25 mai 2007
Ricardo, t'es le plus beau !
Décidemment, ce sacré Ricardo m'a tellement laissé stupéfait (par l'inconsistance de sa démonstration), que je ne resiste pas au plaisir d'en rajouter une couche. Je renvoie à l'hagiographie de Wikipedia pour plus de détails et pour l'introduction.
Voici donc le nombre d'heures nécessaires à la production d'une unité de drap et de vin suivant les pays.
Tableau 1
| Drap | Vin | |
| Angleterre | 100 | 120 |
| Portugal | 90 | 80 |
Suivant la démonstration de Ricardo, l'Angleterre a 220 heures de travail à sa disposition et le Portugal 170. Si L'Angleterre consacre ces 220 heures à la production de drap, et le Portugal ses 170 à celle du vin, on obtient le tableau suivant (en unité de production, cette fois)
Tableau 2
| Drap | Vin | |
| Angleterre | 2.2 | 0 |
| Portugal | 0 | 2.125 |
Comme nous sommes dans un systeme parfait d'échange (en particulier pas de cout de transport), et qu'on en est pas à une hypothèse absurde près, on admettra que les besoins en vin de l'Angletterre et en drap du Portugal vont se faire par simple importation. On admettra aussi que ces besoins correspondent (au moins) à une unité chacun, comme c'était le cas en situation d'autarcie. On arrive à la situation suivante :
Tableau 3
| Drap | Vin | |
| Angleterre | 1.2 | 1 |
| Portugal | 1 | 1.125 |
Et on s'aperçoit qu'effectivement au final, l'Angleterre à un excédant de 0.2 de drap et le Portugal de 0.125 de vin. Dont on supposera qu'il peuvent s'écouler sur les marchés respectifs (Angleterre ou Portugal) sans avoir à se demander si les dits marchés sont saturés ou capables simplement de payer ce surplus. Conclusion finale : L'Angleterre et le Portugal au final sont plus riches. De quoi ? D'unités de drap ou de vin, qui sont en fait des surplus, et dont on ignore tout de comment les prix seront fixés.
Laissons de côté pour le moment ce problème de prix qui est le grand point aveugle de la démonstration de Ricardo, et observons la chose suivante : Pour les besoins de sa démonstration, Ricardo a supposé que le Portugal avait une productivité supérieure à L'Angleterre. Une question qu'on peut se poser est de savoir s'il ne serait pas plus judicieux pour l'Angleterre d'augmenter sa productivité (si le Portugal y arrive, pourquoi pas elle ? ) et de s'épargner les coûts sociaux de la reconversion (transformer les vignerons en tisserands). Tout en restant en autarcie, elle produirait les mêmes unités pour 170 heures, soit du travail et des efforts en moins (50 heures !), ce qui est, si l'on y songe, peut-être plus interessant pour le tisserand et vigneron anglais qu'une augmentation de 0.2 unité (sans compter que Ricardo ne se pose pas la question de la répartition du surplus, ni de son écoulement ; on est dans la théorie à deux balles ou on ne l'est pas)
Si l'on reprend les termes de l'article Qu’arrivera-t-il à la nation qui, s’engageant sur la voie du libre-échange, ne dispose d’aucun « avantage absolu » ? En des termes simples, que produira-t-elle si les nations avec lesquelles elle commerce produisent tout avec plus de facilité qu’elle ne le fait ? Ne risque-t-elle pas de voir toute son industrie disparaître ? On voit ici poindre un élement qui n'est pas du tout présent dans l'article. Si on raisonne, comme le fait Ricardo, en unités de production, on ne voit pas pourquoi l'industrie du pays (ici l'Angleterre) s'effondrerait. Les besoins sont satisfaits avec l'industrie locale. Ce dont on se doute, c'est que la productivité du Portugal étant plus élevée, ses prix sont moindres et le Portugal peut vendre ses produits moins chers en Angleterre, coulant l'industrie locale. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la démonstration de Ricardo ne répond absolument pas à cette problématique. Elle la passe complètement à l'as, et comme dans toute théorie économique qui se respecte, écarte d'un revers de la main ce qui parait relever du plus élementaire des principes de réalités. La démonstration de Ricardo montre une augmentation de production, point barre.
