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En fait, ça a commencé quand A. m'a parlé de La pianiste dans lequel elle avait joué. J'avais l'air un peu con (et un peu goujat) de lui avouer que je ne l'avais pas vu. Il fallait que je comble cette lacune. Bon, certes, il m'a fallu 4 mois pour mener à bien cette opération, mais comprenez-moi : j'avais déjà vu Le temps du loup, sorte de post-nuke psychologique complètement à coté de la plaque. Et je m'étais bien juré que ...

Plus jamais Haneke.

Mais bon, je voulais voir A. Et j'ai fini par télécharger le film. Que je n'ai pas regardé jusqu'au bout. J'ai du aller jusqu'à 60-70% du métrage et le reste en avance rapide.

Pour commencer, les acteurs sont lachés en total free-control. Hupert joue très bien la Hupert, c'est même merveille que de la voir être si crédible en Hupert. Girardot, je n'en parlerais même pas. Magimel est aussi consistant qu'un potage à l'eau claire (comme d'habitude).
Résumons-nous : les acteurs principaux ont l'air de sortir d'un épisode de Derrick. De toute évidence, Haneke s'en branle de la direction d'acteurs, ce qui le travaille au corps, c'est le message. Et quel message, comme on va le voir ...

Ensuite les dialogues sont à la fois prétentieux et catastrophiques, un peu comme du Guy des Cars qui disserterait sur la décadence de l'Occident. Ce n'est pas le propos du film (la fin de l'Occident), mais c'est pour donner une idée de la pitié qu'inspire de pareilles réparties. On case au passage une citation d'Adorno (pauvre Adorno !) suivie de gros bouts de reflexion philosophico-oiseuse, histoire de montrer qu'on a bien mérité de l'avance sur recettes.

Plus anectodique, compte tenu du sujet, je me suis fadé une BO composée essentiellement de Schumann et Schubert, sorte de glue romantique et post-romantique, qui ne pouvait que m'exaspérer encore plus. Magimel prétend qu'il sait jouer l'opus 19 de Schoenberg, mais, macache, on reste sur les deux ectoplasme suscités. Vraiment dommage ...

Ca raconte quoi ? Ben euh, les amours contrariées de Hupert et Magimel (aussi passionnantes que les séances de fist-fucking d'Aglaé et Sidonie ou de Chapi et Chapo), contrariées parce que Hupert est très méchante avec des pratiques sexuelles un peu déviantes. Parce que quand on est méchant, on est pervers du sesque. Et réciproquement. Très très fin. Pas lourd du tout. Mais pourquoi Hupert est très méchante ? Hein, c'est vrai quoi ... Parce qu'elle entend du Schubert toute la sainte journée ? Hypothèse interessante, mais il ne semble pas que ce soit le cas. D'après ce qui nous est présenté, il semble que ce soit à cause de la relation pour le moins tendue entre Hupert et Girardot (sa moman). Mère possessive, Fifille soumise qui habite encore chez maman, le noeud de vipères des relations mère-fille cher à Psychologie Magazine et à 250 romans mal torchés à chaque rentrée littéraire. Haneke est un mec subtil, gorgé de finesse jusqu'aux ouies, qui ne s'abaisse pas à du tout venant caricatural. Non, jamais de la vie ; c'est un auteur. Si on veut, sa subtilité consiste à utiliser une moissonneuse-batteuse pour faire du rempotage.

En pratique Haneke et Jelinek (le film est adapté d'un de ses romans) font dans le kitsch sombre. Contrairement au kitsch normal, plein d'angelots, de Vierge-Marie sur les boites de chocolat, de tissus cramoisis et autres chromos, le kitsch sombre est une autre forme de mauvais goût destiné au même public (la middle-middle class et au dessus), mais un mauvais gout dans les noirs : rapports conflictuels entre les zètres (surtout au sein de la famille), in-co-mmu-ni-ca-bi-li-té, et tutti quanti, lourd ramassis de poncifs usés jusqu'à la trame qui s'imaginent profonds et dérangeants (putain, qu'est-ce que j'ai été dérangé), de la même façon que le kitsch normal avait une sorte de prétention au culturel et au bon gout. La différence vient de ce que le kitsch normal, avec son côté maquignon arrivé, a au moins pour lui une bonne santé inaltérable qu'on peut apprécier, éventuellement au second degré. Avec le kitsch sombre, on s'emmerde juste beaucoup, avec le désagréable sentiment de subir un cours pontifiant sur la réalité du monde, et, partant, d'être un peu pris pour un con.

Pauvre Haneke, petit prof étriqué qui se prend pour ... Pour quoi d'ailleurs ? Et surtout, surtout, pauvres de nous ....