec et la 1664 à portée de la main, c'est une possibilité proche de l'inoui. Surtout par une Lauren Bacall parigote et sa voix rauque, la lèvre et les yeux humides (mais je délire un peu, là)."
Bah en fait non, il suffit juste d'avoir un petit quelque chose de Bogart (même si de très loin), ça suffit largement : si t'es un peu charmant, ça va le faire, rien de bien nouveau sous le soleil... En plus, si tu écris la clope au bec, tu as forcément un paquet donc tu peux te faire taxer, surtout par un individu du sexe féminin avec "lèvre et yeux humides", autrement dit ayant abusé de l'alcool : après, forcément on va te trouver sympaaaaaaaaaah, blablabla (surtout si tu ressembles à Bogart).
Escape> Oui, elle aurait pu, ELLE AUSSI, être comédienne et découvrir la supercherie :)
PJ> D'abord, je ressemble pas à Bogart (et tu peux en témoigner). Ensuite, que Bogart soit devenu un sex-symbol est un des grands mystères du XXeme siècle. Ensuite, s'il faut que de surcroit la gracieuse soit un peu bourrée et fumeuse (et qu'en plus je ressemble - meme vaguement - à Bogart), ça réduit singulièrement les possibilités, admet-le.
On reste calme et on boit frais
Bon, c'est pas tout ça, mais faut que j'aille à Toulouse, moi, les gens.
Soyez sages en mon absence, j'ai laissé des trucs dans le frigo.
Ouais, je sais.8)
Il ne marchait pourtant pas si vite que ça dans l'avenue Laumière. Si seulement... Lui et moi ... nous aurions passé la même nuit que la tienne...(toutefois)j'aurais gardé ma petite culotte. Aveux délirant.
A part taxer du feu...pas évident.
dérivation en série
"D'abord, je ressemble pas à Bogart [...] admet-le."
En fait, je te répondrais qu'il faut de tout pour faire un monde : je ne ressemble pas à Bogart non plus (et savoir pourquoi ce type est devenu sex-symbol n'est pas très important : suffit juste de savoir qu'il a imprégné l'imaginaire sexuel de notre temps) mais je me suis quand même fait brancher, parfois. D'ailleurs, dans un de ces "parfois", j'eus l'insigne honneur d'être comparé à ce grand tombeur qu'est Jean Roucas - comme quoi, faut pas s'en faire... Evidemment, ce n'était pas une Lauren Bacall qui me dit ça : plutôt bancale, en fait ! Sur ce, bon WE. :-)
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