Esssayons de voir ce que donne la démonstration au niveau des prix. Comme j'ai le droit aussi de faire des hypothèses absurdes, je vais dire que le prix d'une unité est proportionnelle au nombre d'heures nécessaires (et je suppose aussi que la valeur d'une UH est constante, la même en Angleterre et au Portugal, autre hypothèse absurde, mais je joue à l'économiste, alors je fais ce que je veux). Ainsi une unité de vin au Portugal vaut 80 UH (Unité d'Heure) et 120 en Angleterre, ce qui parait assez logique, puisqu'on arrive au fait que les prix sont moins chers au Portugal qu'en Angleterre.
Dans ces conditions, quelque soit la façon dont on répartit la production, l'Angleterre « produit » pour 220 UH et le Portugal 170. Si on reprend le tableau 2, cette fois en UH, on a :
Tableau 4
| Drap | Vin | |
| Angleterre | 220 | 0 |
| Portugal | 0 | 170 |
Si maintenant le Portugal veut acheter son unité de drap à l'Angleterre, il va la payer 100 UH (prix anglais). L'Angleterre va payer son unité de vin 80 UH. Et on arrive à la conclusion suivante (en UH) :
Tableau 5
| Drap | Vin | |
| Angleterre | 120 | 80 |
| Portugal | 100 | 90 |
La balance commerciale du Portugal est donc déficitaire de 20 UH ! Il reste certes des excedents (10 UH au Portugal et 20 en Angleterre) dont on ne sait que faire pour le moment, mais on ne voit pas ce que cela change à l'affaire. Evidemment ma démonstration est complètement tirée par les cheveux, puisqu'elle ne tient compte que des données qui m'interesse et fait les hypothèses qui l'arrange, mais après tout, c'est aussi le cas de celle de Ricardo. La différence, c'est que moi je l'annonce, et ne reste pas béat devant, comme le néo-libéral moyen, aussi tétanisé que Bernadette Soubirous devant une apparition de la Ste Vierge.
Il est vrai que John Stuart Mill s'est bien rendu compte par la suite que cette histoire de prix était problématique. Il a lui aussi pondu une théorie (basée sur la « loi » de l'offre et de la demande), et dont une des conclusions les plus interessantes est que non seulement les pays pauvres peuvent s’insérer dans le commerce mondial, mais [qu']ils en profitent davantage que les pays riches. On attend toujours une vérification empirique de cette puissante assertion.
Voili, voilà. Si vous avez encore des doutes quant à la fumisterie qu'est l'Economie, malgré mon petit speech, je vous conseille de vous attaquer à n'importe quelle théorie économique, de la décortiquer, pour voir apparaitre les hypothèses aberrantes qui la soustendent et surtout les présupposés idéologiques qui se trouvent à l'arrière plan.
Commentaires
Pays industrialisé au XIXeme
Je comprends pas, comment ca se fait que le Portugal arrive a produire plus vite que l'Angleterre? A moins que ca soit une hypothese "évidente" ;)
Pasque dans ce beau monde domminé par la suprématie technologique du Portugal, il n'est pas évident que l'Angleterre puisse rattraper son retard technologique sur le Portugal. J'imagine que ca change pas grand chose à ces démonstrations, mais c'est quand même bizarre comme exemple. Dure de suivre le raisonnment ensuite quand l'exemple semble surréaliste.
Tout ca me fout un de ces mal de crane, j'abandonne.
A+
C'est une hypothèse de travail. Comme de dire que "supposons que les grenouilles parlent un langage articulé".
Sans rire, je ne sais pas quelles était les situations respectives de l'angleterre et du portugal en 1817, mais c'est vrai que ça fait bizarre ...
A la louche
Le Portugal n'a pas toujours été un pays de maçons émigrés buveurs de vin. Jusqu'au début du 19ème siècle, avec son empire colonial (le Brésil, l'Angola, Mozambique, Goa, tout ça...) c'était un des pays les plus rayonnants au monde, culturellement et économiquement. C'est l'invasion napoléonnienne qui met le bazar en 1807, le roi et la reine se barrent à Rio. La décadence commence en 1822 avec l'indépendance du Brésil.
Commentaires de l'auteur
Bonjour, je suis l'auteur principal de l'article cité de wikipédia.
Je veux faire remarquer d'abord qu'il est facile de s'attaquer au raisonnement faiblard de Ricardo. Faiblard parce que développé en 1817, mais avant personne ne l'avait fait. Loin de la réalité dîtes vous ? Ce raisonnement est l'explication de tout échange entre deux personnes ayant des aptitudes différentes. Comme c'est dit dans l'article, il explique pourquoi un avocat a intérêt à employer une secretaire, bien que la secretaire ne fasse rien de mieux que lui. Est-ce si absurde ?
Examinons vos objections.
