09 février 2007
Haneke mes couilles

En fait, ça a commencé quand A. m'a parlé de La pianiste dans lequel elle avait joué. J'avais l'air un peu con (et un peu goujat) de lui avouer que je ne l'avais pas vu. Il fallait que je comble cette lacune. Bon, certes, il m'a fallu 4 mois pour mener à bien cette opération, mais comprenez-moi : j'avais déjà vu Le temps du loup, sorte de post-nuke psychologique complètement à coté de la plaque. Et je m'étais bien juré que ...
Plus jamais Haneke.
Mais bon, je voulais voir A. Et j'ai fini par télécharger le film. Que je n'ai pas regardé jusqu'au bout. J'ai du aller jusqu'à 60-70% du métrage et le reste en avance rapide.
Pour commencer, les acteurs sont lachés en total free-control. Hupert joue très bien la Hupert, c'est même merveille que de la voir être si crédible en Hupert. Girardot, je n'en parlerais même pas. Magimel est aussi consistant qu'un potage à l'eau claire (comme d'habitude).
Résumons-nous : les acteurs principaux ont l'air de sortir d'un épisode de Derrick. De toute évidence, Haneke s'en branle de la direction d'acteurs, ce qui le travaille au corps, c'est le message. Et quel message, comme on va le voir ...
Ensuite les dialogues sont à la fois prétentieux et catastrophiques, un peu comme du Guy des Cars qui disserterait sur la décadence de l'Occident. Ce n'est pas le propos du film (la fin de l'Occident), mais c'est pour donner une idée de la pitié qu'inspire de pareilles réparties. On case au passage une citation d'Adorno (pauvre Adorno !) suivie de gros bouts de reflexion philosophico-oiseuse, histoire de montrer qu'on a bien mérité de l'avance sur recettes.
Plus anectodique, compte tenu du sujet, je me suis fadé une BO composée essentiellement de Schumann et Schubert, sorte de glue romantique et post-romantique, qui ne pouvait que m'exaspérer encore plus. Magimel prétend qu'il sait jouer l'opus 19 de Schoenberg, mais, macache, on reste sur les deux ectoplasme suscités. Vraiment dommage ...
Ca raconte quoi ? Ben euh, les amours contrariées de Hupert et Magimel (aussi passionnantes que les séances de fist-fucking d'Aglaé et Sidonie ou de Chapi et Chapo), contrariées parce que Hupert est très méchante avec des pratiques sexuelles un peu déviantes. Parce que quand on est méchant, on est pervers du sesque. Et réciproquement. Très très fin. Pas lourd du tout. Mais pourquoi Hupert est très méchante ? Hein, c'est vrai quoi ... Parce qu'elle entend du Schubert toute la sainte journée ? Hypothèse interessante, mais il ne semble pas que ce soit le cas. D'après ce qui nous est présenté, il semble que ce soit à cause de la relation pour le moins tendue entre Hupert et Girardot (sa moman). Mère possessive, Fifille soumise qui habite encore chez maman, le noeud de vipères des relations mère-fille cher à Psychologie Magazine et à 250 romans mal torchés à chaque rentrée littéraire. Haneke est un mec subtil, gorgé de finesse jusqu'aux ouies, qui ne s'abaisse pas à du tout venant caricatural. Non, jamais de la vie ; c'est un auteur. Si on veut, sa subtilité consiste à utiliser une moissonneuse-batteuse pour faire du rempotage.
En pratique Haneke et Jelinek (le film est adapté d'un de ses romans) font dans le kitsch sombre. Contrairement au kitsch normal, plein d'angelots, de Vierge-Marie sur les boites de chocolat, de tissus cramoisis et autres chromos, le kitsch sombre est une autre forme de mauvais goût destiné au même public (la middle-middle class et au dessus), mais un mauvais gout dans les noirs : rapports conflictuels entre les zètres (surtout au sein de la famille), in-co-mmu-ni-ca-bi-li-té, et tutti quanti, lourd ramassis de poncifs usés jusqu'à la trame qui s'imaginent profonds et dérangeants (putain, qu'est-ce que j'ai été dérangé), de la même façon que le kitsch normal avait une sorte de prétention au culturel et au bon gout. La différence vient de ce que le kitsch normal, avec son côté maquignon arrivé, a au moins pour lui une bonne santé inaltérable qu'on peut apprécier, éventuellement au second degré. Avec le kitsch sombre, on s'emmerde juste beaucoup, avec le désagréable sentiment de subir un cours pontifiant sur la réalité du monde, et, partant, d'être un peu pris pour un con.
Pauvre Haneke, petit prof étriqué qui se prend pour ... Pour quoi d'ailleurs ? Et surtout, surtout, pauvres de nous ....
