Mémoires d'un apathique

C'est hyper cool et c'est vachement bien !

31 juillet 2006

Je m'instruis

Vendredi soir, j'étais naze. Comme tout le monde. A commencer par Y. qui s'est couché à 9 heures. Je me suis dit : "et si je regardais un film avec l'oeil du cadreur ?". Un film carré et efficace, s'entend. Puisqu'on est censés faire un film de genre. J'ai jeté mon dévolu sur "Planête hurlante", petite SF de série B, agréable sans être transcendante.
Bon, les dialogues sont épouvantables (mais c'était une VF, faut dire), et au moins deux des seconds rôles partent en free-style. Mais ce n'était pas là le problème.
J'ai regardé le cadre. Attentivement. Pendant bien 40 minutes ; après j'en ai eu marre.
Et j'ai trouvé ça angoissant. Il y avait des plans caméra mobile (dolly ou grue) et d'autres caméra fixe. Sans qu'une logique apparaisse. Je veux dire par là qu'on aurait très bien pu filmer les parties fixes en mobile et reciproquement. Pourquoi et suivant quels critères le réalisateur a employé une solution et pas l'autre ?

Classiquement les plans très larges sont filmés en  fixe.  Les dialogues sont  pris assez larges ;  il  y a peu de gros plans sur les visages  et  encore moins de champs/contre-champs.  Idem  quand j'ai visionné "Ghosts of Mars" (Bien  meilleur, avec un clone d'Alice Cooper comme chef des mutants).

Tout cela me laisse un peu dubitatif. Bien sûr, il est prévu de faire plusieurs valeurs pour chaque séquence, mais ça ne fait que repousser le problème au moment du montage ....

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21 juillet 2006

Au passage

  • Dans le métro : un type qui lit un bouquin de psy appliquée pour les nuls : Développez facilement votre leadership. Le métro-man qui lit ça est aussi charismatique qu'un bout de gruyère oublié au fond d'un réfrigérateur. On sent qu'il y a du boulot, et que ce n'est pas avec le genre de conseils prodigués qu'il deviendra le winner qu'il rêve d'être dans la pénombre de ses désirs bas de gamme.
  • Aux Halles : un bateleur quelconque avec son matériel de jonglerie. Ce qui me fait penser à ces mimes qu'on rencontre dans tous les quartiers à touristes de toutes les grandes villes du monde. Et en particulier à ces uber-ringards qui se déguisent en statue après s'être recouverts d'une couche de peinture argentée. A se demander pourquoi il y autant de badauds autour, puisque n'importe qui peut les rencontrer à peu près n'importe où. J'ai fait remarqué à Y. que je regrettais de ne pas avoir prévu le meurtre d'un de ces sous-humains dans le film.

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19 juillet 2006

Ca ne nous rajeunit pas !

Tiens je viens de retrouver mon ancien blog que je me plaignais d'avoir perdu dans le premier message du nouveau (de celui-ci, quoi).

J'ai gravement pété les plombs à l'époque (sans qu'il y ait de rapport de cause à effet), je suis resté hors-circuit pendant un bon moment et c'est pour cela que je l'avais perdu de vue.

Donc, l'ancien blog de memapa est sorti de sa Guéhenne. Il est plutôt moins bien que celui-ci, mais par contre, il annonce les belles images d'Edmond.

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18 juillet 2006

Moi je

Vous êtes unique, singulier, un être qui n'a pas d'équivalent dans le monde. D'ailleurs c'est écrit dessus. En fait c'est un axiome : chacun est différent. Point final. Qu'importe que les comportements s'élèvent à des sommets de grégarisme rarement atteints. Il ne s'agit d'observation empirique ; mais d'un acte de foi. C'est pourrait-on dire le paradigme post-68. La différence. Remarquez bien qu'on parle toujours de différence, pas d'altérité. L'altérité impliquerait d'être vraiment autre ; la différence nécessite juste d'affirmer qu'on est différent. Et comme tout le monde affirme l'être, ce n'est pas bien difficile.

Vous êtes donc unique. En votre être intérieur. Vu de l'extérieur, on dirait plutôt un troupeau de moutons névrotiques, se copiant les uns les autres, fascinante illustration de la théorie de la rivalité mimétique.

Evidemment, on peut se demander comment des êtres aussi différents en leur essence peuvent se comporter de manière aussi similaire. Ayant les mêmes désirs matrimoniaux, immobiliers, et sur le fond les mêmes références culturelles, les mêmes goûts ou plutôt la même absence de goût. Quand je parle de comportements, il ne s'agit pas de quelques pratiques marginales sur lesquelles le projecteur est d'ordinairement braqué, mais des rapports à l'argent, à la famille, aux loisirs et à l'acquisition d'un logement. Certes tout cela est terriblement terre à terre, et, disons le, affreusement vulgaire. Mais j'attends toujours que ces êtres si prodigieusement différents m'intriguent un peu par des actions surprenantes  qui seraient comme des symptômes de leur singularité intérieure.