D'abord je précise aux commentateurs, je crois que vous l'avez compris, Ricardo place l'Angleterre et le Portugal dans une situation totalement fictive (il est d'origine portugaise, et écrit en Angleterre pour convaincre les anglais).
Vous ecrives :"Ce dont on se doute, c'est que la productivité du Portugal étant plus élevée, ses prix sont moindres et le Portugal peut vendre ses produits moins chers en Angleterre, coulant l'industrie locale. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la démonstration de Ricardo ne répond absolument pas à cette problématique. " C'est justement là que vous vous trompez. Vous raisonnez en coût de production, alors qu'il est nécessaire de raisonner en coût d'opportunité. L'Angleterre doit renoncer à moins d'unité de vin pour produire une unité de drap que ne le doit le Portugal. Donc le coût en drap de la production de vin est inférieur en Angleterre, et l'Angleterre peut vendre le drap moins cher que le Portugal !
L'hypothèse de votre raisonnement perso est stupide. Le coût n'est pas proportionnel au nombre d'heures travaillées. Le coût que représente pour vous l'obtention d'une unité de drap supplémentaire est déterminé par le nombre d'unité de vin que vous renoncez à consommer en retour.
Je ne crois pas que l'assertion de Stuart Mill soit présentée comme une vérité par l'article. A mon avis, c'est même une erreur de sa part.
En revanche, la détermination du prix et la démonstration mathématique du raisonnement dans le reste de l'article ne souffre pas de nombreuses objections.
Erratum
5e paragraphe, dernière phrase. Lire :
Donc le coût en VIN de la production de DRAP est inférieur en Angleterre, et l'Angleterre peut vendre le drap moins cher que le Portugal !
Erratum
5e paragraphe, dernière phrase. Lire :
Donc le coût en VIN de la production de DRAP est inférieur en Angleterre, et l'Angleterre peut vendre le drap moins cher que le Portugal !
simone> Oui, c'est bien pour cela que je ne me prononce pas sur la situation du portugal en 1817
Aliesin> Vues les réponses, tout porte à croire que l'auteur n'a pas compris le principe de Ricardo, et en particulier la démonstration elle-même, mais s'est contenté de recopier un cours de première année d'économie. Pas grave, la réponse de Samuelson à Ulam tend à prouver que les "prix Nobel" d'économie non plus (l'argument de Samuelson est tellement nul qu'on en reste stupéfait ; l'argument en lui-même pourrait indiquer que le théorème de Ricardi est faux ce qui expliquerait pourquoi tant de gens intelligents n'y ont jamais cru).
tu te crois malin l'apathique !!!
Le but de Ricardo à cette époque et avec cet exemple, était de démontrer que chaque pays qui s'adonnait au commerce international, pouvait en tirer un avantage
il n'a proposé là qu'une theorie des zones de determination possible tu taux d'echange international
Stuart Mill introduira d'ailleurs la notion de goûts et besoins des consommateurs et le fait que le taux d'échange international est déterminé par l'offre et la demande a ainsi permis à l'appareil analityque neo-classique (avec Marshall et Edgeworth) d'introduire la notion de courbe réciproque, ces dernières permettant une détermination du fameux taux d'échange international
Ricardo fait parti des auteurs les plus repris (marx, sraffa, marshall et j'en passe), et a permis de faire progresser l'analyse
la theorie est obligé de se baser sur des hypothès souvent farfelues
mais l'economie politique pure a permis (j'en suis convaincu) de fournir des reponses aux problemes les plus debattues, les moins éclaircies d'economie politique appliquée et sociale
je pense pas que tu sois à la hauteur pour t'attaquer à de tels auteurs, laisse ça à d'autres, reconsidère tes propos
Bon, à part l'argument d'autorité (ie : Ricardo est enseigné à tous les mongoliens des écoles de commerce, donc Ricardo est un grand auteur, donc sa démonstration tient la route), t'as quoi ?
Ensuite, j'aimerais bien savoir pourquoi y'a que les étudiants de 1ere année qui viennent commenter cet article, montrant de manière flagrante qu'ils n'ont rien compris à la démonstration (celle de Ricardo), ni ce qu'elle sous-tend. Médisance ? Que nenni : "l'argumentaire" de l'ami Jeremy est générique : elle pourrait s'appliquer à n'importe quelle réfutation de Ricardo. Donc zero argument. Tu comprends pas Jeremy ? C'est pas grave. Je suis bien content pour toi que tu aies enfin compris que Ricardo est un grand économiste parce que c'est écrit dans ton manuel. Merci de ton intervention, Jeremy.
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