Commentaires
Haneke le leu
En ce triste jour où j'apprends à la fois la disparition d'Anna Nicole Smith et de Bézu, je suis soudain pris d'une forme de réconciliation avec l'humanité. Oui, Haneke nous pompe l'air-déjà si vicié dans nos contrées- Oui, ras la chichette de ces "auteurs" si facilement classables dans la catégorie " Cinéma d'auteur". Les Cahiers du Cinéma, autres donneurs de leçons ( avec Télérama) ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. Sur ce, je vais me mater "Mystic River" sur la 3 ( pas vu encore et je finis très tard en ce moment). très bon post. Marrant et efficace !
>>> les amours contrariées de Hupert et Magimel (aussi passionnantes que les séances de fist-fucking d'Aglaé et Sidonie
Ah, non, ne compare pas l'incomparable ! Ça au moins ce serait passionnant !
Bon ben tu te démerdes avec A maintenant.
Tiens ça remarche les commentaires.
aboli> A n'a pour ainsi dire pas internet. Donc à moins que tu n'ailles cafter ...
ptipois> la prod de Aglae et Sidonie refuse de diffuser les épisodes interdits. Quel dommage, hein ...
Gregor> Thanks, boy !
Le problème avec Haneke c'est qu'il fait des films à thèse. C'est du Boisset avec moins de gunfights, du Cayatte avec moins de Bardots et plus d'Hupperts. C'est sentencieux, encore plus préchi-précha que Kieslowski (autre grand pourvoyeur de films à thèses, lui c'est un Cayatte avec moins de Bardots et plus de Jacobs/Binoches).
Comme tout machin à thèse (roman/film/BD/emballage de carambar) c'est insignifiant, et il n'y a même plus les Dossiers de l'Ecran pour justifier une diffusion télé.
Mais il faut quand même dire que c'est remarquable dans la façon de filmer et de monter. Funny Games est un des meilleurs slashers que j'ai eu l'occasion de voir et Caché est bourré de très belles idées de jeu sur les images et d'accélération brusques.
Manque de bol, les deux Haneke que je me suis fadé souffrent d'une mise en scène insignifiante dans tous les sens du terme (et je ne parle même pas du montage). Le probleme des films à these ne vient pas de la these, du coté didactique, mais justement du fait qu'il ne sont qu'a these comme si elle pouvait justifier l'abandon de tout le reste (12 hommes en colère est un bon exemple de film à thèse réussit, puisqu'en l'occurence il se double d'un exercice de style).
Soyons sérieux!
Je trouve dommage de trouver dans les premières de Google un "article" comme celui-ci sur La Pianiste. Ses arguments sont jetés sans être soutenus ce qui leur ôte toute objectivité. Les fautes d'orthographe sont nombreuses. Même les noms propres sont écorchés! Si l'on veut critiquer Isabelle Huppert, non seulement faut-il savoir exactement pourquoi mais aussi (et surtout) faut-il commencer par savoir épeler son nom correctement. Pour finir, je souhaite dire à l'auteur que sa démarche critique est honorable (on a tout à fait le droit de ne pas aimer La Pianiste ou Michael Haneke) mais il est fort regrettable qu'elle se déploie de façon si ingrate! Soyons sérieux! Comment peut-on juger un film qu'on n'a même pas regardé jusqu'à la fin, ou bien en avance rapide? Érika Cohut aurait qualifié votre article d' "esbrouffe"! Et sans doute n'aurait-elle pas eu tout à fait tort!
Bonjour ami crétin ! Je suis subjugué par ton argumentaire et j'hesite entre t'abonner à Gala ou à Public pour parfaire ta dialectique. L'argument de l'orthographe remonte à 707 (lettre de St Galduffin à Clovis)et dès ce moment là, il avait été admis qu'il n'était utilisé que par des gens qui n'avaient rien d'autre à dire surtout quand ils n'avaient rien compris au sujet. J'aimerais aussi que le fantastique auteur de cette missive m'explique quelle peut etre l'objectivité d'une critique esthétique. Comme ça, pour voir. Enfin, contrairement à ce pauvre Renaud qui a besoin de tout voir pour être sûr (il comprend pas vite Renaud, faut dire), je n'ai pas besoin de me taper une merde en intégralité pour savoir si c'est une merde (justement) ou pas.
Accessoirement, si t'es pas content, va te plaindre à Google ...
Oui, c'est bien moi qui ai tapé Contrechamp Pianiste Hanecke, parce que j'espérais tomber sur un article de Contrechamp expliquant en quoi La Pianiste est génial, lui ayant quand même consacré deux heures hier. Bon, en fait, je tombe sur toi, et je rigole bien. Tu savais que ton grand ami Houellebecq aime Hanecke ? Ceci explique cela.
Les grands esprits se rencontrent. Sauf Haneke qui est un gros naze ...
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