En pratique, nous nageons en plein idéalisme, ce qui nous ramène en plein XIXème siècle, période pré-marxiste avant que le vilain barbu ne commence à expliquer que sur le fond, on est ce qu'on gagne. Ainsi que ce qu'on mange, d'ailleurs - et entre autres. Et d'où l'on vient. Prioritairement. Oh, je sais bien que le marxisme a très mauvaise presse, et à juste titre, d'ailleurs. Toutefois, je crois pouvoir prédire un retour massif du matérialisme à plus ou moins brève échéance quand les évanescences de l'idéalisme ne pourront plus côtoyer indéfiniment sans choquer l'égoïsme le plus nu. Quand un salaud ne pourra plus répéter ad nauseum qu'il est un brave type plein de complexité et de contradictions. Quand on ne le croira plus. Et quand on pensera de nouveau qu'il est ce qu'il fait. Et rien de plus. Ou pas grand chose.

Oui, il est toujours assez fascinant de voir des cadres et assimilés essayer de faire croire à une profondeur existentielle et à une bénévolence bonnasse alors que leur unique ambition est de se conformer à l'image qu'ils doivent rendre. Par exemple à pratiquer la ségrégation sociale et résidentielle en cherchant délibérément, frénétiquement, à acheter leur appartement, leur maison, parmi celles des leurs. Parmi celles des pairs. Oui, je sais, c'est un détail, c'est très vulgaire. Mais je pense que les actes sont plus forts que les mots et que les mots sont plus forts que les pensées. Surtout les pensées qu'on simule avoir.

Pourquoi je vous parle de cela ?

D'abord parce que tout ce discours sur le singulier me fatigue de plus en plus, aria assourdissante de la chorale des perroquets. Ensuite parce que je suis en train de relire un bouquin fort stimulant intellectuellement. Un petit livre sur la ségrégation sociale et résidentielle en France. Ca s'appelle Le ghetto Français (Eric Maurin, La république des idées, Seuil). C'est écrit par un économiste. Pas un sociologue. Pas le genre de type à raconter n'importe quoi à propos de n'importe quoi. Et surtout pas un type qu'on imagine prendre le public mainstream ainsi à rebrousse-poil.

On y trouve des remarques édifiantes, des évidences qui ont fini par disparaître sous les couches des niaiseries indéfiniment répétées.

Du genre :

Quitte à enfoncer des portes ouvertes, il convient de souligner que cette concentration des familles pauvres [dans les quartiers pauvres] est plus un phénomène par défaut que le résultat d'un stratégie de leur part (de type communitariste par exemple).

Ou

Ce sont les choix résidentiels des cadres et ingénieurs d'entreprise qui contribuent le plus à la persistance des ghettos bourgeois.

Ou encore

En simplifiant à l'extrême, travailler comme cadre dans le privé prédispose aujourd'hui tout à la fois à une recherche beaucoup plus active de l'entre-soi résidentiel et une attitude beaucoup plus réservée, sinon hostile, vis à vis de l'Etat-providence et de son action.


Bref, un petit livre tonifiant, qui parle d'un sujet certes très délimité, mais qui ouvre des perspective quant à la réalité des rapports sociaux et/ou interindividuels et qui, sur le fond, bien que ce ne soit pas son sujet, met à mal cette fatigante singularité que ne cessent de proclamer les gens les moins singuliers qui soient.
 

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Télégramme

Dans take-away tamoul du XVIIIeme arrdt. stop. Indigène transvase contenu bouteille coca dans biberon. stop. Bébé pleure aux bras d'une femme. stop. Mon sang ne fait qu'un tour et veut m'opposer aux agissements du moricaud. stop. Il s'avère  biberon en fait pour petite fille de 3-4 ans. stop. Ouf, mon sang peut faire plusieurs tours. stop. Vive la France !

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17 juillet 2006

Horta in Brussels

Je voyage, moi, voyez-vous. Je suis un de ces bourgeois cosmopolites qu'on appelle des bobos, sauf que moi, je ne suis pas un bobo, je suis vachement mieux. Disons que je sais me servir d'un dictionnaire, ce qui me met derechef dans une catégorie infiniment supérieure.

Donc, ce week-end, j'étais à Bruxelles, ville que je n'aime pas, mais B'. ne connaissait pas, alors j'ai dit Ok, parce que je suis hyper-gentil, et que ça m'a permis de jouer à l'attaque de la tranche de tome zombie sur B' dans le Thalys.

Et donc, Bruxelles, si vous ne le savez pas, est une des capitales de l'art nouveau. Ce que l'on appelait le style "nouille". De manière dépréciative, il va sans dire. Et bien que je sois extrèmement rétif aux visites cultureuses durant lesquelles l'on savoure le détail de la croisée d'ogive, j'ai accepté d'aller voir la maison Horta, du nom de l'architecte.

Chemin faisant, mon enthousiasme, déjà modéré, pour ce style architectural allait décroissant. Nous en croisions des batiments AN, un bon paquet même, il faut reconnaitre cela à la capitale des Belges, et les entassements de volutes me laissaient de plus en plus dubitatif.

En fait, l'AN, c'est très étouffant. On comprend tout de suite le délire décadentiste qui sévit en Europe vers la fin du XIXème siècle et le début du suivant. L'AN, pour tout dire, sent le cadavre. D'autant que la maison Horta, tourisme oblige, était pleine de morts-vivants en shorts qui montaient péniblement l'escalier avec la grace de lémuriens myopathes. Ca sent donc le cadavre.

On s'en est fait la réflexion avec B'., à peine sortis de là.

MOI : C'est de la déco d'intérieur de vieillards
ELLE : Oui, c'est tout à fait ça, ma grand-mère adorerait
MOI : Ne manque plus que la naphtaline
ELLE : c'est étouffant
MOI : J'en avais marre, fallait que je sorte vite fait
ELLE : Pareil. C'est pas du tout couillu comme Gaudi
MOI : Oui, après avoir vu ça, on en vient à aimer le béton et à comprendre le retour de bâton fonctionnaliste, genre Bauhaus.
ELLE : EN fait, je confondais Art Nouveau et Art Déco. C'est l'art Déco que j'aime bien.
MOI : Je confondais aussi, je te rassure. Mais plus maintenant.
ELLE : Gaudi, c'est Art Déco, alors ?
MOI : Mmmh ... Entre les deux. C'est un genre à lui tout seul.

Et nous sommes rentrés, par le tram (souterrain), après avoir vu les créations de Jephan de Villiers à la station Albert. On l'a attendu longtemps, le tram, mais c'est une autre histoire ...

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13 juillet 2006

Cher D.

D. t'es un mec adorable. Une tête d'ange qui demande avec ses grands yeux si on préfère un oeil arraché ou un os qui se brise et fait saillie suite à une rotation brusque du bras.
Ils mangent les intestins ? Non, pas de cannibalisme.
On met des pompes derrière la tête pour que le sang jaillisse en fontaines ? Non, quelque chose de plus sobre.
On éclate les têtes en les frappant par terre ? Oui, c'est plutôt dans cet esprit.
Plus violent que gore. Tu as trouvé la formule juste. Tu nous aides à mettre  nos propres idées en place. 
Mais tu sais : on ne te paie pas. Oui, tu sais. Du moment que tu peux t'éclater et que le matos est à nos frais, ça roule.
Bien sûr que tu peux faire ce que tu veux de ton temps en dehors des 2 jours de gore. On ira même jusqu'à adapter le planning en fonction de tes desiderata. Dans la mesure du possible, évidemment.
Oui, c'est dans L'au-delà qu'une fille blonde se fait emporter une partie de la tête. Ah oui, tu as raison, c'est la fille de la femme qui se dissout dans l'acide. C'est ça, dans l'hopital. Non, sur la photo, c'est la moitié du visage. Plutôt un quart dans le film.
D., tu sais la barre à mine en mousse, on ne te l'avait même pas demandée.
D., t'es un mec trop : les gens en général, leurs désirs, ils les copient. Même comme compensation, ils les copient. Ils veulent être écrivains, peintres, des trucs à prendre dans la galerie des bibelots sociaux. Toi, tu t'es choisi ta voie, tout seul, parce que c'est la tienne, et tu fais plaisir à voir. Et à entendre.

Merci, D.

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12 juillet 2006

Des experts et des hommes

J'ai lu quelque part des choses surprenantes. Sur Yahoo, même je crois.

Malgré la défaite en finale, et la sortie ratée de Zidane, le parcours des "Bleus" lors du Mondial 2006 de football a permis de regonfler, au moins pour un temps, le moral et la confiance des Français, après une succession de crises et de doutes, estiment des experts.

Ca n'a l'air de rien comme ça, mais il semble qu'il y ait des experts pour décider si oui ou non, les résultats de la coupe du monde de foot (n'essayons pas de faire croire que je ne savais pas que ça avait lieu) sont corrélés avec le moral des français.

Déjà, le moral des français, bon, c'est pas comme le camembert, il ne suffit pas d'appuyer avec le pouce dessus pour savoir si c'est bon ou pas. Moi, tous les jours le moral des français, je le suppute avec ma boule de cristal. Non, je rigole. C'est vrai aussi que je ne suis pas un spécialiste mondialement reconnu du Grand Vaudou qui permet de connaître le moral des français.

Que je vous explique comment c'est puissant d'être un expert : La France est un pays peuplé de français. Un echantillon de 11 de ces français (plus les remplaçants) forme une équipe de football. Du fait qu'elle est composée de français, on l'appelle l'équipe de France. Comme elle arrive en finale, les joueurs qui la composent sont plutôt contents : ils ont le moral. Tous les français sont evidemment assez contents de cet état de chose. C'est un phénomène d'identification. Quand le maréchal Pétain était devenu gâteux, les français faisaient sous eux. Après sous De Gaulle, ils avaient un grand nez.

Evidemment quand les experts parlent de moral, il parlent de moral en général. C'est à dire que les français maintenant ont la frite, vont cravacher comme des fous pour remporter des marchés à l'exportation et commencer par foutre en l'air ce code du travail liberticide qui les empêchent d'exprimer ce putain de moral de folie.

Résumons nous : les joueurs de l'équipe de France arrivent en finale -> ils sont contents d'y être  ->  Les  français aussi -> Les français se tapent alors un moral d'acier tous azimuts -> la croissance passe à 3 chiffres.

N'importe quel imbécile porté aux généralisations à deux balles aurait pu dire ce genre de chose. Mais l'imbécile, lui, n'est pas payé pour énoncer ce type de nazeries navrantes à l'AFP et donc aux journaux.

Donnons une chance aux imbéciles ! Offrons leur les places des experts en banalités bancales, et améliorons ainsi leur pouvoir d'achat ! Quant aux experts, qu'ils se rendent utiles en livrant des pizzas par exemple sur des scooters trop casse-gueules ...

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06 juillet 2006

Histoire un peu inventée

Je vais à la machine à distribuer de l'eau fraîche. Dans toutes les vraies entreprises, il y a une sorte de cucurbitacée en plastique bleuâtre qui permet de se rafraichir le gosier. Et qui en plus fournit de merveilleux gobelets gratuitement pour que les gens ne têtent pas directement et salement la belle machine.
Bon, j'y vais quoi, car j'ai soif,comme quoi je suis assez logique. Au moment où je viens de me saisir du récipient, un type surgit avec la tête d'un hamster tombant sur un talk-show sur M6. Tout en remontant avec virulence son pantalon au niveau de la ceinture.
Je me dis : ce con va se débragueter avec fureur, sortir sa queue et pisser dans mon verre. Ca fait trois heures qu'il attend derrière le coin pour enfin pouvoir accomplir son forfait.
Je lui aurais dit : Ah, mais monsieur, je ne vous permets pas ! Que sont-ce ces manières ? Que diriez-vous si je faisais de même, et devant toute votre famille assemblée, encore ?
J'aurais pris la foule à témoin, les lémures palichons entreposés dans l'open-space : Non mais vous l'avez-vu ce mec, c'est pas croyab' des choses pareilles, j'ai fait l'indo et je peux vous dire que j'en ai vu des trucs. Et des corsés ! Mais là ...
Un des zombies cloutés à son portable m'aurait répondu : Mais il s'agit du PDG de la boite, cher néophyte ...
Evidemment j'aurais éte troublé, mais pas longtemps et j'aurais rétorqué : Oh, mais ça ne va pas se passer comme ça, j'ai le bras long, moi, et j'irais jusqu'ai tribunal de La Haye, parfaitement !
Et les gens, ils seraient restés muets d'admiration et envieux devant ma belle prestance.

C'est dingue ce qui pourrait se passer dans le tertiaire, quand même ...

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05 juillet 2006

Drame familial

Tu veux me voir, fiston ? Ah mais pas de problèmes, moi je suis pour les discours entre les générations, comme disent les vieux cons, ha ha ha ! Tu veux me dire quoi ? De ce que tu vas faire après le bac ? Oui, oui, tu l'as eu avec mention, ta mère et moi en sommes très fiers et j'ai dit à cette occasion que tout ce que voulais, tu l'aurais. Dans les limites du raisonnable, bien sûr. Ha ha ha ! J'ai lu dans le Nouvel' Obs' que tous les jeunes maintenant ont un iPod ; c'est ça que tu veux ? Tu en as déjà un ? Depuis 2 ans ? Ben tu sais, ton pauvre père est quand même un peu has-been, ha ha ha ! Tu veux me parler des études que tu veux faire ? De mon temps, on n'était pas aussi sérieux ; on faisait la bringue, on tombait les filles, on se torchait pas mal, c'était un autre monde. Ah, on se torche aussi de nos jours ? Ah là là, j'arrive pas à suivre l'actualité, tout va trop vite .... Bon, alors, tu veux faire quoi dans la vie ? (........) Ecoute ... Tu m'aurais annoncé drag-queen, zombie, junkie, même publicitaire, j'aurais rien dit, et je t'aurais même encouragé. Oui, même publicitaire. Mais là ... Sans rire, qu'est-ce qui te fascine dans le journalisme ? Ne me dis pas que tu veux jouer à Albert Londres, parce qu'en vrai, ça ne se passe pas comme ça. Je ne me suis pas saigné aux 4 veines pour que mon fils devienne un lêche-cul analphabète. Non parce que tu veux faire quoi ? Hein ? Bosser 252 ans comme pigiste avant de faire les chiens écrasés de Ouest-France, édition de Guingamp ? Et puis j'ai pas envie que tu perdes le peu de vocabulaire que l'Education Nationale a réussi à te faire entrer dans la cervelle. Tu sais ce qu'on faisait aux collabos à la Libération ? Comment ça, arrêter mon cirque ? Quoi Bourdieu ? Pourquoi tu me parles de lui, tu ne l'as jamais lu ... Effectivement tu es bien parti pour être journaliste ... Sois un peu sérieux, et explique-moi ce qu'il y a de fascinant à recopier des dépêches AFP ou dans le meilleur des cas ce que tes collègues ont pondu en utilisant la même méthode. Y'a bien assez de perroquets comme ça. Voyez-vous ça ... Monsieur veut oeuvrer dans les Grands Journaux ... Mazette ... je te signale que les Grands Journaux sont juste la caisse de résonance des pets du proprio. Même July s'est fait viré, alors ... Tiens regarde ce qu'il y a dans mon journal de référence. Oui, oui, lis l'édito. T'as vu ? Quelle prose ! A côté de ça, Paul Guth passe pour Malcom Lowry. Hein ? C'est des écrivains. J'oublie toujours que les journalistes sont des monstres de culture. Hé ho, arrête, avec la culture élitiste que tu veux battre en brèche. J'ai sorti les mêmes conneries il y a 20 ans, et maintenant, on se retrouve avec Claire Chazal pour la Grand Messe. A la télé ? C'est à la télé que tu veux bosser ? T'as une admiration sans borne pour les petits chefs incompétents ? Tu rêves de rencontrer des blondasses à gros seins et au QI à un chiffre ? Alors là, non ! Tu aurais pu faire n'importe quoi après ton bac, même du marketing, mais l'idée que mon fils fasse le gracieux avec un vocabulaire de 200 mots, des idées trouvées sous un chewing-gum, le tout avec la vraie prétention des analphabètes arrivés, et bien, là, je dis non ! Et tu vas commencer par répondre autrement à ton père ! J’aurais préféré que tu sois nazi, tiens ! Encore qu'on puisse être nazi et journaliste. Petit con, va ! On l'élève, on le nourrit, on essaie de lui inculquer quelques valeurs minimales, et le voilà qui trépigne à l'idée d'enconner la population en hurlant avec les loups. Ta gueule ! Si t'es pas content, tu prends la porte ! Et d'ailleurs, tu la prends tout de suite la porte, je te renie, fils indigne !

(La mère entre, en larmes et essaie de convaincre son mari de ne pas commettre l'irréparable. A genoux, elle plaide la cause du fils qui ne sait pas ce qu'il fait, ce sont de mauvais camarades qui l'ont entraîné sur le chemin de la drogue. Il n'est pas dans son état normal, il faut lui donner une chance)

Rien du tout ! Qu'elle dégage, cette répugnante punaise. Ma pauvre femme, tu as engendré un monstre, et nous l'avons élevé dans notre foyer, inconscients que nous étions. Hors d'ici ! Disparaît de ma vue ! Je te renie ! Je te déshérite ! Je te maudis jusqu'à la 13ème génération ! Vade retro !

(Le fils sort en claquant la porte. le serviteur bossu apparaît, remontant de la cave, en grignotant une chauve-souris tandis qu'un orage titanesque se déchaîne dehors).

Posté par memapa à 21:08 - Ma vie qu'elle n'existe pas vraiment - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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